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Publié le dimanche 18 mai 2003

Dimanche 18 mai 2003

MAROC

Des Marocains pleurent leurs proches décédés dans les attentats qui ont frappé Casablanca samedi soir

De nombreux habitants de Casablanca estiment que la "politique d'agression" et de "déstabilisation" des Etats-Unis est à l'origine des attentats meurtriers qui ont frappé vendredi la capitale économique marocaine.
• Senna Abdelhak (AFP - dimanche 18 mai 2003, 13h21)

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ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-18 11:40:09
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Dimanche 18 mai 2003

GUYANE

En Guyane, des journalistes sont menacés de mort
LE MONDE | 16.05.03 | 13h06     MIS A JOUR LE 18.05.03 | 09h45

Frédéric Farine est journaliste pigiste en Guyane. Il collabore régulièrement à la station de Radio France outre-mer (RFO), et réalise aussi des correspondances pour le quotidien La Croix et Radio France internationale (RFI). Mercredi 14 mai, il a été attaqué, frappé au visage et au cou, à la sortie du tribunal de Cayenne, où il suivait un procès d'assises.

Son agression, commise par un patron orpailleur, Jean Béna, bien connu sur la place, a suscité la "profonde indignation" du club de la presse local, qui y voit une pression "visant à empêcher un journaliste d'exercer sa profession". "Qu'on en soit arrivé là sur le territoire français est proprement choquant et inadmissible. L'agresseur doit être sévèrement sanctionné", a aussitôt déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), dans une lettre adressée à Ange Mancini, le préfet du département de la Guyane.

En juillet 2001, Frédéric Farine et Laurent Marot, le correspondant du Monde en Guyane, ont signé ensemble dans les pages Horizons du quotidien une longue enquête sur Maripasoula, la capitale de l'orpaillage le long du fleuve Maroni, à la frontière du Surinam. "On y passe à tabac, on y torture, on y tue", écrivent-ils alors en détaillant les pratiques les plus féroces commises à l'encontre des chercheurs d'or brésiliens ou surinamiens, souvent clandestins, qui viennent vendre leur travail aux puissants orpailleurs locaux. Au moindre incident, qu'ils soient accusés de vol ou qu'ils réclament simplement leur salaire, ils ont affaire aux "quasi- milices" locales. "De dérive en dérive, un ordre pararépublicain s'est installé dans (cette) zone", affirment-ils encore, en s'interrogeant sur le rôle de l'Etat français dans cette situation créée depuis dix ans par la ruée vers l'or.

EXPÉDITION PUNITIVE

Christophe Marquand, leur rédacteur en chef à la radio de RFO, rapporte que MM. Marot et Farine ont reçu des menaces à la suite de leurs différents reportages sur Maripasoula.

Le procès d'assises que suivait M. Farine mercredi concernait donc encore ce dossier. Le prévenu est accusé d'avoir participé à une fusillade qui avait grièvement blessé un Brésilien et causé la mort d'une grand-mère en décembre 2000. Cet homme était à l'époque employé d'un des plus gros orpailleurs de Maripasoula, M. Béna. Des témoins ont reconnu plusieurs des auteurs de cette expédition punitive. Selon le rapport d'instruction, M. Béna aurait prié avec insistance l'accusé de se présenter à la gendarmerie. C'est pour avoir rapporté cet élément à la radio, en présentant la session d'assises, que M. Farine a déclenché l'ire de cet orpailleur. Le journaliste a porté plainte pour violences volontaires et menaces de mort.

Martine Valo

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.05.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-18 11:10:54
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Dimanche 18 mai 2003

SLOVAQUIE

La Slovaquie dit oui à l'Union européenne
LEMONDE.FR | 17.05.03 | 19h12     MIS A JOUR LE 17.05.03 | 20h05
Si la participation n'avait pas atteint 50% des électeurs inscrits, le référendum sur l'adhésion n'aurait eu aucune valeur. Tout n'aurait cependant pas été perdu car, selon la Constitution, le Parlement, totalement acquis à l'Union européenne, aurait eu la possibilité de ratifier lui-même le traité d'adhésion.

Le référendum de la Slovaquie sur l'entrée dans l'Union européenne (UE) est valide grâce à une participation supérieure à 50% des électeurs, a affirmé samedi soir le premier ministre Mikulas Dzurinda dans une courte intervention publique dans le centre de Bratislava. "Le référendum est valide et la grande majorité des citoyens a dit oui à l'UE au cours de la consultation", a affirmé Mikulas Dzurinda.

Sur un total de 60 des 78 départements slovaques regroupant 3,1 millions des 4,2 millions d'électeurs inscrits, le oui obtient une majorité de 92,86% et la participation atteint 51,79 %, a indiqué l'agence de presse slovaque TASR.

Le premier ministre a ainsi mis fin à un long suspense sur la validité du référendum, qui s'est tenu vendredi après-midi et samedi matin. Si la participation n'avait pas atteint 50% des électeurs inscrits, le référendum sur l'adhésion n'aurait eu aucune valeur. Tout n'aurait cependant pas été perdu car, selon la Constitution, le Parlement, totalement acquis à l'Union européenne, aurait eu la possibilité de ratifier lui-même le traité d'adhésion.

"Je voudrais remercier tous les citoyens de notre pays qui se sont rendus aux urnes ces deux derniers jours et ont ainsi décidé de notre entrée dans la communauté des pays européens développés", a dit le président slovaque Rudolf Schuster dans un communiqué. "Les années à venir ne seront pas toujours faciles mais la plupart des difficultés ne seront que temporaires", a prévenu le président. "Après l'entrée dans l'UE, nous pouvons nous attendre à une augmentation de notre puissance et de notre compétitivité économiques et à une amélioration de notre niveau de vie", a ajouté le président.

FAIBLE PARTICIPATION

Une bonne partie des quelque 4,2 millions d'électeurs slovaques ont boudé les urnes. Samedi en milieu d'après-midi, quelques heures après la fermeture des 5 100 bureaux de vote à 13 heures, la plus grande incertitude continuait de régner, car il n'était pas acquis que la participation ait dépassé le seuil requis de 50% des électeurs inscrits.

Si la participation était inférieure à 50%, le référendum n'avait aucune valeur, même si le oui l'emportait avec une énorme majorité, comme le prédisaient tous les instituts de sondage et analystes politiques.

Selon l'agence de presse slovaque SITA, 48,4% des Slovaques avaient voté à 11 heures, mais sa concurrente TASR faisait état d'une participation de seulement 47% à midi. Faute d'argent, les grands médias slovaques n'avaient pas organisé d'opération d'estimation ou de sondage à la sortie des urnes.

Si une participation insuffisante ne pouvait empêcher l'adhésion du pays à l'UE, elle pouvait constituer un grave revers pour la coalition pro-européenne du premier ministre Mikulas Dzurinda, de l'avis des analystes locaux. Dans une manifestation de grande nervosité, les trois principaux dirigeants du pays avaient lancé ensemble un dernier appel à voter, à peine deux heures avant la fin du scrutin. "Selon nos informations, le succès du référendum qui n'est valide que si une majorité des électeurs y participent, reste incertain", avait affirmé le président slovaque Rudolf Schuster, le premier ministre Mikulas Dzurinda et le président du parlement Pavol Hrusovsky, dans un communiqué commun. "Nous voulons ainsi vous appeler à profiter des dernières minutes et à vous rendre aux urnes pour donner votre avis sur la voie que suivra notre pays prochainement", avaient écrit les trois hommes.

Selon l'agence SITA, c'est la région de la capitale Bratislava, de loin la plus riche du pays, qui avait le plus voté à 13 heures, avec un taux de participation de plus de 55%. Quatre des huit régions avaient voté à plus de 50% à la même heure. Mais dans certaines régions déshéritées, la participation à la même heure était plus proche de 40%.

La Slovaquie, qui est l'un des dix Etats invités à rejoindre l'UE en mai 2004, est le cinquième de ces pays à organiser un référendum sur l'adhésion.

Avant la Slovaquie, quatre autre pays invités ont dit "oui" à l'UE dans des référendums. Ce sont Malte, la Slovénie, la Hongrie et la Lituanie. Les autres référendums auront lieu d'ici au 20 septembre.

La prochaine consultation est prévue les 7 et 8 juin en Pologne, de loin le plus grand des nouveaux venus dans l'UE. Comme en Slovaquie, la hauteur de la participation est incertaine. Et comme en Slovaquie, une participation de 50% est requise pour valider le référendum. Le parlement aurait cependant aussi la possibilité de ratifier le Traité d'adhésion. Seule parmi les Dix, l'île de Chypre n'a pas prévu de consulter ses électeurs.

Avec AFP et Reuters


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-18 11:05:30
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Dimanche 18 mai 2003

CHYPRE ET TURQUIE

Les frontières turques ouvertes aux Chypriotes-grecs
LEMONDE.FR | 17.05.03 | 19h39     MIS A JOUR LE 17.05.03 | 20h35
Cette ouverture ne signife pas une reconnaissance par la Turquie qui occupe depuis 1974 le tiers nord de l'île, du gouvernement chypriote-grec qui en contrôle la majeure partie et est le seul à être reconnu par la communauté internationale.

"La Turquie ouvre ses portes à tous les Chypriotes-grecs... après quarante ans. A partir du 22 mai, les Chypriotes-grecs seront autorisés à passer les frontières turques", a déclaré M. Erdogan dans un discours prononcé à Antalya (sud) et retransmis par la chaîne de télévision NTV.

C'est un geste de bonne volonté envers le gouvernement de la République de Chypre, non reconnu par Ankara. Jusqu'ici, seuls des représentants officiels de la République de Chypre pouvaient se rendre en Turquie et ceci exclusivement pour participer à des rencontres internationales.

M. Erdogan a précisé que les Chypriotes-grecs se verraient automatiquement octroyer un visa d'un mois aux postes frontaliers turcs et qu'ils pourraient également obtenir des visas à l'ambassade de Turquie en République turque de Chypre du Nord (RTNC), entité autoproclamée dans la partie nord de l'île de Chypre et reconnue seulement par Ankara.

Un diplomate turc de haut rang a cependant déclaré que cette ouverture ne signifiait pas une reconnaissance par la Turquie qui occupe depuis 1974 le tiers nord de l'île, du gouvernement chypriote-grec qui en contrôle la majeure partie et est le seul à être reconnu par la communauté internationale. "C'est un pas très important, mais il ne va pas jusqu'à la reconnaissance du gouvernement chypriote-grec", a dit ce diplomate sous couvert de l'anonymat.

Chypre est divisée en deux secteurs, grec au sud et turc au nord depuis l'intervention de l'armée turque dans le nord de l'île en 1974, en réponse à un coup d'Etat d'ultranationalistes chypriotes-grecs soutenus par la junte militaire alors au pouvoir à Athènes, qui voulaient rattacher l'île à la Grèce.

"Nous avons besoin de paix. Nous ne gagnons plus rien à travers la querelle", a affirmé samedi M. Erdogan à propos du conflit chypriote qui a aussi envenimé les relations entre Ankara et Athènes. "Nous attendons maintenant de la Grèce qu'elle fasse une démarche réciproque", a-t-il ajouté.

Au cours d'une visite en RTCN le 9 mai, M. Erdogan avait appelé la communauté internationale à lever les mesures d'embargo imposées à cette partie de l'île. "Le moment est venu pour la levée des embargos inhumains qui pèsent sur le peuple chypriote turc depuis 40 ans", a-t-il affirmé.

L'occupation par la Turquie du nord de l'île et la proclamation unilatérale d'une république turque dans ce secteur en 1983 a entraîné la mise en place d'embargos commerciaux à l'encontre du nord dont la population estime qu'elle fait l'objet de discriminations en fait depuis le début des années 1960.

ASSOUPLISSEMENT D'ANKARA

Le geste de bonne volonté annoncé samedi par M. Erdogan fait suite à la décision des autorités de la RTCN d'ouvrir des points de passage sur la ligne de démarcation qui sépare les deux secteurs de l'île, pour les habitants des deux parties.

Depuis son ouverture le 23 avril, plus de 300 000 personnes ont traversé cette ligne de démarcation gardée par des Casques bleus de l'Onu, alors que le total des habitants de l'île atteint à peine un million.

L'assouplissement des positions d'Ankara et du dirigeant chypriote-turc Rauf Denktash intervient après la décision de l'Union européenne (UE), lors de son sommet de décembre 2002 à Copenhague, d'accueillir en son sein la République de Chypre (sud) dès mai 2004, que l'île soit réunifiée d'ici là ou non.

Les négociations sur un plan de réunification proposé par l'Onu, qui prévoit la mise en place d'un Etat fédéral chypriote basé sur le modèle suisse, avaient échoué en mars, et le Conseil de sécurité avait alors stigmatisé "l'approche négative" de M. Denktash. Le 9 mai, M. Erdogan, dont le pays est lui-même candidat à l'UE, avait affirmé son soutien à une médiation de l'ONU pour un règlement à Chypre.

Avec AFP


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-18 11:04:53
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Dimanche 18 mai 2003

IRAK


Le Monde
Horizons, samedi 17 mai 2003, p. 12

IRAK RETOUR SUR UNE DÉBÂCLE

Plus qu'une défaite, ce fut une débandade. Officiers ou soldats, Gardes républicains ou miliciens du Baas, ils ont subi l'humiliation d'une armée en déroute. Cinq semaines plus tard, ils racontent

D'abord, un mot : "humiliation". Le lieutenant-colonel Adnan C. le répète à plusieurs reprises, comme si la franchise et l'autocritique avaient soudain valeur de thérapie au pays du mensonge-roi : oui, la défaite de l'Irak restera à ses yeux une "humiliation". Ce mot est sa blessure de guerre ; en le prononçant, il paraît soudain fragile, ce colosse aux épaules de lutteur, fils et petit-fils de militaire. Bien sûr, il avait conscience des faiblesses de son camp - on ne passe pas vingt ans dans une armée sans en connaître les failles - mais, de là à imaginer pareil affront... Aujourd'hui encore, alors qu'une patrouille de GI passe sous les fenêtres de la maison où nous le rencontrons, cet officier de 42 ans ne comprend toujours pas comment l'Irak a pu s'incliner sans résister ou presque.

Et ils sont comme lui des centaines de milliers à travers le pays : militaires, gardes républicains, miliciens baasistes, rescapés d'une armada en déroute... Chacun à leur façon, ils ont été des acteurs du conflit. Les récits qu'ils en font, nécessairement subjectifs, aboutissent tous au même constat : plus qu'une défaite, ce fut une débandade.

Le jeudi 20 mars, quand les premières bombes de la coalition s'abattent sur Bagdad, le lieutenant-colonel Adnan C. se trouve au nord, près de Kirkouk. Il dirige alors trente-deux techniciens affectés à la maintenance des chars T55 de fabrication soviétique. Il y en a 150 dans ce secteur, mais Adnan C. ne se fait pas d'illusions : ces "vieilleries" des années 1950 n'ont aucune chance face aux Américains.

"Il fallait s'en contenter, regrette-t-il. Comme le pouvoir se méfiait de l'armée, suspectée de comploter, le meilleur matériel était attribué aux gardes républicains. Ils disposaient de T72, des modèles plus récents -fin des années 1980-..."

A Kirkouk, les troupes de la Garde sont disposées de façon à protéger l'armée, dont l'action est avant tout défensive. Entre l'une et l'autre, les relations sont quasiment inexistantes. Ce cloisonnement pénalise la coordination et nourrit bien des frustrations. Les gardes font figure de privilégiés. On les dit mieux équipés, mieux nourris, mieux payés. Il est vrai, et le lieutenant colonel C. le reconnaît, qu'ils sont souvent en première ligne. L'absence de soutien aérien constitue, selon lui, une autre faiblesse : il juge "insensé" de lutter avec "seulement" 300 avions. "La défaite était inévitable, assure-t-il, même un enfant ne pouvait croire à la propagande annonçant l'extermination des Américains. Mais il était de notre devoir de défendre le pays. Je dis bien le pays, et non Saddam." Après quelques jours de guerre, Adnan C. est malgré tout surpris d'apprendre que les "agresseurs" sont malmenés dans le Sud, à Bassora et Nassiriya.

Cette dernière ville dispose d'une base aérienne où le général d'aviation Issam H. vient de passer dix-huit mois avec 200 hommes. Dès l'après-midi du 21 mars, ils ont vu arriver des chars américains. Puis, en début de soirée, les combats ont éclaté. Dans la nuit, alors que les bombardements redoublaient d'intensité, le général H. et une dizaines d'autres officiers se sont repliés vers le centre-ville. Depuis, la bataille fait rage... Des miliciens baasistes et des fedayins de Saddam prêtent main forte aux militaires. Le général est optimiste. "Cette résistance était encourageante, confirme-t-il. Il y avait de nombreuses victimes, mais des renforts devaient arriver." L'attente durera treize jours. Les renforts ne viendront pas : "Les routes étant coupées, ils ne pouvaient pas nous rejoindre. Le 3 avril, j'ai quitté Nassiriya avec quatre officiers. Habillés en civils, nous avons essayé de rejoindre Bagdad par des routes de campagne. J'étais convaincu que la capitale résisterait."

LE général se trompe, et avec lui bien des combattants du Sud. Privés d'information, ils n'ont aucune idée des pertes humaines et matérielles dans le reste de l'Irak. Ils ne mesurent pas non plus, ou refusent de reconnaître, l'état de déliquescence de l'armée et de la Garde républicaine. Les deux principales forces du pays, dont les effectifs totaux seraient de 410 000 hommes et 625 000 réservistes, peinent à entretenir l'illusion : l'équipement est obsolète, la peur gagne les rangs, les problèmes de communication sont insolubles. Pis, les signes de renoncement se multiplient...

Près de Tagtag (Nord), le caporal Thamer M. ne veut pas mourir pour Saddam. Voilà trois ans et demi que ce jeune homme au sourire facile effectue son service national au sein de la division d'infanterie Al-Soumoud et, même s'il aime son pays, il souhaite sa défaite. A cause du régime. A cause du passé, aussi : la mort de son père, lors de la guerre contre l'Iran, est une inguérissable blessure d'enfance. Ils sont des milliers dans ce cas en Irak, orphelins des années 1980 devenus - à contrecoeur - la "chair à canon" de Saddam. Le fait que Thamer soit chiite, comme la majorité de ses camarades, renforce sa haine du pouvoir sunnite. Enfin, il y a l'armée, cette machinerie vieillissante dont il connaît désormais les rouages... A Tagtag, la ration quotidienne se limite à deux petits pains. Les soldats doivent acheter en ville de quoi survivre. Mais avec quel argent ? Quand il était à Bassora, la solde de Thamer était de 5 000 dinars par mois, soit 2,5 euros. En février, il a été augmenté de 3 500 dinars. A peine de quoi manger à sa faim... Les officiers, eux, n'ont pas tant de soucis : la corruption les a enrichis. Le système est bien rodé : pour échapper au service, le tarif est de 40 000 dinars par mois. Chaque officier a ainsi sous sa coupe une dizaine de "protégés".

En théorie, ils devraient être présents puisque leurs noms figurent sur les listes, mais ils sont en fait chez eux. "Avant la guerre, se souvient le caporal, les chefs ont essayé de rameuter les gars. Inutile de dire qu'ils ne sont pas venus ! Sur un effectif de 500 hommes, nous étions 300. Et encore, pas pour longtemps..."

Tandis que Bagdad se prépare à ce qui doit être LA bataille, l'heure est à la débâcle du côté de Tagtag. Redoutant des sanctions, les gradés se montrent pourtant scrupuleux : ils refusent les "enveloppes" des candidats à la désertion ! Ceux-ci décident alors de fuir en pleine nuit, par groupes de trois ou quatre. "Ça a commencé le 25 mars, se souvient Thamer. Les officiers avaient beau répéter qu'ils encouraient la peine de mort en cas d'arrestation, il y avait des dizaines de gars en moins chaque matin. Et le général s'est barré dans les premiers ! Nous les détestions, ces gradés... Ils ont filé un à un. Un soir, des copains m'ont proposé de les suivre, mais j'ai refusé. Je n'avais plus que trois semaines à tirer et je ne voulais pas prendre de risques. Sur 300, nous avons fini à 50..."

En ce début du mois d'avril, les déserteurs se comptent par milliers sur les routes d'Irak. Abandonnant armes et uniformes, ils partent à pied ou à bord de véhicules militaires dont ils ont effacé la peinture kaki. La Garde républicaine n'échappe pas au phénomène. A Sowera, au sud-est de Bagdad, les hommes de la 2e division rêvent aussi de rentrer chez eux. C'est le cas de Mithak, jeune homme de 23 ans, timide au possible. Avant la guerre, il travaillait dans un centre d'écoutes téléphoniques, à espionner les communications des "éléments destructeurs", kurdes au Nord et chiites au Sud. Puis le conflit a éclaté, le bâtiment a été détruit. Depuis, Mithak et près de 400 autres gardes s'entassent par groupes de huit dans des abris souterrains. Combattre est inutile : ils n'ont que des kalachnikovs à opposer à l'aviation ennemie.

Les journées sont longues. Ils chantent, prient, discutent. Il leur arrive même de blaguer sur Saddam. Oui, Saddam, le dictateur que nul n'osait critiquer trois semaines plus tôt. Dans tout le pays, soldats et officiers se libèrent peu à peu. Les confidences sur le président, réservées d'ordinaire à un cercle d'initiés, deviennent plus franches.

Mithak et ses copains le haïssent, ce tyran : n'est-ce pas de sa faute s'ils sont dans ce cercueil de béton ? Chaque soir, les bombes font trembler les murs, la flamme de leur lampe à pétrole s'éteint. Ils ont peur. "Nous avons guetté la mort pendant dix-sept jours, confie Mithak. Mes copains sont partis un à un. Soit ils demandaient une courte permission et ne revenaient pas, soit ils filaient en douce. Moi, j'avais la trouille d'être exécuté... Le 5 avril, quelqu'un a tiré au kalach sur un appareil ennemi. Evidemment, c'était une connerie ! Les Américains nous ont repérés. Ils ont commencé à tracer des cercles dans le ciel. Ceux qui restaient, une cinquantaine, ont déguerpi à temps."

De retour dans son quartier, dans la banlieue sud de Bagdad, Mithak apprend que trois étrangers y ont trouvé refuge : des jeunes fedayins syriens. Comme quelques milliers d'autres Arabes, ils sont en Irak au nom du djihad (guerre sainte). La relative passivité de leurs "frères" irakiens est pour eux une désillusion : ils les imaginaient en héros, ils les découvrent en déserteurs. "J'ai eu du mal à leur expliquer qu'ils s'étaient trompés en soutenant ce régime qui n'en valait pas la peine, se souvient Mithak. Ils ignoraient tout de notre pays. J'ai dû leur dire que les Irakiens, sans être favorables aux Américains, refusaient de mourir pour Saddam. C'était la vérité. A peine 20 % des gardes républicains ont combattu !" Et si tout cela n'était qu'une fausse reculade destinée à attirer l'ennemi dans la capitale ? Les Américains ont pris l'aéroport (4-5 avril), la Garde républicaine ne leur a opposé qu'une résistance limitée, et les voici aux portes de la cité.

Là, au moins, les fidèles du régime sont prêts au combat. La Garde spéciale, autre unité d'élite, surveille les palais présidentiels. Quartier par quartier, les milices baasistes sont en position. Des armes ont été distribuées, des galeries souterraines creusées. A Saddam City, le faubourg chiite, Kasim K. s'attend à ce qu'il appelle la "bataille des rues". Cet homme de 44 ans, technicien dans une centrale électrique, est un cadre local du parti. Tous les habitants du secteur connaissent son visage anguleux, son regard noir ; il est de ceux qui contrôlent, inspectent, sanctionnent. En théorie, 1 200 baasistes sont sous ses ordres. A l'en croire, ils se battront moins pour Saddam que pour échapper aux représailles (les "lâches" encourent l'exécution) et préserver leurs privilèges. Lui-même ne s'en cache d'ailleurs pas : ses fonctions au Baas lui assurent un revenu mensuel de 300 000 dinars (150 euros).

Le mardi 8 avril est une journée décisive. Kasim dirige alors la "division d'urgence" de Saddam City, unité mobile d'une quinzaine d'hommes, armés de grenades et de kalachnikovs. Ils ont pour mission de surveiller la population et d'engager dès que possible la fameuse bataille des rues. Mais, en parcourant la capitale, Kasim comprend vite que celle-ci est mal engagée : plus l'ennemi progresse, moins ses compatriotes se battent. "C'était la pagaille absolue, se souvient-il, nous recevions des ordres contradictoires, des informations erronées. Des lieux de regroupement avaient été prévus pour les différentes forces armées, mais nous étions moins nombreux à chaque fois, de plusieurs milliers à quelques dizaines en moins de vingt-quatre heures !" La débandade touche aussi l'hôpital militaire de Rachidia : sur les 40 médecins, il n'en reste que trois.

A 18 heures, Kassim se rend à Saddam City, où sont réunis quelques dizaines de miliciens et d'agents des services de renseignement. "A ce moment-là, raconte-t-il, il s'est produit un incident décisif. Une voiture rouge s'est approchée. Un homme en est sorti. Il a tiré un coup de feu en l'air. Ce devait être un signal puisque les types des services se sont envolés comme une nuée de moineaux ! Alors, j'ai compris que c'était terminé. Avec le recul, je suis persuadé que tout a basculé plus tôt dans l'après-midi de ce même 8 avril, vers 15 heures. C'est à ce moment-là, d'après moi, que Saddam a quitté le pouvoir." Le lendemain, la chute de sa statue, place du Paradis, officialisera la capitulation.

Aujourd'hui encore, cinq semaines après la fin d'une guerre dont le bilan humain ne sera sans doute jamais connu, tous ceux qui y ont participé cherchent leur place dans l'Irak incertain de l'après-Saddam.

Le lieutenant-colonel Adnan C., dont les chars T55 n'ont finalement pas servi, est devenu commerçant ; il garde en mémoire la terrible vision de trois amis soldats déchiquetés par une bombe "US". Le général d'aviation Issam H., qui a dû attendre d'être à Bagdad (le 7 avril) pour prendre conscience de l'échec, espère trouver un emploi de chauffeur ; il regrette que ses compagnons de Nassiriya soient morts pour "rien". Thamer et Mithak, le caporal et le garde républicain, n'ont plus la moindre ressource. Quant à Kasim, l'ancien milicien, il a repris ses fonctions à la centrale électrique et veut espérer que son passé ne lui vaudra pas d'ennuis : "Je n'ai fait de mal à personne, assure-t-il. C'est la dictature qui voulait cela. Elle ne tenait que par la terreur, l'argent, le mensonge. Chacun de nous avait peur de celui qui était au-dessus de lui. Voilà peut-être pourquoi tout s'est effondré si facilement..."

Philippe Broussard

Catégorie : Autres
Sujet(s) uniforme(s) : Conflits armés; Défense nationale et armée
Taille : Long, 1638 mots

© 2003 SA Le Monde. Tous droits réservés.

Doc. : 20030517LM0Q1705_619497


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-18 11:01:29
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Dimanche 18 mai 2003

COLOMBIE


Le Point, n° 1600
Monde, vendredi 16 mai 2003, p. 54

La Colombie appelle Paris à l'aide

Romain Gubert

C'était il y a quelques jours, dans la foulée de l'exécution par la guérilla colombienne des FARC de dix de leurs otages près de Medellin. Le président colombien Alvaro Uribe appelait Paris à l'aide. Et demandait à la France d'accueillir 600 à 1 000 rebelles actuellement en prison sur son sol. Rien de moins. But : permettre, en échange, la libération des 800 otages aux mains des guérilleros. Pour la plupart des civils. Mais aussi une cinquantaine de militaires. Ainsi que des personnalités politiques comme Ingrid Betancourt, l'ex-candidate écologiste à la présidentielle (qui dispose aussi de la nationalité française), otage depuis plus d'un an...

Un accord humanitaire

Seule exigence du plan d'Uribe : les guérilleros ne devraient pas ensuite retourner en Colombie. Une armée de guérilleros s'apprêterait-elle à débarquer à Roissy pour s'installer dans l'hexagone ? Rien n'est moins sûr. Car, si à plusieurs reprises Dominique de Villepin a annoncé qu'il était prêt à « aider et faciliter un échange humanitaire », l'appel au secours de Bogota semble avant tout destiné aux Colombiens. Ainsi qu'au groupe de pression constitué par les familles des otages. Quant aux FARC (16 000 hommes), elles souhaitent aussi parvenir à un « accord humanitaire ». Mais en posant un préalable : l'attribution d'une zone démilitarisée dans le Putumayo et le Nariño, de la taille de la Grande- Bretagne. Celle-ci serait sous leur contrôle.

Problème : le gouvernement refuse l'abandon d'un millimètre de territoire. Et pour cause : pour Alvaro Uribe, élu sur un programme d'éradication de la guérilla, donner cette région aux FARC serait admettre une partition de fait, donc reconnaître sa défaite. En attendant, « pour voir et sentir ce qui est en train de changer sur place », Alain Lipietz, le député européen Vert, joue les trouble-fête : il est en partance pour bogota. L'an dernier, il avait déjà tenté de faire libérer Ingrid Betancourt en se rendant sur place. Sans résultat...

Catégorie : Politique nationale et internationale
Taille : Court, 233 mots

© 2003 Le Point. Tous droits réservés.

Doc. : 20030516PO160005402


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-18 10:51:12
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INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON