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Publié le mardi 11 mars 2003

Mardi 11 mars 2003

EUROPE


Europe: vers une "harmonisation des politiques sociales"
Dernière mise à jour : 10-03-2003 | 15:31

L'affiche de l'élargissement


Le Premier ministre inaugurait à Avignon, vendredi 7 mars, le Forum Europe consacré au thème: "la dimension sociale de l'Europe". Il était accompagné de François Fillon, ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité, de Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux Affaires européennes,  et de Hubert Falco, secrétaire d'Etat aux Personnes âgées.

Une politique européenne harmonisée

A cette occasion, il a souligné l'importance d'une "harmonisation" des politiques sociales européennes dans le but de parvenir à une Europe plus démocratique, moins bureaucratique, et plus stable.

La situation en Irak a également été abordée lors du Forum. "Nous avons un devoir de renforcer l'Europe quels que soient nos tiraillements sur la question irakienne", a expliqué Jean-Pierre Raffarin.

Au regard de ce contexte international, le Premier ministre a mis en exergue la nécessité de construire une Europe de la défense. "Les peuples aujourd'hui de toute l'Europe sont pour cette paix, non pas une paix qui se veut pacifiste, mais une paix qui sait construire une défense, qui sait mettre des armées en marche pour des grandes idées, et aujourd'hui, se mobiliser pour ce qui doit être notre combat, c'est-à-dire le terrorisme" a-t-il aini relevé.

L'Europe ne doit pas se faire au détriment de la justice sociale

En matière d'Europe sociale, Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux Affaires européennes, a souligné lors des questions au Gouvernement du 5 mars que la France entendait notamment, au sein des instances communautaires, assurer la pérennité d'un "modèle social européen".

"La France s'est résolument engagée, tant dans le cadre de la Convention que dans celui de la préparation du conseil européen du 21 mars, en faveur du modèle social européen qu'elle a toujours voulu promouvoir" a-t-elle ainsi déclaré.

Sur ce point, la ministre a en particulier indiqué que la France soutiendrait notamment le renforcement de la justice sociale, la coordination des politiques économiques et de l'emploi ainsi que la promotion des services d'intérêt économique général.

Rappelant l'attachement du Gouvernement à la qualité des services publics, la ministre a précisé que la France avait soutenu "l'idée d'une directive-cadre sur les services d'intérêt économique général".

Dans cet esprit, elle a conclu: "l'Europe ne se réduit pas à un marché, même si celui-ci est très important d'un point de vue social, notamment pour la croissance".

Débattre des problématiques de l'élargissement

Le programme des débats sur l'Europe


  Le prochain "Forums pour l'Europe" se tiendra le 27 mars à Saint-Malo en présence de Luc FERRY, ministre de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche et de Jean-Jacques AILLAGON, ministre de la Culture et de la Communication sur le thème : Europe de l'esprit, Europe du savoir.
 

 Des "rencontres pour l'Europe" se dérouleront :

- à Troyes, le 10 mars,
- à Toulouse, le 7 avril,
- à Valenciennes, le 11 avril,
- à Grenoble le 24 avril,
- au Havre le 6 mai,
- à Châteauroux le 22 mai.

Le Premier ministre a organisé la tenue en régions de Forums Europe dont l'objet est d'associer les Français au débat portant sur les prochaines échéances européennes (voir les pages Europe sur ce sujet).

Lieux de discussion et de rencontre en régions, les débats ont vocation à permettre aux Français de donner leur avis sur les politiques publiques en matière européenne. Il s'agit donc d' "écouter les français" sur le projet européen.

.Les débats couvrent les matières suivantes:

  l'Europe sociale;
  l'Europe de l'éducation et de la jeunesse;
  l'Europe de la sécurité;
  l'Europe du développement économique et industriel;
  l'Europe agricole.

Ils s'inscrivent dans la campagne de sensibilisation des Français et alimentent les débats liés à l'élargissement à 25 de l'Union européenne. L'UE doit en effet accueillir dix nouveaux pays le 1er mai 2004, la plupart d'Europe de l'Est (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovénie...).



ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-11 12:34:18
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Mardi 11 mars 2003

CHYPRE

Les négociations sur Chypre échouent à La  Haye  

Les chefs des communautés grecque et turque n'ont pu se mettre d'accord sur le "plan Annan", qui envisageait la création d'un Etat doté de deux "entités indépendantes". Seule la partie grecque signera l'adhésion à l'Union européenne.

C'était la réunion de la dernière chance entre les chefs des deux communautés (chypriote grecque et chypriote turque) de l'île de Chypre, divisée depuis près de trente ans. Elle a échoué et avec elle le plan proposé par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan qui envisageait la création d'un nouvel état chypriote central composé de deux "entités indépendantes" chypriote grecque et chypriote turque.

C'est cet Etat qui aurait alors rejoint l'Union européenne en mai 2004. "Malheureusement, ces efforts n'ont pas été couronnés de succès. Nous sommes arrivés au bout du chemin", a expliqué Kofi Annan dans un communiqué émis à l'issue de plusieurs heures de réunion infructueuse à La Haye, dans la nuit de lundi 10 à mardi 11 mars.

Après quatorze mois de négociations marathon autour du plan, le secrétaire général de l'ONU espérait persuader Tassos Papadopoulos, le président de la République de Chypre au sud, et Rauf Denktash, le chef de la communauté chypriote turque au nord de l'île, d'accepter l'organisation, de part et d'autre de l'île, de référendums sur son plan de paix. Le temps pressait car l'Union européenne, qui s'est engagée à accueillir Chypre en mai 2004, souhaitait voir adhérer une île réunifiée. En l'absence de règlement, seule la partie grecque de l'île - la seule reconnue internationalement - signera le traité d'adhésion, le 16 mai 2003.

Dès leur arrivée aux Pays-Bas, lundi, les chefs des deux communautés n'ont pas fait mystère de leurs réticences respectives envers le plan. Le chef de la communauté chypriote turque, Rauf Denktash, jugeait ainsi inacceptable les restitutions de territoires (9 %) et les déplacements de populations (50 000 personnes) auxquels devait procéder l'entité turque, tandis que Tassos Papadopoulos, le président chypriote grec récemment élu, aurait voulu voir un plus grand nombre de réfugiés grecs autorisés à se réinstaller au nord (92 000 sur 180 000 selon le plan).

Dans la partie nord de l'île, l'entourage de Rauf Denktash, opposé au plan, le décrivait comme "une usine à gaz", tellement complexe que "personne autour de Kofi Annan n'en connaît exactement les détails". Tout au long des négociations, la partie chypriote turque a été soutenue par l'institution kémaliste à Ankara (l'armée et la présidence).

Dès la présentation du plan Annan en novembre 2002, les généraux turcs s'étaient montrés peu favorables au plan. Leur position n'a guère varié depuis. A la fin janvier 2002, le général Aytac Yalman, commandant en chef de l'armée de terre, a déclaré que le document proposé par l'ONU mettait en cause "la sécurité sur l'île". Touchée de plein fouet par la crise économique qui a secoué la Turquie en 2001, le Nord de Chypre est maintenu sous perfusion par Ankara qui entretient plus de 30 000 fonctionnaires sur place (sur une population de 180 000 habitants).

A terme, la division de Chypre compromettra la candidature de la Turquie à l'UE. Ankara, qui maintient 35 000 soldats dans le nord de l'île, peut, en l'absence de règlement, être vue comme un candidat à l'Union occupant militairement le territoire d'un pays-membre. Par ailleurs, le maintien d'une île divisée va peser sur les relations entre la Grèce et la Turquie.

Malgré la détente intervenue ces dernières années entre les deux voisins de Méditerranée orientale, notamment grâce à la "diplomatie du tremblement de terre", (c'est ainsi que l'on désigne le "réchauffement" intervenu entre Athènes et Ankara depuis le tremblement de terre d'août 1999 en Turquie), les sujets de contentieux en mer Egée ne manquent pas.

Par ailleurs, une nouvelle division est venue, ces dernières années, se superposer à la séparation traditionnelle entre le Nord et le Sud, celle qui déchire la société chypriote turque au Nord entre partisans et adversaires de la réconciliation. Or le mouvement en faveur de la réunification, animé par les syndicats, l'opposition et les étudiants, pourrait ne pas se satisfaire de l'échec de la réunion de La Haye.

Marie Jégo

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.03.03


 

• LE MONDE | 11.03.03 | 13h21


Cinquante mille Chypriotes refusent de rendre leurs terres et leurs biens
Selon les termes du plan Annan, 9 % de la partie turque de l'île devait être rétrocédée

Famagouste (nord de Chypre) de notre envoyée spéciale

Station balnéaire chypriote en vogue dans les années 1960, Varosha n'est plus qu'une enfilade d'immeubles aux fenêtres béantes, aux murs criblés d'impacts d'obus, le long d'une jolie baie déserte, non loin du port de Famagouste. Après l'occupation du nord de l'île par l'armée turque en 1974, Varosha, où la plupart des biens immobiliers étaient détenus par des sociétés étrangères, fut fermée par les Nations unies. Depuis trente ans, personne, hormis les quelques casques bleus qui y patrouillent parfois, n'y a plus mis le pied.

La ville-fantôme porte encore les stigmates des combats (impacts de balles et d'obus) qui conduisirent à la partition de l'île, divisée depuis 1974 entre la République turque de Chypre du Nord (185 000 personnes, reconnue par Ankara seulement) et la République de Chypre (620 000 habitants, la seule reconnue internationalement).

Selon les termes du plan Annan, qui prévoyait la création d'un nouvel Etat sur le modèle de la Confédération helvétique, Varosha et toute la partie sud de Famagouste (sur la côte est de Chypre) auraient fait partie des rétrocessions de territoires (9 %) auxquelles la partie turque (37 % de l'île) aurait dû procéder envers l'entité grecque si la solution proposée par l'ONU avait été acceptée.

"NOUS SOMMES PRIS AU PIÈGE"

A 2 kilomètres de Varosha, la petite maison de Sengül, à Famagouste, aurait été également restituée. "J'ai été réfugiée deux fois, en 1963 puis en 1974, lorsque j'ai quitté mon village de Poli, au sud, pour venir m'installer au nord, à Famagouste. En soixante-sept ans d'existence, c'est tout ce que j'ai obtenu. Et il me faut partir ? Non, ça n'est pas logique. Ce plan me casse la tête. Les "Roums" n'ont qu'à rester chez eux et nous aussi. Voilà la solution", explique Sengul, une énergique grand-mère occupée à sarcler son potager.

Comme elle, près de 50 000 Chypriotes turcs auraient été appelés à quitter leurs terres et leurs domiciles dans le cadre des transferts de territoires prévus par le plan. Nombre de ces propriétés appartenaient, avant 1974, à des Chypriotes grecs chassés par l'avancée de l'armée turque. Après les derniers transferts de population en 1975, les autorités chypriotes turques choisirent de les redistribuer - titres de propriétés à l'appui - aux réfugiés chypriotes turcs arrivés du sud de l'île. "Avec ce plan, nous sommes pris au piège. Notre population a reçu des titres de propriété en bonne et due forme pourrait se retourner contre nous, nous attaquer en justice !", expliquait récemment un conseiller de Rauf Denktash, le chef de la communauté chypriote turque. Outre les territoires cédés, la partie turque aurait dû consentir à rendre pour partie les biens des Chypriotes grecs restés sur les territoires qu'elle contrôle. A ce jour, 74 Chypriotes grecs ont saisi la Cour européenne des droits de l'homme, à Strasbourg, pour réclamer réparation. "En 1998, dans l'affaire dite "Loizidou" -du nom de la requérante, une Chypriote grecque-, la Turquie a été condamnée à verser une pénalité qui se monte aujourd'hui à près d'un million de dollars avec les intérêts. Je dis bien la Turquie, et pas la RTCN -République turque de Chypre-nord-, qui est un Etat non reconnu. Or, 40 000 Chypriotes grecs s'apprêtent à faire la même chose", explique Ali Erel, le président de la chambre de commerce chypriote turque, un chaud partisan du plan.

Selon Oktay Kayalp, maire de Famagouste (35 000 habitants dont quelque 10 000 étudiants) et opposant à Rauf Denktash, les transferts de population ne seraient pas un problème car "les Chypriotes-turcs évacués -des 9 % de territoires restitués- seraient relogés grâce aux fonds bientôt recueillis par la conférence de donateurs" que la Commission européenne s'était proposée de convoquer si le plan Annan avait été accepté.

"C'est pour en finir avec l'isolement que nous voulons une solution", explique le maire, qui brûle d'accueillir de nombreux touristes dans sa vieille cité, ceinte d'une forteresse du XIIIe siècle et sur ses plages, "parmi les plus belles du monde".

Marie Jégo

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.03.03

• LEMONDE.FR | 11.03.03 | 09h31

• MIS A JOUR LE 11.03.03 | 09h40


Les discussions de paix sur la réunification de Chypre ont échoué
Le plan de paix de Kofi Annan prévoyait de réunifier l'île sur le modèle de la Confédération helvétique, avec un Etat central composé de deux Etats constituants, l'un chypriote grec, l'autre chypriote turc, unis par un partenariat indissoluble.

Les discussions de paix qui devaient aboutir à une réunification de Chypre avant son entrée dans l'Union européenne ont tourné court, mardi 11 mars au petit matin, à La Haye. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, y avait convoqué lundi le président de Chypre, le Chypriote grec Tassos Papadopoulos, et le dirigeant chypriote turc, Rauf Denktash, pour qu'ils lui indiquent définitivement s'ils acceptent de soumettre à référendum, le 30 mars, son plan de réunification de l'île. Après plus de douze heures de discussions avec les deux délégations, au Palais de la paix, M. Annan a dû annoncer que Rauf Denktash "n'était pas prêt à donner son accord pour soumettre le plan à référendum" et que les discussions étaient arrivées au bout du chemin.

"Ce plan est inacceptable pour nous", a reconnu M. Denktash lors d'une conférence de presse, en soulevant notamment la question de l'expropriation de plus d'une centaine de milliers de Chypriotes turcs si le plan était accepté. De leur côté, les Chypriotes grecs ont attribué l'échec des négociations à l'attitude des Chypriotes turcs. "Je ne crois pas qu'une telle occasion (de faire la paix) se reproduira de sitôt", a déploré le secrétaire général des Nations unies, dans une déclaration lue par son représentant spécial pour Chypre, Alvaro de Soto.

Un refus constituerait la fin du plan de paix, avait clairement indiqué M. Annan avant les pourparlers, en insistant sur le "rendez-vous historique" auquel devaient répondre les deux dirigeants chypriotes. Chypre est coupée en deux depuis 1974, date à laquelle l'armée turque a envahi le nord de l'île en réponse à un coup d'Etat d'ultranationalistes chypriotes grecs qui voulaient rattacher l'île à la Grèce. Le plan de paix de Kofi Annan prévoyait de réunifier l'île sur le modèle de la Confédération helvétique, avec un Etat central composé de deux Etats constituants, l'un chypriote grec, l'autre chypriote turc, unis par un partenariat indissoluble.

SEULE LA PARTIE GRECQUE DE L'ÎLE DANS L'UNION

M. Annan a souligné dans sa déclaration que M. Papadopoulos s'était dit prêt à accepter la tenue d'un référendum à certaines conditions, notamment des éclaircissements sur la constitution des Etats fédéraux mais aussi des garanties fortes de la Grèce et de la Turquie en matière de sécurité. Cette demande de garanties a été critiquée par M. Denktash. Selon Kofi Annan, les Chypriotes grecs ont par ailleurs estimé qu'il ne disposaient pas de suffisamment de temps avant le 30 mars pour organiser une campagne publique pour le référendum.

Tentant de sauver ces pourparlers de la dernière chance, M. Annan avait alors proposé aux parties d'étendre une nouvelle fois la période de négociations jusqu'au 28 mars, avec un référendum le 6 avril. En vain. "Sans l'engagement ferme d'arriver à une conclusion culminant dans les référendums auprès des deux communautés, il ne sera pas possible d'arriver à un accord avant l'accession de Chypre à l'Union européenne, le 16 avril", a rappelé M. Annan. Seule la partie grecque de l'île, la République de Chypre - seule entité officiellement reconnue internationalement -, deviendra membre de l'UE le 16 avril.

"Ce sera difficile pour l'UE, car ils vont hériter d'une moitié de pays alors qu'ils devraient avoir un pays entier", a déploré M. Denktash. L'échec des négociations pourrait également compliquer la candidature de la Turquie à l'UE. Si les deux parties ont estimé être encore prêtes à discuter, Kofi Annan s'est montré peu optimiste. "Je partage la tristesse des Chypriotes grecs et turcs", a-t-il conclu.

Avec AFP


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-11 12:32:35
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Mardi 11 mars 2003

PALESTINE
PALESTINE

Des prérogatives limitées
pour le Premier ministre

Le Premier ministre palestinien ne devrait pas être compétent pour les domaines de sécurité et de négociations de paix avec les Israéliens.

 
Les membres du Conseil palestinien en session (AP)
 
Le Conseil législatif palestinien (CLP) a approuvé lundi la création du poste de Premier ministre et a donné une première approbation à un projet de loi définissant les prérogatives de cette nouvelle fonction. Une mesure très attendue par les Etats-Unis, Israël et l'Union européenne pour limiter les pouvoirs de Yasser Arafat. Cédant aux pressions des Etats-Unis, d'Israël et de l'Union européenne ainsi que des Palestiniens, M. Arafat avait accepté de nommer un Premier ministre le mois dernier. Il devrait impulser d'importantes réformes du régime largement rongé par la corruption.
Il apparaît toutefois que le président de l'Autorité palestinienne conservera le contrôle de deux domaines-clés: les forces de sécurité et les négociations de paix avec Israël. Le nouveau Premier ministre se chargera principalement des affaires intérieures. Il nommera les ministres et supervisera leur action.
Le partage des pouvoirs a été dessiné la semaine dernière par Yasser Arafat et Mahmoud Abbas, son second au sein de l'OLP, qu'il a désigné à ce poste.
Ce partage ne répond pas aux exigences d'Israël et des Etats-Unis, qui avaient demandé que Yasser Arafat délègue son autorité à un Premier ministre puissant, ne gardant pour lui-même qu'une fonction symbolique, et qu'il ne soit plus le principal négociateur.

Ratification attendue

Lors de deux votes successifs lundi, les députés palestiniens ont approuvé le texte définissant les prérogatives du Premier ministre par 73 voix contre une. Yasser Arafat devait ensuite ratifier le texte, lui donnant force de loi, faute de quoi il retournerait devant le CLP pour un troisième vote. Yasser Arafat devra ensuite nommer officiellement Mahmoud Abbas, également connu sous le nom d'Abou Mazen, qui formera un cabinet.
Selon le texte, le Premier ministre disposera de trois semaines pour former un gouvernement après sa nomination, et d'un délai supplémentaire de deux semaines si nécessaire. S'il n'y parvenait pas, passé ce délai, le président de l'Autorité palestinienne pourra le remplacer.
Un vice-Premier ministre sera nommé et le président de l'Autorité palestinienne aura le pouvoir de démettre le Premier ministre de ses fonctions ou d'accepter sa démission, selon le texte.
Le nouveau gouvernement devra être approuvé par le parlement dans les prochains jours, selon des responsables palestiniens.

