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Publié le mardi 27 mai 2003

Mardi 27 mai 2003

DISCOURS DE DE VILLEPIN

VISITE EN ISRAEL


DISCOURS DU MINISTRE DES AFFAIRES

 ETRANGERES,


M. DOMINIQUE DE VILLEPIN,


A L'HOTEL KING DAVID

 
Toutes les photos

26.05.2003
Déplacement de M. de Villepin dans les Territoires palestiniens : entretien avec M. Abu Mazen, Premier ministre palestinien (Ramallah)


Photo : © Claude Stefan/MAE

(Jérusalem, 25 mai 2003)

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d'être parmi vous, ici dans cette ville de Jérusalem que je retrouve avec une grande émotion. Et je vous remercie pour votre accueil.

Une fois de plus le Moyen-Orient vient de connaître l'épreuve d'une guerre, une fois de plus nous sommes confrontés au terrorisme et à l'intégrisme, toujours à la haine et à l'intolérance : c'est un immense défi que nous devons relever ensemble. Nous le voyons bien : l'insécurité crée l'urgence, crée l'exigence.

Et au-delà des circonstances, le rendez-vous entre nos deux nations est dicté par une ambition commune. C'est pour cela que nous devons donner un élan, un nouvel élan à nos relations. Recréons la confiance, développons l'échange, le dialogue et la coopération et ce, dans tous les domaines où Israéliens et Français aspirent à faire fructifier leur héritage, à mobiliser leur énergie pour construire l'avenir : l'art, la science, la culture, la recherche.

Terre chargée d'histoire, Israël est un pays moderne, témoignant de sa créativité, de sa victoire sur l'adversité, mais aussi de son aptitude à transmettre les valeurs que son peuple véhicule depuis toujours : une démocratie vivante, une mosaïque de cultures, riche d'une capacité économique et technologique de premier plan, de grande densité, la plus grande densité de scientifiques au monde.

* *

Berceau du peuple juif, Israël est devenu son refuge et sa patrie après des siècles de dispersion marqués par les plus grandes souffrances. Vous en avez gardé, avec raison, le devoir d'inquiétude et de vigilance. Ceux qui ont construit l'Etat d'Israël ont fait le serment que jamais plus les Juifs ne seraient livrés aux forces aveugles de la haine et de la barbarie. Votre pays témoigne aujourd'hui de cet engagement. Rappelons-nous les propos d'André Malraux : "Israël porte sur son visage le plus ancien passé du monde et l'Etat d'Israël n'est que le plus récent chapitre de l'histoire d'Israël".

* *

C'est chez vous, en juin 2002, que j'ai effectué l'un de mes premiers déplacements. J'y reviens aujourd'hui avec deux objectifs : imprimer une nouvelle dynamique à la relation franco-israélienne ; marquer ma conviction que la nouvelle chance qui est donnée à la paix peut et doit être saisie.

La France entretient avec votre pays une relation passionnée, et parfois même passionnelle, fondée sur des liens profonds, marquée par des moments forts, certains heureux, d'autres tragiques, éclairée par tant de nos compatriotes, enrichie, enfin, par les liens multiples qui existent aujourd'hui entre nos peuples.

Il s'agit là de plus de deux siècles d'histoire universelle, commençant avec une double rencontre : celle de la Haskala juive et des Lumières européennes, et surtout celle de la France de 1789 et de l'Emancipation à partir de laquelle s'est forgée la modernité juive. Léon Blum le rappelait : "L'émancipation des Juifs a été l'un des piliers de la mise en application réelle, immédiate des idéaux de la Révolution française. La naissance du Juif moderne - avec sa dignité de citoyen et son intégrité d'homme libre - est venue de cette grande accoucheuse de libertés que fut la Révolution".

Emancipation individuelle, dont l'abbé Grégoire fut le maître d'œuvre intellectuel, mais aussi émancipation collective avec la création du premier Consistoire par Napoléon Bonaparte. Une nouvelle ère s'était ouverte avec la Déclaration des Droits de l'Homme qui appelait à la reconnaissance de tous les citoyens et les unissait dans la même universalité. Ce sont ces principes, proclamés par la Révolution, qui furent portés sur le pourtour méditerranéen par la première association francophone internationale dans l'Histoire, l'Alliance israélite universelle, véhiculant un message d'ouverture et de partage et enseignant dès sa création les valeurs de la République aux futurs citoyens de l'Etat juif.

Aujourd'hui, portés par cette histoire, nous devons réfléchir ensemble à la manière de construire l'avenir. Car dans le cœur des Français, votre peuple éveille de vives résonances : celle de la tragédie, celle de la capacité créatrice, celle d'un devoir de paix partagée. La Shoah appartient à votre histoire, à notre histoire, à celle de toute l'humanité. En me rendant il y a un an au mémorial du Yad Vashem, je me suis incliné devant l'immensité de la souffrance et de l'horreur vécues. La France, par la voix du président de la République dans son discours du Vel d'Hiv en 1995, a reconnu la responsabilité de l'Etat français dans le drame de la déportation des Juifs de France. Il l'a encore rappelé il y a quelques jours : la France est "à jamais inconsolable" de cette "faute inexpiable".

La volonté de notre pays de rétablir la justice a amené le gouvernement français à créer la Mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France, puis à appliquer ses recommandations : en particulier la création de la Commission d'indemnisation des victimes de spoliations et de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Le préjudice moral reste imprescriptible. Tous ces noms, toutes ces âmes du martyre rappellent chaque jour à notre conscience la part obscure qui se tapit en tout homme. Ils rappellent à la France et à l'Europe leur devoir de paix et de tolérance, leur devoir de mémoire devant un drame dont jamais le souvenir ne devra être banalisé. Et si la France et l'Europe portent en elle depuis toujours la marque créatrice du peuple et de l'identité juive, elles n'oublient pas aujourd'hui, après cinquante années d'efforts pour construire un espace de paix et de partage, qu'elles doivent en grande partie l'énergie d'accomplir ce devoir au rejet absolu de l'horreur et de la barbarie qu'a dû subir le peuple juif.

****

Chers Amis,

Entre la France et Israël, entre les Français et le peuple juif, il y a une relation du cœur. En pleine affaire Dreyfus, le père d'Emmanuel Levinas ne rappelait-il pas, paradoxalement, "qu'un pays où l'on se déchire à propos du sort d'un petit capitaine juif est un pays où il faut aller" ?

Très tôt, la France a compris la vigueur du mouvement qui entraînait l'immigration de Juifs venus de toute l'Europe vers la Palestine mandataire. Très tôt, elle a reconnu le miracle de la renaissance de la langue hébraïque après vingt siècles d'absence. D'une certaine manière, elle en fut même le berceau, comme le raconte Eliezer Ben Yehouda, le fondateur de l'hébreu moderne : "c'est dans une des rues de Paris, dans un café du boulevard Montmartre, que je me mis à parler l'hébreu, pour la première fois, avec un de mes amis, assis à une table ronde où étaient servies deux tasses de café noir". C'est bien au cœur de Paris que votre langue a resurgi de ses longues années de sommeil, et au-delà de l'anecdote, comment ne pas y voir le signe d'un avenir à construire ensemble ?

La France et le peuple juif, c'est deux histoires qui se croisent et se répondent. D'un côté, le premier grand monothéisme, fondant les règles d'une morale universelle. De l'autre, le pays des Droits de l'Homme, des idéaux des Lumières, une France reconnaissant dès l'origine la vocation spirituelle du peuple juif. Ces deux pensées universelles sont aujourd'hui indissociables, tant elles se doivent l'une à l'autre.

Je garde la mémoire de tous les Juifs de France qui ont marché vers la mort ; nous nous souvenons aussi des justes français qui se sont mobilisés pour sauver tant de vies. Marqué par le souvenir des années noires, le peuple français s'est mobilisé pour la création de l'Etat d'Israël. La France a défendu votre place à part entière dans la communauté des Nations. Elle a été l'une des premières à reconnaître l'Etat d'Israël et à lui apporter un soutien résolu lors des années les plus difficiles de cette renaissance. Nous avons en commun d'immenses atouts que nous devons utiliser davantage.

