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Publié le vendredi 30 mai 2003

Vendredi 30 mai 2003

CHINE
La Chine condamne lourdement un groupe de jeunes intellectuels LE MONDE | 30.05.03 | 13h48 Quatre diplômés d'origine modeste, mobilisés sur la question paysanne, sont envoyés en prison pour "subversion". Pékin de notre correspondant C'est l'histoire exemplaire d'un groupe de quatre jeunes intellectuels chinois épris de justice sociale, en particulier dans les campagnes, tentés par l'action politique et aujourd'hui lourdement condamnés pour avoir franchi la "ligne rouge": la mise en cause de la légitimité du Parti communiste (PCC). Le tribunal intermédiaire de Pékin a annoncé, mercredi 28 mai, la condamnation pour "subversion du pouvoir de l'Etat" de Xu Wei, journaliste au Quotidien des consommateurs, et Jin Haike, géologue, à dix ans d'emprisonnement, ainsi que celle de Yang Zili, informaticien, et de Zhang Honghai, auteur, à huit ans. Leur procès s'était déroulé en septembre 2001. Le verdict n'a été rendu public qu'un an et demi plus tard. A l'annonce de la sentence, Xu Wei, qui fait figure de chef officieux du groupe, a vigoureusement dénoncé les tortures qu'il affirme avoir subies en prison et, en guise de protestation, s'est frappé la tête contre le bureau du juge avant de s'évanouir. En fait de "subversion", la justice politique chinoise leur reproche d'avoir fondé, en mai 2000, dans un dortoir de l'Institut de prospection géologique de Pékin, une association, la Société de la nouvelle jeunesse, qui aurait tenu des "réunions secrètes" dans plusieurs universités de la capitale. Le but du groupe, selon l'acte d'accusation, était d'"enquêter activement sur les voies de la réforme de la société" et de "changer le pouvoir politique actuel de la Chine"... En fait, ce noyau de jeunes intellectuels, tout juste sortis de la vie étudiante, s'était politiquement radicalisé sur la question rurale, la plupart d'entre eux étant d'origine paysanne. L'implication des intellectuels contestataires dans les mouvements sociaux est le cauchemar du PCC à l'heure où ses réformes économiques produisent des dizaines de millions de laissés-pour-compte, ouvriers et paysans. SEMBLANT DE DÉGEL POLITIQUE Xu Wei, Jin Haike, Yang Zili et Zhang Honghai se sont connus dans l'atmosphère très particulière qui régnait dans les universités à l'automne 1997. Le 15e congrès du PCC venait alors de s'achever dans un climat d'apparent dégel politique, Pékin étant soucieux de présenter un visage avenant avant la visite de Bill Clinton, en juin 1998. C'est durant cet intermède de libéralisme trompeur que s'était créé le Parti démocrate chinois (PDC) dont les fondateurs seront rapidement arrêtés et condamnés. Mais le PDC n'était que la partie visible d'une multitude de "groupes de réflexion", souvent actifs à l'intérieur même des associations étudiantes officielles. A cette époque, les quatre jeunes appartiennent à un groupe de lecture. Le plus en vue d'entre eux est Xu Wei. Né en 1974 dans le Shandong, il achève une maîtrise de philosophie à l'Université normale de Pékin. Fils de paysans, Xu Wei est engagé dans le soutien scolaire auprès des enfants de travailleurs migrants rejetés des écoles officielles des grandes villes. Il mobilise au service de cette cause d'éminents professeurs. Fin 1999, Xu Wei fonde les Fils de paysans, une association officiellement reconnue. Lors d'une réunion un peu exaltée, un membre du groupe lance l'idée de créer un "parti paysan". Xu Wei y est hostile, jugeant les conditions pas "mûres". Mais un mouchard rapporte les propos à la Sécurité d'Etat, qui s'intéresse à ce remuant noyau. Le mécanisme de la répression est enclenché. L'autre forte personnalité du groupe est Jin Haike. Issu de l'Institut de géologie, il écrit des articles dans lesquels il appelle à "bâtir une nouvelle Chine" et à en finir avec "la politique des vieux". Le troisième membre du groupe, Yang Zili, informaticien et diplômé en physique, est surtout préoccupé par les questions rurales. Il a monté un site Internet dans lequel il affiche un article de sa plume, intitulé "Les paysans et les serfs". Enfin, Zhang Honghai, diplômé de l'Institut de radiodiffusion de Pékin, s'est surtout illustré dans l'organisation de salons politico-littéraires. Quatre jeunes Chinois, âgés de moins de trente ans, épris de démocratie et de justice sociale, voués à passer huit à dix ans derrière les barreaux : un cruel rappel à l'ordre sur la nature du système politique chinois. Frédéric Bobin • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 31.05.03 --------------------------------------------------------------------------------

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-30 12:50:41
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Vendredi 30 mai 2003

DROITS DE L'HOMME
Tchétchénie: la FIDH et la LDH appellent Chirac à faire pression sur Poutine PARIS, 30 mai (AFP) - La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et la Ligue des droits de l'Homme (LDH) ont demandé à Jacques Chirac d'intercéder dans le cadre du G8 auprès de Vladimir Poutine en faveur du respect des droits de l'Homme en Tchétchénie, dans une lettre ouverte adressée au président de la République. Considérant que "la politique des autorités russes bafoue, aux yeux de tous, les droits de l'Homme et le droit international humanitaire" en Tchétchénie, le président de la FIDH, Sidiki Kaba, et son homologue de la LDH, Michel Tubiana, comptent sur la détermination de M. Chirac "pour rallier le président russe aux valeurs universelles" des droits de l'Homme. "L'exigence de démocratie doit s'appliquer de la même façon à tous les Etats y compris à la Russie", affirment-ils. "Le pouvoir russe continue de mener une guerre en Tchétchénie qui s'accompagne de violations graves et massives envers la population civile, qualifiées par la FIDH de crimes contre l'humanité", poursuivent-ils. "La Russie doit choisir la voie de la négociation pour mettre fin au conflit en Tchétchénie, seule solution qui pourra conduire à une paix durable et sécuriser la région. Le droit doit l'emporter sur la force. Il en va de la capacité du G8 à réellement promouvoir le droit international des droits de l'Homme et à faire preuve de responsabilité politique", concluent Michel Tubiana et Sidiki Kaba.

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-30 12:05:54
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Vendredi 30 mai 2003

PROCHE-ORIENT
PROCHE-ORIENT Vers une déclaration commune israélo-palestinienne Les Premiers ministres israélien et palestinien qui se sont rencontrés jeudi pour discuter de la "feuille de route" ont décidé de publier une déclaration commune lors du sommet d'Aqaba. La rencontre a été jugée "très positive". Mahmoud Abbas (AP) Le Premier ministre israélien Ariel Sharon et son homologue palestinien Mahmoud Abbas se sont rencontrés jeudi pour examiner l'application du plan de paix de la "feuille de route" et ont décidé de publier une déclaration commune à ce sujet lors du sommet d'Aqaba en Jordanie mercredi prochain. La rencontre des deux Premiers ministres, la seconde depuis la prise de fonctions de M. Abbas, est la première depuis que le gouvernement israélien a accepté la "feuille de route", dimanche dernier. Elle intervient alors que George W. Bush, Ariel Sharon et Mahmoud Abbas doivent se rencontrer mercredi à Aqaba en Jordanie lors d'une réunion qui devrait consacrer le lancement de la "feuille de route", qui doit aboutir en 2005 à la création d'un Etat palestinien. Le première phase définie par la feuille de route est la déclaration officielle par les Israéliens et les Palestiniens de leur renoncement à la violence et la reconnaissance mutuelle de leur droit à la sécurité et à un Etat. "Nous prévoyons que ces déclarations (...) seront prononcées pendant le sommet", a déclaré le ministre palestinien des Affaires étrangères Nabil Shaath. Une rencontre positive La rencontre de jeudi a pour sa part été qualifiée de "très positive", tant par les Palestiniens que les Israéliens. "La rencontre (...) a été très positive et les Israéliens ont promis de prendre des mesures bienvenues pour alléger les souffrances du peuple palestinien", a déclaré le ministre palestinien de l'Information, Nabil Amr à l'issue de la réunion. La réunion s'est déroulée dans une "atmosphère très bonne et très positive", a également indiqué la présidence du conseil israélienne dans un communiqué. Pour sa part, le bureau de M. Abbas a qualifié dans un communiqué la réunion de "sérieuse, franche et bénéfique", ajoutant que l'acceptation de la "feuille de route" par les deux camps serait "renforcée" lors des deux sommets successifs sur le Proche-Orient qui se tiendront la semaine prochaine en Egypte et en Jordanie. Israël a promis, pendant la réunion, "de prendre des mesures pour préparer la voie à une application totale de la "feuille de route"", selon le communiqué. Levée du bouclage contre cessez-le-feu Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a annoncé jeudi soir à son homologue palestinien Mahmoud Abbas qu'il allait lever d'ici samedi le bouclage de la Cisjordanie et libérer certains prisonniers, tout en exigeant de lui une répression rapide et totale des groupes terroristes. Les discussions interviennent alors que le chef du gouvernement palestinien espère parvenir à un accord de cessez-le-feu avec le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) dès la semaine prochaine. Vendredi, le mouvement radical islamiste a exigé un "arrêt de l'agression" israélienne avant tout arrêt de ses attaques et sévèrement critiqué la rencontre entre Ariel Sharon et Mahmoud Abbas. "Le peuple palestinien n'a pas fait tous ces sacrifices pour obtenir en échange la libération d'un ou deux détenus et le droit pour quelques ouvriers de travailler" en Israël, a-t-il ajouté en allusion aux "allègements" promis jeudi soir par l'Etat hébreu. Cette déclaration intervient alors qu'un kamikaze palestinien a trouvé la mort vendredi avant l'aube dans la bande de Gaza en tentant de s'infiltrer en territoire israélien, près du passage frontalier de Sufa. Trois heures Durant la rencontre de près de trois heures, Ariel Sharon a dit à Mahmoud Abbas qu'en signe de bonne volonté, il allait unilatéralement lever d'ici samedi le bouclage de la Cisjordanie, en place depuis deux semaines, et permettre à certains Palestiniens d'aller travailler en Israël. L'Etat hébreu va aussi assouplir certains barrages routiers autour des villes palestiniennes et prévoit de libérer certains prisonniers, ont rapporté des responsables israéliens et palestiniens. Parmi ces prisonniers se trouveraient Khaled Abu Sukar, le plus vieux Palestinien détenu par les Israéliens, et Tayseer Khaled, un membre du comité dirigeant de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Mettre un terme au terrorisme Ariel Sharon a exigé que Mahmoud Abbas "agisse avec fermeté pour mettre un terme au terrorisme (...), démanteler les organisations terroristes, arrêter les terroristes, confisquer les armes illégales, empêcher l'incitation au terrorisme et créer une atmosphère de paix", selon un communiqué des services du Premier ministre israélien. En contrepartie, Israël retirera ses troupes de certaines régions de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza et permettra aux Palestiniens d'y assurer la sécurité, poursuit le communiqué. Si les Palestiniens mettent fin au terrorisme, Israël commencera les négociations qui permettront d'établir "un Etat palestinien provisoire et ensuite un Etat permanent", a déclaré M. Sharon à M. Abbas, selon le communiqué. "Le redéploiement des troupes dépend du combat incessant contre le terrorisme", a souligné Raanan Gissin, un conseiller d'Ariel Sharon. Le ministre palestinien des Affaires étrangères Nabil Shaath a expliqué que l'Autorité palestinienne serait prête à assurer la sécurité dans ces régions "après avoir conclu un accord de cessez-le-feu avec le Hamas et les autres groupes palestiniens. A présent, nous allons faire de notre mieux pour décrocher cet accord (...) et je suis optimiste". Cependant, dans un communiqué faxé à l'Associated Press à Gaza, les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, liées au Fatah, affirment qu'elles continueront le combat "en tout temps et en tout lieu tant que les occupants prennent nos terres, que nos prisonniers sont toujours en prison et que nos réfugiés vivent loin de chez eux". (avec AP)

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-30 10:59:38
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Vendredi 30 mai 2003

INTERVIEWS DE BUSH
DIPLOMATIE Avant la tournée qu'il entame aujourd'hui, le président américain a détaillé pour «Le Figaro» le rôle qu'il entend jouer dans le réglement de la crise israélo-palestinienne George W. Bush : la «conduite négative (française) n'influencera en rien ma politique à l'égard de la France et de l'Europe. Je veux une Europe libre, unie et en paix.» (Photo AFP) George W. Bush : «Je peux faire pression sur Ariel Sharon» A la veille de sa nouvelle tournée internationale, George W. Bush s'est entretenu avec cinq journalistes représentant les pays où se rendra le président américain. Pour la France, c'est Le Figaro qui a été choisi. Etaient également reçus à la Maison-Blanche, les envoyés spéciaux des journaux polonais Gazeta Wyborsza, russe Moskovsky Komsomolets, égyptien al-Ahram, saoudien al-Hayat. Propos recueillis à Washington par Charles Lambroschini [30 mai 2003] LE FIGARO. – Le problème israélo-palestinien va dominer votre voyage. Vous vous faites l'avocat d'un plan de paix très complet. Mais les peuples du Proche-Orient restent sceptiques. Ils craignent que les États-Unis n'aillent pas jusqu'au bout de leur engagement. Quelle est votre réponse ? George W. BUSH. – Je comprends les doutes du Proche-Orient, je comprends les doutes du monde. Le conflit israélo-palestinien dure depuis si longtemps ! Alors, tant que nous n'aurons pas assisté à l'émergence d'un Etat palestinien, l'opinion restera sceptique. Mais je suis absolument décidé à aller jusqu'au bout car la politique étrangère des Etats-Unis ne se limite pas à défendre des intérêts. Elle exprime des valeurs. Nous voulons la paix. Or cette région du monde n'aura la paix que si elle connaît la liberté. Pour les Palestiniens, cette liberté signifie la création d'un Etat. C'est un effort parallèle à celui que nous menons en Irak, où notre armée est intervenue pour rendre sa liberté au peuple irakien. Il n'y a que les terroristes que je m'avoue incapable de convaincre. Les Palestiniens et les Israéliens doivent comprendre que la paix et la liberté ont d'autant plus de chances de s'épanouir qu'elles ne sont pas un don des Américains mais le don de Dieu. Il faut qu'une maman palestinienne puisse voir grandir ses enfants avec la perspective d'un avenir de prospérité. Il faut qu'une mère israélienne puisse aller au marché avec ses enfants sans risquer de les voir tués ou mutilés par une bombe. Etes-vous prêt à agir pour mettre un terme à l'expansion des colonies de peuplement israéliennes ? Un Etat palestinien devra être viable. C'est dans cette perspective qu'il faut traiter le problème des colonies. L'expansion de ces installations est en contradiction avec nos efforts pour l'émergence d'un Etat palestinien. Vous exigez que le premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas, lutte contre le terrorisme. Mais êtes-vous prêt à faire aussi pression sur Ariel Sharon ? Bien sûr que je le peux. Je peux faire pression sur Ariel Sharon. Si j'avais peur de prendre les décisions nécessaires pour faire avancer le processus, je ne ferais pas ce voyage au Proche-Orient. Il est essentiel que le nouveau premier ministre palestinien se soit engagé à combattre les terroristes. Il peut réussir à arrêter le terrorisme, surtout s'il est soutenu par l'ensemble du monde arabe. Un kamikaze pourra toujours réussir à s'infiltrer. Mais il est exclu que les attentats puissent faire dérailler le processus de paix. Nous ne permettrons pas que les desseins malveillants de quelques individus parviennent à détruire les espoirs de tant de gens. C'est une question de leadership. Le résultat ne dépend donc pas seulement des Israéliens et des Palestiniens. Ni des Américains. Il faut aussi compter avec les Egyptiens, avec les Saoudiens, avec les Jordaniens... J'ai été très impressionné par la nouvelle équipe palestinienne. Notamment le ministre des Finances palestinien, Salam Fayyad, que j'ai rencontré et qui m'est apparu comme absolument déterminé à lutter contre la corruption. Dans le passé, l'aide internationale au peuple palestinien n'avait servi qu'à enrichir une petite élite véreuse. Je n'accepterai jamais de fermer les yeux sur ce genre de comportement. Yasser Arafat a eu toutes les occasions de conduire son peuple vers la paix. Il n'en a rien fait. Moi, je n'oublie pas ce que mon prédécesseur Bill Clinton lui avait offert à Camp David. L'engagement des Israéliens en faveur de la «feuille de route» ne risque-t-il pas d'être annulé par les réserves qu'a exprimées Ariel Sharon ? La seule réserve des Israéliens, c'est l'exigence de la sécurité. Il n'y aura pas d'avancée si nous n'avons pas cette garantie. Mais une fois le terrorisme contenu, au fur et à mesure que la sécurité de la région s'améliorera, nous verrons émerger des institutions démocratiques. Les Israéliens et les Palestiniens retrouveront la tranquillité et la prospérité si nous empêchons les tueurs de faire obstacle à la paix. A Charm el-Cheikh, quelles mesures concrètes espérez-vous de vos interlocuteurs arabes ? Les relations bilatérales entre l'Egypte et les Etats-Unis sont anciennes. L'engagement américain est très fort, notamment sur le plan financier. Je n'hésiterai donc pas à parler avec mon ami le président Moubarak des réformes économiques qui sont nécessaires à l'Egypte. Nos relations personnelles sont si bonnes que, de son côté, il ne devra pas hésiter à me confier ce qui le préoccupe. J'aurai aussi un tête-à-tête avec le roi de Jordanie, ce qui me permettra de le remercier pour le soutien qu'il a apporté à notre intervention pour libérer l'Irak. Avec tous ces dirigeants arabes, je parlerai des responsabilités qu'ils partagent avec les Etats-Unis dans la poursuite de la paix. La décision la plus constructive que peuvent prendre les pays arabes, c'est de couper les ressources financières qui alimentent le terrorisme. Les Etats-Unis attendent de leurs partenaires arabes qu'ils participent tous aux efforts pour en finir avec le conflit israélo-palestinien. Enfin, je crois très important que les responsables arabes me voient, que nous nous regardions droit dans les yeux pour qu'ils puissent constater ma détermination à faire avancer les chances de paix. Je leur rappellerai que j'ai été le premier président des Etats-Unis à déclarer à la tribune des Nations unies que le règlement du conflit israélo-palestinien passait par la création d'un Etat palestinien coexistant avec Israël. Les Américains ont gagné leur guerre contre l'Irak. Mais aujourd'hui, les Irakiens ne connaissent que le chaos. Combien de temps va durer l'occupation de ce pays par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ? Vous parlez comme si l'insécurité régnait partout. Ce n'est pas vrai. L'anarchie est limitée à Bagdad et à la région au nord de la capitale. Ailleurs, les progrès sont visibles chaque jour. Nous sommes conscients des difficultés du peuple irakien, qui attend le retour à la vie normale. Tous ces gens veulent la sécurité au quotidien, de la nourriture sur leur table, des lampes allumées, des égouts qui fonctionnent. Sur tous ces sujets, nous avançons chaque jour. Le peuple irakien a connu l'esclavage pendant une génération sous la main de fer d'un tortionnaire. Grâce à nous, les Irakiens ont été libérés. Je trouve donc injuste que vous employiez le mot d'occupation. Les Etats-Unis et leurs alliés ont fait la guerre pour que les Irakiens puissent instaurer leur propre gouvernement, pour que le pétrole irakien permette de financer la reconstruction de l'Irak. Tout cela prend du temps. Rappelez-vous que les Américains n'ont achevé de rédiger leur Constitution que treize ans après l'indépendance. Nous ne resterons que le temps pour les Irakiens d'arriver à se diriger eux-mêmes. Nous n'avons pas l'intention d'être des occupants. Encore une fois, nous ne voulons rien d'autre que le gouvernement des Irakiens, par les Irakiens, pour les Irakiens. Il y a des experts qui disent que les Irakiens ont toujours eu besoin d'une dictature. Je n'en crois pas un mot. Ils ont eu le malheur de vivre sous la botte d'un assassin comme le prouve le nombre incroyable de fosses communes que nous avons découvert. J'en reviens donc toujours à la même idée : comme tous les peuples du monde, les Irakiens ne rêvent que de liberté. La guerre contre l'Irak a mis à mal la plupart des institutions internationales : l'Otan, l'ONU et l'Union européenne. Comment faire pour leur rendre leur efficacité ? A l'avenir, je vois un rôle robuste pour l'Otan. Cette alliance devra évidemment se réformer. Pour moderniser son armement et pour s'adapter à des missions qui n'ont plus rien à voir avec sa vocation d'origine qui était de contrer la menace soviétique. L'Alliance atlantique doit maintenant se concentrer sur la paix et la liberté du monde, comme le démontrent sa présence en Afghanistan et son soutien aux activités de la Pologne en Irak. Même constat pour les Nations unies : elles devront être capables de répondre aux nouvelles menaces auxquelles nous devons faire face. Il faut donc que l'ONU commence par appliquer ses propres résolutions. Je l'avais déjà dit à la tribune des Nations unies pour le premier anniversaire des attaques terroristes du 11 septembre. Pour être exact, j'ai même répété douze fois que l'ONU devait respecter ses décisions. Il ne sert à rien de faire des discours, s'ils ne sont pas suivis d'effet. Quant à l'Europe, je le répète, je la veux unie, libre et amie des Etats-Unis. Pousseriez-vous les réformes jusqu'à accepter la Russie dans l'Otan et dans l'Organisation mondiale du commerce ? En ce qui concerne l'Otan, la solution viendra en son temps. Mais il faut commencer par mettre en oeuvre le cadre que nous avons conçu. Cette formule marque un grand progrès et témoigne des qualités du leadership de Vladimir Poutine. Malgré le désaccord que nous avons eu sur l'Irak, nous pouvons aller de l'avant. Nous devons aller au-delà de nos excellentes relations personnelles pour bâtir une relation stratégique qui couvre tous les sujets clefs. Qu'il s'agisse de la sécurité, mais aussi de l'énergie, ou de l'agriculture, il est essentiel que nous parvenions à régler les divergences avant qu'elles ne deviennent des problèmes. Je suis heureux de voir qu'aujourd'hui, le contentieux le plus grave entre Washington et Moscou porte sur les exportations de poulets américains vers la Russie. Quand on pense qu'il n'y a pas si longtemps nos querelles portaient sur les missiles intercontinentaux, je me félicite du progrès accompli. L'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce dépend d'abord des décisions internes qu'elle devra prendre pour pouvoir se conformer aux principes de l'OMC. Mais il est dans l'intérêt national des Etats-Unis qu'elle devienne membre de cette organisation. Nous soutenons la candidature de Moscou. Quel est le but de votre escale en Pologne ? Depuis que je suis président, ce sera mon second voyage dans ce pays. Je me réjouis que la Pologne ait pu retrouver sa liberté et ce sera pour moi l'occasion de rappeler les valeurs que nous avons en commun. En même temps, je soulignerai que nous ne devons pas oublier les leçons du passé. Je travaille encore sur le discours que je prononcerai à Auschwitz. Il est clair que le mal continue d'empoisonner le monde et que pour triompher nous devons lutter tous ensemble. Il est très important que nous rejetions l'antisémitisme. Mais la condamnation de ceux qui rejettent l'islam est tout aussi essentielle. Au lendemain des attaques terroristes du 11 septembre, j'ai tenu à me rendre dans une mosquée pour adresser un signal délibéré au monde musulman. Je voulais dire que les Américains sont un peuple tolérant et qu'ils respectent toutes les religions. Que donc ils ne condamnaient pas la religion islamique pour des actes commis par quelques individus égarés. L'islam n'est pas responsable de la mort des innocents tués le 11 septembre. Je me rends à Auschwitz pour dire que nous devons lutter tous ensemble pour empêcher la répétition de telles horreurs. A sa création, il y a près de trente ans, le G 7, élargi depuis à la Russie, avait pour but de coordonner les politiques économiques des pays industrialisés. Compte tenu du risque de déflation, y aura-t-il un plan de coordination à Evian, ou bien est-ce que ce sera chacun pour soi, avec les Etats-Unis qui eux comptent sur la glissade du dollar ? Bonne question ! Il est très important que nous prenions le temps de discuter ensemble de nos économies respectives. Il est essentiel que le G 7 se rappelle les raisons qui ont présidé à sa création. Nos grands objectifs seront difficiles à atteindre si nos économies ne sont pas fortes. Je vais aussi dire à mes partenaires que les Etats-Unis pratiquent chez eux une politique monétaire et fiscale saine. Je vais leur répéter que nous menons une politique favorable à un dollar fort. J'écouterai ce qu'ils me diront de leurs propres projets de réforme économiques. Il sera plus facile pour un chômeur américain de trouver du travail si nos partenaires les plus proches se dotent d'économies vigoureuses. «Je suis décidé à travailler avec la France» Propos recueillis par Ch. L. [30 mai 2003] LE FIGARO. – De nombreux responsables américains ne cessent de répéter que la France devra payer le prix de son opposition à votre intervention en Irak. Jusqu'à présent, nous n'avons pas vu grand-chose. Monsieur le Président, avez-vous pardonné à la France ? George W. BUSH. – A l'occasion de ce voyage, je suis décidé à travailler avec la France et ses dirigeants. Mais permettez-moi de vous faire une réponse réaliste. Le peuple américain a été déçu et frustré par l'attitude de la France sur l'Irak. Mes concitoyens n'ont pas compris la décision des dirigeants français de contrecarrer systématiquement les efforts des États-Unis et de leurs alliés pour assurer la liberté et la sécurité de l'Irak. Pourtant cette conduite négative n'influencera en rien ma politique à l'égard de la France et de l'Europe. Je veux une Europe unie, libre et en paix. Je veux une Europe dont les pays seront libres tout à la fois d'être les amis des États-Unis et de participer aux institutions de l'Union européenne. Entre alliés nous pouvons avoir des divergences, mais ce qui rapproche les Etats-Unis et la France, les États-Unis et l'Europe, reste infiniment plus important. Nous partageons les mêmes objectifs sur tous les sujets vitaux. A propos de la sécurité de nos démocraties, de la paix dans le monde et du commerce entre les nations, nous sommes largement d'accord. Le sommet d'Evian ne sera pas un sommet de confrontation. Il m'offre une chance de parler avec les plus grands responsables politiques, qu'ils soient d'accord avec les Etats-Unis ou qu'ils aient des divergences. Nous parlerons du sida, du commerce, de la lutte contre la famine. Mais surtout de notre combat contre les terroristes qui veulent soumettre le monde libre à leur chantage et nous faire vivre dans la peur. Le contentieux entre Paris et Washington reste pourtant fondamental... Je compte avoir une bonne discussion avec Jacques Chirac. Il me faudra évidemment travailler à convaincre les Français qui doutent de la sincérité des Américains. Mais Jacques Chirac et les responsables français devront travailler à convaincre leurs propres concitoyens et montrer que la France est prête à coopérer avec les Etats-Unis. Vous n'avez pas répondu à ma première question. Est-ce que les Etats-Unis vont organiser des représailles contre la France ? Vous essayez de me faire le même coup que la presse américaine. Bien sûr que j'ai répondu à votre question. Même si la réponse ne vous a pas satisfait, elle est sur votre magnétophone. Je vous répète que j'aurai plaisir à discuter avec Jacques Chirac. Vive la France !

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-30 10:38:05
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Vendredi 30 mai 2003

NATIONALISME DES BALKANS
Le nationalisme des Balkans est une peste qui peut envahir l'Europe» Propos recueillis par Vianney Aubert Opposant historique à Milosevic, écrivain serbe en exil à Paris, Vidosav Stevanovic vient de publier aux Editions L'Esprit des péninsules Voleurs de leur propre liberté, récit des manifestations de 1997 qu'il vécut de l'intérieur, et Abel et Lise, roman qui conte l'histoire d'un amour impossible entre un Serbe et une Albanaise. LE FIGARO. - Après deux ans de tergiversations, le gouvernement serbe semble avoir décidé d'en finir avec les réseaux de la dictature déchue. L'assassinat du premier ministre, Zoran Djindjic, en mars a-t-il provoqué à cet égard un électrochoc ? Vidosav STEVANOVIC. - Les événements passés ont souvent été décevants, ils m'ont rendu méfiant, et plutôt pessimiste. Ce drame est effectivement la quatrième occasion de transformer la Serbie en un pays moderne et européen, mais les trois précédentes se sont soldées par des échecs. La première fois, lors des premières élections libres, Milosevic, appuyé sur son populisme et son nationalisme agressifs, avait réussi à emporter une majorité exceptionnelle. Pour les démocrates comme moi, ce fut un jour atroce. La deuxième fois, ce fut pendant les grandes manifestations de 1997, encore une occasion ratée. La troisième fois, en 2000, après la petite révolution de la rue à Belgrade quand l'équipe actuelle a pris le pouvoir. Ce fut un grand spectacle mais encore, hélas, une occasion ratée. Au lieu de nettoyer une armée pétrifiée, une police corrompue, une société parasitée et une bureaucratie qui n'a plus de raison de vivre, le gouvernement a fait du surplace. Les polices secrètes et les forces anachroniques ont pu se préparer et ont organisé l'assassinat du premier ministre, considéré comme réformiste. J'étais pourtant très critique à son égard, je le trouvais beaucoup trop lent, acceptant trop de compromis. Il est nécessaire maintenant de marquer une rupture avec le régime de Milosevic de haut en bas. N'est-ce pas ce qui est en train de se passer avec les vagues d'arrestations qui ont suivi l'assassinat de Djindjic ? La mort de Djindjic a ouvert un processus de prise de conscience, mais je suis un peu sceptique. Il ne faut pas accepter les beaux discours de la classe politique serbe, elle doit changer aussi. Il est nécessaire de mener une politique très claire, d'exiger une vraie démocratie. Par exemple, aujourd'hui il n'y a toujours pas un seul ambassadeur qui ait été recruté parmi les ennemis de Milosevic. Presque tous les membres du gouvernement actuel sont d'anciens collaborateurs de Milosevic. Je les connais pour la plupart personnellement, ce ne sont pas des gens capables de changer profondément. Est-ce une rupture ou non ? La rhétorique change mais la pratique continue. Le danger nationaliste est-il complètement écarté ? Le régime de Milosevic fonctionnait comme une mafia dont il était nécessaire de détruire le sommet. Mais cela ne suffit pas, il faut détruire toute la pyramide. Les forces politiques qui ont provoqué les désastres et les guerres sont maintenant sans tête, mais elles existent toujours, elles cherchent un nouveau guide pour organiser le retour vers le passé qu'elles espèrent. Vous appelez l'Europe à s'investir dans ce processus. Quel rôle peut-elle jouer ? L'Europe n'est pas coupable des guerres des Balkans, mais maintenant elle est responsable. Elle doit prendre les mesures nécessaires pour exiger un changement en profondeur du système juridique, économique et politique. Les paroles bienveillantes ne suffisent plus, il faut agir. Il est beaucoup plus coûteux pour l'Europe d'hésiter comme toujours. Qu'elle fasse attention, le nationalisme balkan est une vieille maladie, une peste qui peut une nouvelle fois envahir l'Europe. Pourquoi ne rentrez-vous pas en Serbie ? J'attends que l'on m'invite, mais, sous prétexte que j'étais contre l'intérêt national, parce que j'étais contre Milosevic, je suis encore coupable. L'intérêt national, c'est Milosevic qui l'a trahi, le nouveau gouvernement fait semblant de ne pas le remarquer ; moi, je ne suis pas coupable, j'accuse. * Ecrivain serbe. Propos recueillis par Vianney Aubert

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-30 10:28:52
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INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON