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Publié le vendredi 21 mars 2003

Vendredi 21 mars 2003

MONACO

A Monaco, des

 vices sous le

 livre d'or de la

police


Deux policiers inculpés pour recel d'escroquerie après avoir ouvert des comptes en Suisse.

Par Michel HENRY

vendredi 21 mars 2003


 
 
 

Le livre d'or de la police monégasque, édité pour son centenaire, a rapporté 1,7 million d'euros, dont 300 000 euros de la compagnie Khalifa Airways et 50 000 de Fedcom Invest, sponsor controversé de l'AS Monaco.
  Marseille de notre correspondant

arement livre d'or aura aussi bien porté son nom. Pour fêter son centenaire, la police monégasque a fait éditer un ouvrage qui a rapporté 1,7 million d'euros émanant de généreux donateurs. Le démarchage publicitaire de ce livre d'or s'est révélé si efficace que le procureur général de Monaco, Daniel Serdet, a ouvert une information judiciaire, fin décembre, pour escroquerie. Deux policiers ont été inculpés, à la mi-février, de recel d'escroquerie et les enquêteurs continuent de dénicher de drôles de choses.

Ainsi, la compagnie algérienne Khalifa Airways, actuellement en proie à de grosses turbulences financières, a, selon le parquet, fait un chèque de plus de 300 000 euros. Fedcom Invest, sponsor controversé et candidat retoqué à la reprise du club de foot de l'AS Monaco, y est allé de ses 50 000 euros. Est-ce uniquement par amour de la police ou l'affaire cache-t-elle autre chose ?

Menaces de mort. On brûle de le savoir, mais l'ambiance semble délétère. Un inspecteur du travail de la principauté, qui enquête sur d'autres versants de l'affaire, a d'ailleurs déposé plainte pour des menaces de mort téléphoniques, après l'appel d'un courageux anonyme déclarant parler «au nom d'amis de la police» et leur conseillant : «Il serait bon que vous laissiez de côté ce dossier, car en dehors du territoire monégasque, on ne sait jamais ce qui peut vous arriver.» Bigre ! Mais que fait la police ?

Elle enquête suite aux plaintes de commerçants auxquels on avait proposé, à l'automne, des encarts publicitaires à 15 000 euros et qui avaient jugé le démarchage un peu poussé. Une commerçante évoque une «forme de chantage, style : "Avec tout ce que la police fait pour vous..."» Elle se demande : «Fallait-il comprendre : "Si vous voulez continuer à être bien protégé, il faut prendre une page de pub" ? Ça n'a pas été dit, mais c'était dans l'esprit. Ils ajoutaient : "D'ailleurs, nous avons l'approbation du palais princier", comme si cette formule magique devait ouvrir toutes les bourses.»

Les enquêteurs sont donc allés voir les deux policiers. L'un préside l'amicale d'entraide et de prévoyance de la Sûreté publique, l'autre en est le trésorier. Au nom de cette association, et sur demande du patron de la Sûreté, le duo a passé contrat avec la filiale monégasque d'une société suisse de sponsoring basée à Genève, International Media SA (IMS), pour démarcher et récolter des fonds, puis élaborer le livre d'or. Selon le parquet, les deux policiers avaient récemment ouvert des comptes bancaires à Genève, ce qui leur vaut l'inculpation de recel. Les enquêteurs veulent savoir à quoi ces comptes ont servi : à remonter de l'argent depuis Monaco ?

Laissés libres mais suspendus par leur hiérarchie, les policiers prétendent que les fonds qui s'y trouvent sont minimes et correspondent à des opérations personnelles. Une commission rogatoire internationale doit vérifier leurs dires en Suisse. «Ils sont les premiers atteints, mais ça ne veut pas dire qu'ils ont dans l'affaire une quelconque participation, précise le parquet. L'information vise d'abord IMS et ses démarcheurs, afin de savoir s'ils n'ont pas utilisé des méthodes proches de l'extorsion de fonds.»

«Comme une baudruche». Mais sur ce point, les enquêteurs ont du mal à avancer, et ils n'apprécient guère que le patron d'IMS Monaco, Jean-Dominique Ktorza, reste sourd à leurs demandes d'audition. «Ah, mais pardon, nous rétorque l'intéressé depuis Genève, je n'ai pas été convoqué à ce jour, et comme nous sommes une entreprise suisse, il faut se baser sur les règles de la justice internationale. Je vais fournir des réponses si limpides qu'ils se demanderont pourquoi ils sont venus. Tout cela va se dégonfler comme une baudruche.»

Jean-Dominique Ktorza assure que les deux policiers «n'ont pas participé au démarchage», effectué par ses agents de «façon saine, sans aucune pression». «Si deux clients portent plainte, sur des centaines, j'aimerais m'entretenir avec eux, et savoir quel est leur dommage. C'est de la pure calomnie.»

Pour les 300 000 euros de Khalifa, somme qu'il ne confirme ni n'infirme, Jean-Dominique Ktorza indique que la compagnie aérienne a passé commande d'un certain nombre d'ouvrages «avec dorures à chaud». A ce prix-là, ils doivent être bien dorés, et bien chauds. En attendant, les 1 800 exemplaires livrés en principauté le 12 mars n'ont pu être distribués, car le juge d'instruction Bruno Nedelec les a fait placer sous main de justice. Quant au patron de la Sûreté à l'origine du livre d'or, Maurice Albertin, il a fait valoir ses droits à une juste retraite. Mais cela n'a, de source officielle, rien à voir.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:30:56
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Vendredi 21 mars 2003

LES FILLES D'OXFORD
Les filles d'Oxford ne veulent pas des hommes

Frédérique Andréani (à Londres)

« Des hommes à St. Hilda ? Quelle couillonnade ! » C'est le message qu'arboraient sur leurs tee-shirts, le 12 mars, des étudiantes du collège St. Hilda, le dernier bastion entièrement féminin de l'université d'Oxford. Et ces étudiantes, membres d'un comité contre l'admission des hommes au collège, avaient de quoi se féliciter : ce jour-là, le conseil d'administration de St. Hilda avait en effet décidé de voter contre la mixité proposée par certains de ses membres. Le mois précédent, un référendum avait d'ailleurs révélé que 57 % des étudiantes se prononçaient contre l'admission d'hommes à St. Hilda.

« Virgin Megastore »

Fondé en 1893, St. Hilda - qui offre logement, clubs divers et enseignement tutorial à ses étudiantes, comme les 34 autres colleges formant l'université d'Oxford - avait à l'origine pour mission de promouvoir l'égalité des sexes en matière d'éducation. Et c'est encore cet argument qu'une majorité d'étudiantes et de professeurs de St. Hilda avancent pour justifier le rejet de la mixité.

Moins de 20 % des professeurs d'Oxford (et seulement 45 % de ses étudiants) sont des femmes : si St. Hilda décidait d'admettre des hommes, ses membres craignent que ce chiffre ne diminue encore. Les militantes de la mixité arguent, quant à elles, qu'accepter des étudiants masculins débarrasserait St. Hilda de son image dépassée, comme l'atteste le surnom - « Virgin Megastore » ! - qu'ont donné au collège féminin les autres étudiants

© le point 21/03/03 - N°1592 - Page 115 - 241 mots

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:30:18
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Vendredi 21 mars 2003

CUBA

Cuba: avion

détourné,

arrestations en

série



vendredi 21 mars 2003


 
 
 

 

lors que le gouvernement cubain s'acharne sur la dissidence, un avion des lignes intérieures a été détourné mercredi soir par six «pirates de l'air». Intercepté par des avions militaires américains, le DC-3 qui transportait trente-cinq personnes s'est posé à Key West en Floride, où les auteurs du détournement n'ont opposé aucune résistance. En novembre dernier déjà, un avion cubain avait atteint Key West. Les Etats-Unis avaient accordé l'asile à ses huit passagers.

Cette affaire risque d'empoisonner un peu plus les relations entre Washington et La Havane et, par contre-coup, la vie des dissidents. Accusées de conspirer avec les Etats-Unis et plus précisément avec leur représentant à La Havane, James Cason, plus de cinquante-cinq personnes ont été arrêtées depuis le début de la semaine. Dernière en date, l'une des principales figures de la dissidence cubaine, l'économiste Marta Beatriz Roque a été interpellée hier matin, avec cinq autres dissidents. Selon Elizardo Sanchez, président de la Commission des droits de l'homme et de la réconciliation nationale (illégale, mais tolérée), il s'agit de «la plus importante vague de répression de ces dernières années».

Fait sans précédent, ces arrestations ont été annoncées à la télévision cubaine par un communiqué du gouvernement, qui menace d'appliquer la «loi de protection de l'Indépendance nationale et de l'économie de Cuba», qui prévoit jusqu'à vingt ans de prison pour toute diffusion d'information pouvant être mise à profit par Washington.(avec AFP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:29:39
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Vendredi 21 mars 2003

RUSSIE

Russie:

Amnesty

dénonce la

police


Elle est accusée de discrimination raciale.

Par Hélène DESPIC-POPOVIC

vendredi 21 mars 2003


 
 
 

Dans certaines régions, ce sont des communautés entières qui sont privées de tous droits, y compris celui à la citoyenneté.
  Moscou de notre correspondante

ermain Soumele Kembou est étudiant ingénieur à l'université de Moscou. L'été dernier, ce jeune Camerounais a été blessé par des skinheads russes. Au lieu de l'hospitaliser immédiatement, la police l'a d'abord emmené au poste pour un interrogatoire. Ce n'est qu'après l'intervention de son ambassade qu'il a pu recevoir des soins. Neuf mois plus tard, personne n'a été arrêté pour cette agression. Son cas est l'un de ceux qu'évoque un rapport d'Amnesty international présenté mercredi à Moscou sous le titre : Vos papiers ! ­ La discrimination raciale en Fédération de Russie. «Ce n'est pas facile de sortir dans les rues ou dans le métro sans te faire agresser si tu es noir, a témoigné l'étudiant. Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens ressentent tant de haine envers nous.»

