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Publié le vendredi 16 mai 2003

Vendredi 16 mai 2003

CISJORDANIE

REPORTAGE
Le "mur de séparation" en Cisjordanie désespère villageois et pacifistes
LE MONDE | 16.05.03 | 13h44     MIS A JOUR LE 16.05.03 | 15h58
Les travaux de ce que les autorités israéliennes appellent la "clôture de sécurité" progressent, remodelant une partie du territoire palestinien qu'elle est censée traverser du nord au sud, coupant des villages en deux. Comme à Mas'ha, où des militants pour la paix soutiennent les habitants.

Mas'ha (Cisjordanie) de notre envoyée spéciale

A quelques centaines de mètres en surplomb du village de Mas'ha, un drapeau palestinien émerge des branches noueuses d'un olivier. Il marque l'entrée du "camp de la coalition contre le mur de l'apartheid" : quelques tentes de toiles délavées, posées depuis le 5 avril au sommet de la petite colline, au milieu desquelles des banderoles, des photos et des cartes improvisent une exposition sur le mur et ses conséquences sur le paysage et les populations.

Installé là par une poignée de militants palestiniens, israéliens et internationaux, pour protester contre le passage du mur construit du nord au sud de la Cisjordanie par Israël pour "se protéger des infiltrations terroristes", le campement est devenu au fil des semaines un îlot de terre sèche, balayé par le vent. Peu soucieux de la présence vingt-quatre heures sur vingt-quatre d'une dizaine de pacifistes, les bulldozers israéliens, protégés par des gardes privés et les patrouilles régulières de l'armée, ont méthodiquement préparé le terrain.

Huit cents oliviers ont été déracinés ; sur plusieurs centaines de mètres de long et une vingtaine de large, la terre a été arasée, préfigurant le tracé du mur. Une tranchée de deux mètres de profondeur a été creusée dans la rocaille, isolant le camp du reste du village. Militants et villageois passent encore, au prix de quelques acrobaties. "Dans quelques jours, ce sera pire ; ils -les Israéliens- ont promis d'installer des rouleaux de fil de fer barbelé", assure Jonathan, un des pacifistes israéliens, qui a déjà passé près de trois semaines sur place.

Mas'ha est l'un des premiers villages palestiniens de cette région, le gouvernorat de Salfit, à subir le désastre du mur de séparation que le gouvernement d'Ariel Sharon a décidé d'édifier en juin 2002, pour s'isoler des territoires palestiniens. Selon les plans actuels, présentés en mars aux villageois, 95 % de leurs terres vont se retrouver à l'ouest du mur. Les habitations et les 2 500 habitants du village resteront, eux, à l'est, coupés de leur principale source de revenus : l'agriculture. Les autorités israéliennes ont promis d'aménager des points de passage dans le mur, pour permettre aux paysans d'accéder à leurs champs. La plupart sont sceptiques, d'autant que les destructions liées aux travaux préparatoires ont déjà privé de nombreuses familles de leurs terres.

PAS DE TERRE DISPONIBLE

Nazih Chalabi a perdu 12 des 12,5 hectares que sa famille possédait depuis des générations. Comme d'autres, il a tenté de récupérer des oliviers déracinés pour les replanter, mais, "côté est", il n'y a plus guère de terre disponible et il a dû renoncer. Par le biais d'un trafic encore opaque, certains arbres "abandonnés" se retrouvent parfois en Israël.

"Notre vie va devenir encore plus misérable et, lorsque nous aurons fini nos réserves de farine et d'huile d'olive, il ne me restera plus qu'à aller mendier à l'entrée de la mosquée", s'inquiète M. Chalabi, père de neuf enfants, qui, avant l'Intifada, travaillait dans des exploitations agricoles en Israël, laissant aux femmes de la famille le soin de récolter ses olives. A l'époque, Mas'ha était un village prospère de 7 000 habitants, animé par un marché hebdomadaire fréquenté par de nombreux Israéliens. Isolé par des blocs de pierres à chacune de ses entrées dès les premiers jours de l'Intifada, le village a été contraint de se recentrer sur des activités agricoles artisanales. Le passage du mur sur ses terres sonne le glas de ce moyen de subsistance.

Mais la catastrophe économique et sociale que le mur est en passe de provoquer n'explique pas à elle seule l'indignation qu'il suscite chez les villageois et les militants. Situé à six kilomètres à l'est de la Ligne verte (la frontière qui séparait jusqu'en 1967 Israël de la Cisjordanie), Mas'ha aurait dû rester hors des méandres de la "clôture de sécurité", ainsi que les autorités israéliennes qualifient le mur. Pourtant, sous la contrainte des colons israéliens installés en Cisjordanie, le tracé du mur avalisé par le gouvernement de M. Sharon a peu à peu épousé les contours des colonies proches des villages palestiniens.

Mas'ha, cerné par les implantations israéliennes d'Elkana et d'Ets Ephraïm, fait les frais de cette politique, qui vise à conserver du "bon" côté du mur le maximum de citoyens israéliens. Dans un entretien publié, le 13 mai, par le quotidien de droite Jerusalem Post, le premier ministre israélien est même allé plus loin. Il a confirmé que le "mur antikamikaze" s'enfoncerait de quelque 20 kilomètres en territoire palestinien, pour intégrer notamment la colonie d'Ariel, la plus peuplée de Cisjordanie.

"Mas'ha n'a jamais été impliqué dans aucun acte de terrorisme, assure de son côté Rizeq Abou Nasser, l'un des responsables de l'organisation palestinienne Comité de défense de la terre, présent sur place en permanence. Pour les Israéliens, l'objectif évident du mur est de voler de la terre aux Palestiniens et de provoquer un transfert de population plus à l'est." "C'est le moyen subtil qu'a trouvé -Ariel- Sharon pour priver les Palestiniens de leurs moyens d'existence et les forcer à partir", renchérit Jonathan. La jeune association International Women's Peace Service (IWPS), dont la dizaine de membres assurent un relais permanent dans le camp, craint, elle, que le "mur de l'apartheid" pose "les frontières de la future entité palestinienne".

Redoutant aussi cette politique du fait accompli, Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), le premier ministre palestinien, n'a pas manqué de demander l'arrêt de la construction du mur, lors des discussions sur la mise en œuvre de la "feuille de route", qu'il a eues avec le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, le 11 mai. Ce dernier n'y a pas fait allusion. Quant au document diplomatique, censé mener à la création d'un Etat palestinien en 2005, il ne dit pas un mot du sort réservé à ce mur-frontière.

Stéphanie Le Bars


Javier Solana à Ramallah

Le haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère commune, Javier Solana, a rencontré séparément, jeudi soir 15 mai, à Ramallah, le premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), et le président Yasser Arafat, qui se sont tous deux félicités du soutien européen. Au terme de sa rencontre avec M. Abbas, M. Solana a déclaré qu'il était "très heureux des idées et des mesures que Mahmoud Abbas -lui- a présentées, et nous le soutiendrons ainsi que la "feuille de route"".

Israël avait appelé M. Solana à ne pas s'entretenir avec Yasser Arafat. C'est d'ailleurs la première fois qu'un responsable occidental de ce rang ne rencontre que des responsables palestiniens alors qu'il traverse le territoire israélien pour s'entretenir avec eux. Mais M. Solana devrait se rendre à Jérusalem dans les prochains jours pour des rencontres avec des responsables israéliens, à l'exclusion de M. Sharon, qui a décidé de ne pas le recevoir s'il rencontrait M. Arafat. - (AFP.)

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.05.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 12:29:32
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Vendredi 16 mai 2003

CAMBODGE


La Croix
L'ESSENTIEL, jeudi 15 mai 2003, p. 2

L'ONU approuve la création d'un tribunal de guerre pour le Cambodge

L'assemblée générale des Nations unies a approuvé mardi l'accord conclu avec le Cambodge prévoyant la création d'un tribunal chargé de juger les crimes de guerre des anciens dirigeants khmers rouges. Le Cambodge doit maintenant en faire de même afin que le tribunal parrainé par l'ONU puisse voir le jour. On estime à 1,7 million le nombre de Cambodgiens morts sous le régime khmer rouge, entre 1975 et 1979. Le régime s'est effondré en 1998 mais aucun de ses dignitaires n'a été jugé pour les atrocités commises, et beaucoup sont en liberté.

Catégorie : Actualités
Type(s) d'article : BREVE
Taille : Court, 76 mots

© 2003 la Croix. Tous droits réservés.

Doc. : 20030515LC0030515LC_inx007


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 11:54:49
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Vendredi 16 mai 2003

ITALIE


La Croix
MONDE, vendredi 16 mai 2003, p. 11

PERSPECTIVES. L'Italie va instituer une prime à la naissance de 2 400 Euro.

LE NIR Anne

Les faits. Où est donc le temps du cinéma néoréaliste, avec ses troupes de bambini s'ébattant joyeusement dans les rues de la péninsule ? L'Italie autrefois si prolifique - 900 000 naissances par an, il y a trente ans - a maintenant le taux de natalité le plus bas du monde : 1,25 enfant par femme. Selon un rapport sur la natalité en Italie rédigé par des experts de six universités et qui aura fait aujourd'hui et hier l'objet d'un débat au sein de la prestigieuse Academie des Lincei à Rome, trois raisons expliquent ce phénomène : les mutations sociales et culturelles, le poids économique, le mythe de l'enfant unique.

L'analyse. De plus en plus de femmes italiennes veulent avoir une vie professionnelle, ce qui a renversé le système de valeurs qui mettait la famille au premier plan, ainsi organisée : le père travaille, la mamma reste au foyer. Et les jeunes restent chez leurs parents de plus en plus tard, ce qui recule d'autant l'âge du mariage et donc d'une première naissance. Le coût d'un enfant en bas âge est évalué à 22 % du budget familial, et jusqu'40 % pour un lycéen ou un étudiant. Or, l'État italien a toujours compté sur la famille comme pilier social et n'a jamais fait de l'aide aux familles une priorité concrète. Enfin, le mythe de l'enfant roi constitue une caractéristique propre à l'Italie de l'après-guerre, qui a développé une peur de la famille nombreuse. La chute du taux de natalité serait étroitement liée au concept d'une vie qui doit être parfaite. Les Italiens ne refusent pas en soi le mariage ou la famille qui restent, paradoxalement, des idéaux puissants. Mais ils posent des conditions : être propriétaire d'un logement, avoir un emploi stable, au moins pour l'un des deux partenaires, et se limiter éventuellement à un seul enfant pour lui garantir les meilleures possibilités d'ascension sociale.

L'avenir. Le ministre pour l'égalité des chances, Stefania Prestigiacomo, prépare des mesures pour augmenter le nombre de crèches publiques et privées et aider les femmes à concilier travail et vie de famille. Le ministre des affaires sociales, Roberto Maroni, souhaite prendre l'exemple français pour mettre en place une politique de soutien efficace à la famille, qui « doit devenir une priorité du gouvernement, a-t-il déclaré en annonçant hier que, dès 2004, les familles recevront une prime à la naissance d'un montant total de 2 400 Euro.

