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Publié le mercredi 21 mai 2003
Mercredi 21 mai 2003
ETATS-UNIS
Cuba: Bush estime que les "dictatures n'ont pas de place
en Amérique"
WASHINGTON (AFP) - Le président George W. Bush a promis mardi qu'il continuerait à soutenir à Cuba les opposants cherchant à mettre fin au régime de Fidel Castro, en recevant mardi plusieurs dissidents cubains et leurs familles, à l'occasion du 101ème anniversaire de l'indépendance de l'île. Il a également déclaré que les "dictatures n'ont pas de place en Amérique" dans un message marquant cet anniversaire.
Le secrétaire au logement et au développement urbain Mel Martinez, , qui a participé à cette rencontre à la Maison Blanche, a précisé que l'administration Bush excluait toujours le recours à la force pour obtenir la fin du régime castriste.
"Il a été clairement indiqué que cela ne fait pas partie des options envisagées (...) Celles ci sont d'ordre politique" a déclaré M. Martinez, qui est le seul membre du gouvernement d'origine cubaine, en s'adressant à la presse.
"Mon espoir est que le peuple cubain puisse jouir des mêmes libertés et droits que nous. Les dictatures n'ont pas de place en Amérique. Que Dieu bénisse le peuple cubain qui lutte pour sa liberté", a affirmé le président américain dans son message en espagnol, qui a été diffusé sur les ondes de Radio Marti, financée par les Etats-Unis.
Parmi les Cubains reçus à la Maison Blanche figuraient des dissidents et opposants, dont des parents de personnes victimes de la dernière vague d'arrestations opérée par les autorités cubaines.
La tension entre Washington et La Havane s'était encore accrue la semaine dernière avec l'expulsion par les Etats-Unis de 14 diplomates cubains.
Cette décision avait été dénoncée par les autorités cubaines comme une "nouvelle provocation" de Washington.
L'administration américaine doit également prochainement annoncer de nouvelles mesures punitives contre La Havane après les récentes condamnations à des peines totalisant 1.454 années de prison de dissidents et l'exécution de trois Cubains ayant détourné une embarcation à bord de laquelle ils tentaient de fuir vers les Etats-Unis.
Washington maintient depuis plus de 40 ans un embargo contre le régime communiste du dirigeant cubain Fidel Castro et ces nouvelles mesures doivent encore le durcir. Chaque 20 mai, à l'occasion de la fête de l'indépendance cubaine, le gouvernement américain réaffirme son opposition à Fidel Castro.
Bavure américaine à Kaboul Des soldats gardant l'ambassade des Etats-Unis ont ouvert le feu sur des soldats afghans qu'ils ont pris pour des assaillants : quatre morts.
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 La force de réaction rapide italienne devant l'ambassade des Etats-Unis (AP) | Les soldats américains qui gardaient l'ambassade des Etats-Unis à Kaboul mercredi ont abattu quatre militaires afghans qu'ils ont pris par erreur pour des assaillants, a annoncé le chef de la police de Kaboul. Entre deux et quatre autres soldats afghans ont été blessés, selon les sources. L'un d'eux est mort des suites de ses blessures, portant à quatre le nombre de tués, a-t-on appris de source médicale. La fusillade s'est produite alors que les Afghans déchargeaient des armes d'un camion, a précisé le chef de la police de Kaboul, Basir Salangi. «Il y a eu une incompréhension entre les Américains gardant l'ambassade des Etats-Unis et nos soldats qui déchargeaient ces armes». Une tension certaine règne dans la capitale afghane depuis plusieurs mois. Trois militaires étrangers ont été blessés lors de deux agressions séparées et une roquette a touché le quartier général de la force multinationale de maintien de la paix le 30 mars dernier. Sa porte-parole, la lieutenant-colonel Paul Kolken, a déclaré que, selon certaines informations, c'étaient les soldats afghans qui avaient tiré les premiers en visant pour une raison indéterminée une voiture qui passait devant l'ambassade. «En agissant ainsi, ils ont tiré dans la direction de l'ambassade américaine et les militaires américains qui montaient la garde ont répliqué», a-t-elle expliqué.
"Calmer la situation"
La force multinationale, qui a en charge la sécurité de Kaboul, a précisé dans un communiqué que la force de réaction rapide italienne avait été dépêchée sur place tandis que des militaires français étaient «intervenus pour calmer la situation», fournissant notamment les premiers soins aux blessés. L'émissaire spécial du président George W. Bush, Zalmay Khalilzad, se trouve actuellement en Afghanistan Ni l'ambassade des Etats-Unis ni le gouvernement afghan n'ont fait de commentaire
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 13:05:29
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ETATS-UNIS
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Mercredi 21 mai 2003
IRAN
Iran: Khatami fixe aux conservateurs les limites de
l'acceptable
TEHERAN (AFP) - Le président Mohammad Khatami a fixé ses limites aux conservateurs iraniens mercredi en les prévenant qu'il n'accepterait pas d'être traité par eux comme un "citoyen ordinaire", au moment où la classe politique parle beaucoup d'un retrait des réformateurs du pouvoir. M. Khatami a ainsi jugé "inacceptable" la réécriture proposée par les conservateurs d'un de ses projets de loi contestant leur emprise sur les instruments du pouvoir.
Les modifications prônées par le Conseil des gardiens de la Constitution au projet de loi permettant au président d'intervenir dans les affaires de la justice "limitent tellement mon autorité qu'à certains égards celle-ci devient moindre que celle d'un citoyen ordinaire, et cela est dans tous les cas inacceptable pour moi", a déclaré le président tout en colère contenue, conformément à son style de religieux policé.
Le président, dont le camp dénonce une obstruction systématique des conservateurs à la libéralisation depuis sa première élection triomphale en 1997, vient de voir coup sur coup rejeter par le Conseil des gardiens de la Constitution deux textes de loi présentés comme ses va-tout dans une partie politique de nouveau tendue.
"Je respecte le travail de supervision du Conseil", chargé de veiller à la conformité des lois avec la loi fondamentale et la loi islamique, "j'ai confiance en lui, mais je ne crois pas que supervision signifie gardiennage", a lâché le président, étonnamment cinglant, à sa sortie du conseil des ministres.
Or ces deux projets contenaient "le minimum requis pour gérer les affaires de l'Etat", a dit M. Khatami, laissant entendre que la tâche des réformateurs pourrait devenir impossible s'ils n'entraient pas en vigueur. En particulier, sans le texte l'autorisant à suspendre une décision de justice qu'il jugerait contraire à la Constitution, "travailler deviendrait très difficile".
Ce projet de réforme vise directement la justice, bastion des conservateurs, coupable aux yeux du président d'entraver la libéralisation en condamnant constamment les réformateurs et en ordonnant la fermeture de leurs journaux.
Le second texte, réformant la loi électorale, empêcherait le Conseil des gardiens de rejeter à nouveau massivement les candidatures réformatrices aux prochaines élections.
Depuis début avril, les deux projets, adoptés par le parlement à majorité réformatrice, ont été rejetés par le Conseil qui les a renvoyés devant les députés avec ses propositions d'amendement.
Lorsque les projets avaient été soumis aux députés, les proches de M. Khatami avaient brandi la menace de sa démission en cas de blocage.
M. Khatami n'a pas envisagé explicitement une telle éventualité mercredi. Plusieurs députés ont évoqué ces derniers jours leur propre retrait. "J'espère que nous n'en arriverons pas là", s'est contenté de commenter M. Khatami.
Le porte-parole de son gouvernement, Abdollah Ramezanzadeh, a assuré mardi soir que "la question d'une démission (de M. Khatami) ne se pose pas".
Reste à savoir quel effet produiront les paroles du président, prononcées dans une période de crispation politique, encore accrue par le surcroît de pressions américaines sur l'Iran depuis la guerre en Irak.
Ainsi 116 opposants et réformateurs iraniens ont publié mardi un brûlot dénonçant "l'instrumentalisation" des principes religieux par une partie du pouvoir et réclamant des réformes radicales sans lesquelles le régime islamique connaîtra, disent-ils, le même sort que Saddam Hussein et les talibans.
Parmi les signataires figure le dissident Hachem Aghajari, condamné à mort en novembre pour blasphème. Son sort avait cristallisé la tension en novembre. Or la justice vient de réduire en appel de huit à trois ans son emprisonnement et a remplacé la flagellation par une amende. Avant de conclure à une volonté d'apaisement, il faudra savoir si elle maintient ou non la peine capitale. Mais elle n'a pas encore statué à ce propos.
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 13:05:00
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IRAN
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Mercredi 21 mai 2003
INTERVIEW DE L'AMBASSADEUR DES ETATS-UNIS A PARIS
ENTRETIEN L'ambassadeur des États-Unis en France tente de calmer le jeu dans les relations entre les deux pays

Leach : «Les tensions politiques affectent les relations économiques» Les Etats-Unis et la France n'ont pas fini de régler leurs comptes de «l'après-guerre d'Irak». Washington comme Paris semblent vouloir tourner la page mais les incompréhensions subsistent de part et d'autre, comme en témoigne Howard H. Leach, ambassadeur des Etats-Unis à Paris. Quand on l'interroge sur sa plus grande surprise depuis qu'il a pris ses fonctions avenue Gabriel en juillet 2001, il reconnaît d'emblée que c'est toujours «l'action inamicale du gouvernement français à l'ONU». Tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, l'ambassadeur de France à Washington a envoyé avant le week-end une lettre aux autorités américaines et au Congrès pour se plaindre d'une campagne de dénigrement à l'égard de la France. Après le démenti des autorités françaises, Jean-David Lévitte tenait à récuser les accusations de journaux américains affirmant que la France avait vendu des armes à l'Irak, qu'elle disposait de souches prohibées de la variole et aurait délivré des passeports français à des membres de l'entourage de Saddam Hussein. Manifestement, l'ambassadeur Howard H. Leach, homme d'affaires californien reconnu qui a été à la tête de plusieurs sociétés industrielles et financières, et proche de George W. Bush, tente de calmer le jeu. Il ne pense pas que les divergences politiques entre nos deux pays puissent «entraîner des réflexes de boycotts massifs ou durables, pour autant que nous puissions trouver une solution au dossier des sanctions de l'ONU vis-à-vis de l'Irak». Il tient ainsi à rassurer les chefs d'entreprises françaises aux Etats-Unis qu'ils ne doivent «pas redouter de dommages économiques, que le climat allait s'améliorer». Mais à la condition qu'«un nouvel affrontement à l'ONU ne se reproduise pas». L'ambassadeur des Etats-Unis se reconnaît d'ailleurs «impressionné par l'importance des investissements français aux États-Unis».
 Propos recueillis par Laurence Chavane et Jean-Pierre Robin [20 mai 2003]
 LE FIGARO ÉCONOMIE. – Pouvez-nous confirmer que George Bush résidera bien en France du 1er au 3 juin, lors du sommet du G8 qui se tiendra à Évian ? Howard H. LEACH. – Le président Bush a l'intention de séjourner en France. Il n'y a aucun problème ! À l'évidence, beaucoup de gens qui assistent à la conférence devront se loger en Suisse, faute de capacités d'accueil suffisantes. Mais le président Bush résidera à Évian.
Cette rencontre sera-t-elle l'occasion de réaffirmer l'amitié franco-américaine, d'en apporter la preuve ? La meilleure preuve d'amitié entre les deux pays que je connaisse est que nous avons été de bons amis et des alliés pendant deux cent vingt-cinq ans. Les nations ne sont certes pas toujours d'accord entre elles, mais je pense que cette amitié est durable et qu'elle est de retour. Nous avons dit, au moment de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Otan à Bruxelles, que le moment était venu de tourner la page. Il s'agit maintenant de regarder l'avenir et cela va bien au-delà de la reconstruction de l'Irak. Il s'agit des dossiers que nous devons examiner ensemble dans le cadre de l'ONU, il s'agit de la paix au Proche-Orient, de la Corée du Nord. Sur tous ces dossiers nos deux pays doivent comprendre qu'ils ont des avantages mutuels à travailler ensemble et de façon amicale.
Dans quelle mesure l'intervention en Irak a-t-elle modifié votre rôle d'ambassadeur à Paris ? Les problèmes que j'ai dû affronter ont été différents mais mon rôle est resté fondamentalement le même, qui est de faciliter le dialogue entre le gouvernement américain et le gouvernement français. Nous pouvons avoir des différences d'opinions mais nos relations sont toujours restées ouvertes.
Avant d'être ambassadeur à Paris, vous avez été homme d'affaires. N'estimez-vous pas que les questions commerciales devraient rester à l'écart des problèmes politiques ? Les relations politiques affectent pratiquement tous les domaines, à l'intérieur même d'un pays et au niveau international. Elles exercent une influence inévitable mais nullement un contrôle. Entre les États-Unis et la France, les relations commerciales sont innombrables au quotidien et parmi les plus importantes qui soient. Nous avons également d'excellentes relations entre les organisations militaires, mais également dans les domaines juridiques, de l'éducation, de la culture. Ces échanges se poursuivent même en période de tension politique. Mais il est toutefois impensable qu'ils ne soient pas concernés par les tensions politiques. Ce serait irréaliste de penser que l'on puisse établir une paroi étanche entre le politique et l'économique.
On a beaucoup parlé de menaces de boycott des produits français aux États-Unis en mars et avril. Qu'en est-il aujourd'hui ? Tout d'abord je ne vois pas le gouvernement américain faisant quoi que ce soit pour détériorer les relations commerciales entre les deux pays. Je dois dire que la population américaine a éprouvé une déception de voir la France diriger l'opposition aux États-Unis. Cette déception ne s'exprimait pas tant à l'égard des différences d'opinions dans la crise irakienne qu'à propos de l'opposition active menée à l'encontre des États-Unis dans le cadre de l'ONU.
Cela dit, je ne pense pas que cela puisse entraîner des réflexes de boycott massif ou durable, pour autant que nous puissions trouver une solution au dossier des sanctions de l'ONU vis-à-vis de l'Irak. Or, je considère que tant la France que les États-Unis ont abordé cette question des sanctions de façon très constructive. Je ne crois donc pas qu'il puisse y avoir de problèmes sérieux. S'il devait y en avoir, je serais très vigilant. Pour le moment, je suis prudemment optimiste.
Avez-vous discuté de ces problèmes avec les milieux d'affaires français ? J'ai rencontré les chefs d'entreprise en France et je considère qu'ils ont adopté un point de vue très intelligent. Ils considèrent que des millions d'emplois, en France et aux États-Unis, sont liés aux relations commerciales entre les deux pays. Il convient donc de préserver ces relations, et chacun en est tout à fait conscient des deux côtés de l'Atlantique. La commission franco-américaine, qui regroupe les patrons d'entreprises parmi les plus importantes en France et aux États-Unis, doit se réunir, comme elle le fait tous les ans, les 12 et 13 juin à Paris, pour discuter ensemble de ces questions de façon constructive. Le président Jacques Chirac, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin et, du côté américain, le secrétaire au Commerce Evans et le secrétaire au Trésor adjoint Taylor, participeront aux discussions.
Craignez-vous que les Américains vivant ici fassent l'objet de réactions d'antiaméricanisme de la part des Français ? Je n'ai personnellement ressenti aucune réaction de cette nature. Les Français que je suis amené à rencontrer sont extrêmement amicaux et courtois, et au total très ouverts vis-à-vis des États-Unis.
Le Salon aéronautique du Bourget souffrira-t-il d'une certaine désaffection de la part des Américains, en particulier au niveau de la délégation officielle ? La participation américaine sera importante, car il s'agit d'un événement commercial de taille. Mais cette participation sera en retrait par rapport aux années précédentes, et pour deux raisons : la conjoncture économique globale, et en particulier la situation des industries aéronautiques, n'est pas aussi robuste ; par ailleurs, les personnels militaires ont actuellement d'autres priorités.
Qu'est-ce qui fera revenir les investisseurs américains en France et en Europe ? Tout d'abord il faut souligner l'importance des investissements américains en France, de l'ordre de 50 milliards de dollars. Beaucoup d'entreprises viennent ici en raison des bonnes infrastructures, d'une main-d'oeuvre bien formée et de nombreux autres atouts qui rendent le pays attractif. Nous avons répertorié 2 031 entreprises américaines travaillant en France. Il y a également des handicaps : le niveau élevé des coûts sociaux et des impôts, la législation du travail, les grèves, le problème des retraites, etc. De ce fait, les entreprises qui doivent recourir à une main-d'oeuvre importante sont moins incitées à s'établir que celles qui font essentiellement appel à des investissements en matériel. Cela n'est sans doute pas bon pour la France car cela ne permet pas de créer beaucoup d'emplois.
Les hôteliers, notamment à Paris, se plaignent de recevoir moins d'Américains. Disposez-vous de chiffres à cet égard ? Non, mais ils ne sont pas les seuls ; le même phénomène se produit à Hawaï. C'est en partie dû à la situation économique, à la guerre en Irak, à l'épidémie de pneumopathie en Asie, qui rendent les gens plus réticents à l'idée de voyager. Et, sans aucun doute, les tensions qui se sont manifestées lors du débat à l'ONU ont joué un rôle dans ce recul du tourisme.
Et la perte de pouvoir d'achat du dollar ? Sans aucun doute. Cela dit, la France reste la première destination des touristes américains en dehors des États-Unis. Ils sont aujourd'hui moins nombreux mais ils reviendront un jour.
Êtes-vous surpris par l'ampleur de la baisse du dollar ? Cela peut s'expliquer par les différences de taux d'intérêt entre les États-Unis et l'Europe, où ils sont plus élevés, et les incertitudes économiques. Pour ma part, je pense que le dollar est trop bas et qu'il remontera.
Vous avez mentionné le niveau élevé de la fiscalité en France. Quelle est l'importance de la communauté américaine en France, et est-elle moins nombreuse de ce fait ? Nous estimons que 200 000 Américains sont actuellement établis en France, mais tous ne travaillent pas. Quand j'évoquais la fiscalité, je pensais surtout aux jeunes Français qui ont quitté le pays pour échapper aux impôts qu'ils jugent trop lourds. Pour les Américains en France, le problème est différent : la question ne semble se poser qu'au bout de cinq ans, lorsqu'ils deviennent assujettis à la fiscalité française. Cela devient alors un sujet de préoccupation.
Cela fait deux ans que vous êtes ambassadeur à Paris. Qu'est-ce qui vous a étonné le plus en France ? Ce qui m'a le plus surpris, ce fut l'action inamicale du gouvernement français à l'ONU. Cela a constitué un grand choc pour moi.
Et dans la vie quotidienne, le domaine économique ? Je suis impressionné par l'importance des investissements français aux États-Unis, dont je ne pensais pas qu'ils avaient atteint une telle dimension.
Certaines des entreprises françaises les plus présentes outre-Atlantique craignent encore un climat d'hostilité. Que leur dites-vous pour les rassurer ? J'ai dit aux chefs d'entreprise français que j'ai rencontrés que les contrats seraient honorés, qu'ils n'avaient pas à redouter de dommages économiques, que le climat allait s'améliorer, si tant est qu'un nouvel affrontement à l'ONU ne se produise pas. Si tel devait être le cas, je serais alors effectivement préoccupé pour nos relations, y compris en matière économique. C'est pour cela qu'il est si important que nos deux pays réussissent à travailler ensemble sur la scène internationale.
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 12:45:08
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Mercredi 21 mai 2003
APARTHEID
Les entreprises suisses en accusation au procès de l'apartheid
 Genève : de notre correspondant Laurent Mossu [21 mai 2003]
 Bête noire des banques helvétiques, l'avocat américain Ed. Fagan repart à l'assaut. Il a déposé lundi une plainte collective à New York contre 34 entreprises parmi les plus importantes du globe pour avoir «assisté et soutenu» le régime sud-africain de l'apartheid. Mandaté par plusieurs milliers de victimes de la politique raciste, qu'il a notamment sollicitées par la voie de petites annonces publiées dans la presse de Pretoria de Johannesburg et du Cap, il réclame la bagatelle de 100 milliards de dollars de réparation.
L'avocat avait, voici quelques années, mené une offensive victorieuse contre les grands établissements financiers suisses dans l'affaire des fonds en déshérence. Accusés d'avoir conservé une partie de l'argent placé dans leurs coffres par les victimes de la Shoa, ils avaient accepté un arrangement à l'amiable à l'issue de longues et douloureuses tractations. Le Credit Suisse et l'UBS signaient alors un chèque de 1,25 milliard de dollars de dédommagement et de compensation. Les banques, qui espéraient s'être à tout jamais débarrassées de l'avocat, le retrouvent aujourd'hui sur leur chemin.
Elles ne sont, cette fois-ci, plus seules à être visées. Elles se retrouvent en bonne compagnie au banc des accusés côtoyant les américaines Citigroup et JP Morgan Chase, les britanniques Barclays, Natwest et Standard Chartered, les françaises Crédit lyonnais et IndoSuez et des allemandes. L'action en justice est également dirigée contre les grandes multinationales de l'armement, de l'alimentation, des produits pharmaceutiques, de l'automobile, du pétrole et des mines. C'est le gotha de l'économie, avec les multinationales comme Novartis, Sulzer, Nestlé, De Beers, DaimlerChrysler, Ford, IBM, Shell, qui est ciblé et mis sur la sellette.
L'apartheid ayant été reconnu par les Nations unies comme un crime contre l'humanité, ces sociétés se sont rendues coupables de complicité. L'argumentaire avancé par Ed. Fagan constate qu'elles n'ont pas respecté les sanctions imposées par l'ONU et poursuivi malgré le boycott leurs transactions avec l'Afrique du Sud. Pour l'accusation, le financement apporté au régime aurait prolongé sa survie et partant les souffrances du peuple.
Une manière de voir que rejettent catégoriquement les sociétés intéressées. Elles expliquent, et ce sera l'axe de leur défense, avoir agi en conformité avec le droit des affaires et que le peuple en a, d'une certaine manière, bénéficié. Les retombées sur l'économie nationale ont fatalement profité aux uns et aux autres vont-elles s'efforcer de démontrer.
La Suisse, qui n'était pas membre des Nations unies à l'époque, n'était pas directement liée par les résolutions prises à New York. A Berne, on souligne que le cours du commerce s'est poursuivi normalement avec Pretoria sans que les entreprises helvétiques aient tiré avantage de l'embargo. On sait pourtant que Zurich est devenue à l'époque le grand centre de ventes de l'or sud-africain. Toutes les transactions sur le métal jaune passaient alors par la Suisse. Le gouvernement helvétique est sans doute conscient des liens étroits établis avec le régime de l'apartheid et vient de restreindre l'accès aux archives de l'époque. Ce geste, effectué voici quelques semaines seulement, est de toute évidence lié au procès.
Le ministère des Finances a ainsi expliqué à nos confrères de la Tribune de Genève «que la consultation de ces actes administratifs risquerait d'affaiblir la position des firmes suisses incriminées».
Le gouvernement de Pretoria n'est guère enchanté de l'activisme de l'avocat new-yorkais. Il manifeste sa stupéfaction devant une opération déclenchée si loin du pays et sans que les autorités soient d'une façon ou d'une autre consultées. Il redoute aussi les conséquences négatives possibles sur le flux des investissements dans le pays.
La loi américaine autorise parfaitement des victimes étrangères à engager une procédure aux Etats-Unis. Une seule condition est posée, que l'accusé soit présent sur le territoire américain. Toutes les compagnies concernées y ont des filiales.
C'est un procès fleuve qui commence. Ed. Fagan n'a pas forcément pour but de le mener à terme. Il préférera peut-être, c'est une tactique qu'il privilégie, parvenir à une transaction financière avec les 34 entreprises accusées.
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 12:41:31
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Mercredi 21 mai 2003
UE
UNION EUROPÉENNE Un entretien avec le chef de la diplomatie grecque, président de l'UE
Georges Papandréou : «L'Europe doit élaborer une diplomatie globale» Georges Papandréou est le ministre grec des Affaires étrangères et, à ce titre, président en exercice de l'Union européenne. A un mois du sommet de Thessalonique qui marquera la fin du semestre de présidence exercé par Athènes, il répond aux questions du Figaro.
 Propos recueillis à Bruxelles par Philippe Gélie [21 mai 2003]
 LE FIGARO. – Pensez-vous que les Européens vont se montrer plus unis dans l'après-guerre en Irak que durant la guerre elle-même ? Georges PAPANDRÉOU. – La volonté est là. Il y a un réel désir de regarder devant nous, de rassembler la communauté internationale pour travailler ensemble. La nouvelle proposition de résolution présentée à l'ONU a été bien accueillie par la plupart des Européens, je crois qu'elle offre une base pour trouver un compromis.
La Grande-Bretagne et l'Espagne ont-elles une responsabilité particulière, en tant que membres de l'Union et coauteurs de la résolution ? Elles ont en effet une responsabilité spéciale, comme les deux autres États membres qui siègent au Conseil de sécurité (la France et l'Allemagne, NDLR). Il faut à la fois faire valoir la position européenne et bâtir un compromis transatlantique. On sent émerger une ambition de cohésion internationale sur ce dossier. Je ne peux pas garantir le résultat mais, en tout état de cause, le mandat qui sera défini à l'ONU est important pour l'Union européenne : en dépend le rôle qu'elle pourra jouer et sa capacité à lever des fonds pour l'Irak.
L'Europe sort-elle affaiblie de la crise irakienne ? L'Irak a fait apparaître un certain nombre de problèmes : si nous saisissons cette occasion d'y répondre de manière plus déterminée, nous pouvons en sortir renforcés. Il est clair que nous devons nous exprimer d'une seule voix, consolider notre diplomatie commune, notre défense commune et nos capacités militaires. Ces questions sont d'ailleurs débattues au sein de la Convention.
Mais comment fait-on parler quinze, et bientôt vingt-cinq pays européens d'une seule voix ? Il y a des conditions préalables, dont nous avons discuté récemment lors d'un conseil informel. L'une d'elles tient à la façon de prendre en compte les préoccupations des États membres dans une diplomatie commune «intégrée». Nous nous connaissons mutuellement à travers nos débats sur des questions spécifiques, mais je ne connais pas, en tant que représentant de l'Union, les préoccupations globales de l'Allemagne ou de la France. Ce qu'il faut faire maintenant, c'est intégrer ces priorités nationales dans une véritable stratégie européenne. Nous avons déjà demandé aux États membres de nous communiquer leurs priorités. Lorsqu'il y aura un ministre européen des Affaires étrangères, comme on en discute à la Convention, ce sera à lui de poursuivre ces consultations. Et d'organiser une mise à jour régulière de la politique étrangère européenne.
Est-ce là le «concept stratégique» dont vous vouliez doter l'Europe ? C'est un peu différent, quoique le concept stratégique s'intègre dans la diplomatie commune. Il s'agit d'identifier les menaces qui pèsent sur nous en tant qu'Europe, où sont les principaux risques dans le monde. Cela couvre plusieurs questions : comment définissons-nous notre sécurité, sur les plans humain, économique, militaire, etc. ? Qu'avons-nous accompli, où sont les nouvelles menaces, les nouveaux défis, du terrorisme à l'environnement et aux épidémies ? Quels sont nos outils ? Et, par conséquent, quelles sont nos priorités ? C'est la première fois que les Européens se mettent ainsi à réfléchir de façon globale.
L'objectif est-il de mieux se positionner par rapport aux Etats-Unis ? C'est d'abord très important pour nous-mêmes, c'est la base d'un processus que nous lançons et qui devra être poursuivi dans l'avenir. Mais c'est également fondamental pour notre relation avec les Etats-Unis, pour sa redéfinition dans le sens d'un partenariat au sein d'une gouvernance globale. Il y a des problèmes planétaires, le monde a besoin d'une direction : si les Etats-Unis et l'Europe ne travaillent pas ensemble, alors qui ?
Ce schéma sera-t-il prêt pour le sommet UE-USA fin juin ? Nous aurons le cadre général. Je pense que cela suffira pour avoir une très bonne conversation avec les dirigeants américains. Nous allons poser des questions de fond : comment travailler ensemble sur le terrorisme, sur la «feuille de route» au Proche-Orient, les armes de destruction massive, la Corée du Nord, l'Iran, etc. ?
Qu'est-ce qui sera le plus difficile : se mettre d'accord entre Européens ou avec les Américains ? Les deux ! Dans certains cas, on ne peut pas séparer les enjeux. Sur l'Irak, nous avons tous à l'esprit ce que pensent les Américains. Mais je ne crois pas que quiconque ait intérêt à une Europe faible. Le Royaume-Uni veut être un pont entre les deux rives de l'Atlantique, or c'est impossible si un côté est faible. C'est également important pour les Etats-Unis : pourquoi ne voudraient-ils pas d'un partenaire plus fort pour lutter contre le terrorisme ? Je ne pense pas qu'ils veuillent résoudre tous les problèmes par la guerre. Plus il y aura de consensus et de coopération, plus nous serons efficaces.
Sur le conflit israélo-palestinien, l'Europe est unie, en accord avec Washington, mais rien ne se passe... L'Europe a de l'influence, jusqu'à un certain point... Mais notre engagement reste total.
Quel bilan tirez-vous de votre semestre à la tête de l'UE ? Nous nous attendions à une présidence difficile. Ces derniers mois ont vu les premiers pas de l'Europe élargie, la guerre en Irak, la phase finale de la Convention. Nous entrons dans une nouvelle phase de l'histoire européenne. Ce qui nous unit, c'est notre communauté de valeurs : la démocratie, la coopération, l'économie, les droits de l'homme... Nous devons bâtir sur ces racines et repenser nos priorités. J'espère que nous avons enclenché des processus pour le long terme. En politique, il faut lancer des idées : elles ne se concrétisent pas toujours, mais, si vous n'essayez pas, elles ne seront jamais réalistes.
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 12:39:29
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Mercredi 21 mai 2003
RDC
RDC : à l'appel de l'ONU, l'armée française se prépare à stopper les massacres dans l'Ituri
LE MONDE | 21.05.03 | 13h29
Dans cette région du nord-est du Congo-Kinshasa, 50 000 civils ont été tués en quatre ans
La France se prépare à intervenir à la tête d'une force multinationale dans l'Ituri, la province de l'extrême nord-est de la République démocratique du Congo où, depuis quinze jours, les corps - souvent mutilés - de 231 civils ont été "ramassés" par la Croix-Rouge locale. Mardi 20 mai, une mission de reconnaissance de l'armée française, composée de neuf militaires, est arrivée à Bunia, le chef-lieu de la région où est basé un contingent de 700 casques bleus uruguayens des Nations unies. Insuffisamment armés, ceux-ci restent cantonnés dans leur périmètre de sécurité accolé à l'aéroport, autour duquel se massent près de 17 000 réfugiés épouvantés par les massacres en ville. Bien qu'ils aient reçu, en décembre, mandat de "protéger les civils sous la menace directe d'une violence physique", les casques bleus de l'ONU sont incapables de venir au secours des victimes des milices ethniques rivales, armées et manipulées par l'Ouganda et le Rwanda voisins.