Son cas n'est pas isolé. Des dizaines d'attaques similaires ont eu lieu dans la capitale russe et d'autres villes du pays ces deux dernières années. Les autorités ne tiennent pas de statistiques sur ce type d'attaques et, dans de nombreux cas, les victimes ne portent pas plainte devant la police, qui, a souligné Amnesty international, «partage souvent les préjugés raciaux de la société».

Dans son rapport, l'organisation a appelé à modifier les règles qui favorisent les pratiques discriminatoires, comme l'enregistrement obligatoire du lieu de résidence. «La législation qui régit les formalités d'enregistrement et l'accès à la citoyenneté est souvent appliquée de façon discriminatoire par les agents de l'Etat. Dans certains cas, des groupes spécifiques deviennent la cible privilégiée des contrôles d'identité de la police. Cette pratique se traduit souvent par des détentions arbitraires ou des mauvais traitements», souligne le document. Dans certaines villes russes, l'enregistrement (propiska) est en fait une demande d'autorisation de résidence dont l'absence entraîne des sanctions. «Les contrôles d'identité sont fréquemment accompagnés de tentatives de corruption et d'intimidation, d'extorsion et de confiscation des papiers d'identité, et aboutissent souvent à de courtes périodes de garde à vue dans les locaux de la police», dénonce Amnesty international.

Caucasiens, Tsiganes, Africains et demandeurs d'asile sont la cible principale de ces fréquents contrôles. Les Tchétchènes de Moscou sont aussi en butte au harcèlement policier, relève Amnesty en rapportant plusieurs cas de personnes accusées de trafic de stupéfiants après la découverte sur eux de sachets de drogue amenés par la police.

Dans certaines régions, ce sont des communautés entières qui sont privées de tous droits, y compris celui à la citoyenneté. Amnesty soulève le cas des Meskhètes, une petite communauté musulmane, qui vivaient en Géorgie avant d'être déportés en 1944 par Staline en Ouzbékistan, et ont gagné la Russie en 1989 après avoir été la cible d'attaques. La grande majorité des Meskhètes se voient toujours refuser leur droit à la citoyenneté même s'il s'agit d'anciens citoyens de l'Union soviétique qui vivaient en Russie avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la citoyenneté russe en 1992. Soumis dans la région de Krasnodar à un régime d'immatriculation temporaire, «ils n'ont pas accès aux retraites et aux études supérieures» et ne peuvent pas «faire enregistrer l'achat d'une maison ou d'un véhicule», dénonce Amnesty.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:29:05
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Vendredi 21 mars 2003

INDE

New Delhi: la

gare des

enfants restés à

 quai


Avec une association atypique d'aide aux enfants des rues.

Par Pierre HASKI

vendredi 21 mars 2003


 
 
 

L'association Butterflies est en contact avec environ un millier d'enfants. Une goutte d'eau puisque l'association estime à au moins 50 000 les gamins livrés à eux-mêmes à New Delhi.
  New Delhi de notre correspondant

l est 10 heures, l'activité matinale retombe dans la gigantesque gare de New Delhi. Les derniers voyageurs disparaissent, les coolies reprennent leur souffle autour d'un thé chaud, une poignée de gamins en haillons arpentent les wagons à la recherche de quelques menus trésors. C'est alors que Prannalal, 28 ans, attaque sa «tournée» quotidienne. Educateur de rue pour le compte de Butterflies, une association qui vient en aide aux enfants des rues de la capitale indienne, le jeune homme vient chaque jour s'enquérir de la situation des petits miséreux qui ont élu domicile dans la gare.

Suivant un parcours bien rôdé, Prannalal commence par passer en revue toutes les «planques» de ses protégés. Objectif : les convaincre de venir assister à la leçon matinale qu'il tient dans un recoin du quai n° 12. «Il y a environ cent cinquante gamins de 8 à 17 ans qui vivent et travaillent ici, explique-t-il. La plupart sont arrivés là un peu par hasard. Ils ont sauté dans un train après une fugue et, une fois débarqués à Delhi, ils ne sont jamais repartis, souvent parce qu'ils avaient des problèmes chez eux, mais aussi parce qu'ils ont pris goût à la liberté que leur offre cette nouvelle vie.»

«Nous devons travailler dur et nous sommes tout le temps harcelés par la police, explique Gautam, un petit gars de 14 ans qui habite sur le toit d'une coursive depuis près de trois ans. Mais, au moins, je fais ce que je veux, quand je veux. De toute façon, je considère que je n'ai plus de parents. Maintenant, ma famille c'est mes copains et les gens de Butterflies.» Un sac de jute sur le dos, Gautam repart arpenter les rails, en quête de détritus qu'il revend ensuite au poids, l'une des principales occupations des gamins des rues à Delhi. Une activité qui leur rapporte entre 50 et 100 roupies par jour (entre un et deux euros).

Rafles courantes. Prannalal est inquiet : la plupart de ses élèves sont introuvables. «Il y a des problèmes de drogue ces temps-ci, dit-il. J'espère qu'ils ne sont pas partis sniffer de la colle.» Il va voir au commissariat s'ils n'ont pas été arrêtés. Les rafles sont en effet courantes dans la gare et, lorsqu'ils sont pris, les mineurs sont envoyés dans des foyers. «Ça ne sert à rien, estime l'éducateur, car ils fuguent aussitôt pour revenir ici.» Finalement, un coolie lui livre l'explication : la bande est au cinéma... «Ça fait partie du jeu, sourit Prannalal, rassuré. Ces gamins sont habitués à jouir d'une liberté totale et notre principe de base est de ne jamais leur imposer quoi que ce soit.»

Fondée il y a bientôt quinze ans, Butterflies a opté pour une démarche atypique. Premièrement, les éducateurs vont rencontrer les enfants dans leur environnement, la rue, sans essayer de les traîner dans des salles de classe ou autres lieux institutionnels. Chaque jour, une vingtaine d'éducateurs se rendent dans onze points-relais (gares, marchés, gares routières...) pour donner des cours mais aussi pour maintenir la relation de confiance qu'ils ont réussi à établir avec les gamins. Butterflies est ainsi en contact quasi quotidien avec environ un millier d'enfants. Une goutte d'eau puisque l'association estime à au moins 50 000 le nombre de gamins livrés à eux-mêmes dans la seule ville de Delhi. «Mais, au moins, dans ces onze lieux, nous savons toujours ce qui se passe, affirme Rita Panicker, la fondatrice de l'organisation. Nous pouvons leur procurer des soins, essayer de leur expliquer l'importance de l'éducation... Et les enfants savent qu'ils peuvent compter sur nous.»

Conseil des enfants. Deuxième principe : ce sont les gamins eux-mêmes qui décident des activités, via le bal sabha, ou «conseil des enfants», qui se tient une fois par mois. «Le bal sabha est la colonne vertébrale de notre système, explique Rita Panicker. Il oblige les enfants à prendre leurs responsabilités, à débattre et à prendre des décisions. Nous, nous ne sommes là que pour leur suggérer des idées et les aider à s'organiser.»

L'expérience a fait ses preuves. Les gamins ont mis en place nombre d'activités : danse, musique, théâtre, radio, atelier santé... Leur journal, la Voix des enfants travailleurs, leur permet de médiatiser les problèmes qu'ils rencontrent dans la rue, notamment les harcèlements et les rackets de la police, de loin leur plus grand souci. Mieux encore, ils ont fondé un syndicat, qui, s'il n'a pas d'existence légale, leur offre une plate-forme pour tenter de faire valoir leurs droits, notamment auprès des employeurs peu scrupuleux qui refusent parfois de les payer.

Microcrédit. Il y a deux ans, le bal sabbah a aussi fondé une banque de microcrédit qui héberge aujourd'hui les économies de près de quatre cents membres. A ce jour, ce système a permis de distribuer une vingtaine de prêts à des mineurs qui voulaient monter un petit business. «Il pourrait y en avoir plus, explique Rita Pamicker. Mais les gamins ont défini des règles tellement strictes que beaucoup ne peuvent pas y prétendre !» Les drogués et voleurs sont inéligibles, sans compter que le candidat au prêt doit être particulièrement persuasif pour convaincre le «conseil d'administration» du bien-fondé de son projet. «C'est normal, sinon il y aurait forcément des abus, estime Afroz, qui a ainsi pu acheter un petit chariot où il vend tous genres d'objets devant la gare. Et puis, ça nous motive à ne pas faire trop de conneries, sinon on ne peut plus avoir de prêts.» Avec sa nouvelle activité, Afroz empoche aujourd'hui entre deux à trois euros par jour, soit le triple de ce qu'il gagnait en tant que «charognard». «J'attends d'avoir fini de rembourser ma dette, explique-t-il, et après je demanderai un autre prêt pour agrandir mon activité.»

Malgré cette réussite, certains se demandent s'il ne serait pas plus judicieux de tenter de sortir ces enfants de la rue. «Une fois que nous avons leur confiance, nous essayons de voir s'il n'y a pas moyen de les renvoyer dans leurs familles, explique Rita Panicker. Mais, la plupart du temps, ce n'est pas envisageable en raison des violences qui règnent chez eux. Reste alors les pensions. Mais, là aussi, la plupart fuguent car ils ne supportent plus la discipline de ces établissements.» Quant à la critique selon laquelle Butterflies encourage d'une certaine manière le travail des enfants, les gamins sont les premiers à la trouver irrecevable. «Je ne comprends vraiment pas pourquoi on voudrait nous empêcher de travailler, lance Vinod, 12 ans. Ce qu'il faut, c'est que le gouvernement protège nos droits d'enfants travailleurs, c'est tout».


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:28:28
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Vendredi 21 mars 2003

ZINBABWE

Solidarité.