D'abord, la communauté francophone d'Israël, qui tisse un lien si fort entre nos deux sociétés. Israël, second pays francophone du Proche-Orient, a vocation à adhérer à l'Organisation internationale de la Francophonie. Nous souhaitons plus que jamais, comme l'avait souligné le président de la République ici même en octobre 1996 au président Weizmann, qu'Israël soit admis dès que possible au sein de cette Organisation.

Ensuite, la communauté juive de France, qui est une chance pour la France. Elle est la deuxième dans le monde en dehors d'Israël, et joue un rôle majeur dans notre pays. La France ne serait pas ce qu'elle est sans Marcel Proust, Léon Blum, René Cassin, Albert Cohen et tant d'autres, aujourd'hui comme hier. Nous gardons le souvenir de ce lignage. Ces Français, fortement attachés au génie du judaïsme puis à Israël, tissent un lien privilégié entre nos deux pays. Je leur renouvelle ma reconnaissance et mon engagement attentif face aux inacceptables provocations de certains afin qu'ils puissent pleinement vivre et s'épanouir au sein de notre République. L'antisémitisme est intolérable. Le peuple français et le gouvernement sont mobilisés pour le combattre sous toutes ses formes.

* *

Il nous appartient de donner un souffle nouveau à nos relations. Ensemble, convaincus qu'il ne faut pas laisser s'éroder la relation entre nos deux pays, nous avons eu à cœur de la restaurer. Je me souviens de l'entretien pour lancer cette idée que j'ai eue avec mon ami Shimon Péres. Je le salue. La France constitue l'un des principaux fournisseurs d'Israël, son troisième partenaire au plan scientifique et le seul pays européen à déployer une présence culturelle dans tout votre pays avec nos centres de Haïfa, Beer Sheva et Nazareth. Notre pays est aussi votre deuxième destination touristique. Et l'Europe constitue aujourd'hui votre premier partenaire commercial.

Nos liens sont intenses et ne demandent qu'à s'épanouir, à se diversifier. Nous avons désigné du côté français le professeur David Khayat, éminent cancérologue, grand homme que j'estime et que je salue, présent parmi nous, pour faire des propositions audacieuses. Je me réjouis que vous veniez de nommer M. Yéhuda Lancry, ancien ambassadeur en France et haute personnalité culturelle comme co-président israélien. Sachez que je veillerai à ce que les conclusions des travaux de ce groupe soient appliquées.

Dans ce cadre, de part et d'autre, des projets ambitieux ont été préparés dans tous les domaines, du dialogue politique à la coopération scientifique, commerciale, culturelle et universitaire. Et permettez-moi de vous annoncer, pour souligner notre engagement et notre confiance, que la France bâtira à Tel Aviv, haut lieu de la création contemporaine dans le monde, un nouvel institut français, à la mesure de la vitalité culturelle de nos deux pays. Espace de rencontre et d'échange où pourront débattre intellectuels, artistes et hommes de science français et israéliens, il aura vocation à devenir un foyer de rayonnement pour la culture française comme pour la francophonie.

**

Relançons également notre dialogue politique dans tous les domaines : sécurité, lutte contre la prolifération et le terrorisme, gestion des conflits. Face aux nouvelles menaces, nous avons le devoir de travailler ensemble, avec toute la communauté internationale. Le peuple israélien, qui est durement frappé par le terrorisme, connaît cette exigence. Nous comprenons ce que ressentent les Israéliens depuis de trop longs mois, depuis des années. La menace du terrorisme hante ici chaque famille. Le sentiment d'insécurité avive une angoisse permanente. L'horreur des attentats nous révolte, comme elle vous révolte. La France condamne tous les actes terroristes. Elle lutte sans merci, avec tous ses partenaires de la communauté internationale, contre ce fléau.

La France n'a jamais transigé sur la sécurité de votre pays. Israël a droit à une sécurité pleine et entière. Cela passe par la construction d'une paix fondée sur la justice. C'est le sens de l'engagement de la France au Proche-Orient. Nous comprenons qu'Israël mette au premier plan de ses préoccupations la sécurité de ses concitoyens, et nous serons toujours à ses côtés contre le fanatisme, contre la haine et la violence. C'est précisément pour cela que nous ne devons pas laisser la logique de l'affrontement l'emporter sur la volonté de réconciliation, à un moment où se dessine peut-être la perspective d'une nouvelle chance.

La paix, en effet, se construira dans le respect des identités et des droits des peuples. Le droit du peuple israélien à vivre en pleine sécurité dans des frontières sûres et reconnues. Le droit à s'intégrer dans son environnement régional et à être reconnu par tous. Vos voisins, peu à peu, le reconnaissent, à la suite des Egyptiens, courageux pionniers de la paix en 1978, puis des Jordaniens en 1994.

Ce droit absolu s'impose désormais comme une nécessité dans la région. Tous les Etats arabes, par la résolution du Sommet de Beyrouth de mars 2002, ont proposé une normalisation des relations avec Israël dès lors que les territoires occupés seraient évacués. Cela signifie qu'il n'y a plus aujourd'hui de vraie contestation portant sur l'existence d'Israël dans ses frontières internationalement reconnues, et si contestation il devait y avoir, elle rencontrerait l'opposition résolue de la France.

* *

Aujourd'hui, le statu quo n'est plus possible. Le conflit israélo-palestinien est devenu un symbole des fractures du monde. L'impasse alimente les frustrations, détournées par le terrorisme international qui radicalise les peurs de chacun. Elle renforce le sentiment d'injustice contre lequel nous devons lutter. Car la justice est une : elle ne se divise pas.

Comment casser cet engrenage ? Depuis près de trois ans, la notion même de processus de paix paraît avoir disparu. Un nombre croissant d'Israéliens, désespérés par les attentats, semblent convaincus qu'une paix négociée avec les Palestiniens est impossible. La légitime sécurité à laquelle a droit le peuple d'Israël apparaît comme la priorité absolue, mais toujours hors d'atteinte.

A lui seul, l'objectif de la sécurité ne permet pas d'assurer la paix. Sans perspective politique, il attise la violence. La réoccupation de la Cisjordanie, le couvre-feu, les opérations "ciblées" qui touchent bien souvent des innocents, les destructions de maisons, les expropriations peuvent-ils être des garanties de sécurité pour les Israéliens ?

Interrogeons-nous aussi sur le sens de l'histoire. C'est en apportant des réponses politiques, en recherchant une paix juste et durable que des seuils seront franchis. Je comprends vos doutes. Comment en effet envisager des concessions lorsque les bombes explosent dans vos autobus, devant vos écoles ?

Mais c'est aussi dans la force de nos démocraties, dans la sagesse de nos cultures, dans l'exigence de nos peuples que nous pouvons trouver les réponses. Quel peuple plus que le vôtre, qui a tant connu l'injustice, la répression, l'exclusion, peut comprendre les sentiments éprouvés par le peuple palestinien ?

Nous devons arracher cette région au vertige qui l'étreint. La France souhaite un Etat d'Israël pleinement intégré dans son environnement, vivant en paix et en totale sécurité, échangeant avec ses voisins. Je le dis avec amitié et conviction : cela ne sera pas possible sans des choix courageux, des compromis, des ouvertures.

* *

Votre Etat, après cinquante ans d'hostilités et de guerres, voit sa légitimité s'affirmer auprès de ses voisins. Il reste un pas à franchir et c'est parce que vous êtes forts que vous pouvez le faire. Ce pas, c'est le respect du principe de l'échange des territoires contre la paix. Et la paix peut être conclue avec les Palestiniens comme avec les Syriens et les Libanais.

Ce pas accompli, avec toutes les garanties internationales nécessaires, y compris celles de la France, vous pourrez enfin vivre dans la sécurité et la tranquillité, oublier l'angoisse de la violence et obtenir la pleine reconnaissance de votre présence au Moyen-Orient.

Il y a aujourd'hui une nouvelle chance pour la paix : un plan proposé par le Quartet qui réunit l'Europe, les Etats-Unis, la Russie et les Nations unies. Il prévoit un calendrier menant en trois ans à la création d'un Etat palestinien avec un Etat d'Israël pleinement reconnu par ses voisins et intégré dans la région. Il faut que le plan du Quartet soit mis en œuvre de bonne foi par toutes les parties. Les Palestiniens l'ont accepté. Israël a pris aujourd'hui une décision très importante. Il est maintenant urgent que chacun s'engage dans la mise en œuvre intégrale de ce plan. L'acceptation de la feuille de route ouvre une nouvelle page pour la région. C'est une chance majeure sur le chemin de la paix. Confortons le mouvement. Faisons de la paix un chemin irréversible.

Un nouvel échec ferait de la feuille de route une feuille morte et ôterait tout espoir à cette région, livrée à toujours plus de violence, de répression, de sacrifices. L'alternative à la feuille de route, ce n'est pas le statu quo mais le gouffre.

La France et l'Union européenne sont prêtes à s'engager et à travailler avec les parties pour ramener la confiance, pour accompagner jour après jour la mise en œuvre de cette feuille de route. C'est pour cela que j'ai présenté dans un discours au Caire cinq étapes pour accompagner et soutenir l'application de ce plan de paix. J'ai notamment plaidé pour que la conférence internationale qu'il prévoit se tienne dès le début du processus, et pour un arrêt immédiat et simultané des violences. Tous les pères de la feuille de route doivent prendre leurs responsabilités pour sa mise en œuvre. Ensemble, nous devons mettre en place le mécanisme de supervision, tel que le Quartet en a dressé les contours, pour accompagner l'application de ce plan.

Pourquoi attendre encore, en craignant à chaque instant l'inéluctable ou l'irréparable, quand la paix est à bâtir tous les jours, en soi et autour de soi ? Car la paix, comme la justice, ne se divise pas. Pensons à ce qu'elle signifierait : ne serait-ce pas l'espoir et l'horizon rendus à chacun ? Le quotidien restauré dans sa légèreté, son insouciance, ses mille projets ordinaires et extraordinaires, l'avenir gravé dans les consciences. Israël bénéficierait au premier chef d'une dynamique de développement de la région. Déjà, des perspectives s'ouvrent avec le processus euro-méditerranéen de Barcelone. Ce dialogue, auquel Israël participe depuis l'origine, me donnera l'occasion de retrouver mon homologue israélien Silvan Shalom après-demain en Crète. Il est précieux, parce qu'il reste aujourd'hui le seul cadre qui réunisse Israël et les pays des deux rives de la Méditerranée.

Ne nous voilons pas la face. Dans un contexte tragique, le choix de la paix est toujours difficile. Nous le savons tous : les peuples qui se battent pour leurs droits ne renoncent pas. Vous le savez mieux que quiconque. Soyons audacieux dans la recherche d'une paix globale. Sur le volet syrien, la France souhaite que les négociations, qui s'étaient interrompues près du but, reprennent enfin.

**

Chers Amis,

Ici même, à Jérusalem en 1805, Chateaubriand fut saisi d'admiration pour la communauté juive, toujours vivante, toujours fidèle à son histoire, quand tant de grandes civilisations ont été englouties par les siècles, de la Perse à la Grèce d'Alexandre ou à l'Empire romain. "Si quelque chose parmi les nations, écrivit-il, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici."

Ce miracle vous appartient. Chaque jour, il vous tient à cœur de le renouveler, et la France sera toujours à vos côtés pour entretenir cette lumière venue du fond des âges, pour tenir ce cap exigeant dans les grands tournants de l'histoire.

 

Aujourd'hui ce cap est celui de la paix avec le peuple palestinien. Ensemble, nous devons ouvrir une nouvelle page de l'histoire. Israël terre longtemps rêvée, un temps perdue, aujourd'hui retrouvée, connaît encore le trouble et l'inquiétude. La véritable victoire de votre peuple sera celle de la paix dans une région qui aspire à devenir sereine, celle de l'humanisme que vous portez au plus profond de votre identité depuis toujours.

Je vous remercie./.

VII.-

OUVERTURE
DE LA PREMIERE CONFERENCE ERASME-DESCARTES
"L'ETAT ET LA DEMANDE SOCIALE"
ALLOCUTION DE LA MINISTRE DELEGUEE
AUX AFFAIRES EUROPEENNES,
MME NOELLE LENOIR

 

(Amsterdam, 25 mai 2003)

Monsieur le Ministre,

Madame et Monsieur les Ambassadeurs,

Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs,

Je tiens avant tout à vous dire mon grand plaisir de participer à l'ouverture de la première conférence Erasme-Descartes qui se tient aujourd'hui dans cette magnifique ville d'Amsterdam. Comme vous le savez, cette conférence lance un nouveau processus de coopération entre la France et les Pays-Bas, destiné à dépasser le cadre du dialogue politique proprement dit pour permettre aux sociétés civiles de se rencontrer et par là même à nos concitoyens de mieux se connaître et de mieux se comprendre. Il ne s'agit pas de nier l'importance du dialogue politique et diplomatique traditionnel, qui est d'ailleurs très bon entre nous depuis la visite d'Etat effectuée par le président de la République aux Pays-Bas en 2000. A cet égard, deux événements récents témoignent de la vitalité et de l'efficacité de nos relations bilatérales : d'une part, la tenue de la première réunion du Conseil de coopération franco-néerlandais, présidé par M. de Hoop Scheffer et M. de Villepin le 13 mai dernier ; d'autre part, l'impact à la Convention sur l'avenir de l'Europe, de la contribution commune que nos deux pays ont déposée sur le renforcement de la méthode communautaire et qui montre notre attachement à une Europe qui transcende les intérêts purement nationaux.

Grâce à la construction de l'Union européenne, notre destin commun va bien au delà des questions politiques proprement dites. Si nous voulons créer cet espace d'échange et de citoyenneté que doit être l'Europe, si nous voulons véritablement maîtriser notre destin, nos sociétés doivent se rencontrer et partager leurs expériences.

C'est en cela que des initiatives, comme la conférence qui nous réunit aujourd'hui, revêtent une importance majeure. En temps que ministre issue de la société civile et juriste dans l'âme et dans ma profession, j'applaudis notre préoccupation commune à impliquer intellectuels, chercheurs, acteurs économiques et sociaux à toutes les dimensions de notre coopération bilatérale.

Je salue également le thème que vous avez choisi de traiter aujourd'hui : l'Etat et la demande sociale. C'est une interrogation à laquelle il nous faut répondre d'urgence, alors que le marché intérieur et la monnaie unique invitent les pays européens à dynamiser leurs économies et à acquérir de nouvelles marges de croissance. Sans compter les obligations de discipline budgétaire et financière imposée par le Pacte de stabilité, garant essentiel de la coordination de nos politiques économiques.

Le rapport de l'individu à l'Etat constitue la charpente de nos sociétés démocratiques en France comme en Hollande. L'Etat détient d'une part l'autorité légitime et, comme l'indiquait Max Weber, le "monopole de la violence". D'autre part, il s'oblige à fournir des prestations sociales qui illustrent la solidarité entre les membres de la collectivité nationale. En France, c'est à travers la notion de citoyenneté que se définit cette relation complexe et souvent passionnelle entre l'Etat et l'individu. D'un coté, l'individualisme trouve sa consécration dans les droits civils et politiques de chaque citoyen. La formule du philosophe Alain qui résume la démocratie aux droits qu'exerce "le citoyen contre l'Etat" reflète cette conception des relations entre l'Etat et la société ; d'un autre côté, les droits sociaux accordés à chacun sont la marque d'un Etat Providence qui est notre cadre de vie depuis 50 ans.

Or c'est cette conception de l'Etat providence qu'il faut maintenant revisiter à l'aune de la mondialisation. Il faut repenser le contrat social de manière à garantir un niveau de solidarité conforme à la demande sociale européenne. La notion de citoyen n'a pas aux Pays-Bas un contenu aussi ''militant'' que chez nous (imaginez qu'en France le mot "citoyen" désigne même un mouvement politique !). Pourtant les Néerlandais connaissent également ce défi de la mondialisation et vous avez la même recherche que nous d'un nouvel équilibre entre le communautaire et l'individuel. Ainsi nombreux sont les observateurs français de votre pays à admirer combien votre société s'est organisée à travers ses associations, ses corps consultatifs, ses organismes représentatifs et combien vous savez pratiquer le dialogue social. Et pourtant, un humoriste anglais du XIXème siècle avait tout autant raison, me dit-on, en affirmant que ce sont les Néerlandais qui ont "inventé la vie privée", montrant ainsi que la collectivité n'exclut pas l'individualité.

Même s'ils apportent des réponses différentes, nos deux peuples sont aussi attachés à une démocratie politique qui préserve leurs libertés tout en ménageant une séparation entre la sphère publique et la sphère privée, qu'à une démocratie sociale qui s'appuie sur le droit à l'éducation, à la santé et à la sécurité sociale.

Mais les bouleversements que le monde connaît aujourd'hui sont porteurs d'inquiétudes :

L'irruption du terrorisme, notamment après l'épouvantable drame du 11 septembre 2001, a contribué à attiser le sentiment d'une insécurité réelle, mais également des réflexes de repli sur soi. Ainsi, lors des campagnes électorales de l'an dernier dans nos deux pays, la sécurité était la première préoccupation des sondés, ce que les résultats ont d'ailleurs illustré de façon criante.

La fin des idéologies et ce que le philosophe français Marcel Gauchet appelle "le désenchantement du Monde", pour manifester l'affaissement en Europe des croyances religieuses ou des grandes utopies, constituent également une dilution des repères susceptible de menacer notre idéal européen.

C'est pour cela que les Etats au sein de l'Europe doivent repenser la nature et les mécanismes de leurs liens avec les citoyens. A défaut, des forces obscures ou obscurantistes prospéreront sur nos sociétés inquiètes, déboussolées. Encore le week-end dernier, dans le pays qui sert de trait d'union entre nous, la Belgique, les extrémistes du Vlaams Blok ont atteint des résultats qui ne peuvent qu'inquiéter les partisans des valeurs démocratiques. La réflexion que vous entamez aujourd'hui est donc urgente. Je vous souhaite, dans notre intérêt à tous, qu'elle soit aussi productive que possible pour permettre de bâtir une société européenne qui nous mette à l'abri des extrémismes.

Je considère que la clé du développement harmonieux de nos deux pays est dans la conciliation d'une économie de marché efficace - fondée sur la dynamique de l'esprit d'entreprise - et d'une société solidaire. Pour parvenir à cet équilibre, il convient selon moi de relever trois défis fondamentaux :

- la compétitivité de notre économie, qui suppose de faire évoluer nos régimes de protection sociale ;

- la création d'une véritable solidarité européenne ;

- la reconnaissance de l'apport des services publics à la compétitivité européenne.

*

* *

1. Premièrement, la compétitivité de nos économies pourra seule permettre la cohésion sociale au niveau d'exigence légitimement attendu par nos concitoyens.

En France, aux Pays-Bas, mais également en Autriche, en Allemagne, en Espagne, en Grèce ou en Italie, de même qu'en Pologne ou en Hongrie, partout nous connaissons le même débat sur les retraites. Partout en Europe la baisse structurelle de la natalité et les progrès de la médecine ont modifié fortement le rapport entre cotisants et retraités, amenant à rechercher les conditions d'un nouvel équilibre. Il ne saurait être question de remettre en cause le modèle social de nos démocraties à l'européenne, dont la cohésion sociale est l'un des meilleurs atouts. Pourtant nous devons veiller à ce que ce modèle, du fait des charges excessives qu'il entraîne pour la collectivité, ne devienne une ''sangsue'' qui aspirerait les forces vives de la nation. Tel est notre projet. Que peut faire l'Europe pour faciliter les réformes indispensables ? Voilà la question que je souhaite aborder à présent plus en détail.

A mon sens, l'Europe a un rôle à jouer. Il ne s'agit pas pour elle de se substituer aux Etats nations. Sur un sujet comme les retraites, cela ne paraît pas, au moins pour le moment, souhaitable. Mais l'Europe peut apporter sa pierre à l'édifice. D'abord, tous les Européens ne procèdent pas de façon uniforme. Toutes les idées ne naissent pas sur les bords de la Seine ou de l'Amstel. L'Europe doit donc être un lieu de rencontre et d'échange, un ferment intellectuel et nous disposons pour cela d'un outil : la stratégie de Lisbonne, qui permet d'aborder les questions économiques et sociales dans la perspective globale de la compétitivité à long terme. Nous disposons aussi d'un outil opérationnel, celui que l'on appelle dans le jargon communautaire "la méthode ouverte de coordination". Cette méthode en effet nous permet de mesurer et de comparer nos performances. Or comparer, c'est stimuler et encourager les réformes dont nous n'avons pas forcément la clé faute d'expérience : comment indemniser le chômage sans pénaliser le travail ? Comment former les travailleurs plus âgés qui perdent leur emploi pour pouvoir les reclasser ? Comment former les jeunes peu diplômés dans un monde en perpétuel progrès ? Mais également, comment éviter les abus des régimes d'aide sociale - sujet dont je sais qu'il fait chez vous l'objet d'un vif débat, par le biais de la réforme de la loi sur l'incapacité de travail.

Toutes ces questions sont essentielles et personne ne saurait prétendre détenir la réponse absolue. Mais il y a des réponses à adapter selon les pays, et c'est à ces réponses que l'Europe contribue. Ainsi, des pays comme l'Espagne ou l'Italie n'auraient pas mené à bien leurs réformes économiques et sociales sans la perspective de la monnaie unique. De même, la réforme des retraites en vigueur ou en cours dans l'ensemble des pays européens reflète-t-elle la nécessité d'une meilleure coordination des politiques économiques et sociales, avec comme objectif de préserver notre niveau élevé de protection sociale dans une société de plus en plus compétitive. Sans réforme des retraites, nous ne pourrions en effet ni en garantir le service aux générations futures, ni prétendre même bénéficier de la croissance que nous appelons de nos vœux.

2. Affirmer l'Europe comme espace de solidarité permettra de réaliser plus facilement les réformes structurelles dans les Etats membres.

Jusqu'ici, l'Europe a largement laissé les Etats membres répondre à la demande sociale. Elle s'est pourtant progressivement érigée en espace de solidarité dans certains domaines : notamment le maintien d'une agriculture rentable et de qualité, mais également la résorption des déséquilibres régionaux à travers les fonds structurels. On entend parfois dire que ces politiques doivent être démantelées. Mais est-ce bien ainsi que l'on répondrait efficacement à la demande sociale en Europe ? Et que dire d'un projet européen qui ne ferait aucune place à la solidarité et qui n'apporterait aux citoyens que les contraintes de directives et règlements souvent bien tatillons, complexes et difficiles à intégrer dans nos cultures juridiques ? Je suis persuadée au contraire qu'il faut défendre les politiques communes comme facteur d'entraînement de la croissance pour l'ensemble du site Europe.

Cela suppose d'agir à deux niveaux :

- Entre les Etats d'abord. Je connais votre souci de bonne gestion budgétaire et je le partage, n'ignorant pas que les temps sont difficiles pour les finances publiques. Mais, en tant que membres fondateurs, nous devons réaffirmer le caractère essentiel pour l'Europe des politiques communes. La France bénéficie surtout de la PAC et la Grèce ou l'Espagne de la politique régionale. Mais toute l'Europe en a également bénéficié. Par exemple le dynamisme de l'agriculture et le rattrapage économique des régions les plus défavorisées ont apporté à la société européenne un niveau de vie et de compétitivité qui sont autant de gages d'une stabilité politique indispensable à la paix sur le continent. Aussi, plutôt que de s'engager à re-nationaliser ces politiques (qui se limitent au demeurant à à peine 1 % du PIB européen), pourquoi ne pas réfléchir au développement de politiques structurantes, comme celle des réseaux trans-européens de transport, ou même pourquoi ne pas mettre en place de nouvelles politiques communes comme celle de la recherche ou du soutien à l'innovation ? Il y va de la compétitivité de l'Europe, une compétitivité qui tire le social vers le haut. Car faute de croissance, comment peut-on espérer redistribuer les fruits de la croissance ?

- La construction d'un véritable modèle social européen doit être le second objectif. Dans une tribune publiée en février dans le Financial Times, un ministre britannique en récusait le concept en ironisant sur le fait qu'il ne revenait pas à l'Europe de réglementer le droit de grève des pompiers. Il y faisait valoir que les questions sociales relevaient du principe de subsidiarité et que chaque nation devait donc en décider pour elle-même. Certes, la compétence nationale en ces domaines est première, mais peut-on concevoir l'Europe en laissant tout à fait de côté la demande sociale qui s'y exprime ? L'émulation économique est un processus sain, si elle pousse chacun à faire de son mieux, mais pas s'il s'agit d'un jeu à somme nulle fondé sur le moins-disant social. Qui peut dénier, par exemple, à la récente réglementation sur les règles applicables aux conducteurs de camion ou aux gens de mer sa légitimité de législation européenne ? Qui peut justifier de maintenir dans l'Europe élargie l'unanimité pour les décisions en matière de transferts des droits sociaux des travailleurs migrants (l'actuel article 42 CE) ? J'ai la conviction que la consolidation du modèle social européen facilitera la tâche de ceux qui veulent réformer les systèmes nationaux. La mise en œuvre de règles propres à un modèle social européen juste et efficace contribuera en effet à rassurer ceux qui sont inquiets pour leur avenir et pour l'avenir de leurs enfants, et leur fera mieux accepter les réformes structurelles nécessaires au maintien de ce modèle.

Voilà pourquoi le gouvernement auquel j'appartiens entend promouvoir avec une détermination égale, à la fois le renforcement de la compétitivité française par une juste réforme des retraites, mais aussi l'affirmation d'un principe de solidarité au niveau européen, l'un ne pouvant pas aller sans l'autre.

3. La cohésion devient un enjeu fondamental de nos économies qui impose de repenser le principe de l'intérêt général.

Au delà de la recherche de l'équilibre entre l'économique et le social, se pose la question de la cohésion sociale et territoriale. Qui représente pour nous à la fois une protection et un atout et qui est assurée par un instrument que nous appelons le service public. Je sais combien ce concept peut paraître périmé ou à tout le moins spécifiquement français et difficilement exportable. Il paraît même peu défendable pour certains particulièrement les jours de manifestation comme aujourd'hui dans les grandes villes de France…

Mais si la Conférence Erasme-Descartes a bien une ambition, c'est celle de relativiser les stéréotypes. Dès lors, je crois particulièrement opportun d'aborder la question des services publics, car s'il peut y avoir un sujet d'incompréhension entre nos pays, c'est bien celui-là. Aujourd'hui le service public à la française connaît une profonde mutation et ne correspond plus du tout à sa caricature. Je n'ignore pas les craintes envers les monopoles d'Etat, protégés à domicile et que l'on dit prédateur à l'étranger. Mais cette image est fausse : l'ouverture à la concurrence est à l'œuvre en France comme dans le reste de l'Union européenne et ce dans tous les secteurs - poste télécom, gaz, électricité, ferroviaire, etc. Nos anciens monopoles se transforment et deviennent des entreprises européennes, confrontés à une concurrence rude, chez eux comme sur les autres marchés. Dans les secteurs marchands comme ceux que je viens d'évoquer, le service public correspond en réalité au service d'intérêt économique général, il est géré de plus en plus par des opérateurs privés, dans les conditions des sociétés commerciales.

Cette mutation, j'ai toujours cru que nous pourrions la promouvoir et la penser ensemble, dans un cadre européen. Car il serait logique que les Pays-Bas soient les champions du service d'intérêt général, des alliés naturels dans la défense d'une conception montrant que, dans certains cas, il est nécessaire de prendre en charge collectivement l'intérêt de la communauté pour mieux le faire prévaloir. Je lis ainsi dans le sondage réalisé à l'occasion de votre colloque, que les services publics bénéficient d'une image très positive auprès des populations de nos deux pays. Et cela est parfaitement naturel. Après tout, votre pays doit tellement aux collectivités qui ont entrepris la conquête des terres sur la mer ! C'est au prix de travaux engageant une solidarité nationale sans équivalent dans le monde que les waterschappen, communautés chargées de la construction et de l'entretien des digues et des canaux, ont depuis le Moyen Age gagné des terres qui équivalent aujourd'hui à 20% de la superficie de votre pays. Et que dire de ces 1100 kilomètres de digues qui protègent réserves d'eau douce, terres agricoles, villes ? Leur préservation coûte que coûte répond à l'intérêt général ?

Il s'avère que la France et les Pays-Bas ont des conceptions parfois différentes de ce qu'est un service public, et de la façon de le gérer. Je notais récemment que la distribution de l'eau était gérée par un opérateur public aux Pays-Bas alors que la distribution du courrier ne l'était pas. C'est le contraire en France. Voilà qui montre que nul ne peut ou ne doit chercher à imposer un modèle unique. Je vous propose donc d'éviter les débats théologiques et de partir de préoccupations concrètes. Comment organiser l'espace européen comme un espace de concurrence d'une part, et donner aux autorités publiques les moyens d'assumer certaines missions nécessaires à la cohésion sociale et territoriale d'autre part ? Profitons pour examiner cette question du débat que vient d'ouvrir le livre vert de la Commission européenne sur les services d'intérêt général afin de mieux cerner nos obligations de bonne gestion de ces services au niveau européen :

- une obligation de résultat : ce qui apparaît comme un élément essentiel de la cohésion économique et sociale doit pouvoir être organisé sans entrave juridique ou financière ce qui pose la question de l'application des règles communautaires sur les aides d'Etat. Voilà le type de question qu'il faut en tous les cas clarifier pour permettre à ceux qui sont à l'écoute de la demande sociale, Etat ou collectivité territoriale, d'y répondre au mieux.

- une obligation de méthode : l'ouverture des services essentiels doit pouvoir être évaluée de façon transparente et objective pour que chaque citoyen tire ses propres enseignements des effets de cette ouverture. L'adhésion à l'Europe est à ce prix. Je souhaite ainsi que l'évaluation des services d'intérêt économique général fasse l'objet d'une attention plus importante, et soit par exemple confiée à un observatoire situé auprès du Parlement européen.

*

* *

En conclusion, je ne résiste pas à la tentation de citer cette phrase de Paul Valéry qui résume toute notre réflexion : "Si l'Etat est fort, il nous écrase, s'il est faible, nous périssons". 1989 a sonné le glas d'un régime collectiviste, étatique et despotique, mais qui a gagné ? Certainement pas les partisans d'un laisser-faire complètement débridé et c'est heureux car, quatorze ans plus tard, la demande sociale demeure toujours forte et nos Etats, comme l'Europe à son niveau, doivent y répondre. Quoi de mieux pour trouver les équilibres appropriés que de confronter nos idées, de croiser nos réflexions, de bâtir les modèles de demain ? Je ne doute pas que ce colloque constitue les prémices d'une longue et fructueuse réflexion, et plus encore que cette réflexion, débouchera sur des propositions d'actions conjointes. L'Europe ne peut que s'enrichir de notre contribution bilatérale./.

VIII.-

COMMUNIQUE CONJOINT
DES MINISTRES CHARGES DES AFFAIRES EUROPEENNES
D'ALLEMAGNE, DE FRANCE ET DE POLOGNE,
DANS LE CADRE DU TRIANGLE DE WEIMAR

 

(Varsovie, 26 mai 2003)

Trois semaines après le Sommet du Triangle de Weimar à Wroclaw, les ministres chargés des Affaires européennes de Pologne, Danuta Hübner, de France, Noëlle Lenoir, et d'Allemagne, Hans Martin Bury, se sont rencontrés à Varsovie le 26 mai 2003.

Les discussions ont permis d'évaluer positivement les résultats auxquels la Convention est parvenue à ce jour. Les ministres ont souligné que l'objectif principal de la Convention était d'assurer l'efficacité et la possibilité d'une intégration plus poussée dans une Union élargie.

Les ministres ont discuté des questions institutionnelles posées à la Convention. Ils sont convenus que le triangle institutionnel et la méthode communautaire devraient être renforcés. Ils ont réaffirmé que le Parlement européen, le Conseil et la Commission européenne devraient être renforcés et qu'une présidence permanente du Conseil européen devrait être établie pour donner à celui-ci une plus grande continuité. Le président de la Commission devrait être élu par le Parlement européen.

Les ministres sont également convenus que l'expérience récente avait confirmé que l'un des défis essentiels auxquels la Convention devait trouver une réponse était l'accroissement de l'efficacité de l'Europe dans le domaine de la Politique étrangère et de sécurité commune. A cette fin, les ministres ont souligné la nécessité pour la Convention de progresser vers :

- la création du poste de ministre des Affaires étrangères européen afin de donner à l'Europe un visage unique pour conduire une politique étrangère opérationnelle et de contribuer à une meilleure coordination de l'action extérieure de l'Union européenne ;

- l'introduction du vote à la majorité qualifiée pour les décisions de la Politique étrangère et de sécurité commune fondées sur une proposition du ministre européen des Affaires étrangères, à l'exception des décisions comportant des implications militaires ou de défense ;

- l'accroissement de la coopération entre les Etats membres dans les crises et sur les questions d'importance stratégique, en particulier en évitant les actions des Etats membres sans consultation préalable du Conseil européen ou du Conseil. Le Ministre des Affaires étrangères européen devrait jouer un rôle actif dans la formulation des positions de l'Union ;

- la poursuite du développement de la Politique européenne de sécurité et de défense par le renforcement des capacités civiles et militaires de l'Union. Une coopération renforcée en matière de sécurité devrait être poursuivie au sein de l'Union de manière compatible avec les activités de l'OTAN.

Les ministres sont convenus que les nouveaux Etats membres devraient participer à la Conférence intergouvernementale qui adoptera le Traité constitutionnel sur un pied d'égalité avec les Etats membres actuels. Ils sont convenus que le résultat de la Convention devrait être la base de la Conférence intergouvernementale. La Constitution devra être signée après l'adhésion des dix nouveaux Etats membres.

Les ministres ont également discuté des perspectives du développement des relations avec les "nouveaux voisins" de l'Europe élargie.

Afin de renforcer la coopération trilatérale et de la mettre au service des sociétés civiles des trois pays, et de développer la compréhension mutuelle entre celles-ci, les ministres sont convenus de la nécessité de développer leur coopération scientifique et culturelle.

Les ministres ont appelé au renforcement du partenariat entre Arte et la télévision publique polonaise, en particulier dans les domaines de la coproduction et de la fourniture de programmes. Ils ont exprimé leur espoir et leur intérêt qu'un accord puisse être bientôt trouvé entre Arte et les réseaux câblés polonais afin de permettre la diffusion légale d'Arte sur ces réseaux. Ils ont exprimé leur soutien à l'exploration de possibilités supplémentaires de coopération, y compris la diffusion de certains programmes d'Arte en langue polonaise sur les réseaux câblés polonais.

Les ministres sont parvenus à un accord sur le mécanisme de consultation étroite sur l'avenir des politiques communautaires annoncé par le Sommet de Wroclaw. Ils ont souligné la nécessité d'approfondir la coopération trilatérale sur les questions scientifiques intéressant le plus leurs citoyens, telles que les technologies de l'information, les sciences de l'environnement et la biotechnologie.

Les ministres ont souligné l'importance et les effets mutuellement bénéfiques de l'adhésion de la Pologne à l'Union européenne et ont par conséquent exprimé leur espoir que la population polonaise apportera un soutien massif à cette adhésion lors du référendum des 7 et 8 juin.

Les ministres sont convenus de poursuivre leur étroite coopération, y compris à travers des consultations trilatérales régulières, durant la Conférence intergouvernementale et au-delà, afin de parvenir à des positions communes sur le processus constitutionnel et les autres sujets européens./.

IX.-

NOMINATIONS

   

Le Journal officiel du 25 mai publie la nomination de M. Patrick Nicoloso, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République islamique de Mauritanie en remplacement de M. Jean-François Thibault.

Le Journal officiel du 25 mai publie la nomination de M. Jean-Pierre Destouesse, en qualité d'ambassadeur, haut représentant de la République française auprès de la République centrafricaine en remplacement de M. Dominique Boché./.

DIPLOMATIE P.O. VALERO



ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-27 13:06:52
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Mardi 27 mai 2003

RELATIONS FRANCO-AMERICAINES
France/Etats-Unis
Félix, l'Américain qui veut aider Chirac
Félix Rohatyn a été ambassadeur des Etats-Unis à Paris de 1997-2001.   (AFP/DERRICK CEYRAC.)

COMMENT REDRESSER l'image de la France aux Etats-Unis, terriblement dégradée depuis l'affrontement irakien ? A Paris, nombreux sont ceux, au gouvernement, dans les milieux d'affaires ou... à l'état-major de l'UMP, qui planchent sur la question. Car, malgré la visite de Colin Powell la semaine dernière (et avant le sommet du G 8 avec George Bush lundi prochain), le contentieux est loin d'être réglé : la Maison-Blanche n'a pas vraiment pardonné. Preuve que le sujet demeure sensible : après la fameuse lettre ouverte adressée par l'ambassadeur français à Washington, Jean-David Levitte, au gouvernement et aux médias américains pour dénoncer une « campagne organisée » contre la France, Jacques Chirac en personne se dit « attristé » par ces attaques. Dans une interview publiée hier par le « Financial Times » britannique, le chef de l'Etat ajoute cependant qu'elles émanent d'un « petit groupe » de gens à Washington, qui « ne l'empêchent pas de dormir ». Plus inquiets, les patrons du Medef, eux, déplorent un climat mauvais pour les affaires.
« Guerre d'opinion » Pour réagir, certains ont suggéré une « politique pro-active ». Concrètement, il s'agit de lancer une « guerre d'opinion », « d'occuper les médias ». Mais, pour cela, il faut des relais de poids dans l'« establishment » américain. « L'ambassadeur Levitte a beau multiplier les interviews, explique un ancien diplomate du Quai, cela reste infinitésimal par rapport à la masse d'accusations et de fausses rumeurs propagées tous les jours. » Mais voici la bonne nouvelle : la France aurait trouvé son « champion », en la personne de Félix Rohatyn, ex-ambassadeur des Etats-Unis à Paris (1997-2001), francophile et même francophone pour avoir suivi une partie de sa scolarité à Paris, où sa famille fuyait les nazis. Il n'empêche : Rohatyn n'avait pas caché son étonnement face à la position « ultra » affichée dans l'Hexagone. Cela dit, conscient des dégâts dans l'opinion américaine, il serait prêt à aider les Français, au gré de colloques, interviews, rencontres dans les cercles influents. Ses atouts ? Outre ses talents de diplomate, ce septuagénaire jouit d'une réputation flatteuse dans les milieux économiques. Cet ex-patron de la banque Lazard aux Etats-Unis (toujours administrateur de Suez) fut, dans les années 1970, l'artisan du sauvetage de la ville de New York, menacée de naufrage financier. Enfin, bien qu e l'homme soit démocrate proche de Clinton, il n'en a pas moins l'oreille des Républicains, qui apprécient en lui un businessman prospère à la tête de son cabinet new-yorkais, Rohatyn Associates. Et Paris, qui prépare un vaste plan médiatique, espère voir se lever demain d'autres Rohatyn...

Henri Vernet

Le Parisien , mardi 27 mai 2003

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-27 12:29:21
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Mardi 27 mai 2003

AFGHANISTAN


Le Figaro
Mardi 27 mai 2003

Les confessions d'une femme de martyr

Bruxelles : de notre envoyée spéciale Alexandrine Bouilhet

La tête couverte d'un épais hidjab, Malika se dresse, fière, devant le tribunal. Depuis son retour d'Afghanistan, la veuve de l'assassin de Massoud a pris du poids. Entretenue par la communauté islamiste de Bruxelles, elle vit comme un coq en pâte dans le quartier de Molenbek. Belge d'origine marocaine, Malika a le privilège de comparaître libre devant la justice belge. Elle parle d'une voix forte et assurée. Dans le box des détenus, les «Afghans» aux carrures d'athlète écoutent avec attention le récit de la femme du héros. Lorsque, en janvier 2001, son mari, Dahmane Abdessatar, lui demande de venir le rejoindre en Afghanistan, Malika n'hésite pas un seul instant. «Il voulait s'entraîner au djihad, avant de partir se battre en Tchétchénie», raconte-t-elle. Rien de plus naturel. Depuis deux ans, Malika fréquente les islamistes les plus radicaux de Bruxelles. Son mari ne porte-t-il pas les stigmates frontaux de la prière à outrance ? A ses côtés, Malika s'est imprégnée de cette foi sectaire qui caractérise les membres d'al-Qaida. A Jalalabad, la mère de famille belge est hébergée dans le «quartier des Arabes». Dictée par la loi islamique, la vie afghane est austère. Pour souffler, Malika revient trois mois en Belgique. Début août, son mari la presse de revenir. Il y a urgence, lui dit-il au téléphone. Malika l'ignore, mais son mari vient d'accepter une mission kamikaze ; il veut sans doute revoir sa femme une dernière fois. Lui a-t-il demandé d'apporter dans ses valises les deux faux passeports qui seront retrouvés sur les kamikazes ? Malika le nie. A l'entendre, la décision de tuer Massoud a été prise au début de l'été 2001. Elle ne savait rien de l'opération en cours. Le 10 août, explique-t-elle, son époux lui a annoncé qu'il devait s'absenter dix jours pour aller faire un reportage sur l'Alliance du Nord. «J'étais vraiment contente pour lui, mais aussi inquiète...» Dahmane avait suivi des études de journalisme à Tunis. C'est la première et la dernière fois qu'il exercera ce métier. «Je peux vous assurer qu'il n'avait pas de bombe sur lui quand il est parti. Est-ce qu'il savait ce qui l'attendait ? Je n'en suis pas sûre...» Malika reste sans nouvelles pendant un mois. Le 12 septembre, lendemain des attentats à New York et à Washington - dont elle n'a pas encore connaissance -, une Pakistanaise vient la féliciter en arabe : «Ton mari a tué Massoud. C'est un martyr.» Dans la foulée, elle reçoit la cassette posthume de son mari, enregistrée par tout kamikaze d'al-Qaida qui se respecte. Commanditaire de l'opération, Oussama Ben Laden serait venu en personne saluer l'épouse du martyr. Le statut de Malika a changé du jour au lendemain. De simple épouse de moudjahid, elle devenait femme de héros. La présidente : «Que pensez-vous de cet attentat ? Et de la manière dont votre mari vous a laissée tomber ? - D'abord, je ne vais pas pleurer M. Massoud. Ensuite, ce que mon mari a fait, c'est terrible, c'est dur... Dur pour moi... J'ai vu les images à la télé. Il s'est fait exploser... - Mais vous approuvez ce qu'il a fait ? - Ce n'est pas la question. Que j'approuve ou pas, ce n'est pas le problème. - Vous regrettez ? - J'aurais préféré qu'il le tue d'une balle, de loin, avec un fusil !» Après l'attentat, la veuve du kamikaze a eu de la chance. Au cours de sa fuite, elle a été arrêtée avec d'autres femmes arabes. Les soldats de l'Alliance du Nord l'ont emprisonnée pendant dix-neuf jours, en novembre 2001, sans savoir qu'ils avaient entre leurs mains l'épouse de l'assassin de Massoud. Rentrée saine et sauve en Belgique, après un long périple, Malika s'est confiée à la justice et à la presse (1). A l'heure du procès, elle poursuit discrètement le combat. Protégée par la communauté, elle prêche la bonne parole, regrettant de ne pas avoir le courage de son mari. «Je suis fière d'être petite-fille de moudjahid, femme de moudjahid et soeur de soldats de lumière...», écrit-elle dans ses confessions, distribuées dans les milieux intégristes. Icône du Centre islamique belge, un lieu de recrutement fermé par les autorités, Malika est devenue l'égérie du nouveau Parti pour la citoyenneté et la prospérité (PCP), un mouvement islamiste qui recueilli plus de 8 000 voix aux dernières législatives. D'après les projections, ce parti, dont certains membres prônent le djihad pour les femmes, pourrait obtenir au moins un élu aux prochaines élections locales. (1) Son mari a tué Massoud, de Marie-Rose Armesto, Editions Balland.

Bruxelles : de notre envoyée spéciale Alexandrine Bouilhet

Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Religion, philosophie et éthique; Terrorisme et assassinats politiques
Taille : Moyen, 554 mots

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Doc. : 20030527LF20030527_2FIG0134


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-27 12:01:16
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Mardi 27 mai 2003

UKRAINE


Le Figaro
Mardi 27 mai 2003

UKRAINE Le premier ministre en visite en France
Yanoukovytch : «L'Ukraine est un grand État européen»

Propos recueillis à Kiev par Alain Barluet

Le premier ministre ukrainien, Viktor Yanoukovytch, arrive aujourd'hui en France pour une visite de deux jours au cours de laquelle il rencontrera son homologue français Jean-Pierre Raffarin, le ministre de l'Économie, Francis Mer, le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, et le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

LE FIGARO . - Qu'attendez-vous de votre visite en France ? Viktor YANOUKOVYTCH. - Nos attentes sont fortes. Nous voulons trouver des projets communs et créer les mécanismes d'un accroissement des relations économiques et commerciales. Tout doit reposer sur une volonté commune et un respect mutuel. Je sais que le premier ministre français est partisan de la régionalisation. J'ai été gouverneur (NDLR : de la région du Donetsk) pendant presque six ans, et c'est un projet que je soutiens aussi. L'État doit laisser les régions utiliser leurs potentialités. Voilà une base politique commune. Il y en a d'autres. La coopération bilatérale concerne d'abord les domaines énergétique, des transports, l'aéronautique. Nous devons profiter de nos points forts respectifs. Ces relations doivent être envisagées d'un point de vue nouveau : en considérant l'Ukraine comme un partenaire qui souhaite s'avancer vers l'Union européenne dans tous les domaines en poursuivant aussi son intégration euro-atlantique. Chacun pourra en retirer un bénéfice. Comment envisagez-vous le rapprochement de l'Ukraine avec l'Union européenne ? L'Ukraine doit être reconnue comme un État à économie de marché. J'espère que cela sera bientôt le cas. Beaucoup de choses ont déjà été accomplies. Le 17 avril, le Parlement a largement approuvé notre programme d'action gouvernemental. Il nous faut maintenant effectuer la réforme des impôts, des retraites, des banques. Nous devons assurer les bases démocratiques de la société en veillant à la transparence et à la liberté d'expression. Concernant nos relations avec l'UE, nous savons que beaucoup dépend des Ukrainiens. Tout cela nécessite du temps. L'Ukraine est un grand État européen. Et pour être un partenaire stable et «prévisible», nous sommes en train de donner la priorité à l'harmonisation de notre législation avec celle de l'UE. Nous savons aussi que celle-ci rencontre de nombreux problèmes intérieurs. Il faut donc veiller aussi à éviter que l'élargissement ne se manifeste de manière négative dans les pays voisins de l'Union. Parallèlement, la Russie a suggéré récemment la création d'une «Grande Europe» rassemblant l'UE et la Communauté des États indépendants. Quelle voie choisirez-vous ? Nous devons asseoir nos relations sur de grands projets. Citons le consortium de transport de gaz du Kazakhstan et l'oléoduc Odessa-Brodi-Gdansk allant ensuite vers l'Allemagne. Ces projets unissent notamment la Russie, l'Ukraine et le Kazakhstan. Le développement d'opportunités économiques mutuellement avantageuses et entre partenaires égaux sera déterminant. Mais les bases de ces relations, quel que soit le pays, seront les lois internationales et les normes de l'OMC. Vos opposants dénoncent la lenteur, voire l'inconsistance, des réformes. Où sont les obstacles ? Pendant longtemps, il n'y a pas eu de collaboration entre le Parlement, le gouvernement et le président. Avec l'instabilité gouvernementale, ce fut un grand obstacle sur la voie des réformes politiques et administratives. Manquait l'essentiel, une approche constructive, un langage commun entre l'État et la société. Aujourd'hui ce mouvement est enclenché. Cela nous a notamment permis de surmonter la crise provoquée par les sanctions imposées à l'Ukraine par le Groupe d'action financière sur le blanchiment des capitaux (Gafi). Nous avons adopté des lois conformes aux recommandations de cet organisme. La France est le premier pays à avoir proposé son aide, ce dont nous lui sommes reconnaissants. Mais les Ukrainiens doivent pleinement comprendre que beaucoup - presque tout à vrai dire - dépend d'eux-mêmes. C'est d'eux que dépend d'être un jour dans l'UE.

Propos recueillis à Kiev par Alain Barluet

Illustration(s) :

« L'Ukraine doit être reconnue comme un État à économie de marché », explique le premier ministre ukrainien, Viktor Yanoukovytch. (Photo Efrem 0Lukatsky/AP .)

Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Chefs d'États et de gouvernements; Politique extérieure et relations internationales
Taille : Moyen, 487 mots

© 2003 Le Figaro. Tous droits réservés.

Doc. : 20030527LF20030527_2FIG0117


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-27 11:59:43
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Mardi 27 mai 2003

PAYS PAUVRES
L'UE fait un pas pour faciliter l'accès des PVD aux médicaments à bas prix

BRUXELLES, 26 mai (AFP) - L'UE a adopté lundi une nouvelle législation pour favoriser l'accès des pays pauvres aux médicaments à bas prix, le commissaire européen au Commerce Pascal Lamy jugeant parallèlement "inadmissibles" les accusations américaines selon lesquelles les Européens affameraient l'Afrique.

Les Quinze ont entériné un mécanisme favorisant les exportations de médicaments à bas prix vers les pays pauvres en empêchant leur réimportation illégale dans l'UE. L'idée est d'inciter les fabricants à vendre davantage dans les pays en voie de développement, tout en leur assurant le maintien dans l'UE de prix supérieurs.

"Il faut que ces médicaments vendus par l'industrie pharmaceutique à prix cassés restent dans les pays pauvres et ne soient pas réimportés vers les pays riches", a expliqué M. Lamy devant la presse à Bruxelles.

Les médicaments visés par ce système concernent pour l'instant le sida, la tuberculose et le paludisme. Mais la liste pourrait être étendue ultérieurement.

Les produits concernés doivent bénéficier d'un rabais d'au moins 75% sur le prix de vente moyen pratiqué dans les pays de l'OCDE ou être vendus à leur coût de production majoré de 15%. Ils pourront désormais, à la demande des fabricants, être assortis d'un logo --un caducée entouré de 12 étoiles-- permettant aux douanes de les repérer et d'empêcher leur retour dans l'UE.

Soixante-seize pays tiers pourront bénéficier de ces exportations "à prix cassés", l'UE ayant souhaité que le règlement couvre notamment l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne, a précisé M. Lamy.

Le commissaire a reconnu que la mesure adoptée lundi par les Quinze ne suffirait pas à elle seule à résoudre le problème de l'accès des pays les plus pauvres aux médicaments.

"Quel que soit le mécanisme" de prix différenciés, certains pays ne pourront toujours pas se "payer des traitements anti-sida", a-t-il affirmé, citant le cas de la Zambie où le budget de la Santé est d'environ un euro par habitant et par an. D'où, selon lui, la nécessité de mener en parallèle une politique d'aide au développement.

L'initiative prise lundi par l'UE est également distincte du débat actuel au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur l'accès des pays pauvres à des médicaments à bas prix, a-t-il souligné.

Les négociations à l'OMC sont bloquées depuis décembre, les Etats-Unis refusant un compromis qui accorderait des exemptions aux pays pauvres dépourvus d'industrie pharmaceutique leur permettant d'importer des médicaments génériques destinés à lutter contre les pandémies.

Au cours de sa conférence de presse, M. Lamy a en outre vigoureusement réfuté les accusations portées la semaine dernière contre la politique européenne en matière d'OGM. Le président américain George W. Bush a notamment estimé qu'elle était un obstacle à la lutte contre la famine en Afrique.

"C'est une chose de ne pas avoir le même sentiment sur le niveau de précaution qu'il faut avoir en matière d'OGM, nous avons un sentiment qui est plus précautionneux que celui des Américains en la matière", a commenté M. Lamy.

Mais "accuser par exemple l'UE d'affamer le Tiers-Monde parce que nous ne les gavons pas de surplus OGM ou utiliser ce genre d'argument, là, clairement ça va beaucoup trop loin, c'est carrément inadmissible", a-t-il déclaré.

Selon M. Bush, "de nombreux pays africains n'ont pas investi dans les biotechnologies par crainte que ces produits ne puissent entrer sur les marchés européens". "Les gouvernements européens devraient rejoindre, et non s'opposer, à la cause de la lutte contre la famine en Afrique", a-t-il affirmé.



ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-27 11:20:08
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Mardi 27 mai 2003

PAYS-BAS
Un nouveau gouvernement de centre-droit a été investi mardi aux Pays-Bas, après un an d'incertitudes politiques et alors que le pays est entré dans une phase de récession économique.
• Ed Oudenaarden (AFP - mardi 27 mai 2003, 14h57)

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ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-27 10:36:47
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Mardi 27 mai 2003

ITALIE
ITALIE

Elections locales :
Rome bascule à gauche

Pour le renouvellement de leurs conseils municipaux et provinciaux, les Italiens ont sanctionné dans certaines villes la droite de Silvio Berlusconi.

 
Le candidat de gauche Enrico Gasbarra (AP)
 
Les premiers résultats commençaient à se dessiner lundi pour les élections locales partielles en Italie après la clôture du scrutin, étalé sur deux jours. La province de Rome a basculé à gauche.
Il s'agissait de renouveler 508 conseils municipaux et 12 conseils provinciaux. Les bureaux de vote ont fermé en début d'après-midi.
Concernant la présidence de la province de Rome, le candidat de gauche Enrico Gasbarra a battu le sortant Silvano Moffa, membre d'Alliance nationale (droite), qui a reconnu sa défaite. A Palerme, en revanche, le président sortant du conseil provincial Francesco Musotto (droite) l'a emporté devant son rival de gauche Luigi Cocilovo.
Les élections en Sicile, où quelque 4,5 millions d'électeurs étaient appelés à renouveler huit conseils provinciaux, étaient particulièrement suivies par les observateurs. Lors du dernier scrutin en 2001, la droite avait enlevé tous les sièges sur l'île.

Un test pour Berlusconi

Le scrutin, dont les résultats définitifs sont attendus mardi, intervient sur fond de démêlés judiciaires pour Silvio Berlusconi. Le président du Conseil est jugé à Milan pour une affaire de corruption de magistrats qui concerne ses activités passées d'homme d'affaires. M. Berlusconi dénonce un complot politique et affirme qu'il ne démissionnera pas s'il est reconnu coupable.
Reste que ces élections sont un test électoral limité pour le «Cavaliere». «Les élections locales sont différentes des législatives», souligne Antonio Marzano, ministre des Activités productives. «Ce qui compte beaucoup, c'est la personnalité des candidats» plutôt que leur affiliation politique, dit-il.
Silvio Berlusconi a lui-même déclaré que les élections locales ne devaient pas être interprétées comme un verdict de l'action menée par son gouvernement de droite depuis deux ans.
Un quart de l'électorat italien, soit quelque 11 million de personnes, était appelé aux urnes dimanche et lundi. On ne connaissait pas dans l'immédiat le taux de participation. Un deuxième tour est prévu en juin. Il coïncidera avec des élections pour le renouvellement de deux gouvernements régionaux. (AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-27 10:05:56
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INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON