George W. Bush entend accélérer la mise en place d'une gestion américaine de l'Irak.
Parmi les grands objectifs de Washington figure le contrôle du pétrole et des ressources en eau, vitale dans cette région.
Beyrouth (Liban),
correspondance particulière.
Il paraît de plus en plus clair que le plan prévu par l'administration américaine pour le Moyen-Orient ne se limite pas à la seule conquête de l'Irak. La Syrie, le Liban et, bien entendu, le peuple palestinien sont, eux aussi, concernés par ce plan qui, d'après les explications données par certains milieux dirigeants proches des États-Unis dans les pays du Golfe arabique, vise à en finir avec toutes les données politiques établies lors de la période de la guerre froide. Ce qui se traduit en clair par la volonté des États-Unis d'éliminer tous ceux qui, au Moyen-Orient, avaient dit " non ", d'une manière ou d'une autre, à la présence américaine ou qui avaient refusé de donner leur aval au plan de paix préconisé par George Bush père lors du congrès de Madrid qui fit suite à la " seconde guerre du Golfe ", appelée " Tempête du désert ".
En effet, les déclarations de George W. Bush et de son équipe à la suite de l'entrée des troupes américaines dans Bagdad sont très significatives à cet égard. Elles se résument dans trois objectifs qui n'ont rien à voir avec le problème des armes irakiennes de destruction massive qui, comme tout le monde le sait, ont joué le rôle d'alibi pour permettre à l'administration américaine de mener à bien sa campagne.
Le premier de ces objectifs concerne le pétrole et les autres sources d'énergie, dont l'eau. Les Américains ont annoncé que le pétrole coulera de nouveau, et très prochainement, à travers l'oléoduc qui rejoignait avant 1958 le port de Haïfa et qui fut fermé par Abdul Karim Kassem. Ils ajoutent que la production (qui sera sans nul doute privatisée très prochainement et concédée aux sociétés américaines ayant monnayé la campagne électorale de G. W. Bush) arrivera, à la fin de l'année 2003, à 9 millions de barils par jour. Ce qui, avec la présence américaine dans les autres pays du Golfe et en Afrique, mettra le monopole de cette denrée nécessaire entre les mains des grands groupes américains, d'une part, et relancera, d'autre part, les grandes sociétés productrices d'armes qui ont permis la victoire de la coalition.
Quant à l'eau, une ou deux sociétés américaines en auraient la concession, toujours d'après les amis des Américains dans la région ; elles ouvreraient dans le sens d'un partage à trois : l'Irak, la Turquie et Israël.
Le second objectif concerne le gouvernement " américain " provisoire qui dirigerait l'Irak durant sept mois ou sept ans ou plus. Sur ce plan-là, l'administration Bush a été très loquace, tant sur les personnes choisies, et qui appartiennent presque tous au milieu de la CIA ou des gradés du Pentagone, que sur le différend qui oppose Pearl et Wolfowitz au secrétaire d'État aux Affaires étrangères Colin Powell.
Le troisième objectif concerne, et cela est le plus important, l'étape suivante. En effet, les Américains ne sont pas venus en masse uniquement pour l'Irak. Ils pensent qu'ils doivent régler deux autres problèmes que posent la Syrie et le Liban dans la région ; des responsables américains de haut niveau (dont certains sont au Pentagone) nous l'ont fait savoir : ils parlent, tantôt, de l'aide militaire procurée par la Syrie au régime de Saddam Hussein, tantôt des tentatives de la Syrie de posséder des armes de destruction massive. Et, si nous ajoutons à ces menaces celles proférées par Vincent Battle, ambassadeur américain au Liban, qui voudrait que l'État libanais désarme le Hezbollah (ou, sinon " c'est nous qui le ferons ", a-t-il dit), nous dirons que la possibilité d'une agression contre la Syrie ou le Liban, ou les deux à la fois, n'est pas à éliminer, surtout si nous ajoutons aux menaces américaines celles proférées par Sharon contre le Liban et les violations quotidiennes des avions israéliens de son territoire.
Reste le problème palestinien. Pendant les trois semaines précédentes, le monde n'a pas fait très attention à l'escalade des actes criminels commis par Israël dans les territoires palestiniens : massacres, dynamitages de maisons, nouvelles arrestations, plasticage d'une école près de Jénine etc. Il est probable que ces actes criminels iront augmentant dans les jours à venir.
Que feront les grandes puissances et, surtout, que fera l'ONU : sortira-t-elle de sa léthargie ou bien est-elle vraiment morte, comme l'a annoncé Richard Pearl en souriant d'aise ?
Marie Nassif-Debs