 

Les Zimbabwéens bannis

 du bidonville de

Zandspruit

 

Afrique du Sud. Après des années de lutte contre un racisme érigé en système de gouvernement, l'Afrique du Sud est déparée par une nouvelle forme de xénophobie.

Johannesburg (Afrique du Sud),

correspondance particulière.

Des morceaux de bois et de tôle carbonisés où, hier, se trouvaient des maisons de fortune, quelques lopins de terre où des latrines, en guise de toilettes, surgissent des hautes herbes : c'est tout ce qui subsiste des violences qui ont déchiré, plusieurs mois durant en 2001, le bidonville de Zandspruit situé au nord-ouest de Johannesburg.

D'apparence tranquille, ce village d'environ 25 000 habitants s'étale sur plus d'une dizaine d'hectares. Fin 2001, un soir d'été austral, des échanges de tirs dans un shebeen (bar clandestin) du quartier font un mort. Aussitôt, les résidents accusent, à l'unisson, un de leurs voisins zimbabwéens. Si les tensions étaient latentes entre les deux communautés, cet incident alluma la mèche d'un cycle de violence. Les Sud-Africains s'en prirent aux Zimbabwéens par le saccage et la mise à feu de leurs habitations, en tout plus de 200 foyers.

Les " étrangers " n'ont d'autre choix que de déguerpir. Ils acceptent de quitter les lieux pour être relogés dans un hostel (foyer de mineurs), dans un autre bidonville, enserré de mines d'or. Ils s'y trouvent privés de leurs compagnes puisque ces foyers demeurent exclusivement réservés aux hommes. Il y a quelques jours, les autorités locales les expulsent du hostel, en fait un vaste hall, arguant qu'il s'agissait d'un logement provisoire.

Sans alternative, les Zimbabwéens, dans leur majorité des migrants économiques, ont dû coucher une nuit dehors et se sont, depuis, évanouis dans la nature. Quelques mois plus tôt, certains étaient spontanément rentrés dans leur pays. D'autres y ont été renvoyés de force, accusés d'être des immigrés clandestins. Quelques-uns sont discrètement restés à Zandspruit, pour la plupart mariés à un(e) Sud-Africain(e).

Plus d'un an après les événements, la rancour reste tenace envers les Zimbabwéens, accusés de tous les maux : viols, meurtres, vols, braquages de voitures... soupçonnés, pour certains, d'être d'anciens miliciens du président zimbabwéen Robert Mugabe. Et, malgré les efforts d'une équipe de médiation, formée par la police, les Eglises et la Commission sud-africaine des droits de l'homme (HRC), la cohabitation reste hors de question. " Nous ne vivrons pas avec eux. Ce sont des criminels ", lance aujourd'hui sans faillir Daniel Mzamani, ancien leader de Zandspruit, devenu policier au sein du bidonville. Certes, Alphios Madikane, à la tête du forum de développement de la communauté, se veut plus modéré : " Je ne suis pas pour la séparation des populations. Mais quand les balles volent, il faut agir. "

Face à cette situation, Zonke Majodina, vice-présidente de la HRC et membre de la défunte médiation, demeure formelle : " Il s'agit de xénophobie au plus haut degré. " " De plus, ce ressentiment est grevé par des facteurs socio-économiques, poursuit-elle. Certains employeurs des environs préfèrent recruter des immigrés clandestins, prêts à recevoir un salaire moindre et à travailler dans des conditions plus précaires " et qui se mettent ainsi en concurrence avec leurs homologues sud-africains pour une ressource déjà rare, l'emploi. Autant de prétextes qui ont poussé les habitants à faire leur propre justice.

Un cas loin d'être isolé ces dernières années. Des Somaliens ont récemment subi le même sort dans un bidonville du Cap, tout comme des Africains d'autres pays chassés, en 1994, de la township d'Alexandra (Johannesburg) lors d'une opération baptisée " Rentrez chez vous ". Pourtant, les Sud-Africains partagent avec leurs voisins du Nord des similarités linguistiques et culturelles, quand ce ne sont pas des liens familiaux.

Quant aux expulsés du hostel, ils pourraient bien tenter de revenir à Zandspruit, où le gouvernement de Pretoria leur a octroyé, comme à d'autres habitants sud-africains du hameau informel, des terrains individuels. Le forum de développement de la communauté tente actuellement de récupérer ces lopins en friche, en tout une cinquantaine. Si leurs propriétaires de droit venaient à les revendiquer, une vague de violences risque, à nouveau, d'enflammer le bidonville.

Chrystelle Carroy


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:27:56
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Vendredi 21 mars 2003

EAUX

Eau

L'eau au coeur des crises au Moyen-Orient

Entretien avec Patrick Ribaud, géographe du laboratoire SEDET-GRENAMO à l'université de Paris-VII.

L'eau est un des problèmes fondamentaux qui se posent au Moyen-Orient. Quelle place tient-elle parmi les autres enjeux politiques de la région ?

Patrick Ribaud. Chacun sait aujourd'hui que le Moyen-Orient connaît de graves difficultés hydriques. Sauf les Turcs et les Egyptiens, qui bénéficient de réserves d'eau relativement importantes, l'ensemble des peuples de cette région souffre en effet de l'indigence de la réflexion politique ayant présidé à la gestion des ressources hydriques depuis cinquante ans. De fait, si aujourd'hui 95 % de l'eau douce est utilisée pour irriguer la terre et pourvoir aux besoins industriels, les méthodes et moyens employés sont tellement obsolètes qu'ils contribuent à polluer le peu d'eau consommable restante. Outre les effets immédiats sur la santé publique, et ce que l'on constate déjà de la destruction partielle - par salinisation des sols et épuisement des nappes - des ressources, la situation s'avère donc particulièrement préoccupante. Dans cette partie du monde qui connaît de graves tensions politiques, l'enjeu de l'eau est en conséquence devenu crucial. On peut, par exemple, en constater les incidences dans le conflit israélo-palestinien. Non seulement, la carte des colonies juives sur le territoire palestinien recouvre exactement celle des ressources hydriques nécessaires à Israël, mais ces ressources, considérées comme vitales, sont toutes entières soumises à l'autorité du gouvernement israélien. C'est tellement stratégique qu'aujourd'hui les Palestiniens ne peuvent pas seulement creuser de puits pour leurs nécessités propres, et il leur est interdit de gérer la destination des eaux provenant de leur sous-sol.

Quelle est la situation en Irak ?

Patrick Ribaud. Son cas est encore plus préoccupant. Les Irakiens encore victimes des séquelles écologiques de la première guerre du Golfe - destruction des systèmes d'adduction d'eau potable, des réseaux de drainage des effluents industriels, donc contamination des sols, pollutions chimiques dues au largage de bombes à uranium appauvri -, risquent maintenant de vivre l'anéantissement de toute possibilité de réparation des dégâts.

Quelles sont les perspectives ?

Patrick Ribaud. Elles sont assez sombres à la vérité. · l'avenir, on doit éviter deux écueils principaux : l'égoïsme étatique quant à la gestion hydrique et la marchandisation de l'eau. Seuls peuvent prévaloir, pour la sauvegarde des populations, des accords multilatéraux, régionaux, trans-étatiques fondés sur le partage des ressources et la conservation dans le giron du service public de la gestion de l'eau.

Entretien réalisé par J.-A. Nielsberg

21 Mars 2003 - SOCIETE

Eau

Pour que l'eau soit " un bien commun "

· Florence, s'ouvre aujourd'hui un forum alternatif consacré à l'eau, réunissant les ONG et associations qui ont choisi de ne pas se rendre au sommet de Kyoto.

Florence (Italie),

envoyé spécial.

Kyoto et Florence accueillent cette semaine deux forums consacrés à l'eau. Au Japon, les " institutionnels " tiennent assises à l'initiative du Conseil mondial de l'eau, avec le soutien de grandes compagnies, de gouvernements, d'organismes spécialisés de l'ONU, en présence de quelques associations militant pour que l'eau soit " un bien commun ". Ces dernières, refusant " la politique de la chaise vide ", considèrent que leur présence à Kyoto peut contribuer à la " reconnaissance du droit à l'accès à l'or bleu " pour tous. En Italie, un forum alternatif mondial de l'eau s'ouvre ce vendredi comme une réplique à la réunion de Kyoto jugée " expression de la nouvelle oligarchie mondiale ", selon le modèle de " privatisation " de la gestion de l'ensemble des services de l'eau célébrant la " prédominance du marché ". Entre Kyoto et Florence, les approches sont différentes, les propositions aussi, alors que plus de 1,5 milliard de personnes dans le monde n'a pas accès à une eau potable et que cette ressource en apparence disponible en abondance symbolise les déséquilibres planétaires et définit les limites d'un développement durable (1).

Les organisateurs du forum alternatif de Florence affichent leurs objectifs : élaboration d'une série d'actions au niveau mondial " afin d'assurer le droit à l'eau pour tous ", promotion de campagnes spécifiques, renforcement des " synergies " entre mouvements sociaux. Avec plusieurs revendications : la reconnaissance de l'accès à l'eau comme " bien commun ", en opposition à " toute forme de privatisation et de marchandisation, création d'une autorité mondiale de l'eau dotée de pouvoirs juridiques et législatifs (...) ". Ils rejettent les politiques et les projets du forum de Kyoto et revendiquent la soustraction de cette ressource vitale à l'emprise des marchés.

Dans un livre de référence (2), depuis quelques jours en librairie, Marc Laimé indique que le débat monte en puissance depuis une dizaine d'années et figure en bonne place dans toutes les rencontres dédiées à l'avenir de la planète. Il résume en ces termes la position des " opposants " à la marchandisation : " Tout en admettant que faire payer l'eau à son juste prix permettrait d'éviter son gaspillage, notamment dans l'agriculture et l'industrie, et peut se justifier si c'est l'unique moyen de faire prendre conscience qu'elle n'est pas une ressource inépuisable, ces opposants, s'ils conviennent aussi que le principe pollueur = payeur est le seul moyen de responsabiliser les différents utilisateurs de l'eau, soulèvent d'autres questions. " Et Marc Laimé de citer l'ancienne présidente d'Action contre la faim, Sylvie Brunel, qui déclarait en 2000 : " Que se passe-t-il quand certaines populations ne peuvent pas payer ? Privatiser l'eau à tout prix présente des effets pervers ; faire prévaloir une logique de rentabilité à court terme risque de priver d'accès à l'eau potable les populations qui sont déjà les plus pauvres et les plus vulnérables. Une éthique de l'eau s'impose. Son usage devrait relever d'une solidarité mondiale : l'eau devrait relever du patrimoine commun de l'humanité et donner lieu à la création d'un service public de l'eau au niveau international. "

Le projet de déclaration commune circulant à Florence précise les griefs à l'encontre des orientations du forum de Kyoto : le modèle de gestion de l'eau proposé " abandonne " au secteur privé le contrôle des ressources ; il donne priorité à l'agriculture industrielle intensive " aux dépens des pratiques communautaires traditionnelles ", favorise l'utilisation des semences génétiquement modifiées, dans le but d'économiser l'eau " menaçant ainsi la biodiversité et l'intégrité culturelle " de la planète et de ses peuples ; le Conseil mondial de l'eau est qualifié d'organisme " non représentatif et non démocratique ".

La déclaration finale de Florence, après deux jours de débats, devrait préciser le projet alternatif prenant appui sur l'affirmation selon laquelle " chaque être humain a droit à de l'eau propre ". Elle devrait appeler les gouvernements à " augmenter considérablement " leurs investissements en ce domaine, à annuler la dette pour garantir l'approvisionnement en eau des pays pauvres et demander que la privatisation ne soit plus une condition aux prêts internationaux. Elle devrait aussi revendiquer l'adoption d'un programme de restauration visant à réhabiliter les écosystèmes dégradés et placer l'eau sous le contrôle exclusif des organismes publics.

José Fort

(1) L'Humanité sera partenaire du festival de l'Oh ! organisé par le conseil général du Val-de-Marne du 12 au 18 mai prochain. Notre journal participera à cette occasion à plusieurs débats.

(2) Marc Laimé, le Dossier de l'eau. Editions du Seuil, mars 2003, 402 pages, 20 euros.

qualité de la ressource, menacée par les produits phytosanitaires

Toutes les agences de l'eau (Rhône-Méditerranée-Corse, Adour-Garonne, Bretagne-Seine Normandie) s'alarment de «la progression de la contamination par les pesticides.»
(DR.)
 
L'eau empoisonnée par les polluants agricoles


Muriel Frat
[20 mars 2003]

La dégradation «quasi générale» de la qualité de l'eau, dans laquelle l'agriculture est «très impliquée», révèle l'inefficacité d'une réglementation «complexe», d'une police de l'eau «peu opérationnelle» et de communes qualifiées de «maillons faibles», faute de moyens et de compétences. Le sénateur socialiste Gérard Miquel, auteur du rapport sur «La qualité de l'eau et de l'assainissement en France», commandé par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, n'y va pas par quatre chemins.

Il réclame une remise à plat totale du système avec la création de zones de protection dans chaque département, une réforme des contrôles et des sanctions ainsi qu'un transfert de la gestion de la ressource des communes aux départements.

La qualité des eaux, qu'elles soient souterraines, de surface ou de pluie, s'est «dans l'ensemble beaucoup dégradée». Même l'eau de pluie est «chargée en métaux et pesticides.» En milieu urbain, les eaux de ruissellement sont particulièrement toxiques dans la mesure où elles coulent sur des surfaces imperméables (toitures, chaussées), vulnérables à la corrosion (zinc des gouttières) et chargées de dépôts polluants liés au trafic automobile.

«Vulnérables aux pollutions diffuses, longues à produire leurs effets», les nappes souterraines ne sont pas en meilleur état. Pas plus que les eaux de surface (525 000 kilomètres de cours d'eau de plus d'un kilomètre et les 26 000 plans d'eau de plus d'un hectare), attaquées par le phosphore utilisé dans les lessives, les micropolluants d'origine domestique (solvants, plastifiants que l'on trouve dans les produits cosmétiques et les médicaments), les nitrates et surtout les pesticides auxquels aucune région n'échappe.

Toutes les agences de l'eau (Rhône-Méditerranée-Corse, Adour-Garonne, Bretagne-Seine Normandie) s'alarment de «la progression de la contamination par les pesticides» dont la France est le troisième consommateur mondial avec 100 000 tonnes par an dont 90% utilisés en agriculture. Au point que, dans certaines régions comme la Bretagne, la population est contrainte de consommer des eaux minérales qui, «si on appliquait la réglementation de l'eau potable, ne seraient pas conformes et seraient qualifiées de non potables».

L'agriculture est placée en position de principale accusée : «Les industriels ont fait leur révolution environnementale en supprimant la plus grande part des rejets polluants. Les collectivités locales font la leur en investissant dans l'assainissement, même si de gros efforts restent à conduire. L'agriculture n'a pas fait la sienne.»

La focalisation sur les pesticides et les nitrates «occulte le risque microbiologique qui a des effets immédiats sous forme de maladies gastriques plus ou moins graves». Pourtant, «la contamination par des bactéries et des parasites est fréquente». Selon l'Institut de veille sanitaire, les eaux non conformes à la réglementation pourraient être la cause de 10 à 30% des gastro-entérites aiguës.

La dégradation de l'eau met en lumière l'échec de la réglementation censée la protéger. La loi n'est pas ou mal appliquée. «La loi est bafouée avec constance et régularité. Bien que la mise en place des périmètres de protection soit obligatoire depuis 40 ans pour certains captages, l'obligation n'est respectée que dans un tiers des cas.» L'État n'est pas en mesure de contrôler l'application de la réglementation et de sanctionner les contrevenants. «La police de l'eau, handicapée par une organisation anarchique, est absente ou inefficace.» Pas étonnant, plus de 500 services assurent cette mission.

Les communes se révèlent tout aussi incapables de lutter contre la pollution. «Comment ne pas voir que l'action de préservation de la ressource exige des moyens qu'une commune ou un groupement de communes ne peut avoir ? interroge le sénateur du Lot. Comment ne pas admettre que les traitements exigent des techniques sophistiquées et un entretien qui ne sont pas accessibles à la plupart des communes ?» D'où l'idée de confier la gestion de l'eau aux départements.

Parmi les 19 autres propositions formulées, citons aussi la création de «zones de protection des eaux» (1% du territoire serait ainsi «sanc-tuarisé»), la création de couloirs de protection en zones agricoles pour freiner les transferts de pesticides dans l'eau, la limitation des aides aux seuls agriculteurs qui respectent l'environnement, la réforme du régime des périmètres de protection et la simplification de la «redevance pollution».



Eau recyclée et "irrigation déficitaire": des solutions pour les déserts

KYOTO (Japon), 21 mars (AFP) - Recycler l'eau des égoûts, pratiquer l'"irrigation déficitaire" en arrosant moins qu'habituellement ou planter des graines génétiquement modifiées peu gourmandes en eau, de multiples solutions pour les déserts ont été discutées au Forum mondial de l'eau de Kyoto (Japon).

Les zones du monde où le manque d'eau est le plus criant sont l'Afrique du nord, le Moyen-Orient et l'Asie centrale, ont rappelé des experts pendant des sessions du Troisième Forum de l'eau, consacrées aux régions arides.

Le Moyen-Orient où l'agriculture consomme 90% de l'eau de la zone mais ne représente que 10% du PIB est très dépendant de ses importations alimentaires et compte tenu de la progression de sa population, cela ne fera qu'empirer.

"Il faut changer de perspective et arrêter de penser au rendement en tonne par hectare mais raisonner plutôt en kilogrammes par mètre cube d'eau", a expliqué à l'AFP Ismaël Serageldin, directeur de la bibliothèque d'Alexandrie et ancien président de la Recherche agronomique internationale.

Les périmètres irrigués donnent plus de rendement que l'agriculture non irriguée mais cette dernière est bien plus efficace puisque la productivité est de 0,3 kg par m3 pour les zones inondées, 0,8 kg quand il y a irrigation et 2,2 kgs en cas de "supplemental irrigation" (irrigation ponctuelle), selon lui.

Pour ce type de culture, il suffit d'avancer la période de la semence (par exemple à octobre au lieu de novembre) et d'arroser un peu de manière à ce que les plantes aient bien poussé avant l'arrivée des premiers gels.

"Appliquer un petit peu d'eau au bon moment peut faire une énorme différence", a expliqué Theib Oweis, un chercheur d'Icarda (International center for agricultural research in the dry areas) qui fait autorité au Moyen Orient. M. Oweis s'est dit aussi favorable à l'"irrigation déficitaire";

Les chercheurs d'Icarda effectuent aussi des croisements "entre plantes d'une même espèce pour obtenir par exemple des pois chiches qui résistent à l'hiver, sachant que si l'on ne les plante qu'en hiver, le rendement double".

"Il faut penser à développer des variétés génétiquement efficaces dans l'utilisation de l'eau. Il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine", a estimé M. Serageldin.

Selon lui, la controverse sur les organismes génétiquement modifiésfreine fortement la recherche agronomique. "Tout ce que nous mangeons est déjà modifié à travers des croisements", a-t-il dit. M. Serageldin a évoqué le débat autour du "riz doré", un transgène inventé par le Suisse, Ingo Potrykus, manipulé pour y introduire du bétacarotène dont le riz classique est dépourvu.

"Vous avez 200 millions de personnes qui ont un déficit d'iodine et vitamine A, 14 millions d'enfants aveugles...", a-t-il dit, en plaidant pour la recherche sur des aliments débarrassés de parasites ou plus économes en eau.

Dans les zones arides ou en voie de désertification, il est nécessaire aussi de modifier les pratiques culturelles, ont noté d'autres chercheurs, soulignant par exemple qu'en Asie centrale, le bétail patûre souvent des pousses trop jeunes.

Une autre solution à coût faible, très utilisée en Israël, Australie et dans les îles Canaries est le recyclage des eaux usées pour l'agriculture, par filtrage pour en retirer notamment les métaux lourds.


Discours d'Hervé Gaymard


En 2050, de deux à sept milliards d'humains pourraient manquer d'eau

L'augmentation de la population mondiale devrait conduire, selon l'Unesco, à une carence de cette ressource vitale. Pour éviter cela, les experts, réunis à Kyoto et à Florence, invitent à lutter contre le gaspillage, à améliorer l'irrigation et à investir dans des équipements.

A Paris , l'eau coule du robinet sans que l'on y pense. A Tucson (Etats-Unis), les golfs sont bien arrosés, mais le spectre de la pénurie d'eau réapparaît tous les étés. A Arada (Guatemala), les paysans vont chercher l'eau à une source distante d'une heure de marche du village. A Ouagadougou (Burkina Faso), avoir un puits au milieu de la "cour" qui rassemble plusieurs maisons de la même famille est un privilège envié. Ainsi, aux quatre coins du monde, l'eau est vécue différemment. Toujours indispensable, elle s'inscrit dans des conditions matérielles et culturelles si différentes qu'il est difficile de l'appréhender d'une manière homogène.

Il n'en reste pas moins qu'il existe bien un problème mondial de l'eau, une préoccupation globale qu'exprime le Forum mondial de l'eau, qui se tient à Kyoto (Japon) cette semaine. La raison en est simple : "Les ressources en eau sont en chute libre alors que la demande augmente de façon dramatique, affirme Koichiro Matsuura, directeur général de l'Unesco (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture). Au cours des vingt prochaines années, on s'attend à une diminution d'un tiers, en moyenne, de l'eau disponible par personne dans le monde".

Globalement, la ressource en eau devrait être suffisante : chaque année, la planète voit 40 000 km3 ruisseler sur ses flancs, et les hommes n'en prélèvent que 20 %. Mais comme cette manne est répartie de manière très différente selon les régions, et que la densité de population diffère elle aussi beaucoup, de nombreux pays sont déjà dans une situation hydrologique tendue.

De plus, la croissance de la population mondiale, qui va passer de 6 milliards d'individus à 9,3 en 2050, selon la projection des Nations unies, va faire empirer la situation. Dans son Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau, l'Unesco estime que "vers 2050, 7 milliards de personnes dans 60 pays (hypothèse pessimiste) et 2 milliards dans 48 pays (hypothèse optimiste) seront confrontées à une pénurie d'eau".

Concrètement, cette augmentation de la consommation d'eau s'est en bonne partie opérée par la multiplication des puits dans les pays en développement pendant les années 1990. "En Inde, par exemple, observe Daniel Zimmer, directeur du Conseil mondial de l'eau, le pompage a été subventionné par un prix gratuit de l'électricité pour cet usage. La moitié de la production électrique indienne est ainsi consacrée au pompage de l'eau."

Le manque d'eau pourrait avoir, si rien ne change, une autre conséquence, soulignée par l' International Food Policy Research Institute dans un rapport publié en octobre 2002 : "En 2025, la pénurie d'eau pourrait causer la perte annuelle globale de 350 millions de tonnes de production alimentaire – légèrement plus que la production céréalière des Etats-Unis."

La qualité de l'eau n'est pas un problème moindre que celui de sa quantité. Dans de très nombreux pays, les déchets ou les eaux usées sont rejetés sans traitement à la rivière. Une étude menée sur 116 villes a constaté que, en Afrique, seuls 18 % des foyers sont raccordés aux égouts et, en Asie, pas plus de 40 %. Cela a des conséquences sur la santé – de nombreuses maladies sont transmises par l'eau polluée – et sur la production agricole, sans parler des atteintes aux écosystèmes, de surcroît blessés par la destruction des zones humides et le bétonnage des rivières. En outre, l'irrigation entraîne souvent une remontée des nappes phréatiques, ce qui les condamne à terme, et la salinisation des sols.

Que faire ? Les experts ont un mantra : la volonté politique, qui commence à s'affirmer. La question de l'eau s'est hissée sur l'agenda diplomatique et la communauté internationale s'est fixé pour objectif de diminuer de moitié d'ici à 2015 le nombre de personnes n'ayant pas accès à une eau potable de qualité ni desservies par un système d'assainissement. Il reste à traduire cette volonté politique dans les actes des gouvernements, qui, dans les pays pauvres, ont souvent d'autres préoccupations. Il faut aussi trouver des financements, même si les quelque cent milliards de dollars supplémentaires qui seraient nécessaires chaque année paraissent bien modestes par rapport aux dépenses militaires mondiales (de l'ordre de mille milliards de dollars).

Le débat sur la façon de trouver ce financement et sur la part que doivent prendre respectivement les secteurs privé et public nourrira les débats du Forum de Kyoto, ainsi que ceux du Forum alternatif de Florence, qui se tient vendredi et samedi. Mais les solutions envisageables renvoient aussi à des discussions sur les techniques à mettre en œuvre.

Le consensus se fait sur la nécessité de lutter contre les gaspillages dus aux habitudes de consommation mais aussi ceux qui proviennent d'une mauvaise gestion. "Il n'est pas rare de trouver des taux de 50 % de fuite dans les réseaux urbains, observe Jean-Pierre Tardieu, de Vivendi Environnement :il faut commencer par agir à ce niveau-là."De même, l'irrigation est extrêmement inefficace : 60 % de l'eau utilisée y sont gâchés, selon l'Unesco.

La lutte contre le gaspillage renvoie autant à des changements techniques que politiques, puisqu'elle suppose une volonté politique claire et une acceptation par la population d'un certain enchérissement de l'eau. D'autres solutions techniques émergent, comme le recyclage des eaux usées ou le dessalement de l'eau saumâtre ou salée.

On promet aussi la renaissance de techniques anciennes mais efficaces, comme le recueil de l'eau de pluie, qui se développe rapidement en Inde et ailleurs. Mais la tentation est grande d'entreprendre de grands travaux hydrauliques : la Chine envisage ainsi de transférer de l'eau du Yangzi Jiang vers le nord du pays, l'Inde prépare un réseau de canaux reliant les 37 fleuves du pays, le Tchad rêve de détourner l'Oubangui pour faire renaître son lac et, partout, les projets de barrages se multiplient. Solutions "douces" et participatives contre projets d'ingénieurs et de béton : telle sera peut-être la vraie bataille de l'eau des prochaines années.

Hervé Kempf

Atlas mondial de l'eau, Salif Diop et Philippe Rekacewicz, Autrement, 64 p., 13 € . Une présentation claire des problèmes de l'eau au moyen de cartes et graphiques.Le Dossier de l'eau, Marc Laimé, Seuil, 408 p., 20 € . Cette analyse précise des modes de gestion de l'eau et pointe le danger de privatisation.Obsession de l'eau, Diane Raines Ward, Autrement, 258 p., 19 € . Cette série très vivante décrit des cas concrets à travers le monde. Axé sur les barrages.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.03.03

Les nappes phréatiques abreuvent la moitié du monde
La surexploitation et la pollution menacent les zones désertiques.

Selon l'Unesco , l'approvisionnement en eau de plus de la moitié de la population mondiale dépend des nappes phréatiques. Ces aquifères s'étendent parfois sur des milliers de kilomètres et peuvent emprisonner d'énormes quantités d'eau.
   
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Ils n'ont pas de frontières et sont souvent partagés par deux ou plusieurs pays. C'est le cas, par exemple, du système aquifère nubien, qui s'étend sous le Sahara, entre la Libye, l'Egypte, le Tchad et le Soudan. Mais on connaît encore très mal leur localisation et leur étendue exactes, ainsi que leurs capacités et la qualité de leurs eaux.

Pour mieux évaluer ce précieux capital, l'Unesco a lancé un programme international appelé International Shared Aquifer Resources (Isarm). Il a pour tâche de recenser au cours des six prochaines années les aquifères transfrontaliers et de les cartographier à l'échelle du globe. "Une étude qui sera très utile, car elle permettra de combler les lacunes dans les connaissances et d'homogénéiser les approches. Tous les pays en effet ne raisonnent pas avec les mêmes chiffres", estime Thierry Pointet, ingénieur hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

DÉCOUVERTES D'AQUIFÈRES

Cet inventaire sera établi à partir d'études localisées sur différentes régions continentales. En juin 2002, les hydrogéologues de plus de vingt pays réunis à Tripoli (Libye) ont ainsi mis sur pied la première étude continentale des aquifères transfrontaliers d'Afrique. Une évaluation nécessaire, car les travaux sur les eaux souterraines africaines font cruellement défaut, alors que de nombreux pays du continent font de plus en plus appel aux eaux souterraines pour leurs besoins. Les nouvelles recherches sur les aquifères africains ont d'ores et déjà permis de localiser vingt aquifères transfrontaliers, dont cinq n'avaient jamais été identifiés. D'autres études régionales ont aussi déjà commencé pour l'Amérique du Sud, l'Europe de l'Ouest et la région euro-méditerranéenne, zone politiquement sensible, rappelle l'Unesco. Ainsi, l'aquifère de la Montagne, qui s'étend entre Israël et la Cisjordanie, est au cœur d'un conflit entre les deux gouvernements. Israël consomme environ 85 % de la ressource, alors que l'essentiel des pluies et des eaux de surface qui alimentent cette nappe phréatique provient du territoire palestinien. Les négociations serrées qui se sont déroulées sur cette question ont été officiellement suspendues après le début de la seconde Intifada.

Cependant, même lorsqu'ils ont été informés des risques que comporte une trop grande pression exercée sur l'exploitation des nappes phréatiques de leur pays, les gouvernements ne prennent pas toujours les mesures de préservation de la ressource qui s'imposeraient. Ainsi, l'Algérie, la Libye et l'Arabie saoudite, qui ont développé de grands programmes d'irrigation, "vivent au-dessus de leurs moyens et consomment trop d'eau par rapport au renouvellement très lent de leurs nappes phréatiques.Elles surexploitent le stock", juge Thierry Pointet. Le cas du Maroc est moins critique, car toute sa bande côtière occidentale subit l'influence humide de l'Atlantique, et il existe de grandes nappes phréatiques situées au nord et à l'ouest de l'Atlas. D'ailleurs, "l'ancien roi du Maroc, Hassan II, était très vigilant sur les ressources en eau de son royaume et il appliquait des règles d'économie sur ses propres domaines", témoigne l'hydrogéologue français.

Les nappes phréatiques d'Afrique du Nord ou d'Arabie saoudite, qui sont souvent installées au même endroit que les bassins sédimentaires pétroliers, l'eau étant placée au-dessus et l'huile en dessous, sont souvent qualifiées de "fossiles", car elles se sont vraisemblablement remplies à l'occasion de la dernière déglaciation il y a 10 000 à 12 000 ans. En cas de surexploitation, les pluies sont insuffisantes pour combler les prélèvements humains. En Arabie saoudite, par exemple, il tombe environ 5 mm d'eau par an, et une partie s'évapore en tombant sur le sol surchauffé.

INADAPTÉ À L'IRRIGATION

Le problème est identique pour l'aquifère nubien, qui s'étend sous le territoire de plusieurs pays. Il est composé de quatre réservoirs d'une contenance totale estimée à 120 000 km3 d'eau "fossile". Le gouvernement libyen a entrepris depuis 1991 d'"extraire" l'eau de cette nappe en créant une rivière artificielle souterraine longue de 3,5 km, qui fournit 500 000 m3 d'eau par jour aux villes de la côte grâce à un réseau de canalisations de béton de 4 mètres de diamètre.

Le pompage de cette eau, qui sert également à irriguer de grandes surfaces cultivées, suscite l'opposition de plusieurs associations de défense de l'environnement. Si de nombreux spécialistes font valoir qu'il est légitime d'utiliser cette eau pour assurer les besoins en eau potable et ceux des municipalités, ils considèrent en revanche que cette précieuse ressource est inadaptée à l'irrigation, en particulier dans les zones arides, où la moitié de l'eau utilisée se perd par évaporation.

On pourrait aussi citer d'autres exemples dans d'autres régions du globe. Mais, s'"il y a une multitude de problèmes, et pour chaque problème une solution", insiste Thierry Pointet, il faut aussi savoir, prévient-il, "qu'on n'y arrivera pas si on veut tout traiter à la fois".

Christiane Galus

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.03.03


 

• LE MONDE | 20.03.03 | 12h35


Les captages français ne sont pas assez protégés
Le rapport du sénateur Gérard Miquel va à l'encontre des idées reçues.

Les innombrables rapports sur la qualité de l'eau publiés ces dernières années concluent soit à l'état d'urgence, soit à la béatification du système qui régit la distribution dans notre pays. Sur ce sujet populaire et polémique, Gérard Miquel, sénateur (socialiste) du Lot, ajoute un nouveau registre : le contre-pied.

"Les Français ont raison de s'inquiéter de la qualité de l'eau distribuée, mais ils s'inquiètent pour de mauvaises raisons", conclut l'élu dans un rapport publié par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Après une année d'enquête, de voyages sur le terrain et l'audition d'une centaine de spécialistes, M. Miquel estime qu'il y a bien dégradation de la ressource, mais qu'"au stade actuel, la santé n'est pas en jeu".

Le risque bactérien et la turbidité de l'eau -présence de particules solides, notamment de terre- sont considérés comme les principaux vecteurs de maladie à court terme. "10 % à 20 % des cas de gastro-entérite sont imputables à l'eau", constate le rapporteur. De même, poursuit-il, "la turbidité limite l'efficacité des traitements d'eau".

Les effets des pesticides et des nitrates sont relativisés dans ce document de 194 pages. "L'eau ne représente que le quart des apports en nitrates. Un végétarien absorbe deux fois plus de nitrates qu'un buveur d'eau. Les seuils applicables aux pesticides dans l'eau, soit 0,1 microgramme par litre, sont de 100 à 100 000 fois plus bas que pour les fruits et légumes, qui représentent pourtant 90 % des sources d'exposition aux pesticides", assure le rapport, qui n'écarte cependant pas "des risques potentiels à long terme" qui font actuellement l'objet de recherches.

"ZONES DE SANCTUARISATION"

Mais, s'il se veut rassurant sur la qualité de l'eau distribuée, M. Miquel l'est moins sur l'état de la ressource, qui ne cesse de se dégrader. Et cet élu rural n'hésite pas à pointer l'agriculture, "qui n'a pas fait sa révolution environnementale". Les aides publiques à la lutte contre les pollutions d'origine agricole, qui se sont multipliées depuis dix ans, seraient "inadaptées". Le rapport constate que la législation n'est pas appliquée. Les deux tiers des captages français ne sont pas protégés comme ils devraient l'être : une centaine sont abandonnés chaque année, car trop pollués. M. Miquel souhaiterait que soient mises en place partout des mesures semblables à celles qui sont appliquées au-dessus des captages d'eau minérale. Les sénateurs pointent la part d'irrationnel du consommateur. "On relèvera que certains usagers sont aussi prompts à dénoncer l'eau calcaire qu'à acheter des eaux minérales riches en calcium... alors qu'il s'agit de la même chose", remarque-t-il, assurant que "certaines eaux minérales seraient impropres à la consommation si la réglementation s'y appliquait".

Parmi les autres idées reçues combattues, le rapport constate que l'eau distribuée dans les villes est souvent de meilleure qualité que celle servie au robinet dans les campagnes. La faiblesse des moyens des petites municipalités leur interdit de financer un assainissement suffisant. Parmi ses vingt propositions, M. Miquel suggère que la gestion de l'eau soit confiée aux départements et non plus aux communes.

Le sénateur plaide pour que soient créées des "zones de sanctuarisation de la ressource en eau", couvrant environ 1 % du territoire, et que soit renforcée l'écoconditionnalité des aides à l'agriculture les subordonnant au respect des bonnes pratiques environnementales. Il plaide pour une simplification et une équité de la "redevance pollution" qu'acquitte le consommateur. Il milite pour que soit centralisée la police de l'eau, qui concerne aujourd'hui 500 services différents.

Benoît Hopquin

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.03.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:27:18
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Vendredi 21 mars 2003

Liechtenstein
Liechtenstein
Le fait du prince

Jean Lalande (à Genève)

Depuis des mois, Hans-Adam II menaçait de s'exiler à Vienne, patrie de ses ancêtres, si ses 32 000 sujets ne lui accordaient pas davantage de pouvoir. C'est chose faite depuis dimanche 16 mars. A une large majorité (64,3 % des suffrages), les Liechtensteinois ont décidé de lui laisser le loisir de révoquer le gouvernement sans justification, de s'opposer aux lois votées par le Parlement et de choisir les juges. Cerise sur le gâteau, il n'existe plus de recours possible, en cas de litige, devant la Cour suprême. Comment expliquer un tel plébiscite qui semble aller à contre-courant de l'Histoire? Entre l'administration et le groupe LGT, la banque de la famille princière, Hans-Adam, 57 ans, est le patron direct de près de 2 000 de ses sujets. Toutefois, une commission du Conseil de l'Europe a déjà jugé la nouvelle Constitution de ce micro-Etat « incompatible avec les standards démo- cratiques européens » -

© le point 21/03/03 - N°1592 - Page 14 - 164 mots


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:23:52
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Vendredi 21 mars 2003

IRAK
Chirac : "cette guerre
est illégale"
Le président français estime à Bruxelles que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étaient "sortis de la légalité internationale".

 
Jacques Chirac (AP)
 
Le président français Jacques Chirac a déclaré vendredi à Bruxelles que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étaient "sortis de la légalité internationale" en déclarant la guerre à l'Irak sans l'aval de l'ONU.
Au cours d'une conférence de presse à l'issue du sommet européen de Bruxelles, Jacques Chirac a ajouté que, quelle que soit l'issue du conflit en Irak, "il faudra reconstruire" et que "pour cela il n'y aura qu'une instance, l'ONU" et pas l'Union européenne.
"Nous sommes dans un moment tragique", a-t-il dit. "Nous sommes à l'épreuve".
Il a souligné que les Quinze avaient dans leur déclaration commune énoncé quelques "principes clairs", notamment "le retour le plus rapide possible à la la légalité internationale dont nous nous sommes, hélas, sortis avec cette guerre déclarée" sans l'aval de l'ONU.
Il a également insisté sur le nécessaire retour à "la pleine souveraineté de l'Irak". "Les ressources du pays appartiennent au pays et à lui seul", a-t-il fait valoir.
Jacques Chirac a souhaité que "cette guerre fasse le moins de dégâts possible".
Jacques Chirac a par ailleurs confirmé la tenue "dans les deux ou trois semaines" d'un sommet sur la défense européenne à l'initiative de la Belgique, à laquelle la France et l'Allemagne ont donné leur accord.

Sommet de Bruxelles

Mettant entre parenthèses leurs divisions profondes, les Européens ont déjà adopté jeudi soir à Bruxelles une déclaration commune sur l'après-guerre en Irak et la nécessité d'un "rôle fondamental" de l'ONU dans le système international.
Dès l'ouverture du conseil européen de printemps, les Quinze sont tombés d'accord sur la nécessité de confier à l'ONU le soin de coordonner la reconstruction de l'Irak. Pro et anti-guerre ont en revanche soigneusement évité d'aborder les sujets qui fâchent, et notamment la responsabilité de Saddam Hussein dans la guerre en cours et le financement de la reconstruction.

Se "tourner vers l'avenir"

Jeudi soir, les Européens ont préféré se "tourner vers l'avenir", a souligné le Premier ministre grec Costas Simitis, président en exercice du conseil européen. Jacques Chirac a ainsi serré la main de Tony Blair durant une suspension de séance. Les deux hommes s'étaient pourtant superbement ignorés à leur arrivée dans la salle du conseil.
A la faveur de cet état d'esprit constructif, il n'a fallu que deux heures aux Quinze pour se mettre d'accord sur ce qui paraissait impossible, une déclaration sur l'Irak.
Dans ce texte de deux pages rendu public en milieu de soirée, les Quinze émettent l'espoir que le conflit irakien "se termine avec le minimum de souffrances et de pertes en vies humaines".
Pro et anti-guerre sont convenus de reconnaître à l'ONU "un rôle essentiel" pour la sortie du conflit, avec un "mandat ferme" du Conseil de sécurité.

Après-Saddam

Se projetant dans l'après-Saddam Hussein, les Quinze souhaitent que les Irakiens puissent "vivre dans la liberté, la dignité et la prospérité sous l'autorité d'un gouvernement représentatif, qui sera en paix avec ses voisins et un membre actif de la communauté internationale". Ils se disent attachés à "l'intégrité territoriale, à la souveraineté, à la stabilité politique et au désarmement intégral et effectif de l'Irak", ainsi qu'au respect des droits des minorités chiite et kurde.
Concrètement, les Européens sont prêts à faire face aux besoins humanitaires du peuple irakien. Ils ont annoncé jeudi soir le déblocage d'une aide d'urgence de 21 millions d'euros.
Les Quinze ont par ailleurs exprimé leur "solidarité" aux pays voisins de l'Irak. Ils se sont dits prêts à apporter leur aide aux pays qui auront à faire face à un afflux massif de réfugiés.
Dans une allusion à la Turquie, les Européens ont invité les pays voisins à "s'abstenir d'actions susceptibles d'accroître l'instabilité" au Proche-Orient.

Le système des Nations unies

Sur le plan international, les Quinze ont réaffirmé, dans un rapprochement avec la position française, leur "attachement" au système des Nations unies et au Conseil de sécurité pour "le maintien de la paix et de la stabilité internationales". Pour l'avenir, ils se disent convaincus de la nécessité de "renforcer le partenariat transatlantique" ainsi que les politiques européennes de sécurité et de défense.
Après la conclusion de cet accord, les membres du conseil européen affichaient leur soulagement d'avoir "montré au monde la voie de la coopération, de la solidarité", selon M. Simitis.
La France a jugé "positif" ce compromis. "C'est une bonne chose que l'Europe sache montrer qu'après une crise (...), elle puisse également dégager des terrains d'entente. C'est très important", a déclaré la porte-parole de l'Elysée Catherine Colonna.
Le Premier ministre grec a cependant reconnu que les échanges au Conseil avaient montré des "divergences de vues sérieuses" entre les Européens, et qu'il n'était pas possible de les faire "disparaître comme par enchantement".

Paragraphe enlevé

A la demande de la France et de l'Allemagne, un paragraphe justifiant la guerre par le refus irakien de désarmer a ainsi été enlevé de la déclaration, selon des sources diplomatiques. Tony Blair a au contraire maintenu que la guerre était inévitable.
Les Quinze ont également soigneusement évité de parler de la question explosive du partage avec les Américains du coût de la recontruction de l'Irak. La France a jugé le sujet "prématuré et quelque part indécent".
Malgré cette actualité écrasante, la présidence grecque n'avait pas l'intention d'oublier le thème principal de ce conseil européen de printemps, consacré comme chaque année aux problèmes économiques du Vieux continent. Depuis leur réunion de mars 2000 à Lisbonne, les Quinze se sont fixés comme objectif d'être l'économie la plus compétitive au monde en 2010. Ce thème sera abordé vendredi matin.
Les Quinze se sépareront en début d'après-midi après avoir déjeuné avec les pays candidats. Les débats s'annoncent là encore animés, après la sortie de Jacques Chirac contre la mauvaise éducation des pays de la «nouvelle Europe» alignés sur Washington. (AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 13:01:15
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Vendredi 21 mars 2003

IRAK
Paris et Moscou gardent
leurs liens avec l'Irak
Washington demande à tous les pays de fermer les ambassades irakiennes et d'en expulser les diplomates. La France, la Russie et l'Allemagne refusent.

La France, la Russie, l'Allemagne et les Pays-Bas ont refusé vendredi de satisfaire à une demande des autorités américaines visant à fermer les ambassades d'Irak dans leur capitale et d'en expulser les diplomates.
"La France considère qu'une telle demande relève de sa souveraineté. Il n'y a pas à l'heure actuelle de raison d'y donner suite", a déclaré vendredi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères François Rivasseau. "La France a été sollicitée par les autorités américaines pour expulser les diplomates irakiens et fermer l'ambassade", a-t-il précisé.

Expulsions et gel des avoirs

Cette demande avait été formulée au monde entier jeudi par le département d'Etat américain qui souhaite la fermeture de toutes les représentations diplomatiques irakiennes jusqu'à la mise en place d'"une autorité intérimaire irakienne" à Bagdad. La Maison blanche a par ailleurs demandé aux gouvernements du monde entier d'expulser les diplomates de haut rang du régime de Saddam Hussein et de geler les avoirs du gouvernement irakien.
Paris et Bagdad n'entretiennent plus de relations diplomatiques formelles depuis la guerre du Golfe (1990-91). Une section des intérêts français existe à Paris alors qu'un chargé d'affaires dirige en temps normal la section des intérêts français à Bagdad.

La Russie aussi

La Russie a de son côté d'ores et déjà annoncé vendredi qu'elle refuserait d'expulser les diplomates irakiens si elle en recevait la demande officielle des Américains, a déclaré vendredi le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov devant la presse.
"Si une telle demande nous parvenait, elle n'aurait aucune force légale et notre réaction serait en conséquence", a souligné M. Ivanov. La Russie "n'a pas l'intention d'interrompre ses relations avec l'Irak", a ajouté son adjoint Alexandre Saltanov.

L'Allemagne également "pour le moment"

Le gouvernement allemand exclut quant à lui "pour le moment" d'expulser ses diplomates irakiens, a indiqué vendredi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. "Nous avons pris connaissance de la demande américaine, et de telles mesures ne sont pas prévues pour le moment", a déclaré ce porte-parole. L'Allemagne avait déjà décidé mercredi d'expulser quatre diplomates irakiens considérés comme persona non grata pour s'être livrés à des "activités incompatibles avec le statut de diplomate".
Enfin, les Pays-Bas ont eux aussi refusé vendredi d'honorer la demande américaine de couper ses liens diplomatiques avec l'Irak.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 12:59:56
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Vendredi 21 mars 2003

AIDE ALIMENTAIRE

• LEMONDE.FR | 19.03.03 | 17h45

• MIS A JOUR LE 19.03.03 | 18h22


Pillage de l'aide alimentaire en Centrafrique
Les habitants de Bangui, la capitale du pays, ont emporté 1 821 tonnes de vivres destinées aux populations de l'intérieur du pays. Le Programme alimentaire mondial dispose d'autres stocks au Centrafrique et au Cameroun qui attendent, pour être distribués, que la sécurité soit rétablie.

Les locaux du Programme alimentaire mondial (PAM), officine des Nations unies, à Bangui, ont été entièrement pillés samedi 15 mars dans l'après-midi par des centaines de Banguissois qui profitaient de la confusion dans la ville à l'entrée de rebelles centrafricains du général François Bozizé, a indiqué, mercredi 19 mars, David Bulman, représentant local du PAM.

"Les nouvelles autorités venaient d'entrer dans la ville. Il y avait un grand désordre, les gens applaudissaient", se souvient ce responsable humanitaire. Puis la foule a fait irruption dans l'enceinte du PAM, emportant également les ordinateurs, du matériel de communication, dépiéçant les camions réduits à l'état de carcasses. "Il y avait tellement de monde qu'ils ont dû casser un mur pour pouvoir tous rentrer. Le portail n'était pas assez large pour absorber le flot", témoigne M. Bulman.

La nourriture emportée, "c'était l'équivalent de 180 camions de 10 tonnes, de quoi nourrir pendant une semaine la population de Bangui", estimée entre 600 000 et 700 000 habitants, illustre le responsable humanitaire. "Ce genre de pillage ne donne pas beaucoup de confiance à nos bailleurs de fonds. C'est vraiment dommage de voir ce genre de choses dans un pays qui a tellement besoin d'aide", déplore M. Bulman.

Selon le représentant du PAM, les habitants ont emporté 1 821 tonnes de vivres, d'une valeur de plus d'un million de dollars, destinés à une aide alimentaire d'urgence aux populations de l'intérieur du pays. Ces dernières ont été coupées de la capitale pendant quatre mois et demi en raison des activités de la rébellion dans ces régions où "les enfants et les femmes enceintes" ont besoin d'une assistance rapide, selon M. Bulman.

"C'est un coup très dur pour nous. On se trouve dans une situation difficile pour répondre aux besoins humanitaires", a-t-il déclaré. Mais "on ne va pas hésiter à venir en aide à la population, c'est le moment", a ajouté M. Bulman, expliquant que le PAM disposait encore d'un stock de 616 tonnes de nourriture en Centrafrique, dont 67 tonnes entreposées à Bangui dans un endroit tenu secret. Par ailleurs, 1 558 tonnes de nourriture destinées au Centrafrique se trouvent actuellement au port camerounais de Douala et attendent d'être acheminées d'urgence en République centrafricaine par la route, dès qu'un minimum de sécurité aura été rétabli, a expliqué le représentant.