Anne LE NIR(· Rome)

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) - La Croix : NAISSANCE; POLITIQUE SOCIALE
Lieu(x) géographique(s) - La Croix : ITALIE
Taille : Court, 297 mots

© 2003 la Croix. Tous droits réservés.

Doc. : 20030516LC0030516LC_inx053


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 11:52:56
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Vendredi 16 mai 2003

L'AFRIQUE


La Croix
MONDE, vendredi 16 mai 2003, p. 10

AFRIQUE. L'ONU veut nourrir les écoliers africains. SOLIDARITÉ. Le programme alimentaire mondial s'inquiète de la situation alimentaire en Erythrée, en Éthiopie et en Mauritanie et veut intervenir davantage en milieu scolaire. Dakar, de notre correspondante.

HOLZBAUER-MADISON Christine

Bien que les perspectives globales de récoltes se soient améliorées depuis l'an dernier, l'Afrique subsaharienne continue de souffrir de déficits alimentaires graves. Dans son dernier rapport, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) appelle à davantage d'aide alimentaire et à l'accélération de la distribution de l'aide alimentaire d'urgence en Erythrée, en Éthiopie et en Mauritanie, les trois pays les plus à risques, afin de prévenir des famines potentielles. Du fait des graves sécheresses lors des saisons agricoles précédentes, la situation des approvisionnements dans ces trois pays ainsi qu'au Zimbabwe reste « maussade ». L'escalade et/ou la poursuite des conflits dans des pays comme le Burundi, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la République du Congo et le Liberia, y ont aggravé l'insécurité alimentaire en perturbant les activités agricoles.

Fournir des semences et des outils pour relancer l'agriculture

La FAO préconise notamment la fourniture de semences, outils et fertilisants pour relancer l'agriculture dans les nombreux pays touchés par les conflits et les conditions climatiques défavorables. En Afrique australe, le rapport indique que les agriculteurs ont besoin d'aide pour commercialiser les excédents disponibles « dans les meilleures conditions possibles » et préparer la prochaine saison de récoltes.

Lors d'une tournée en Afrique de l'Ouest la semaine dernière, le directeur exécutif du programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies avait réitéré, quant à lui, son engagement à lutter contre les pénuries alimentaires provoquées par les conflits armés dans cette région. « Même si l'Irak est actuellement au centre de l'attention, personne n'enlèvera l'Afrique (.) des préoccupations du monde », a affirmé James Morris lors d'une escale à Dakar en route pour Yaoundé.

Près de 40 millions de personnes sont menacées de famine sur le continent noir, selon le PAM qui avait lancé, fin janvier au Sénégal, un appel à la communauté internationale pour recueillir 28 millions de dollars (24,1 millions d'euros) pour cinq pays de l'ouest du Sahel les plus touchés par trois années continues de sécheresse. Ces fonds devaient servir à l'achat de vivres destinés à 580 000 personnes victimes de la famine en Mauritanie, au Cap Vert, au Sénégal, au Mali et au Niger. « Plusieurs donateurs ont été contactés et se sont montrés, pour l'instant, très généreux », a indiqué James Morris, citant le Canada, le Japon et les États-Unis parmi les principaux bailleurs de fonds pour cette aide alimentaire d'urgence.

Plus préoccupante, selon lui, est la situation des enfants, privés de nourriture ou rendus orphelins par la pandémie du sida quand ils ne sont pas eux-mêmes contaminés. Les ministres de l'éducation de neuf pays, le Burkina Faso, le Cap Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad, se réuniront les 9 et 10 septembre à Dakar « pour parler des problèmes de l'alimentation scolaire ». Objectif : essayer « par tous les moyens de trouver une solution » à la faim qui empêche souvent les enfants d'aller à l'école. Selon le PAM, les cantines scolaires sont un moyen efficace d'améliorer l'éducation primaire dans certains pays. En Afrique de l'Ouest, l'institution onusienne consacre 59 % de ses ressources au développement de l'éducation dans le cadre de programmes intitulé « Des vivres pour apprendre ». Elle offre un repas par jour à 1,3 million d'élèves assurant ainsi le suivi dans leur scolarisation.

Christine HOLZBAUER

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Aide internationale et humanitaire; Conflits armés
Sujet(s) - La Croix : ALIMENTATION; AIDE HUMANITAIRE; ECOLE; FAMINE
Lieu(x) géographique(s) - La Croix : AFRIQUE; ERYTHREE; ETHIOPIE; MAURITANIE
Société(s) : ONU; FAO; PAM
Taille : Moyen, 431 mots

© 2003 la Croix. Tous droits réservés.

Doc. : 20030516LC0030516LC_inx044


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 11:51:16
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Vendredi 16 mai 2003

RWANDA


La Croix
L'ESSENTIEL, vendredi 16 mai 2003, p. 2

Un des grands « génocidaires » rwandais condamné à la prison à vie

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda d'Arusha en Tanzanie a condamné hier à la prison à vie Eliézer Niyitega, 50 ans, ministre de l'information pendant le génocide de 1994 au Rwanda. Il répondait de huit chefs d'accusation, notamment de « génocide et de crimes contre l'humanité », portant sur des massacres de Tutsis dans les collines de Bisesero (province du Kibuye, du nord-ouest du pays) entre avril et juin 1994. C'est l'un des jugements les plus rapides que le TPIR ait prononcé, l'institution de l'ONU étant souvent critiquée pour son extrême lenteur.

Catégorie : Actualités
Type(s) d'article : BREVE
Taille : Court, 73 mots

© 2003 la Croix. Tous droits réservés.

Doc. : 20030516LC0030516LC_inx001


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 11:47:48
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Vendredi 16 mai 2003

IRAK

La majeure partie du milliard de dollars

retiré par Saddam Hussein retrouvée

WASHINGTON (AP) - L'administration américaine pense avoir retrouvé la majeure partie du milliard de dollars (environ 880 millions d'euros) retirés par Saddam Hussein de la banque centrale irakienne peu avant le début des bombardements sur Bagdad.

Selon des responsables du Trésor américain, 950 millions de dollars ont été découverts par les forces de la coalition dans 191 boîtes cachées dans différents palais de la capitale irakienne.

Le 18 mars dernier, Qoussai, le fils cadet de Saddam Hussein, avait ordonné aux employés de la banque centrale irakienne de mettre l'argent retiré dans 236 boîtes et de charger ces dernières dans trois semi-remorques.

Les employés avaient alors placé des certificats d'identification d'opérations dans les boîtes. Les forces de la coalition ont retrouvé ces certificats lorsqu'elles ont découvert les boîtes.

Les troupes américaines sont toujours à la recherche des 45 autres boîtes. Selon des responsables du Trésor américain, les enquêteurs américains vérifient le contenu des boîtes après avoir interrogé les employés de la banque centrale irakienne ayant participé à l'opération du 18 mars.

"Nous avançons dans la découverte de fonds et de l'argent retiré", a déclaré jeudi John Taylor, sous-secrétaire au Trésor américain. Il a ajouté que l'argent et les biens du régime irakien retrouvés depuis la chute du régime de Saddam Hussein seront probablement utilisés pour la reconstruction de l'Irak. AP


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 10:45:54
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Vendredi 16 mai 2003

IRAK
Irak: découverte d'une fosse commune à Kerbala

KERBALA, Irak (AP) - Des volontaires armés de pelles ont commencé à creuser vendredi dans une fosse commune de la ville sainte chiite de Kerbala, dans le sud de l'Irak. C'est le troisième charnier découvert dans le pays depuis le début de la semaine.

Les restes de 45 corps ont été exhumés du site, proche du tombeau sacré de l'imam Hussein, petit-fils de Mahomet. Un millier de personnes étaient rassemblées, criant que "le sang des innocents ne s'effacera pas. Les criminels devraient être jugés!" ou "Mort aux membres du parti Baas" au pouvoir du temps de Saddam Hussein.

Les chiites, qui représentent 60% des 26 millions d'Irakiens, ont été persécutés et opprimés par le régime de Saddam Hussein, dominé par les sunnites. Mais beaucoup en veulent aux Etats-Unis de les avoir laissé tomber dans leur révolte en 1991 après les avoir incités à se soulever. La répression a fait des milliers de morts.

A Mahawil, à une centaine de kilomètres au sud de Bagdad, environ 3.100 restes de corps de personnes tuées après la révolte de 1991 ont été retrouvés. Quant au charnier découvert près de Bassorah, dans le sud, il pourrait contenir les restes d'environ 150 chiites tués après une autre rébellion, en 1999. AP

st/v271


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 10:44:12
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Vendredi 16 mai 2003

GRANDE-BRETAGNE
Semaine du jeudi 15 mai 2003 - n°2010 - Monde

Une deuxième chance pour la «troisième voie»?

Les nouveaux défis de Tony Blair

Sorti de la crise irakienne dans le camp des vainqueurs, le Premier ministre britannique, qui se voit volontiers en chef de file de la «jeune» Europe, fête en triomphateur son demi-siècle


Casse-tête pour les diplomates du Foreign Office: comment interpréter les six bouteilles de mouton-rothschild offertes par Jacques Chirac à Tony Blair pour son 50e anniversaire? «Jacques» et «Tony» ont choisi des trajectoires opposées pendant la crise irakienne, et leur relation souffre d’un froid polaire. Le «mouton» bordelais serait-il une perfide allusion au suivisme de leur Premier ministre, déjà traité de «caniche» par l’opinion anglaise pour son alignement sur l’ami américain?
Vainqueur d’une des crises les plus dramatiques de l’après-guerre froide, propulsé dans les sondages au point le plus haut de son premier mandat, au faîte de la gloire à un âge où l’on est plus souvent dans l’antichambre de la renommée, «magnanime dans la victoire» comme son modèle Winston Churchill, Anthony Charles Lynton Blair s’en moque probablement. N’a-t-il pas prouvé que sa stratégie d’alliance était préférable à la rupture? Mais pour combien de temps? Si son triomphe lui permet aujourd’hui d’avoir «la main» dans une Europe qu’il paraît seul capable de réconcilier avec les Etats-Unis, le leader britannique est déjà confronté à des difficultés – après-guerre chaotique en Irak, crise du lien transatlantique, intégration européenne – qu’il aura du mal à surmonter une fois dissipé l’état de grâce de la victoire.
Ses atouts dans ce deuxième round? Les qualités que les médias ont célébrées à satiété pour son demi-siècle d’existence. A l’épreuve de la guerre, Blair s’est révélé un moraliste capable de prendre des risques. Fort de sa foi évangélique, ce chrétien qui croit à l’efficacité du Bien est convaincu qu’une intervention militaire peut rendre le monde meilleur. Refrain d’une crise où il aurait décidé le recours à la force alors qu’il randonnait en août dernier dans les Pyrénées. Son sens du risque? «Sa plus grande qualité», explique Denis McShane, son ministre des Affaires européennes, évoquant la tendance de son ami à aller jusqu’au bout de ses convictions en pariant sur un retour de la chance. Avec à la clé soit un vote de défiance que le Premier ministre a envisagé le 15mars devant ses quatre enfants, dans les appartements privés du 10Downing Street, en les avertissant de l’imminence d’un déménagement, soit un triomphe modeste couronnant son art de la persuasion – cette «dialectique d’avocat qui refuse la contradiction et gomme les contraires», selon le politologue John Crowley.
Blair n’a pas réussi à persuader Chirac de rallier la guerre, mais il a convaincu George Bush de passer une première fois par l’ONU (résolution 1441) et, à l’exception de Clare Short, ministre démissionnaire du Développement international, la majorité de son parti, pourtant pacifiste, de le suivre dans une opération néocoloniale après un débat qui restera, de l’avis même des conservateurs, comme un modèle de démocratie parlementaire. Ce quitte ou double a payé. Comme pour la guerre des Malouines, sitôt la guerre engagée, l’opinion majoritairement hostile s’est ralliée et ressoudée derrière le Premier ministre. Lequel devrait être associé à la reconstruction du Proche et du Moyen-Orient, et fait figure de leader naturel dans une Europe divisée où le camp de la paix a dû s’incliner devant le bulldozer américain.
Mais quid des difficultés qui s’annoncent? C’est toute la question, à commencer par la reconstruction politique de l’Irak qui, après un scénario de rêve, peut réserver des surprises. Blair a toujours prêché un recours à l’ONU. Or, si son ami George Bush accepte le retour des Nations unies pour lever les sanctions et pomper le pétrole irakien, la «force de stabilisation» chargée de sécuriser la reconstruction agira en dehors de l’organisation internationale. Sous commandement américain, comme le Fonds de Reconstruction. Un double chèque en blanc à un pays peu disposé à partager sa victoire.
Quant à l’autre revendication blairiste, la «feuille de route», chargée de fixer les étapes d’un règlement du conflit israélo-palestinien dans le cadre d’un remodelage de la région, elle tarde à se mettre en place. Ariel Sharon, qui la conteste, refuse de démanteler les colonies des territoires occupés, et les faucons de Washington ne sont pas disposés à la bousculer.
En choisissant le «soutien critique» à l’Amérique de préférence à l’opposition frontale d’un Chirac, Blair affirme qu’il a pesé davantage sur son allié historique. Mais en condamnant, la semaine dernière, toute tentative de créer «un monde multipolaire comportant différents centres de pouvoir», au prétexte que ceux-ci pourraient devenir des «centres de pouvoir rivaux», le leader travailliste exprime une philosophie qui l’expose au malentendu permanent avec la «vieille Europe». Si la vocation naturelle de l’Union est de renforcer son autonomie et son identité – dans l’égalité et non en «contre» – en marquant légitimement les traits culturels de son histoire, pourquoi considérer le projet franco-allemand de défense – prélude à une politique étrangère européenne cohérente – comme la création d’un «pôle rival» de l’Amérique? Et pourquoi l’interpréter comme un acte d’hostilité déclenchant nécessairement, en représailles, l’unilatéralisme de l’administration Bush?
Blair agite les «dangers d’un monde industriel développé coupé en deux». Il se veut à la fois résolument proaméricain et profondément européen. Mais ce grand écart, justifié par la volonté de redonner à la Grande-Bretagne une place stratégique dans la communauté euro-atlantique, est une position difficile à tenir. Peut-on condamner la volonté d’émancipation de l’Union et prétendre en même temps s’ériger en force d’entraînement d’une Europe politique? Accessoirement, comment faire du ralliement à l’euro le grand dessein de son second mandat?
Depuis son arrivée aux affaires, en juin 1997, le moins eurosceptique de la classe politique d’outre-Manche rappelle inlassablement à ses concitoyens les handicaps nés d’une association trop tardive à une communauté qu’il rêve d’animer maintenant que ses 25mem-bres mettent en mi-norité la «vieille Europe». Promis pour l’automne prochain, un référendum doit décider l’adhésion à l’euro. Petit problème: comment convaincre une population favorable aux positions continentales puis sommée de privilégier le lien transatlantique? Renforcés dans leur «relation spéciale», les Anglais considèrent de nouveau avec suspicion ce qui vient du continent. Et malgré le recul de la devise britannique devant l’euro – qui devrait rétrograder la Grande-Bretagne au 5e rang des économies mondiales, derrière la France –, avec 70% d’opinions opposées à l’abandon de la livre, le rêve européen du chef du New Labour aura du mal à se réaliser.
«Blair aurait tort de penser qu’il pourra recycler le capital acquis pendant la crise irakienne», lance Richard Morris, directeur de Demos, évoquant les futurs combats à livrer: réforme électorale, remaniement ministériel, rivalité avec Gordon Brown. Sans oublier la modernisation des services publics dont le partenariat avec le secteur privé hérisse la base du Labour. «S’y opposer serait une erreur historique», a prévenu le plus brillant des travaillistes. Plus heureux que Chirac sur le front extérieur, Blair sera-t-il plus efficace sur le front des réformes intérieures? Le «revival» de la troisième voie est à ce prix.


Jean-Gabriel Fredet

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 10:37:28
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Vendredi 16 mai 2003

ETHIOPIE
Semaine du jeudi 15 mai 2003 - n°2010 - Monde

Les paysansne mangent plus à leur faim

Ethiopie la sécheresse n’explique pas tout

Depuis un quart de siècle, les famines à répétition ont tué plus de 1 million d’Ethiopiens et précipité la chute de deux régimes. Mais les catastrophes climatiques ne sont pas seules responsables de ces drames. Les erreurs politiques et économiques du gouvernement y ont largement leur part


De notre envoyé spécial, René Lefort

Après trois années de sécheresse, le répit est venu de là où on l’attendait le moins: du ciel. À la charnière des mois de décembre et de janvier, des pluies exceptionnellement abondantes ont arrosé les basses terres de l’est de l’Ethiopie. Trois mois plus tard, leur effet est peu visible pour le profane: à première vue, rien que du bush, une terre d’un gris uniforme, soulevée par le vent, sans un brin d’herbe, piquée de buissons d’acacias dont un arbre émerge çà et là. Pourtant ces pluies ont suffi à faire repousser quelques feuilles sur ces arbustes, dont peuvent se contenter les troupeaux de chameaux, de chèvres et de moutons. Assez pour que cesse l’hécatombe du bétail.
Assis sur ses talons, Humed Mohamed égrène la litanie de ses malheurs. Sur ses 200 vaches, une dizaine seulement ont survécu. Une mystérieuse épizootie a décimé ses chameaux. Malgré la quarantaine de chèvres et autant de moutons qui lui restent, il a dû accepter de l’aide alimentaire pour la première fois de sa vie. Elle assure un unique repas quotidien aux huit membres de sa famille. Surtout, les prix s’étant effondrés, elle lui évite de devoir brader le peu de bétail qu’il a encore pour acheter à manger. Les secours ne visent pas à lutter contre la famine, quasi inexistante, mais à aider les pasteurs nomades à conserver le minimum de bêtes pour pouvoir reconstituer un troupeau au retour des pluies. Humed Mohamed se prend à rêver qu’alors reviendra l’âge d’or de son enfance.
«Chimères, rétorque Beyene Shimelis, le responsable de l’antenne locale de l’ONG internationale Care. La sécheresse a servi de révélateur à une crise structurelle aiguë.» La croissance démographique, les premiers soins vétérinaires, la diminution des pâturages ont conduit à leur surexploitation, donc à leur désertification: le bush supplante peu à peu les prairies. Sécheresse ou pas, le mode de vie traditionnel des nomades est condamné. La génération des adultes actifs en est pleinement consciente, affirme Beyene Shimelis, et elle réclame haut et fort les moyens de sa reconversion: «La culture éthiopienne, constate-t-il, pousse moins à s’en sortir par soi-même qu’à attendre des autres – et surtout des autorités – les solutions à ses problèmes.»
Ambaw Betchawen, 49 ans, a récolté cette année moitié moins que d’habitude. Aux alentours du lac Tana, au nord-ouest de l’Ethiopie, d’où s’écoule le Nil bleu, les précipitations ont aussi été mauvaises. Pour la première fois, cette région des hauts plateaux ne fournira pas de surplus. «Nous ne pouvons compter que sur ce que nous avons, et nous ne savons faire que ce que nous avons toujours fait, déplore Ambaw Betchawen. Les plus pauvres d’entre nous espèrent en Dieu. Moi, j’espère que le gouvernement nous aidera.» Mais que peuvent et que veulent faire les autorités? Elles accablent la sécheresse. Pourtant elle sévit trois ou quatre années par décennie, dont une fois au moins avec une extrême sévérité. Peut-on encore la qualifier de «catastrophe naturelle» et lui imputer ainsi, par une sorte de malchance fatale, la persistance de la disette?
Frank Beernaert, chargé de la sécurité alimentaire pour l’Union européenne à Bahir-Dar, la capitale du nouvel Etat national amhara, entend des paysans une autre complainte. La fertilité des sols avait toujours reposé sur une alternance de culture et de jachère. En 1975, les militaires «marxistes» qui viennent de balayer la dynastie impériale de Haïlé Selassié proclament la réforme agraire: à chaque paysan son champ. La redistribution des terres au profit de tous ceux qui n’en avaient pas ou peu entraîne une chute drastique de la superficie moyenne des exploitations, d’autant que la densité rurale est déjà forte: elle peut dépasser aujourd’hui les 200 habitants au kilomètre carré. La croissance démographique est démentielle: près de 3%, soit actuellement 2 millions d’Ethiopiens de plus chaque année. La superficie moyenne des exploitations éthiopiennes est désormais d’à peine plus de 1 hectare, moitié moins qu’il y a trente ans. Elles sont censées nourrir, en moyenne toujours, près de cinq personnes.
Dès lors, chaque mètre carré est cultivé en permanence. Les paysans tirent de leurs terres tout ce qu’elles peuvent produire, mais sans leur donner en retour de quoi les fertiliser parce qu’ils ne connaissent en général aucune autre technique de fertilisation que la jachère. Les sols s’épuisent. Puisque les récoltes déclinent, on défriche des fonds et des hauteurs. La multiplication du bétail conduit au surpâturage, et le manque de combustible incite à tailler dans les dernières forêts. L’érosion des eaux et du vent intensifie les ravages, accentuant l’appauvrissement des terres et la réduction des surfaces cultivables. La boucle infernale est bouclée.
Globalement, le niveau de vie des 58 millions de ruraux éthiopiens – 85% de la population totale – reste aussi pathétiquement bas qu’il y a vingt ans, voire trente ou quarante. Les plus vulnérables ne cessent même de s’appauvrir. Seul un petit tiers des cultivateurs – des koulaks en quelque sorte – produisent de quoi nourrir correctement leur famille et même amortir les chocs, climatiques ou autres, d’une mauvaise année sur l’autre.
Les paysans «moyens» ou «pauvres» manquent de terres: les deux tiers d’entre eux cultivent moins de 1 hectare, un tiers moins de 1 demi-hectare, un dixième n’a rien du tout. Ils doivent essayer d’en louer, avec des contreparties exorbitantes. Ils multiplient les petits boulots pour gagner l’équivalent de moins d’une centaine d’euros par an et par foyer. C’est insuffisant: chaque année, 5 à 6 millions de ruraux n’ont tout simplement pas l’argent pour acheter le complément de nourriture nécessaire, à supposer qu’il soit proposé sur les marchés. Après avoir dû vendre tout ou partie de leur capital productif pour répondre à des besoins immédiats, ils n’ont aucune chance de pouvoir le reconstituer. Ils basculent irrémédiablement dans l’extrême indigence et la dépendance chronique de l’aide alimentaire.
L’avenir s’annonce plus sombre encore: d’ici à 2020, les campagnes devraient abriter 30 millions de ruraux supplémentaires. Pis: selon la stratégie officielle de développement, elles sont censées accroître suffisamment leur productivité pour que tous mangent. Mais sans un changement radical de cap, l’économiste Berhanu Nega prédit un «désastre malthusien».
Les dirigeants actuels le savent. C’est au nom des paysans et pour eux qu’ils ont conduit pendant seize ans une «guerre de libération» qui a abattu Mengistu Haïlé Mariam, le «Négus rouge», en 1991. Ils savent aussi que l’histoire éthiopienne est rythmée de cataclysmes politiques consécutifs aux plus terribles famines: les hécatombes de 1974-1975 (200000 morts) et 1984-1985 (1 million de victimes) ont pesé lourd dans la chute d’Haïlé Selassié puis de Mengistu.
En 2002, la pluviométrie a été particulièrement mauvaise. En novembre, Meles Zenawi, numéro un du régime, place les donateurs au pied du mur: «Si le désastre de 1984-1985 fut un cauchemar, celui qui s’annonce sera abominable à voir.» Les grands médias, surtout anglo-saxons, prédisent l’apocalypse. Les donateurs traditionnels: Union européenne, Etats-Unis, agences des Nations unies, ONG, ne veulent pas risquer d’être accusés d’indifférence ou d’imprévoyance. Le nombre de personnes à secourir d’ici à la prochaine récolte, fin 2003, est fixé à 12,6 millions, qui devront recevoir 1,5 million de tonnes d’aide alimentaire d’urgence.
Pour nombre d’observateurs, ces chiffres seraient excessifs mais prudents: dans le passé, l’aide fournie a toujours été inférieure à l’aide annoncée. L’essentiel est que les autorités feront parvenir une bonne moitié de cette aide aux populations les plus affectées, en les ciblant plus ou moins correctement, sans détournements significatifs ni délais excessifs, le reste étant acheminé par les donateurs internationaux. Nul pays africain, voire du tiers-monde, ne distribue des secours avec une telle efficacité.
Que les autorités agissent par intérêt, civisme ou compassion, qu’elles se défaussent sur l’aide internationale d’urgence de la responsabilité de parvenir à surmonter une crise alimentaire aiguë et pérenne n’entache pas le résultat: sauf imprévu, la très mauvaise pluviométrie ne provoquera pas une famine étendue en 2003. Cette grande première dans l’histoire éthiopienne est à mettre au crédit du pouvoir.
À son crédit aussi, le rôle central conféré aux paysans dans le développement à long terme. «Pas un seul gouvernement en Afrique, souligne Stefan Dercon, un spécialiste de la pauvreté à l’université d’Oxford, n’a tant misé depuis une vingtaine d’années sur la petite paysannerie.» En bref: la croissance de la production agricole (via l’augmentation de la productivité, les réserves de terres cultivables étant faibles) devait accroître les revenus des paysans, qui généreraient une demande de produits manufacturés, qui ferait sortir les usines de terre. Le levier de cette croissance, mis en place depuis 1995: une sorte de «révolution verte» à base de «paquets» de semences sélectionnées et surtout d’engrais, à crédit, promus par 16000 «agents de développement».
Huit ans plus tard, pourtant, c’est la déception qui prime. Pour-quoi? D’abord parce que le contenu des «paquets» n’est pas aussi diversifié que le sont les zones agroclimatiques du pays. «La plupart des efforts sont concentrés sur les zones et les fermiers à haut potentiel», ajoute Stefan Dercon, c’est-à-dire là où l’on produit déjà mieux et plus. Comme le relève un expert européen, cette «révolution verte» s’est donc réduite à une tentative de «développement le long des routes», alors que les trois quarts des paysans vivent, estime-t-on, à plus d’une journée de marche d’une voie carrossable.
Ensuite le bon accueil fait par ces fermiers «à haut potentiel» aux nouveaux «paquets» a entraîné une augmentation de la productivité et, deux bonnes pluies aidant en 2000 et 2001, un effondrement des prix. Ils sont tombés jusqu’à 2 euros le quintal de maïs, soit une infime partie des coûts de production. L’année dernière, 1 demi-million de tonnes de céréales auraient été laissées pourrissantes sur pied et nombre d’emprunteurs sont poursuivis parce qu’ils ne peuvent plus rembourser. Echaudés, beaucoup d’entre eux ont décidé de gérer le risque de la façon la plus rationnelle à leurs yeux: en revenant aux méthodes ancestrales, donc à une quasi-autarcie.
Mais ces facteurs techniques, géographiques ou commerciaux ne masquent-ils pas les obstacles principaux? Des voix commencent à s’élever pour pointer d’abord un premier tabou de taille: le contre-effet pervers de l’aide alimentaire d’urgence, même si elle joue un rôle vital. «En continuant à donner aux gens de grandes quantités de nourriture, soulignait Clare Short, ministre britannique du Développement international, vous minez l’agriculture locale.» Comment un koulak ou un commerçant pourrait-il lutter à armes égales avec l’aide alimentaire gratuite? Pourtant elle continue, alors que sa poursuite nourrit sa perpétuation. En outre, à l’instar d’un système de vases communicants, l’aide d’urgence pompe l’aide au développement. Mais elle répond fort bien aux intérêts des donateurs: contribuer à écouler la surproduction des fermiers des Etats-Unis et d’Europe aux frais de leurs contribuables, et donner à ces pays une forte emprise sur un gouvernement au nationalisme ombrageux.
Le deuxième tabou qui est publiquement débattu est celui de la privatisation de la terre. La propriété publique du sol est gravée dans le marbre de la Constitution. Tout paysan a le droit d’exiger de l’Etat un champ à cultiver. Le nombre d’ayants droit augmentant, une redistribution est opérée à peu près tous les dix ans. Conséquence: les parcelles s’amenuisent et changent souvent de main. Les paysans affirment donc que l’insécurité foncière est leur ennemi numéro un.
La privatisation «n’arrivera pas de notre vivant», a tranché Meles Zenawi. «Les paysans vendraient leurs terres par millions et viendraient dans les zones urbaines sans possibilité d’emploi... Ce serait un désastre social total», prédit-il. Faux, rétorque Dessalegn Rahmato, un expert reconnu de ces questions rurales, l’un des rares à oser porter publiquement le fer au cœur du mal-développement éthiopien. «La propriété publique de la terre, assène-t-il, prolonge l’hégémonie de l’Etat sur la paysannerie... Le but est-il d’encourager l’émergence d’une population rurale qui puisse s’affirmer ou de la maintenir soumise et docile?»
Cette soumission est immémoriale. En amharique, la langue officielle de la fédération éthiopienne, le mot gäber désigne à la fois le paysan et le serf. Sur cet héritage féodal pesant, Mengistu puis Zenawi ont déposé une strate de «marxisme» à la sauce soviétique puis chinoise, avant que le second n’y ajoute un vernis de libéralisme tant vanté par les donateurs, mais qui se réduit à un écran de fumée aux yeux de l’immense majorité des Ethiopiens. Au final: un parti-Etat tentaculaire mais insolite, secret, byzantin, souvent machiavélique, et surtout radicalement contre-productif par la pratique et la culture du pouvoir qu’il perpétue.
«Les paysans deviennent des objets soumis dont la seule tâche est d’exécuter les ordres d’en haut», résume le chercheur norvégien Harald Aspen. Les «agents de développement» en particulier «établissent une structure de commandement qui contraint et force les paysans à exécuter des travaux» conçus sans eux, en dépit de leurs besoins et hors de leurs compétences. «Puisqu’on ne peut pas se faire entendre, mieux vaut rester tranquille plutôt que de risquer un lourd châtiment», confie un vieux paysan. L’autoritarisme de cette administration, aggravé par une bonne dose de népotisme et une obsession quasi compulsive de contrôle social, tue tout élan dans l’œuf. En général, surtout dans les campagnes, entreprendre offre des chances de réussite trop faibles, des risques d’échec trop grands. Et, en Ethiopie, la mort physique n’est jamais très loin de l’échec économique...
Pour que les paysans cessent d’être soumis à un «développement obligatoire» dont l’inanité est éclatante, pour qu’ils gagnent le droit de se développer vraiment, il faudrait l’instauration d’un minimum d’Etat de droit. Pour cela l’appareil d’Etat, à commencer par ses échelons les plus bas, devrait inverser sa conduite: affranchir au lieu de soumettre, servir au lieu d’imposer. Ce n’est qu’au prix de cette révolution culturelle que les Ethiopiens connaîtraient enfin la seule révolution dont ils rêvent: manger jour après jour à leur faim, en sécurité et en paix.


René Lefort



La guerre pour Badmé?
«La population n’acceptera jamais de donner Badmé à l’Erythrée, s’écrie Afeworki Gebre-Hiwot, l’un des édiles de ce bourg éthiopien de quelques milliers d’habitants, perdu aux confins du plateau abyssin. Elle se battra.» Rodomontade? C’est d’un banal coup de main sur le village de Badmé qu’est partie la guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée, le 6 mai 1998. Jusque-là, les différents frontaliers entre les deux pays n’avaient jamais dégénéré. Les dirigeants d’Addis-Abéba et d’Asmara ne s’étaient-ils pas battus côte à côte contre Mengistu pendant seize ans, les premiers jusqu’à la prise du pouvoir en Ethiopie, les seconds jusqu’à l’indépendance de l’Erythrée?
La guerre fit près de 70000 morts, avant que les «frères ennemis» n’acceptent de s’en remettre au jugement «définitif et irrévocable» d’une commission internationale pour fixer le tracé de leurs 1000 kilomètres de frontière. La décision, prise par cette commission, d’attribuer Badmé à l’Erythrée remettra-t-elle le feu aux poudres?
Les vraies origines du conflit restent si obscures – surenchères nationalistes, guerre d’hégémonie sur la Corne de l’Afrique? – qu’il fut souvent qualifié d’«absurde». Aujourd’hui, on imagine mal l’Ethiopie, fut-elle outrée par l’arbitrage rendu, prendre les armes – avec la certitude d’être alors abandonnée par les donateurs dont elle réclame l’aide à cor et à cri. Mais dans cette région les fièvres nationalistes ont déjà conduit jusqu’au délire...


René Lefort

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-16 10:35:40
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INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON