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Publié le mardi 18 mars 2003

Mardi 18 mars 2003

CAMBODGE
CAMBODGE
Accord pour un procès des Khmers rouges


Bangkok : de notre correspondante Florence Compain
[18 mars 2003]

Le Cambodge pourrait rouvrir les pages les plus sombres de son histoire. Hans Corell, le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des questions juridiques, et le gouvernement cambodgien sont enfin parvenus hier à un projet d'accord technique sur la mise en place d'un tribunal pour juger les anciens dirigeants khmers rouges, responsables de la mort de deux millions de Cambodgiens entre 1975 et 1979.

Il aura donc fallu quatre ans pour arriver à un «point de départ», selon la formule de l'expert juridique onusien. Le dialogue engagé depuis 1999 entre Phnom Penh et les Nations unies est malaisé, et les échanges diplomatiques souvent acerbes. «Le Cambodge n'est pas aux ordres de l'ONU», a ainsi lâché le premier ministre cambodgien, Hun Sen, lors d'un accès de colère. Ou encore : «Le gouvernement ne déboursera pas un sou pour organiser ce procès.»

En février 2002, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, avait préféré jeter l'éponge plutôt que de cautionner une justice au rabais. «Le Cambodge ne peut garantir l'indépendance et l'objectivité d'un tribunal», avait-il sèchement conclu.

Ressuscitées en décembre dernier par une résolution de l'Assemblée générale, les «négociations de la dernière chance» ont finalement été sauvées hier. Mais «le premier ministre peut faire à lui seul avancer ou capoter le processus», rappelle prudemment Lao Mong Hai, directeur de la section juridique du Centre de développement social à Phnom Penh. Et, jusqu'à présent, «Hun Sen s'est comporté comme un sale gosse qui refuse la main du géant onusien quand il la lui tend, puis qui ne comprend pas pourquoi le géant s'en va», estime-t-il.

Le projet d'accord doit encore recevoir l'aval politique des deux parties. Kofi Annan doit soumettre à l'Assemblée générale le rapport de la mission de cinq jours effectuée par Hans Corell. Et, côté cambodgien, le Parlement doit donner son feu vert.

Les négociateurs restent mystérieux sur le contenu de l'accord. Résumons : sous le vocable de tribunal cambodgien à «caractère international», il faut entendre une cour, siégeant à Phnom Penh, intégrant une minorité de magistrats étrangers. Et, hier, les négociateurs se seraient repliés sur le compromis de la formule américaine de «super-majorité» : les décisions du tribunal ne seront pas valides sans le vote de l'un des juges internationaux, selon Sok An, le bras droit de Hun Sen, chargé de ces négociations. L'accusation serait confiée à deux procureurs, l'un cambodgien, l'autre international. Et deux juges d'instruction seraient nommés.

Nombre de points doivent encore être réglés avant l'ouverture d'une instruction. L'une des questions les plus épineuses est de savoir qui exactement des survivants de la haute hiérarchie khmère rouge sera traduit en justice. Ieng Sary, «frère numéro trois», qui a bénéficié d'une grâce royale en 1996 lorsqu'il s'est rallié au gouvernement, sera-t-il inculpé ? Reste aussi à définir les modalités d'application, comme le financement de ce procès : le chiffre de 60 millions de dollars a circulé ; ou encore le fonctionnement du tribunal.

Pour Youk Chang, directeur du Centre de documentation du Cambodge, qui accumule depuis 1995 les pièces à conviction contre les dirigeants khmers rouges, il y a urgence. La mémoire du génocide s'estompe. Pol Pot, chef historique des Khmers rouges, mort en avril 1998, est devenu le père fouettard local – une molle menace que l'on brandit quand un enfant n'a pas fini son assiette. Et ses anciens collaborateurs, qui mènent une retraite paisible, se font vieux.

«Chaque jour supplémentaire qu'ils passent en liberté est une victoire pour les Khmers rouges», estime l'archiviste, qui détient plus d'un millier de documents permettant d'établir la responsabilité individuelle de sept dirigeants khmers rouges, dont Khieu Samphan, le chef politique ; Nuon Chea, le théoricien, et Ieng Sary, dans les crimes contre l'humanité commis lorsqu'ils étaient au pouvoir.



ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-18 13:30:48
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Mardi 18 mars 2003

MESSAGE A LA SERBIE


Le Figaro, n° 18228
Lundi 17 mars 2003, p. 17

DEBATS ET OPINIONS

BALKANS Après l'assassinat du premier ministre Zoran Djindjic
Message à la Serbie

Noëlle LENOIR

Le premier ministre serbe, Zoran Djindjic, est tombé sous les balles à Belgrade. L'enquête n'a pas encore permis d'identifier les exécutants, ni les commanditaires, de ce crime odieux. Mais l'assassinat, mafieux ou politique, d'un homme de réformes et qui s'était affiché comme un démocrate vient nous signifier, tragiquement, que le feu couve encore sous la cendre en Serbie.

Les Balkans n'étaient sans doute plus, ces derniers temps, au premier rang des préoccupations de l'Europe. Celle-ci avait su pourtant jusque-là y témoigner de son unité pour mettre un terme à des affrontements fratricides et offrir, en coopération étroite avec les États-Unis, une vraie perspective de paix à des peuples éprouvés par des guerres d'un autre âge.

Le choc que nous éprouvons aujourd'hui face à l'assassinat d'un haut responsable politique en plein coeur de l'Europe ne doit pas nous faire désespérer des Balkans. Des progrès considérables ont été accomplis. La Croatie démocratique, après avoir conclu un accord de stabilisation et d'association avec l'Union européenne, vient de déposer sa candidature pour rejoindre d'ici à quelques années la grande famille européenne. Même si les réconciliations y sont encore fragiles, la Bosnie, la Macédoine et le Kosovo ont retrouvé la paix. Milosevic enfin, qui fut trop longtemps l'ordonnateur du chaos et du génocide, répond de ses crimes devant le tribunal de La Haye.

Ne le masquons pas : le chemin à parcourir est encore long. Le retour des réfugiés dans leurs foyers n'est pas achevé. Des criminels de guerre comme Karadzic et Mladic, les bourreaux de Srebrenica, se cachent en attendant le jour, inéluctable, où ils rejoindront leur inspirateur dans le box des accusés à La Haye.

En Serbie, plus qu'ailleurs, l'héritage est lourd. Les réseaux mafieux qui ont prospéré à l'ombre du régime de Milosevic disposent encore de puissants soutiens, bénéficient de complaisances et parfois de collusions. C'est probablement pour avoir voulu s'attaquer à eux que Zoran Djindjic est mort.

L'Europe ne peut accepter que l'assassinat d'un réformateur sonne le glas de la réforme. Ce qui se joue aussi dans les Balkans, c'est à nouveau sa capacité de donner à son action la continuité et la persévérance nécessaires. Dès l'origine, l'Europe s'est édifiée sur le refus de la guerre. Plus que partout sur notre continent, les peuples des Balkans savent que celle-ci ne conduit qu'à la ruine. Les auteurs de cet attentat ont voulu rouvrir la porte de la violence politique. J'ai confiance dans le peuple serbe pour qu'il ne franchisse pas ce seuil et choisisse l'Europe.

Celle-ci, quant à elle, doit d'une seule voix encourager la Serbie à poursuivre ses réformes, à lutter contre les restes de l'ancien régime et les parrains du crime. D'une seule voix, l'Europe doit offrir au peuple serbe, comme à tous les peuples des Balkans, une perspective renouvelée de rejoindre le cercle de la famille européenne au bout de la route de la réforme, de l'état de droit, de la démocratie et de la réconciliation. Tel est le message que je suis allée porter, au nom du président de la République et du gouvernement français, en me rendant aux obsèques de Zoran Djindjic.

* Ministre délégué aux Affaires européennes.

Catégorie : Éditorial et opinions
Sujet(s) uniforme(s) : Politique extérieure et relations internationales
Sujet(s) - Le Figaro : POLITIQUE; RELATIONS EXTERIEURES; DIPLOMATIE
Lieu(x) géographique(s) - Le Figaro : FRANCE; SERBIE
Type(s) d'article : ARTICLE
Taille : Moyen, 392 mots

© 2003 Le Figaro. Tous droits réservés.

Doc. : 20030317LF182281703


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-18 11:13:15
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Mardi 18 mars 2003

SHARON ET LA PALESTINE


Le Figaro, n° 18228
Lundi 17 mars 2003, p. 5

INTERNATIONAL

PROCHE-ORIENT La réponse du premier ministre israélien à Bush est négative
Sharon ne veut pas d'un Etat palestinien indépendant

Pierre PRIER

Une militante pacifiste américaine, Rachel Corrie, 23 ans, originaire de Washington, est morte écrasée hier par un bulldozer israélien, à Rafah, au sud de Gaza, alors qu'elle tentait avec d'autres de s'opposer à la destruction de maisons palestiniennes, selon des responsables et des témoins américains et palestiniens. Les militants pacifistes se trouvaient sur les lieux où opéraient deux bulldozers israéliens depuis environ une heure quand l'incident mortel est survenu, a-t-il indiqué. L'un des bulldozers avait déjà projeté l'un d'entre eux contre une clôture de fer barbelé, a-t-il précisé.

Ariel Sharon ne veut pas d'un Etat palestinien indépendant. Telle est la principale réponse du dirigeant israélien à la déclaration surprise du président Bush sur la « feuille de route », le plan de paix international élaboré par le « Quartette » formé des Etats-Unis, de l'Europe, de la Russie et de l'ONU.

Vendredi, George Bush a brusquement annoncé la publication de la dernière version de ce plan de paix, avalisée par le « Quartette » à Washington le 20 décembre. Il rendra le texte officiel dès la nomination d'un premier ministre palestinien, qui pourrait désormais intervenir dans les prochaines 24 heures. Les Etats-Unis, « solistes » du Quartette, refusaient jusqu'ici d'entériner la feuille de route. A la satisfaction d'Ariel Sharon, qui souhaite renvoyer le plan à la fin de la guerre en Irak.

En soi, cette feuille de route ne plaît pas vraiment au premier ministre israélien. Ariel Sharon a créé un comité interministériel chargé de préparer « une centaine d'amendements » au texte. Le plan prévoit la création d'un « Etat indépendant, démocratique et viable » en 2005. Le comité israélien souhaiterait « clarifier » le terme « indépendant ». Il lui préférerait, d'après le quotidien Ha'aretz, un Etat « doté de certains attributs de souveraineté ». Les remontrances israéliennes suivent en tout point le discours-programme d'Ariel Sharon en décembre dernier : un mini-« Etat » sur la base des zones palestiniennes autonomes actuelles, mais amputées de « zones de sécurité ». En outre, Ariel Sharon veut un futur Etat palestinien sans contrôle de ses frontières, de son espace aérien et de ses alliances.

Le comité interministériel rejette également plusieurs des demandes faites aux Israéliens dans le cadre de la première phase de la feuille de route. Israël refuserait en particulier de geler « toutes les activités de colonisation ». Le gouvernement d'Ariel Sharon veut laisser la place à la « croissance naturelle » des colonies. Encore Israël n'accepte-t-il de décréter ce gel qu'à la suite d'un « calme sécuritaire continu et complet ». La feuille de route demande seulement aux Palestiniens d'« entreprendre l'arrêt inconditionnel de la violence », parallèlement au gel de la colonisation israélienne.

Pour les Européens, la feuille de route est définitive. Et selon eux, Yasser Arafat a par ailleurs déjà commencé à remplir sa part, en nommant un ministre des Finances crédible et en proposant la nomination d'un premier ministre. Tout dépend de la réponse de George Bush, et de sa volonté réelle. Le président américain a paru vendredi se contenter d'un geste symbolique en laissant la feuille de route ouverte à des « discussions entre les deux parties », ce qui la renverrait à un avenir incertain.

Le ministre palestinien Saëb Erekat se montre pourtant optimiste. Samedi, explique-t-il, l'un des responsables du dossier au Département d'Etat américain, David Satterfield, l'a assuré que le texte ne serait pas changé. « Les discussions porteront seulement sur l'application de la feuille de route », interprète Saëb Erekat. La feuille de route serait-elle ainsi sauvée de l'enlisement qui a tué tous les autres plans ? Ceux-ci, du « plan Mitchell » aux « accords Zinni », en passant par le « plan Tenet », sont restés lettre morte faute d'un dispositif d'application. La feuille de route en comporte un. Dès la phase 1, « les représentants du Quartette consulteront les parties sur l'établissement d'un mécanisme formel de supervision ».

En clair, des arbitres déployés sur le terrain évalueraient les progrès de chacun. Les Européens poussent pour l'établissement rapide de ce mécanisme. Les Etats-Unis restent silencieux sur ce point jusqu'à présent, mais la logique voudrait qu'ils acceptent eux aussi de travailler sur le dispositif. Ce qui donnerait un vrai coup de pouce au « premier ministre palestinien doté de pouvoirs réels » qu'ils demandent en contrepartie.

Yasser Arafat, veulent croire les diplomates, s'est résigné à perde une partie de ses pouvoirs. Le président palestinien a pourtant émis des réserves au texte élaboré par le Parlement. Les députés palestiniens veulent retirer à Arafat la présidence du Conseil des ministres, qui deviendrait « le principal outil exécutif » de l'Autorité palestinienne. Il serait présidé par le futur premier ministre. S'il accepte, Abou Mazen, le numéro deux de l'OLP, pressenti par Arafat, deviendrait ainsi le plus puissant premier ministre du monde arabe.

A condition que le raïs baisse sa garde.

Illustration(s) :

Ariel Sharon a créé un comité interministériel chargé de préparer « une centaine d'amendements » au plan de paix international du « Quartette » formé des Etats-Unis, de l'Europe, de la Russie et de l'ONU.
(Photo Nili Bassan/AP.)

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Frontières et territoires
Sujet(s) - Le Figaro : POLITIQUE; RELATIONS EXTERIEURES; DIPLOMATIE; PROCESSUS DE PAIX; GEORGE W. BUSH; ARIEL SHARON
Lieu(x) géographique(s) - Le Figaro : PROCHE-ORIENT; ISRAEL; PALESTINE; ETATS-UNIS
Type(s) d'article : ARTICLE; PHOTO
Taille : Moyen, 593 mots

© 2003 Le Figaro. Tous droits réservés.

Doc. : 20030317LF18228506


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-18 11:08:05
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