La mission de reconnaissance française, venue étudier les conditions logistiques pour le déploiement d'un corps expéditionnaire de 700 à 1 000 soldats, ne devait rester à Bunia que quarante-huit heures. Pour sa part, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de paix, Jean-Marie Guéhenno, devait quitter New York, mercredi, pour se rendre à son tour à Kinshasa puis, si possible, à Bunia. Dans cette ville de quelque 100 000 habitants, les combats ont cessé depuis la conclusion, vendredi, d'un "protocole de paix" accepté par cinq milices ethniques, sous la menace d'une intervention internationale imminente. Cependant, le pillage de la ville, accompagné de violences, auquel se livrent, notamment, des enfants soldats drogués au chanvre local, se poursuit.
Le 12 mai, l'Union des patriotes congolais (UPC), une faction soutenue par le Rwanda, a conquis Bunia, six jours après le retrait des forces ougandaises qui, auparavant, occupaient la ville. L'UPC est composée de Hemas, les pasteurs de la région, assimilables aux Tutsis rwandais et qui s'opposent aux Lendus, la majorité des agriculteurs, comparables aux Hutus. L'âpre rivalité régionale entre l'Ouganda et le Rwanda joue sur ce clivage local. Dans son homélie, prononcée dimanche, au nom de la conférence épiscopale du Congo, l'archevêque de Kinshasa, le cardinal Estou Nzabi Bamungwabi, a dénoncé "l'exploitation perverse des conflits ethniques et des rancœurs anciennes par des chefs de guerre qui perpétuent les affrontements entre armées étrangères en terre congolaise". Le prélat a reproché à "l'Ouganda mafieuse" et au "Rwanda affairiste" d'être "aveuglés par la convoitise des richesses du sous-sol congolais".
RICHESSES AURIFÈRES
La ruée sur le Congo, depuis six ans dépecé par ses voisins, a été abondamment documentée par trois rapports d'enquête successifs d'un "panel d'experts" de l'ONU. Aucune conséquence sérieuse n'a cependant été tirée de la déprédation organisée de l'ex-Zaïre, où le nombre des victimes - directes et indirectes - de cette guerre de rapine est estimé à 3 millions de personnes. Dans l'Ituri, embrasé depuis 1999, l'ONG Human Rights Watch évalue à 50 000 le nombre des tués, un demi-million d'habitants y ayant été chassés de leur foyer. Outre la terre fertile, les armées ougandaise et rwandaise, de plus en plus à travers leurs alliés locaux, se disputent les richesses aurifères autour de Kilo Moto, le coltan et d'autres minéraux rares, ainsi que les gisements pétrolifères, apparemment prometteurs, dans le bassin du lac Albert.
Hantée par le spectre du génocide de 1994 au Rwanda, où les Nations unies s'étaient rendues coupables de non-assistance à la minorité tutsie menacée d'extermination, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a personnellement téléphoné à Jacques Chirac, samedi 10 mai, pour le presser de fournir le fer de lance d'une force d'intervention. Depuis, une vingtaine de pays ont été approchés et auraient, tous, répondu favorablement, les uns pour envoyer un contingent, d'autres pour cofinancer l'opération. Selon des sources diplomatiques, le Royaume-Uni accepterait une participation "d'ampleur modeste mais, politiquement, très importante". L'engagement de Londres, au mieux avec Kigali, couperait l'herbe sous le pied des dirigeants rwandais qui jugent "malvenue" une intervention française. Leur argument : après l'opération Turquoise en 1994, "la population risque de penser que les Français viennent à nouveau pour protéger les génocidaires"...
Munie d'un mandat coercitif pour imposer la paix, la task force devrait rester au Congo seulement pour une durée limitée, de trois mois environ, le temps pour la Mission d'observation des Nations unies au Congo (Monuc) - d'un coût de 580 millions d'euros par an - de se ressaisir. Selon un haut responsable à Paris, outre des considérations humanitaires, "la crédibilité des Nations unies qui est en jeu" fonde la résolution française à intervenir.
Corine Lesne (New York, Nations unies) et Stephen Smith
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 22.05.03
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 12:33:57
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Mercredi 21 mai 2003
BANGUI
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 Le Monde International, mercredi 21 mai 2003, p. 5
Général François Bozizé, président de la République centrafricaine "Nous sommes au fond du gouffre, il faut nous aider"
Bangui de notre envoyé spécial
Vous avez pris le pouvoir dans une capitale qui a connu trois mutineries et quatre coups d'Etat en sept ans - et autant de pillages. A quelle situation devez-vous faire face ?
A la situation dramatique d'un pays qui, depuis tant d'années, n'a vécu que des soubresauts. Cette situation est connue du monde entier. Depuis une décennie, les médiateurs et contingents d'interposition - français, africains, onusiens... - se sont succédé chez nous. Nul n'ignore donc que nous sommes au fond du gouffre ! Tout est urgence ici ! Dans l'immédiat, nos deux priorités sont la sécurisation de la ville de Bangui, puis de l'arrière-pays, et le paiement de la fonction publique qui, selon les catégories, a cumulé des arriérés allant jusqu'à 30 mois de salaires.
On parle beaucoup d'aide "post-conflit". Que pouvez-vous espérer ?
Le premier ministre est parti en tournée d'explications en Europe, pour faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un énième putsch pour accaparer le pouvoir mais d'une tentative désespérée de sauver notre pays. Nous avons un besoin vital d'aide. Il faut voler au secours de la République centrafricaine avant qu'il ne soit trop tard. Y a-t-il besoin de nouvelles "missions d'évaluation", alors que notre misère crève les yeux ? Je crois qu'il n'y aurait aucune excuse pour la communauté internationale si elle devait tarder à nous venir en aide.
Qu'attendez-vous, en particulier, de la France ?
C'est vrai que nous pensons d'abord à la France, notre amie de toujours, qui ne nous a jamais fait défaut dans les moments difficiles. Je l'ai dit : la situation de nos finances publiques est désespérée. Mais, aussi, la sécurisation du pays est une tâche urgente. Il faut entièrement réorganiser notre armée, nos forces de police et de gendarmerie. Pour ce qui est de l'armée, il faut intégrer quatre composantes : les Forces armées centrafricaines (FACA) que le défunt régime a totalement démobilisées en faisant appel à des mercenaires, dont le capitaine Barril -ex-gendarme et numéro deux de la "cellule terroriste" à l'Elysée, sous François Mitterrand- et ses hommes ; l'ancienne garde présidentielle, près d'un millier de soldats ; les ex-mutins, environ 800 hommes, qui viennent de rentrer au pays à la faveur d'une amnistie ; enfin, les quelque 1 300 patriotes en armes qui viennent de libérer le pays et qui n'ont souvent aucune formation militaire. Toutes ces forces doivent être brassées, équipées et redéployées sur l'ensemble du territoire.
La tâche est ardue, nous avons besoin de la France. J'ai écrit au président Chirac, qui a bien voulu maintenir à Bangui les 300 soldats français venus pour évacuer leurs ressortissants. J'espère qu'ils resteront pour, d'une part, soutenir le contingent d'interposition de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) et, d'autre part, pour réorganiser notre armée nationale.
Quelles sont les relations avec le Tchad, qui veille à la sécurité de sa frontière méridionale, près de ses gisements pétrolifères dont l'exploitation doit débuter cet été ?
Le Tchad m'avait accordé l'asile, et c'est moi-même qui ai sollicité l'aide de son armée pour mettre fin aux pillages à Bangui. Depuis, les soldats tchadiens sont repartis ou ont été intégrés dans les forces de la Cemac. Nous nous sentons libres de nos décisions.
Quelle est votre ligne de conduite pour la "transition", le retour à un ordre légal ?
Nous cherchons le consensus le plus large et, pour cela, nous avons fait monter dans le char de l'Etat toutes les forces de la nation. Nous avons formé un gouvernement d'union où toutes les sensibilités sont représentées, même le parti au pouvoir sous le défunt régime. Il en sera de même au sein du Conseil national de transition, qui tiendra lieu d'organe consultatif et qui sera mis en place avant la fin du mois. J'ai ainsi voulu donner des gages à mes compatriotes et à la communauté internationale pour qu'ils ne pensent pas que je suis venu pour m'imposer. Je suis venu pour trouver, dans la concertation, la solution pour faire redémarrer le pays.
Dans quels délais comptez-vous organiser des élections ?
Tout dépend de la communauté internationale, et de l'aide qu'on veut bien nous apporter. Nous ne voulons pas organiser des élections pour des élections, mais pour refonder la démocratie en Centrafrique. Pour cela, il faut des bases solides qui permettront au futur pouvoir élu de gouverner, d'appliquer son programme. Il faut la sécurité, un minimum de remise en état. Il ne suffit pas de bricoler, sous peine de voir le désordre revenir et emporter l'Etat. Voilà notre but. Si on nous aide massivement, on pourra l'atteindre même dans les dix-huit mois. En revanche, si l'aide se fait attendre, l'échéance ne peut que s'éloigner, compte tenu de notre dénuement. Il faut bien comprendre : pour mettre fin à l'assistanat permanent, il faut agir maintenant pour rasseoir l'autorité de l'Etat. C'est tout l'enjeu de la transition.
Serez-vous candidat à la prochaine élection présidentielle ?
On ne cesse de me poser la question, qui n'est pourtant pas d'actualité. Pire, y répondre d'une façon ou d'une autre, cela reviendrait à introduire un facteur de déstabilisation dans la transition en cours. Je m'en tiens donc à ceci : je me suis fixé pour objectif de contribuer au changement - ce qui est fait - et de mener à bien la transition - ce qui reste à faire. Après, on verra. Mon souci, c'est la réussite de la transition. Son échec serait une catastrophe pour la Centrafrique.
Propos recueillis par Stephen Smith
Catégorie : Politique nationale et internationale Sujet(s) uniforme(s) : Chefs d'États et de gouvernements Taille : Moyen, 679 mots
© 2003 SA Le Monde. Tous droits réservés.
Doc. : 20030521LM0Q2105_621602 | |
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 12:26:58
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Mercredi 21 mai 2003
BERLUSCONI
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 Le Figaro, n° 18282 Mardi 20 mai 2003, p. 6
INTERNATIONAL; EUROPE
Le président du Conseil estime n'avoir pris aucune position antifrançaise durant le conflit irakien Silvio Berlusconi : « J'irai jusqu'au terme de mon mandat, en 2006 »
Richard HEUZE
LE FIGARO. Le tribunal pénal de Milan vient de disjoindre votre cas du procès SME. Il devrait rendre son verdict le mois prochain. Une condamnation de votre ancien ministre, Cesare Previti, inculpé comme vous de corruption de magistrat, risque de rejaillir sur vous, sur le plan politique du moins. Pensez-vous que cela aura des répercussions sur la présidence de l'Union européenne que l'Italie assumera pour six mois à partir de juillet ?
Silvio BERLUSCONI. Absolument pas. Je crois que les dirigeants européens me connaissent bien maintenant. Ils ont compris quelle était la situation italienne. Cette accusation est absolument infondée. Une poignée de magistrats militants utilisent la justice à des fins politiques pour faire tomber le gouvernement. C'est un cancer qu'il faudra extirper pour que l'Italie puisse redevenir dans tous les domaines un état de droit.
Déjà, en novembre 1994, alors que vous étiez au pouvoir, vous aviez été mis en examen pour corruption présumée de la police des finances, cette affaire étant antérieure à votre entrée en politique. Ce précédent vous fait-il craindre le pire aujourd'hui ?
Cette accusation-là a changé l'histoire de l'Italie, puisqu'elle a fait tomber mon premier gouvernement et a envoyé la gauche au pouvoir. Laissez-moi rappeler que, depuis, la Cour de cassation a reconnu ma pleine innocence en prononçant un non-lieu complet. Il faut aussi dire qu'en 1994 l'opinion avait une autre perception du travail des magistrats. Aujourd'hui, l'atmosphère est complètement différente. Seulement 8 % des Italiens leur font confiance.
Dans votre déposition du 5 mai dernier, vous avez mis en cause Romano Prodi. Cela ne risque-t-il pas de rendre problématiques vos rapports durant le semestre italien ?
Je suis accusé sur la base des affirmations d'un témoin privé de toute fiabilité et inspiré par des intérêts personnels. Un témoin contre lequel j'ai porté plainte pour diffamation il y a sept ans, sans suite de la part du tribunal de Milan. Le 5 mai, je me suis défendu à la barre en citant noms, chiffres et faits irréfutables. J'aurais corrompu un juge pour obtenir un arbitrage favorable, mais que dire des quatorze autres magistrats qui se sont prononcés de la même manière sur la même affaire ! Cela dit, j'exclus de nouveau quelque répercussion que ce soit pendant la présidence italienne. Mes rapports avec Romano Prodi restent corrects sur le plan institutionnel. Non seulement dans la forme, mais aussi dans la substance. Et je veux croire que lui aussi aura à coeur d'obtempérer à ses obligations de président de la Commission.
Ne serez-vous pas tenté de provoquer des élections anticipées ?
Je n'y ai jamais songé. La législature prend fin en 2006, et j'entends aller jusqu'au terme de mon mandat. L'Italie a eu l'infortune d'avoir 55 gouvernements en un demi-siècle. Chacun a duré en moyenne moins d'un an. C'est trop peu pour mener une action vraiment efficace. Voilà pourquoi les institutions du pays accusent un tel retard. Pour la première fois en cinquante ans, mon gouvernement jouit d'un large soutien au Parlement. C'est à la fois une grande responsabilité et une grande opportunité. Cela lui permet d'agir pour réformer l'architecture institutionnelle de l'Etat, son administration, ses codes et ses lois afin que l'Italie devienne compétitive avec les autres pays européens. C'est ce que nous sommes en train de faire. Nous avons mis en chantier vingt-quatre réformes allant de la structure du gouvernement à l'abrogation d'un nombre infini de lois inutiles, en passant par l'école, le marché du travail, la mise en oeuvre de grands chantiers. Nous avons aussi réformé complètement la philosophie de notre diplomatie et renforcé la lutte contre la criminalité. Mettre en oeuvre cette révolution libérale et moderne de l'Etat requiert du temps. C'est pourquoi je ne vois aucun risque d'élections anticipées.
Dans quel esprit conduirez-vous la présidence de l'Union ?
L'Italie est l'un des pays fondateurs de l'Europe. C'est aussi, j'en suis convaincu, le pays européen le plus enthousiaste. Pour garantir son avenir, l'Europe doit se hisser au niveau des Etats-Unis, unique grande puissance sur la scène globale. Elle doit le faire en développant une politique étrangère qui soit réellement unique. Celle-ci n'aura d'autorité que si elle est soutenue par une force militaire faisant elle-même autorité.
Comment y parvenir ?
De deux manières. D'une part en élargissant ses frontières pour englober des pays comme la Turquie, la Moldavie, les pays balkaniques, la Biélorussie, l'Ukraine et la Fédération russe. Seul le chapeau européen permettra d'éviter les guerres ethniques et religieuses dans les Balkans. Et d'accélérer dans tous ces pays les réformes renforçant démocratie et libre marché. A cette liste j'ajoute Israël, où je me rendrai le mois prochain : de mon point de vue, c'est un pays européen dans l'esprit, la politique et l'économie, s'il ne l'est au plan géographique.
D'autre part, en investissant davantage dans la technologie et la défense. Nous ne pouvons continuer à profiter du parapluie américain en n'affectant que 1,5 % de notre PIB à la défense quand les Etats-Unis lui consacrent 4 % de leur revenu national.
Si ces conditions se vérifiaient, l'Europe, qui est déjà un géant économique, mais un nain politique et militaire, deviendrait un géant dans toutes ses dimensions. Réellement protagoniste avec les Etats-Unis de développement, de sécurité et de paix dans le monde.
De vives incompréhensions avaient surgi entre Rome et Paris au début de la guerre en Irak, au point que l'ambassadeur de France à Rome s'était déclaré « stupéfié » par le procès d'intention fait à son gouvernement. Peut-on parler d'un refroidissement des rapports franco-italiens ?
En aucune manière. Il n'y a jamais eu de notre part volonté d'adopter une attitude antifrançaise. Aucun homme politique italien n'a jamais fait la moindre déclaration qui puisse être qualifiée d'antifrançaise. En ce qui me concerne, j'ai toujours manifesté les plus grands égards pour la position française dans toutes les manifestations publiques. J'ai voulu expressément exclure cette situation particulière de politique étrangère (NDLR : les divergences de vues sur l'Irak) du reste des rapports de l'Italie avec la France. Nous voulons que ces rapports restent les plus amicaux et affectueux possible.
S'il est d'ailleurs un dirigeant français avec lequel mes rapports sont très cordiaux, c'est bien Jean-Pierre Raffarin. Nous nous téléphonons très souvent et nous sommes convenus de nous revoir en Italie avant cet été. J'ai aussi donné des instructions à mes ministres afin qu'ils renforcent leurs rapports avec leurs homologues français. Et la dernière fois que je l'ai vu à Bruxelles, Jacques Chirac m'a dit qu'il en avait fait autant de son côté.
La France voudrait retarder la mise en chantier de la ligne ferroviaire Turin-Lyon, dont l'Italie espère l'achèvement en 2014. N'est-ce pas un motif sérieux de discorde ?
J'en ai déjà parlé avec divers responsables du gouvernement français. Je leur ai dit qu'un tel choix serait extrêmement erroné. La France a tout intérêt à être rapidement reliée par cette ligne à grand gabarit, non seulement avec l'Italie, mais aussi avec l'Europe de l'Est tout entière, jusqu'à Kiev et au-delà. Ce serait une erreur de croire qu'on puisse en différer la construction. L'amitié avec l'Italie repose aussi sur un réseau de communications permettant de franchir l'obstacle naturel des Alpes. Nous savons que le trafic va progresser de manière exponentielle dans les dix prochaines années. Le nombre de véhicules augmentera de 50 % sur nos routes, alors que les axes de communication avec la France sont déjà surchargés par un trafic supérieur aux limites de sécurité. Imaginons la situation dans dix ans. En outre l'Europe se fonde sur le principe de la libre circulation des marchandises et des personnes. Cela ne peut se faire sans réseaux adéquats de communication transeuropéens. Alors, oui, différer la mise en chantier de la Turin-Lyon serait une décision incompréhensible, allant contre l'Italie et contre l'Europe tout entière ! Franchement, je refuse de croire que les dirigeants français puissent la prendre.
Illustration(s) :
Silvio Berlusconi : « Je suis accusé sur la base des affirmations d'un témoin privé de toute fiabilité contre lequel j'ai porté plainte pour diffamation il y a sept ans, sans suite de la part du tribunal de Milan. »
(Photo Eric Vandeville.)
Catégorie : Politique nationale et internationale Sujet(s) uniforme(s) : Politique extérieure et relations internationales Sujet(s) - Le Figaro : SILVIO BERLUSCONI Lieu(x) géographique(s) - Le Figaro : ITALIE Type(s) d'article : ARTICLE; PHOTO; INTERVIEW Taille : Long, 1025 mots
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Doc. : 20030520LF18282602
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ericjeanloicbreton |
| 2003-05-21 12:09:04
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