Le responsable du PAM espère que les choses vont rapidement rentrer dans l'ordre et se félicite de la protection offerte en début de semaine "par les nouvelles autorités" aux personnels et bâtiments des agences des Nations unies. Pour la forme, il s'apprêtait mercredi à lancer à la radio "un appel moral" à la population pour qu'elle ramène les nourritures pillées.

Avec AFP


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 12:57:38
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Vendredi 21 mars 2003

GRANDE-BRETAGNE
L'Express du 20/03/2003 Prud'hommes La révolte des cravatés par Marie Cousin Le ministère du Travail britannique avait imposé le port de la cravate aux hommes de ses services. Il a été condamné pour sexisme Un vent de révolte souffle dans les agences locales du Department for Work and Pensions, l'équivalent britannique de notre ministère du Travail. A l'origine de la discorde: le code vestimentaire ultrarigide qu'il a imposé à ses quelque 26 000 employés. Le 11 mars, la justice a tranché: la cravate des fonctionnaires de ce ministère peut retourner au fond des tiroirs. Les prud'hommes ont estimé que le port obligatoire de cet accessoire était une discrimination sexiste, les femmes n'ayant reçu, elles, aucune consigne vestimentaire officielle. «Pendant la Coupe du monde les femmes portaient des maillots d'équipes de foot, ce qui était interdit aux hommes» Comme ses collègues de l'agence de Stockport, près de Manchester, Matthew Thompson, à l'origine de ce procès contre le gouvernement, a d'abord cru à un canular lorsque les directives officielles ont été envoyées, en juin 2002: costume-cravate obligatoire. «Mais, quand j'ai refusé de me plier à ces règles, j'ai reçu un avertissement oral de ma direction», raconte-t-il. Injustice suprême: «Pendant la Coupe du monde, souligne-t-il, les femmes portaient des maillots d'équipes de foot, ce qui était interdit aux hommes.» Pas question de faire de la résistance en endossant un pull en laine, même si - comme Matthew Thompson - on n'a aucun contact avec le public: cela coûterait sa place à l'imprudent! Le ministère du Travail avait tout de même lâché du lest, comme le rappelle son porte-parole dans un communiqué: «Les hommes devront porter un costume-cravate. Mais cette dernière pourra être dénouée, avec la permission d'un supérieur hiérarchique, si la température est trop élevée.» Mieux encore, l'administration a proposé une sorte de prime d'habillement de 150 livres (environ 220 euros) pour que les fonctionnaires puissent s'offrir des cravates et des chemises correctes. Mais cela n'a pas suffi à convaincre le tribunal, qui a estimé que Matthew Thompson était traité de manière discriminatoire par rapport à ses collègues femmes. Le syndicat qui le soutient dans ses démarches juridiques a indiqué que 39 autres plaintes devaient être examinées et espère pouvoir parvenir à un accord avec l'administration. En attendant, il a recommandé aux fonctionnaires de garder la cravate. De son côté, le ministère a décidé de faire appel.

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 12:56:17
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Vendredi 21 mars 2003

CUBA

• LE MONDE | 20.03.03 | 13h00


Les dissidents amis de l'ambassadeur américain ont été arrêtés à Cuba
Selon une "note officielle", les déplacements des diplomates américains dans l'île seront désormais limités en raison de "leurs provocations répétées et de leurs activités subversives", et les dissidents interpellés "directement liés à ces activités conspiratives" seront traduits devant les tribunaux.

Saint-domingue de notre correspondant

Les dissidents cubains sont-ils les premières "victimes collatérales" de l'offensive américaine contre l'Irak ? Les autorités castristes ont annoncé l'arrestation de "plusieurs dizaines de personnes" accusées de conspirer avec le représentant des Etats-Unis à La Havane, James Cason. Selon une "note officielle" lue à la télévision et publiée en première page du quotidien du Parti communiste, Granma, les déplacements des diplomates américains dans l'île seront désormais limités en raison de "leurs provocations répétées et de leurs activités subversives", et les dissidents interpellés "directement liés à ces activités conspiratives" seront traduits devant les tribunaux.

Les restrictions imposées aux diplomates américains répondent à la récente adoption de mesures similaires visant le personnel diplomatique cubain en poste à Washington, précise la note, qui souligne qu'"aucun pays, aussi puissant soit-il, n'a le droit de convertir sa représentation diplomatique en quartier général d'activités visant à déstabiliser et subvertir l'ordre constitutionnel".

Le département d'Etat américain s'est déclaré, mercredi 20 mars, "scandalisé" par cette "atteinte à l'immunité diplomatique" et un "acte odieux d'intimidation contre ceux qui veulent la liberté et le changement démocratique à Cuba".

A La Havane, le président de la Commission des droits de l'homme et de la réconciliation nationale, Elizardo Sanchez, a confirmé l'arrestation d'une vingtaine de personnes en différents points de l'île. "C'est la plus importante vague de répression de ces dernières années", souligne ce responsable de l'opposition modérée. Selon d'autres sources, les domiciles de plusieurs journalistes indépendants, dont Ricardo Gonzalez Alfonso, qui dirige la revue De Cuba, ont été perquisitionnés par les agents de la sécurité. La semaine dernière, une trentaine de journalistes indépendants s'étaient réunis dans la résidence de James Cason pour participer à un atelier sur l'éthique journalistique.

"PROMOTION DE LA DÉMOCRATIE"

Poursuivant la politique inaugurée par Vicky Huddleston, qui l'a précédé à son poste, James Cason ne cache pas, depuis son arrivée en septembre 2002, que son objectif principal est "la promotion de la démocratie". En six mois, il a parcouru plus de 10 000 km à travers l'île pour rencontrer des opposants et pour leur apporter son aide. Au cours d'une "table ronde" consacrée, lundi soir, aux activités "subversives et provocatrices" du diplomate américain, la télévision cubaine a diffusé plusieurs déclarations de M. Cason appelant les groupes dissidents à s'unifier et accusant le gouvernement cubain "d'avoir peur de la liberté de conscience, de la liberté d'expression et des droits de l'homme". Le diplomate américain a fait cette déclaration le 24 février, au domicile de Marta Beatriz Roque, l'une des figures de proue de la dissidence, lors d'une réunion à laquelle assistaient une quarantaine d'opposants. Une dizaine de jours plus tard, Fidel Castro, réélu, sans surprise, président du Conseil d'Etat, répliquait que Cuba "pouvait parfaitement se passer" de la Section des intérêts américains, qui représente les Etats-Unis depuis 1977 en l'absence de relations diplomatiques entre les deux pays.

Depuis plusieurs semaines, la tension n'a cessé de monter entre Washington et La Havane. Selon une note interne du département d'Etat, des agents cubains ont harcelé psychologiquement des diplomates américains par des appels téléphoniques nocturnes, le dépôt de matières fécales devant leurs domiciles, des déprédations de leurs véhicules et des propositions sexuelles. Fin février, les autorités cubaines ont confisqué plus de 5 000 livres envoyés par le gouvernement américain et qui devaient être distribués dans les bibliothèques indépendantes.

Les autorités castristes fustigent de leur côté le "traitement cruel constituant un cas flagrant de torture" infligé à cinq Cubains emprisonnés aux Etats-Unis après avoir été condamnés, en 2001, pour espionnage. Selon le gouvernement américain, les "restrictions" imposées à ces prisonniers sont justifiées par des "raisons de sécurité nationale". Depuis plus d'un an, les médias cubains font campagne pour obtenir la libération des "cinq héros", injustement condamnés alors qu'ils ne faisaient qu'enquêter sur les "activités terroristes" des groupes anticastristes de Floride, selon la version de La Havane.

Jean-Michel Caroit

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.03.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-21 12:55:28
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Vendredi 21 mars 2003

PALESTINE
LEMONDE.FR | 19.03.03 | 21h10


Abou Mazen accepte le poste de premier ministre palestinien

Le président américain George W. Bush a promis de publier la "feuille de route" définissant l'accession des Palestiniens à un Etat indépendant d'ici à 2005 après la nomination d'un premier ministre.

Le numéro deux de l'OLP, Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, a accepté mercredi soir 19 mars le poste de premier ministre, a indiqué le principal conseiller du président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat. Selon la loi adoptée par le Conseil législatif palestinien (CLP, Parlement) qui a créé un poste de premier ministre, M. Abbas dispose de trois semaines pour former son cabinet, et pourra le cas échéant obtenir un délai supplémentaire de deux semaines.

"Abou Mazen a accepté le poste de premier ministre palestinien, et toutes les procédures constitutionnelles ont ainsi été épuisées", a affirmé Nabil Abou Roudeina. "Nous appelons par conséquent les membres du quartette (USA, Russie, Union européenne, ONU) et l'administration américaine à appliquer au plus tôt la "feuille de route"", a-t-il ajouté.

Mardi matin, M. Arafat avait officiellement demandé à M. Abbas, d'accepter de prendre les fonctions de premier ministre de l'Autorité palestinienne et de former un nouveau gouvernement. Cette demande intervenait au lendemain du rejet par le Parlement d'amendements que M. Arafat souhaitait apporter à la loi introduisant la fonction de premier ministre, qui auraient conservé au président de l'Autorité le droit de nommer et de limoger des ministres.

La création d'un poste de premier ministre de l'Autorité palestinienne était demandée avec insistance depuis plusieurs mois par Israël et les Etats-Unis, désireux de court-circuiter M. Arafat et de le réduire à un rôle honorifique. Le président américain George W. Bush a promis de publier la "feuille de route" définissant l'accession des Palestiniens à un Etat indépendant d'ici à 2005 après la nomination d'un premier ministre.

Mais la pratique politique doit encore consacrer la nouvelle séparation des pouvoirs au sein de l'Autorité palestinienne, car selon la loi, M. Arafat conserve la direction de la sécurité nationale et la diplomatie.

Avec AFP


ericjeanloicbreton |