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Dimanche 18 mai 2003

COLOMBIE


Le Point, n° 1600
Monde, vendredi 16 mai 2003, p. 54

La Colombie appelle Paris à l'aide

Romain Gubert

C'était il y a quelques jours, dans la foulée de l'exécution par la guérilla colombienne des FARC de dix de leurs otages près de Medellin. Le président colombien Alvaro Uribe appelait Paris à l'aide. Et demandait à la France d'accueillir 600 à 1 000 rebelles actuellement en prison sur son sol. Rien de moins. But : permettre, en échange, la libération des 800 otages aux mains des guérilleros. Pour la plupart des civils. Mais aussi une cinquantaine de militaires. Ainsi que des personnalités politiques comme Ingrid Betancourt, l'ex-candidate écologiste à la présidentielle (qui dispose aussi de la nationalité française), otage depuis plus d'un an...

Un accord humanitaire

Seule exigence du plan d'Uribe : les guérilleros ne devraient pas ensuite retourner en Colombie. Une armée de guérilleros s'apprêterait-elle à débarquer à Roissy pour s'installer dans l'hexagone ? Rien n'est moins sûr. Car, si à plusieurs reprises Dominique de Villepin a annoncé qu'il était prêt à « aider et faciliter un échange humanitaire », l'appel au secours de Bogota semble avant tout destiné aux Colombiens. Ainsi qu'au groupe de pression constitué par les familles des otages. Quant aux FARC (16 000 hommes), elles souhaitent aussi parvenir à un « accord humanitaire ». Mais en posant un préalable : l'attribution d'une zone démilitarisée dans le Putumayo et le Nariño, de la taille de la Grande- Bretagne. Celle-ci serait sous leur contrôle.

Problème : le gouvernement refuse l'abandon d'un millimètre de territoire. Et pour cause : pour Alvaro Uribe, élu sur un programme d'éradication de la guérilla, donner cette région aux FARC serait admettre une partition de fait, donc reconnaître sa défaite. En attendant, « pour voir et sentir ce qui est en train de changer sur place », Alain Lipietz, le député européen Vert, joue les trouble-fête : il est en partance pour bogota. L'an dernier, il avait déjà tenté de faire libérer Ingrid Betancourt en se rendant sur place. Sans résultat...

Catégorie : Politique nationale et internationale
Taille : Court, 233 mots

© 2003 Le Point. Tous droits réservés.

Doc. : 20030516PO160005402


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-18 10:51:12
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Vendredi 28 mars 2003

BRESIL

Brésil : la mafia

s'attaque aux

juges


Le crime organisé soupçonné de l'assassinat de deux magistrats.

 

 

Par Chantal RAYES

vendredi 28 mars 2003


 
 
 

«Si l'Etat n'agit pas avec fermeté, le Brésil court le risque de se transformer en Colombie.» Julita Lembruger, chercheuse
  Sao Paulo de notre correspondante

«La bataille sera dure mais nous la gagnerons», avertit Luiz Inacio Lula da Silva. Pour le nouveau président du Brésil, le défi est de taille dans un pays qui figure parmi les plus violents de la planète : combattre le «crime organisé» qui a «déclaré la guerre à l'Etat», selon la presse. Deux juges ont été assassinés à dix jours d'intervalle.

Le premier, Antonio Machado Dias, tué le 14 mars, était chargé de l'application des peines des leaders du Premier commando de la capitale (PCC), la plus puissante faction criminelle de l'Etat de Sao Paulo, à l'origine de la rébellion simultanée, en 2001, d'une trentaine de prisons paulistes, où elle fait régner la terreur, et d'attentats à la bombe contre des bâtiments publics. Le PCC est le principal suspect du meurtre de Dias. Selon la police, le gang avait prévu, dès l'an dernier, d'éliminer les gêneurs, et ce juge, réputé «sévère», n'était pas dans ses bonnes grâces.

L'autre magistrat, Alexandre Martins de Castro, qui recevait des menaces de mort depuis un an, a été tué lundi dans l'Etat de l'Espirito Santo. Castro était membre de la mission spéciale de lutte contre le crime organisé, soupçonné d'être infiltré dans les institutions politiques, la police et la justice de ce petit Etat du Sud-Est et que les autorités accusent d'avoir commandité le meurtre. Cela, en riposte à l'arrestation de l'ex-président de l'assemblée législative locale, Carlos Gratz, accusé d'être à la tête du crime organisé, et d'un colonel de police.

Intimidation. Le chef de l'Etat a accusé «le crime organisé de vouloir terroriser les gens honnêtes». Le ministre de la Justice, Thomaz Bastos, a dénoncé «une tentative d'intimider le pouvoir judiciaire et les institutions». La presse, elle, parle d'«un défi à la démocratie». Le pays redoute désormais une vague de meurtres de juges, comme celle menée par les cartels colombiens de la drogue dans les années 80 et 90. Ces craintes sont nourries par l'impunité qui sévit au Brésil, où moins de 5 % des 40 000 homicides annuels sont élucidés, la police étant considérée incompétente, sous-équipée et corrompue.

Première. Pour les experts, le meurtre des juges marque un tournant. «S'il s'avère qu'ils ont été liquidés à cause de leur action contre le crime organisé, ce sera une première au Brésil, note la chercheuse Julita Lembruger. En tout cas, la criminalité organisée a franchi un nouveau palier en s'attaquant à la légalité. Son audace est de plus en plus grande, comme le montre aussi la vague de terreur qui s'est abattue sur Rio.»

Fin février, le Commando rouge, le plus important des gangs du narcotrafic à Rio, avait multiplié pillages, assassinats, et ordonné aux commerces de fermer, sous peine de représailles. Le gouvernement avait dû dépêcher l'armée pour mettre fin aux violences, qui ont duré plusieurs jours, en plein carnaval.

Là aussi, un palier a été franchi. Habitués à imposer des «couvre-feux» aux favelas, qu'ils contrôlent, les narcos, parfois mieux armés que la police, étendent désormais la terreur aux quartiers aisés de Rio. L'an dernier, ils avaient même mitraillé la mairie de la ville. «Le narcotrafic est devenu puissant à Rio en partie à cause de l'inertie des gouvernements locaux, surtout ceux de gauche, qui estimaient que la violence est due à la pauvreté et que seules de meilleures conditions de vie pouvaient y remédier, note José Vicente da Silva, ex-colonel de police et chercheur. Longtemps, le Parti des travailleurs (formation de gauche dont Lula est le chef historique, ndlr) a tenu lui aussi ce discours.»

Désormais président, Lula promet d'agir avec fermeté. «Si l'Etat ne le fait pas, le Brésil court le risque de se transformer en Colombie», prévoit Julita Lembruger. A Brasilia, on a déjà créé un néologisme pour évoquer ce risque : Italombia, mélange de l'Italie de la mafia avec la Colombie des cartels.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-28 13:33:45
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Jeudi 20 février 2003

BOLIVIE

BOLIVIE
L’effondrement de la démocratie

Emeutes violentes, démission en bloc du gouvernement, président remis en cause : la Bolivie est en état de crise. Une fois de plus, ce sont les «recettes» du FMI qui sont accusées, avec pour corollaire l’écroulement de la démocratie.

Gonzálo Sánchez de Lozada (AFP)

«Moins de ministres, moins de vice-ministres, moins de ministères, moins de téléphones portables, moins de voitures de fonction», a déclaré le président bolivien Gonzálo Sánchez de Lozada au lendemain de l’annonce, le 19 février, de la démission en bloc des 18 ministres de son gouvernement. Dans la foulée, le président libéral, au pouvoir depuis six mois, a déclaré qu’il renonçait à ses émoluments de président (environ 3 000 euros mensuels) et qu’il réduirait jusqu’à 50 % les salaires des députés. Ces mesures d’austérité ne sont certes pas inutiles, mais sont surtout symboliques, visant à enrayer les émeutes populaires de la semaine dernière qui se sont soldées par la mort de 33 personnes et par une centaine de blessés.

A l’origine de ces manifestations, la décision du gouvernement d’appliquer un impôt de 12 % sur le salaire des 170 000 fonctionnaires du pays. Cette mesure, dictée par une requête du FMI exigeant la résorption du déficit budgétaire du pays, sous peine de ne pas avoir accès à une nouvelle aide financière, a provoqué la rébellion immédiate des policiers - touchés de plein fouet par le nouvel impôt - alliés à des étudiants et à des paysans indiens. Les 12,13 et 14 février, les manifestants se sont rués à l’assaut des édifices publics représentant le pouvoir de l’Etat. Lequel a répliqué en envoyant l’armée.

Deux euros par jour pour vivre

Dès les premiers morts, le président, dit «Goni», a retiré son projet de mesure fiscale. Mais la démocratie bolivienne reste en sursis malgré l’annonce de l’installation d’une nouvelle équipe économique. «Ces violences étaient prévisibles : nos dirigeants n’ont vraiment pas compris le message des dernières élections», se désole «El Deber», le quotidien de Santa Cruz de la Sierra. «Il n’y a pas de démocratie sans justice sociale ; cet impôt a été la goutte qui a fait déborder le vase de la misère. Nous reprenons le slogan des élections de juin 2002 : assez de ce modèle économique et politique qui génère l’exclusion et la pauvreté !» renchérit une dirigeante indienne dans «Los Tiempos», de la Paz.

Dans ce pays de 8,3 millions d’habitants, 90 % de la population doit survivre avec 2 euros par jour. Les 10 % restants sont essentiellement un groupe de puissants qui connaissent mieux Miami que leur propre pays et stockent leurs richesses dans les paradis fiscaux. «Le gouvernement de Goni était condamné dès sa naissance», analyse le quotidien colombien «El País». «Sánchez de Lozada n’a été élu qu’avec 22 % des voix.» Evo Morales, le candidat du Parti socialiste et qui représente les paysans cultivateurs de coca, le talonnait avec 20 % des votes. Goni n’a finalement gagné qu’en achetant une alliance parlementaire. «Ce que le peuple bolivien souhaitait, c’était un changement de cap de la politique néolibérale appliquée depuis vingt ans et qui ne fait que creuser l’inégalité et la pauvreté», explique le journal.

Entre rationalité et rejet du modèle néolibéral

Durant sa gestion précédente - entre 1993 et 1997 -, Goni, formé aux Etats-Unis et parlant l’espagnol avec un fort accent américain, a privatisé tous les services publics et fermé les mines, qui constituaient la colonne vertébrale de l’économie. Poussé par les Etats-Unis, il a relancé un plan de lutte contre les paysans cocaleros, menaçant ainsi de faillite totale 300 000 cultivateurs. Il semble récolter lors de son second mandat ce qu’il a semé durant le premier. «Ce n’est plus possible que le FMI applique ses recettes sous prétexte de maintenir la stabilité macroéconomique avec des résultats qui reste à prouver. Ces mesures néolibérales donnent l’inverse de ce que l’on en attend. L’une des raisons en est la méconnaissance du pays, des singularités de sa réalité économique et sociale, par la techno-bureaucratie financière internationale», explique «Los Tiempos.»

«L’Amérique latine se trouve prise entre la rationalité et le rejet du modèle néolibéral», résume «Clarín», de Buenos Aires. «La rébellion en Bolivie n’est pas un exemple isolé, mais peut-être est-ce celui qui illustre le plus clairement le progressif effondrement de la démocratie dans le sous-continent, qui est synonyme pour beaucoup de Latino-Américains d’un changement de modèle économique. Il est pourtant clair aujourd’hui que ces sociétés endettées ne peuvent plus honorer les réductions budgétaires demandées. Elles ne peuvent plus adhérer à la philosophie qui les accompagne», conclut le journal.

Ces contradictions poussées à l’extrême, comme dans le cas bolivien, peuvent pulvériser des gouvernements en peu de mois. «ça ne vous rappelle rien, la crise bolivienne ?» questionne «El Comercio», d’Equateur. «Cette crise et celle qui a secoué l’Argentine jusqu’à chasser son gouvernement doivent alerter tous les pays de la région soumis au diktat rigide des organismes internationaux. Ces crises ont des causes structurelles communes. La globalisation de l’économie ne peut plus faire machine arrière, mais sa gestion peut être modifiée et humanisée, comme le réclament plusieurs voix jusque dans les pays les plus riches», indique le quotidien de Quito.

Christine Lévêque

© Courrierinternational.com

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-20 08:48:23
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Jeudi 13 février 2003

BOLIVIE


BOLIVIE
Un impôt "énormissime" et explosif

Une proposition d’augmentation des impôts des fonctionnaires a mis le feu aux poudres dans le pays, opposant les policiers à l’armée et provoquant 16 morts. Des combats qui stigmatisent la crise sociale aigüe et l’impuissance des politiques dans un pays d’une extrême pauvreté.

Gonzalo Sanchez de Lozada, le président bolivien (AFP)

Une fusillade entre des manifestants policiers et un détachement de l’armée à La Paz a fait 16 victimes et plus de 80 blessés mercredi 12 février. C’est pour le président Gonzalo Sanchez de Lozada, dit “Goni”, “la pire journée depuis son investiture, il y a six mois”, estime le quotidien argentin “Clarín”.

Dès la veille, les policiers s’étaient mutinés puis se sont rassemblés pour protester entre autres contre le projet du gouvernement, dont l’aspect le plus controversé est un nouvel impôt direct de 12,5 % sur les salaires de 750 000 fonctionnaires, dont ceux de la police. La bataille entre policiers et militaires a duré cinq heures, et ce “malgré l’ordre donné aux militaires par le ministre de la Défense de se replier “, note “La Nación”. Cette émeute est la plus violente depuis celle d’avril 2000, “qui avait quasiment renversé le gouvernement précédent, dirigé par Hugo Banzer”, rappelle le journal bolivien “La Razón”.

L’éditorial du journal “Los Tiempos” parle du “bord de l’abîme”. Pour ce quotidien bolivien, “le fragile équilibre de la situation politique et économique est sur le point de se rompre”. Le responsable de la crise est l’”impuestazo” (“l’impôt énormissime”), qui est, selon le quotidien, “une erreur monumentale du président libéral, en particulier dans le contexte économique actuel”. D’après le journal, “le malaise social empire ces dernières années. La jacquerie des producteurs de coca qui a fait 8 morts en décembre en est la preuve.” “Pourtant”, note le quotidien, “’Goni’ a jeté de l’huile sur le feu au lieu de tenter de l’éteindre.” En effet, insiste “Clarín”, “près de 80 % des Boliviens sont pauvres.” La mesure du gouvernement est “insensée”, estime un expert en sécurité, cité dans “La Razón”. Il évoque “les conditions de vie extrêmement précaires de la police”. Pour un évêque bolivien, cité dans le quotidien de La Paz “El Diario”, “il n’est pas possible d’enlever le pain à celui qui a à peine de quoi survivre”.

Le spectre argentin

De plus, selon “Los Tiempos”, “le gouvernement a fait preuve d’une totale maladresse dans sa communication”. En effet, “utiliser lourdement le spectre de la situation catastrophique argentine pour convaincre de la nécessité d’une politique économique d’austérité était stupide”, analyse le journal. “La décision a même provoqué les critiques du secteur bancaire, qui y voit une source de crainte de la population.”

Finalement, “tous les secteurs de la population rejettent la tentative de réforme”, remarque le quotidien libéral “La Razón”, qui note que “seul le Fonds monétaire international (FMI) approuve cette décision, ou au moins son objectif de réduire le déficit budgétaire de 8 % à 5 %”. Ainsi, “les entrepreneurs et les salariés se sont alliés, dans une action coordonnée contre la ratification par le Congrès de la proposition du gouvernement”, note “La Razón”. Signe de cette alliance informelle, “dans la soirée de mercredi, des étudiants ont bloqué la route d’accès à la capitale avec des pierres, à peine dérangé par une apparition durant quelques minutes de la police”, ajoute le journal.

Cependant, “la bévue commise par le gouvernement n’est pas le seul facteur qui explique la situation catastrophique actuelle”, estime “Los Tiempos” qui accuse aussi “les courants les plus radicaux qui cherchaient une occasion pour briser la structure des institutions démocratiques et la stabilité économique. L’’impuestazo’ leur a fourni une opportunité en or.” “Clarín” aussi met en cause “une opposition qui profite de la faiblesse du gouvernement pour tenter de lui asséner le coup de grâce”. “La société civile et les forces d’opposition doivent continuer à lutter contre la politique gouvernementale mais sans se laisser entraîner vers une solution violente désastreuse”, recommande “Los Tiempos”. Le président “a donné mercredi un signal positif mais pas encore suffisant”, commente le journal. “Goni” a en effet déclaré lors d’un message télévisé le soir même des émeutes qu’il “retirait son projet de mesure fiscale, afin de rendre possible un nouveau dialogue, sincère et fraternel entre tous les Boliviens”. Pour amorcer ce dialogue, le journal recommande au gouvernement de “prendre des mesures drastiques pour stopper la course vers la catastrophe, notamment de lutter contre la corruption du pouvoir”.

MFD

© Courrierinternational.com

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-13 09:09:17
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