Réactions

Mahmoud Abbas est considéré comme un modéré pour avoir dénoncé la "militarisation" de l'Intifada et avoir appelé les groupes armés à suspendre leurs attaques durant un an contre Israël.
Les radicaux islamistes du Hamas et du Jihad islamique ont rejeté la décision du CLP de créer le poste de Premier ministre, prédisant que M. Abbas, s'il devenait Premier ministre, ne parviendrait pas à imposer ses vues.
A Washington, le département d'Etat s'est abstenu de commenter le choix de M. Abbas, estimant que "la question est: est-ce que cette personne aura du pouvoir?"
Dans son discours d'ouverture de la session du CLP, M. Arafat a appelé à la publication et la mise en application dès que possible de la "feuille en route" du quartette (Etats-Unis, Onu, Russie et Union européenne), un plan de paix censé conduire à la création d'un Etat palestinien d'ici à 2005.
Israël a exprimé de sérieuses réserves sur son contenu. Les Etats-Unis ont assuré lundi que sa publication n'était pas liée à un conflit en Irak, mais sans dire quand ce document serait mis sur la table.
Sur le terrain, les affrontements entre Palestiniens et Israéliens ont fait un mort et trois blessés côté israélien, dans des échanges de coups de feu à Hébron en Cisjordanie, ont affirmé les services de secours et la radio israélienne.
Dans la bande de Gaza, environ 20 blindés sont entrés dans le village de Karara, selon des habitants. (avec AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-11 12:31:03
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Mardi 11 mars 2003

COTE D'IVOIRE
Seydou Diarra doit former
son gouvernement sous 48h
Un "Conseil national de sécurité" se tenait mardi soir à Yamoussoukro, la capitale administrative de Côte d'Ivoire.

 
Seydou Diarra (AP)
 
Un "Conseil national de sécurité" ivoirien, dont la création a été décidée samedi à Accra et qui doit désigner les deux personnalités qui dirigeront les départements de l'Intérieur et de la Défense, a débuté mardi vers 16h50 locales (17h50 à Paris) à Yamoussoukro, la capitale administrative, en présence du président Laurent Gbagbo assis à la même table que les représentants de la rébellion.
"Le président de la République a décidé que le nouveau gouvernement sera annoncé jeudi à Yamoussoukro", capitale administrative du pays, avait déclaré à la presse le nouveau Premier ministre Seydou Diarra lundi après que Laurent Gbagbo lui eût délégué de larges pouvoirs, pour six mois renouvelables.
Seydou Diarra doit former son gouvernement de réconciliation nationale le 13 mars, selon un décret présidentiel.
Les différents portefeuilles du gouvernement de réconciliation ivoirien ont été répartis samedi à l'issue d'une table ronde à Accra entre les rebelles et les sept grandes forces politiques du pays.
Le Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir), dont Affi N'Guessan est le président, "aura 10 ministères dans le nouveau gouvernement".
Les trois mouvements rebelles obtiennent au total neuf portefeuilles, dont deux ministères d'Etat (Communication et Administration territoriale) pour le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI, principale et plus ancienne rébellion), tandis que le principal parti d'opposition, le Rassemblement des Républicains (RDR) d'Alassane Ouattara, et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ancien parti unique) auront chacun sept départements.

Délégation

Dans le décret signé par le président lundi soir en vertu de l'article 53 de la Constitution, Laurent Gbagbo a délégué certains de ses pouvoirs au Premier ministre dans 16 domaines bien précis et "pour une durée de six mois renouvelable".
Parmi les domaines de compétence concernés figurent notamment le désarmement des forces rebelles, le rétablissement de l'intégrité territoriale et de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire, la refondation et la restructuration des forces de défense et de sécurité, l'élaboration d'un projet de loi spéciale de naturalisation, la préparation des échéances électorales et l'élaboration des propositions de réforme électorale ainsi que le projet d'amendement de la loi sur le foncier rural.
Seydou Diarra se voit également confier la responsabilité de renforcer le contrôle sur la "neutralité et l'indépendance" des médias, de promouvoir les droits de l'homme et de "lutter contre l'impunité".
Il aura également en charge "les mesures de redressement économiques et la recherche du concours de la communauté internationale au processus de redressement économique".
Le nouveau Premier ministre devra par ailleurs s'occuper de la libération des prisonniers de guerre, ainsi que préparer l'amnistie des militaires détenus pour atteinte à la sûreté de l'Etat.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-11 12:30:26
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Mardi 11 mars 2003

CPI
Coup d'envoi
de la CPI
Les 18 juges de la CPI ont prêté serment mardi à La Haye, malgré l'opposition des Etats-Unis. Le juge canadien Philippe Kirsch a été élu président. Ne manquera plus qu'un procureur nommé en avril et les poursuites pourront commencer.

 
L'entrée de la CPI à La Haye, en médaillon, Philippe Kirsch (avec AP)
 
Le juge canadien Philippe Kirsch a été élu mardi par ses pairs président de la Cour pénale internationale (CPI), le nouveau tribunal chargé de la répression du génocide et des crimes de guerre. Les dix-huit juges de la CPI, 11 hommes et sept femmes désignés par les 89 pays membres, ont également élu leurs deux vice-présidents, qui sont deux femmes: Akua Kuenyehia (Ghana) et Elizabeth Odio Benito (Costa Rica).
Les juges avaient auparavant prêté serment, jurant l'un après l'autre d'administrer la justice "avec impartialité et en conscience" avant de prendre place autour d'une longue table, dans la salle des Chevaliers du Parlement néerlandais.
Parmi les magistrats, on compte notamment les anciens présidents des Tribunaux pénaux internationaux (TPI) pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, le Français Claude Jorda et la Sud-Africaine Navanethem Pillay.
L'arrivée des juges marque un pas important pour ce tribunal international, entré en vigueur le 1er juillet 2002 mais qui se résumait jusqu'à présent à une équipe administrative d'une quarantaine de personnes.
La session inaugurale se tenait dans l'enceinte du Parlement néerlandais, au milieu d'un important dispositif de sécurité, en présence de la reine des Pays-Bas, Beatrix, du secrétaire général de l'Onu Kofi Annan et de plus de 500 invités. Un absent de marque à la cérémonie: les Etats-Unis qui n'ont cessé de lutter contre la CPI, dont ils disent craindre les dérapages politiques. Le traité avait été signé par l'administration de Bill Clinton, mais son successeur George W. Bush y a renoncé.
La CPI ne fonctionnera véritablement -c'est-à-dire ne pourra lancer des poursuites et juger les auteurs de crimes- qu'après la nomination d'un procureur, prévue pour intervenir en avril. Il reviendra à ce procureur d'examiner les plus de 200 plaintes déjà reçues par la CPI et dont certaines concernent des dirigeants politiques africains.
Les premiers procès ne devraient avoir lieu que fin 2004, selon les experts.

Pas rétroactive

La CPI est un des instruments juridiques les plus importants depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle pourra juger les auteurs de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre quelle que soit leur nationalité.
Jusqu'à présent, 89 pays ont rejoint la CPI. La Cour, créée en 1998 par le traité de Rome, est le premier tribunal permanent chargé de juger les crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Sa juridiction, qui n'est pas rétroactive, concerne uniquement les crimes commis après le 1er juillet 2002.
Sa mise en place progressive se fait cependant sous une opposition vive et persistante des Etats-Unis.
Washington redoute de voir un jour ses soldats comparaître devant un tribunal international dont il redoute qu'il prête le flanc à des manipulations politiques.
Le président américain George W. Bush refuse d'accepter la juridiction de la CPI et a entamé une campagne visant à limiter sa portée pour les citoyens américains résidant ou servant à l'étranger.

Paradoxe américain

Les Etats-Unis ont ainsi signé des accords d'immunité avec 24 pays. Par ces accords, les pays signataires s'engagent à ce que les ressortissants américains se trouvant sur leur sol soient exemptés de poursuites devant la CPI.
Jusqu'à présent aucun pays de l'Union européenne n'a accepté de signer ce type d'accord avec les Etats-Unis mais certains, dont l'Italie, ont laissé entendre qu'il y étaient favorables.
"Alors que les Etats-Unis ne cessent d'appeler à une action multilatérale pour lutter contre le terrorisme, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour faire dérailler cette institution multilatérale qu'est la CPI", s'étonne Richard Dicker.
Selon les experts, l'entrée en fonction des juges devrait cependant compliquer la tâche de l'administration Bush.
"La qualité de ces juges montre qu'il n'y a aucun risque de chasse aux sorcières contre les Etats-Unis", relève William Pace, président d'une coalition d'ONG en faveur d'une justice internationale. (avec AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-11 12:29:38
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Mardi 11 mars 2003

INTERVIEW DE KADHAFI
Irak Le dirigeant libyen estime que le terrorisme deviendra un «fléau général» après une intervention militaire en Irak

Muammar Kadhafi : «Il faut que Jacques Chirac tienne bon, car c'est de l'Europe unie que viendra le rétablissement d'un équilibre mondial».
(Photo Omar Harfouch )
 
Kadhafi : «La victoire de Bush ne serait que provisoire»
Le jeune révolutionnaire est devenu un vieux sage. Il a renoncé au terrorisme dont il se défend, dans chaque rencontre avec la presse américaine, de l'avoir jamais pratiqué : «Je soutenais des mouvements de libération.» Il souligne aussi avoir pris conscience du péril intégriste bien avant Washington. Dès 1986, il ordonna la fermeture chez lui d'une cinquantaine d'institutions islamistes, les accusant de servir de paravent à la subversion extrémiste. Et il fut l'un des premiers dirigeants arabes à condamner publiquement les attentats du 11 septembre. Mais, à Washington, les plus radicaux des conseillers de George W. Bush hésitent à tirer un trait sur le passé. Pour eux, la Libye reste un Etat «voyou». Kadhafi a donc choisi la prudence. Dans sa tunique d'empereur romain, le regard fier, il a toujours belle allure. Aujourd'hui pourtant, le guerrier parle en diplomate. Ch. L.

Tripoli : propos recueillis par Charles Lambroschini
[11 mars 2003]

LE FIGARO. – Les Américains ont adressé un ultimatum à Saddam Hussein. Si le président irakien n'achève pas de désarmer immédiatement, ils frapperont. Est-il encore temps d'arrêter la guerre ?
MUAMMAR KADHAFI. – Comment empêcher la guerre ? Il n'y a aucune justification raisonnable au projet d'intervention de George W. Bush contre l'Irak. Aucune des explications américaines ne tient, ni politique ni militaire, et surtout pas juridique. Tout cela me semble parfaitement irrationnel. Nous sommes en plein surréalisme. Et on en revient toujours à la même question sans réponse : mais quel est donc le pouvoir suprême qui donne aux Etats-Unis le droit de faire la guerre ?

Pour épargner à son peuple les morts et les destructions d'une nouvelle guerre, la troisième depuis vingt ans, Saddam Hussein ne ferait-il pas mieux d'obéir aux résolutions de l'ONU sans plus discuter ? Donc d'abandonner volontairement ce qui peut rester de ses armes de destruction massive ?
Saddam Hussein a fait tout ce qu'on lui demandait. Il n'a rien d'autre à donner. Que veulent encore les Américains ? Que Saddam Hussein se mette tout nu ? Mais il a déjà enlevé tous ses vêtements puisqu'il a même accepté que les inspecteurs de l'ONU viennent fouiller ses résidences personnelles à Bagdad et à travers le pays.

Alors avez-vous un conseil qui retiendrait l'Amérique de frapper ?
George W. Bush ne veut rien entendre. Mais je suis convaincu que les Etats-Unis vont à leur perte. Au début les Américains courront de victoire en victoire. Cela ne durera pas. Le président Bush devrait se rappeler ce qui est arrivé à Hitler. Le Führer était si fier de ses premiers succès ! En 1939, il a pris le contrôle de l'Europe sans jamais rencontrer de véritable opposition. Quand il a envahi la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, à chaque fois ce fut une promenade militaire. La France, le grand vainqueur de la Première Guerre mondiale, est tombée comme un fruit mûr et les Allemands ont été à deux doigts de s'emparer de Moscou. Pourtant, en 1945, c'est Hitler qui a été vaincu. Chez les Arabes nous avons un proverbe : «Celui qui commence par beaucoup rire finit toujours par beaucoup pleurer.» Après leur première victoire les Américains risquent de connaître le désastre. Mon conseil au président Bush est donc simple : même pour les Etats-Unis, il serait sage d'apprendre à ne pas aller trop loin.

La comparaison avec Hitler est hasardeuse. George W. Bush n'est pas un tyran. Et puis les nazis ont été défaits par une coalition alors que face aux Etats-Unis, superpuissance unique, il n'y a rien.
Je compare des circonstances historiques, pas des personnalités. Mais je constate que dans les premiers temps de l'ascension d'Hitler il n'y avait pas non plus de contre-pouvoir qui aurait pu s'opposer à lui. Au départ, même Staline n'a pas contesté Hitler : lorsque l'Allemagne a lancé son offensive à l'Ouest, l'URSS lui a fourni vivres et matières premières, des armes et du blé. Après la chute du mur de Berlin, l'histoire a paru se répéter : la Russie et la Chine, les anciens adversaires communistes, sont devenues les alliés de l'Amérique. Mais le balancier est déjà en train de revenir. Au Conseil de sécurité, les Russes et les Chinois ont rejoint le camp de la France.

A vous écouter les Américains n'auront pas de difficulté à vaincre l'Irak. Est-ce donc avec l'après- guerre que commenceront les problèmes ?
La victoire sera facile. Les Américains ont trop de missiles, d'avions, de chars, pour être sérieusement inquiétés. Mais cette victoire ne sera que provisoire parce qu'elle va créer des réactions. Et pas seulement en Irak ou au Proche-Orient. Les conséquences se feront sentir en Europe et dans le monde entier. Le terrorisme risque de devenir un fléau général. C'est un baril de poudre qui va exploser.

Vous affirmez que Saddam Hussein a été dépouillé de ses armes de destruction massive. Mais ne croyez-vous pas qu'il a toujours les moyens d'envoyer des terroristes à travers le monde, de faire sauter des valises contenant des engins chimiques ou biologiques ?
Le jour où l'Amérique partira en guerre, il faudra s'attendre au pire. Tous les scénarios deviendront possibles.

Le président Bush n'est pas le seul à vouloir la guerre. Parce qu'une attaque contre l'Irak amènera de nouveaux bataillons de militants à al-Qaida, Ben Laden ne rêve-t-il pas aussi de cette guerre ?
Naturellement ! Tout ce qui se passe actuellement sert les intérêts d'Oussama Ben Laden. Contre une Amérique dominatrice, contre une Amérique hégémonique, il se pose en sauveur. Dans beaucoup de pays arabes, Ben Laden fait figure de héros de la résistance.

Le prestige de cet assassin auprès des foules du Proche-Orient ne s'explique-t-il pas d'abord par les échecs des gouvernements arabes ?
Le dernier sommet de la Ligue arabe à Charm el-Cheikh n'a-t-il pas démontré l'impuissance des vingt-deux membres de cette organisation à s'unir face au péril qui les menace ?

Aujourd'hui je pense moins à l'unité arabe qu'à l'unité africaine. D'autant que les deux tiers du monde arabe se trouvent en Afrique. L'époque des coalitions nationales et religieuses est dépassée. Il faut donner la priorité aux liens géo graphiques et aux critères démographiques.

De votre querelle publique avec l'Arabie Saoudite, ne pensez-vous pas que la Maison-Blanche aura tiré des conclusions peu flatteuses ? Autrement dit, l'incapacité du monde arabe à se transformer un jour en contre-pouvoir.
L'Arabie Saoudite affirme que les soldats américains qui se trouvent sur son territoire et dans le golfe ne sont que des mercenaires. Le jour où ils auront perdu leur utilité, ils partiront. C'est une illusion. Les Américains sont très forts, très puissants. Ils ne s'en iront pas si facilement. Mais l'attitude négative de leurs amis saoudiens montre aussi que les Etats-Unis n'ont guère d'avenir au Proche-Orient.

Si, vous dites que Saddam Hussein est totalement désarmé, quel est le but stratégique des Etats-Unis ? George W. Bush veut-il redessiner la carte du Proche-Orient ? Après l'Irak, croyez-vous qu'il s'en prendra aussi à l'Iran, troisième pilier de l'«axe du mal» avec l'Irak et la Corée du Nord ? Qu'il changera le régime saoudien, l'allié soupçonné d'avoir joué double jeu ? Et la Libye est-elle à l'abri ?
Lorsque Bush en aura fini avec l'Irak, nous serons très vite fixés. On ne tardera pas à découvrir si l'Iran, l'Arabie Saoudite, la Libye seront également des cibles. Du coup, la politique américaine perdra toute ambiguïté. Ce sera celle d'un nouveau colonialisme. Rétrospectivement, on s'apercevra que l'Irak ne représentait qu'un problème parmi d'autres. Aujourd'hui, George W. Bush essaie de convaincre le Conseil de sécurité de l'ONU que toute une série de raisons justifie le recours à la force contre Bagdad. Mais si, après avoir occupé l'Irak, il s'attaque à l'Iran, tous les motifs prétendument légitimes avancés par Washington tomberont d'eux-mêmes. Plus personne ne croira George W. Bush. On lui dira : «Hier, vous nous parliez de l'Irak seulement. Mais aujourd'hui, vous vous en prenez à l'Iran. Et demain, allez-vous chercher à imposer votre volonté au monde entier, pays après pays ?» A ce moment-là, les choses seront claires et on pourra faire face. Ce nouveau colonialisme entraînera forcément une réaction. Ce sera le début d'un autre cycle d'affrontements.

A cause du terrorisme, la Libye avait été inscrite par les Américains sur la liste des Etats «voyous». Mais un compromis sur l'indemnisation par Tripoli des victimes de l'attentat aérien de Lockerbie avait permis une esquisse de normalisation avec Washington. Craignez-vous un retournement et que George W. Bush suive l'exemple de Ronald Reagan qui, en 1986, avait bombardé Tripoli ?
Bush n'obéit pas à la logique. De sa part, rien n'est prévisible. Il faut donc s'attendre à tout. Aujourd'hui, personne ne peut dire : «Je serai une cible ou je ne serai pas une cible.»

Une fois la victoire acquise en Irak, les Américains chercheront sûrement à régler le conflit israélo-palestinien. Croyez-vous qu'ils donneront un chèque en blanc à Ariel Sharon ou qu'ils choisiront une solution équitable pour les Palestiniens ?
Inutile d'attendre la fin de la guerre en Irak, le chèque à Sharon est déjà signé. Sharon applique son plan, une étape après l'autre.

En Israël l'extrême droite répète que, le monde arabe n'ayant pas renoncé à jeter les juifs à la mer, les Israéliens seraient en droit de chasser les Palestiniens de l'autre côté du Jourdain. Cette option vous semble-t-elle plausible ?
En ce qui me concerne, mon opinion est faite depuis longtemps. Liquider les uns, chasser les autres, ce sont deux hypothèses également impossibles. Ne serait-ce que pour des raisons de profondeur géographique, aucun des deux peuples n'est en mesure d'établir un Etat viable. Entre la Cisjordanie et la mer, il n'y a que quinze kilomètres. De n'importe quel point de la campagne palestinienne un obus peut frapper Tel-Aviv. Il est inconcevable que la principale ville d'un pays puisse, en permanence, se trouver ainsi dans la ligne de mire. La seule solution intelligente serait de créer un Etat unique qui permettrait aux Israéliens et aux Palestiniens de cohabiter dans la paix. Je lui ai même trouvé un nom, Isratine. Au Proche-Orient, le modèle c'est le Liban. Voilà un Etat qui est parvenu à associer dans une même entité des religions et des peuples différents.

Sauf qu'aujourd'hui le Liban se trouve sous le contrôle de la Syrie.
C'est provisoire.

Quelle est votre analyse de la résistance du gouvernement français à la politique américaine ? Devant le Conseil de sécurité de l'ONU, Jacques Chirac a-t-il vraiment une chance de dissuader les Américains d'envahir l'Irak ?
Tout ce qui permet de rétablir l'équilibre face à la superpuissance américaine est très utile. C'est la meilleure chance de préserver la paix. Actuellement le déséquilibre est tel qu'il serait peu réaliste d'espérer un rapide changement dans le rapport des forces. Mais si l'Europe, sous le leadership du couple franco-allemand, persiste dans ses efforts, elle aura une chance d'arriver un jour à l'organisation d'un monde moins injuste. Cette démarche est une amorce, le début d'une évolution. L'attitude de Paris et de Berlin n'a-t-elle pas encouragé la Russie et la Chine à s'allier aux Français et aux Allemands ? C'est bien le signe que, parallèlement à l'Amérique, un monde multipolaire aspire à se faire reconnaître.

Comparée à l'immense Amérique, la France comme l'Allemagne, paraît pourtant bien faible ?
Pas du tout. Le couple franco-allemand représente la colonne vertébrale de l'Europe, il faut que Jacques Chirac tienne bon, et alors tous les pays européens finiront par lui emboîter le pas. C'est l'exemple des Européens qui encouragera le monde musulman à se montrer solidaire, qui poussera l'Afrique à s'unir. L'attitude du président français a suscité un immense enthousiasme dans les opinions arabes. L'Europe ne doit donc pas céder au pessimisme. Regardez comme les événements se précipitent. Après les attaques-suicides du 11 septembre, une coalition contre le terrorisme s'est constituée de manière parfaitement spontanée. Les Etats-Unis reçurent le soutien du monde entier. Mais que reste-t-il de ce mouvement de sympathie ? Derrière la France et l'Allemagne, c'est aussi une coalition immense qui s'est formée : cette fois contre les Etats-Unis !

Le président Bush est quand même parvenu à diviser les Européens. L'Europe centrale s'est alignée sur Washington, l'Espagne et l'Italie aussi.
Internationalement, les Etats-Unis ont perdu la partie. Hier, tout le monde était avec l'Amérique. Aujourd'hui, tout le monde est contre. L'axe que George W. Bush avait cru organiser avec l'Angleterre, l'Italie et l'Espagne commence à se fissurer sous la pression de l'opinion. Vous verrez que l'Otan, qui tirait sa légitimité de la guerre froide, finira par disparaître au profit d'une euroforce. Les pays européens seront de moins en moins disposés à prendre des risques militaires aux côtés des Américains si Washington ne demande plus qu'une seule chose de ses alliés : qu'ils servent les intérêts des Etats-Unis.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-11 12:27:59
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Mardi 11 mars 2003

VETO DE CHIRAC
Unanimité des politiques
derrière le non de Chirac
"Quelles que soient les circonstances, la France votera non" à une résolution conduisant à une guerre en Irak, a déclaré lundi soir le chef de l'Etat. La classe politique française se félicite.
Kofi Annan met en garde Washington : une guerre violerait la Charte de l'ONU.
L'ultimatum contenu dans la résolution anglo-américaine, dont le vote a été repoussé, fait débat avec les pays "indécis".

 
Jacques Chirac lors de son intervention sur TF1 et France 2 (AP)
 
Le discours du chef de l'Etat a été très bien accueilli par la classe politique française, à gauche comme à droite,; tous se félicitant de la position qu'il a défendu, fermement, en faveur d'un règlement pacifique de la crise irakienne. Pour accéder à l'ensemble de ces réactions, cliquez ici.
"quelles que soient les circonstances, la France votera non" à une résolution ouvrant la voie à une guerre en Irak, a en effet déclaré lundi soir le président français Jacques Chirac. (Cliquez ici pour accéder aux principaux points de l'intervention du président ou ici pour accéder au verbatim intégral de l'entrevue).
Sortant pour la première fois du flou qui entourait un éventuel veto français au Conseil de sécurité de l'ONU, Jacques Chirac a marqué sur TF1 et France-2 sa "détermination" à s'opposer au projet de résolution américano-britannique lançant un ultimatum à Bagdad.
Si cette résolution recueillait une majorité au sein du Conseil de sécurité, "à ce moment-là, la France votera non", a-t-il prévenu.
Reste à savoir si Jacques Chirac se déplacera lui-même pour opposer le veto français. Sa décision concernant un éventuel déplacement à New York dans le cadre d'une réunion au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement n'est "pas prise", a-t-il expliqué.
Un veto français ne serait en tout cas pas "un phénomène exceptionnel", a-t-il souligné pour minimiser la portée d'une telle décision. Le chef de l'Etat a ainsi rappelé que Paris avait usé de son droit de veto à 18 reprises depuis 1945.

La France pas seule

Il a d'ailleurs suggéré que la France ne serait probablement pas seule à brandir le veto dans un tel cas de figure. "J'ai le sentiment aujourd'hui que les Russes et les Chinois (...) sont disposés à avoir la même attitude que la France", a assuré Jacques Chirac.
Surtout, la France espère toujours que le projet de résolution-ultimatum ne trouve pas la majorité de neuf voix nécessaire au sein du Conseil de sécurité. "Ce soir, cette résolution (...) donnant le feu vert international à la guerre n'a pas une majorité de neuf voix", a-t-il affirmé.
"La France ne refuse pas la guerre par principe" et "n'est pas un pays pacifiste", mais "il n'y a pas lieu de faire une guerre pour atteindre l'objectif que nous nous sommes fixés, c'est-à-dire le désarmement de l'Irak", s'est justifié Jacques Chirac.
Pour la première fois, le chef de l'Etat a d'ailleurs admis au passage qu'un des objectifs de la communauté internationale était, de fait, de renverser le régime irakien.
L'objectif est "le désarmement de l'Irak, et à partir du désarmement de l'Irak -ne vous y trompez pas-, la fin du régime", a-t-il noté. Car "le désarmement suppose une transparence et les dictatures ne résistent pas longtemps à la transparence". Mais "nous préférons le faire par la voie de la paix plutôt que par la voie de la guerre".

"Même si"

Un conflit armé en Irak n'est "pas inévitable aujourd'hui", voulait croire Jacques Chirac lundi soir. "Même si" les chances d'éviter une guerre étaient de "un pour mille ou un pour million, cela ne diminuerait en rien ma détermination à tout faire pour que l'on puisse régler le problème irakien sans faire la guerre", a-t-il insisté. Car pour lui, c'est "un problème de principe", "un problème moral".
D'ailleurs, "la France n'est pas isolée, loin s'en faut", a-t-il noté. Les "peuples du monde sont hostiles à cette guerre, à une très très grande majorité".
Et de mettre en garde Washington contre une intervention unilatérale: "Si la communauté internationale ne donnait pas son aval, ce serait un précédent dangereux pour les Etats-Unis que de passer outre" un refus de l'ONU. La France, elle, ne participerait pas à une telle intervention. "Nous ne sommes pas engagés et nous ne le serons pas s'il n'y a pas une décision de l'ONU".

Embargo insensé

Jacques Chirac a balayé d'un revers de main les menaces de représailles américaines. "Il n'y a aucun risque que les Etats-Unis et la France (...) se disputent ou se fâchent", a-t-il assuré. Quant à un embargo américain sur les produits français, cela "n'a pas de sens", a-t-il tranché, même s'il n'a pas exclu des réactions "épidermiques".
D'ailleurs, Jacques Chirac a assuré que la France autoriserait un survol de son territoire par les avions américains si nécessaire: "Cela va de soi", a-t-il affirmé. "Cela fait partie des relations normales qui existent entre pays alliés".
Il ne s'est pas montré inquiet non plus devant les divisions de l'Europe sur le dossier irakien. C'est une "crise avec un petit 'c"', a-t-il estimé. "L'histoire de l'Europe est "jalonnée de crises dont, chaque fois, elle est sortie renforcée".

Audience

Quelque 17,5 millions de téléspectateurs au total ont regardé l'interview de Jacques Chirac, selon des chiffres Médiamétrie cités mardi par les chaînes.
TF1 a réuni 10,6 millions de téléspectateurs (39,9% de part d'audience) et France-2, 6,8 millions (25,7% de part d'audience) pour cet entretien mené par Patrick Poivre d'Arvor (TF1) et David Pujadas (France-2). (avec AP)

INTERVIEW TELEVISEE

DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

PAR
PATRICK POIVRE D'ARVOR (TF1) ET DAVID PUJADAS (FRANCE 2)

***

PALAIS DE L'ELYSEE

LUNDI 10 MARS 2003

QUESTION – Monsieur le Président, merci de nous recevoir alors que nous vivons les heures les plus brûlantes de l'affrontement diplomatique et que nous sommes peut-être à quelques jours d'une intervention militaire annoncée en Iraq. Alors, chacun, et pas seulement en France, veut savoir ce que fera la France, ce que vous ferez, si vous irez personnellement à New-York, aux Nations-Unies, si la France utilisera son droit de veto et si les relations franco-américaines ne tournent pas au divorce. Mais, d'abord, puisque c'est votre première intervention depuis le début de cette crise, revenons un peu au départ et pouvez-vous nous expliquer pourquoi, depuis le départ, la France s'oppose si fermement à la guerre ? Est-ce pour des raisons stratégiques, parce que cette guerre ne vous semble pas opportune, pour des raisons politiques, parce que l'opinion y est opposée, ou pour des raisons morales, parce que la guerre serait un mal quelle qu'elle soit ?

LE PRESIDENT – D'abord, bonsoir et merci d'être ici tous les deux.

Il faut voir dans quel monde nous voulons vivre. Nous voulons vivre dans un monde multipolaire, c'est-à-dire avec quelques grands groupes qui aient entre eux des relations aussi harmonieuses que possible, un monde dans lequel l'Europe, notamment, aura toute sa place, un monde où la démocratie progresse, d'où l'importance à nos yeux capitale de l'Organisation des Nations Unies pour donner un cadre et une impulsion à cette démocratie et à cette harmonie, un monde où les crises inévitables puissent être gérées aussi bien que possible, qu'il s'agisse des crises régionales ou des crises que l'on appelle de prolifération, c'est-à-dire face à des pays qui, tout d'un coup, se mettent à construire ou à fabriquer des armes ou à acheter des armes de destruction massive, et enfin un monde qui privilégie le respect de l'autre, le dialogue des cultures, le dialogue des civilisations, et qui essaie d'éviter les affrontements.

Alors, dans ce contexte, nous nous sommes trouvés dès l'origine face à un problème, un Iraq qui, à l'évidence, possédait des armes de destruction massive, entre les mains d'un régime indiscutablement dangereux et qui présentaient par conséquent un risque certain pour le monde. Il était donc essentiel de désarmer ce régime, ce pays, d'éliminer ses armes de destruction massive.

QUESTION – Est-ce que l'Iraq a bien coopéré, justement, sur ce sujet ?

LE PRESIDENT – Pour le désarmer, il y avait deux voies. La voie de la guerre, naturellement, mais aussi la voie du contrôle et de la contrainte, celle qui consistait à aller sur place, avec l'autorité de l'ONU, pour maîtriser ces armements, les trouver et les détruire. Et la communauté internationale, à l'unanimité, en votant au Conseil de Sécurité la résolution 1441, a pris une décision qui consistait à dire : "nous allons désarmer l'Iraq de manière pacifique, c'est-à-dire par les inspections. Nous allons nommer des inspecteurs, et eux nous diront si cette voie est possible ou si elle ne l'est pas".

QUESTION – Mais, après cette résolution 1441, est-ce que l'on peut dire que l'Iraq reste un pays dangereux, ce soir par exemple ?

LE PRESIDENT – Un pays qui a le passé et la structure politique de l'Iraq est toujours un pays dangereux. Mais le pays n'est véritablement dangereux que s'il a les moyens d'agresser, que s'il a les moyens d'attaquer.

QUESTION – Et, pour vous, il ne les a pas aujourd'hui ?

LE PRESIDENT – Le problème était de s'assurer qu'il n'avait plus ces moyens ou en tous les cas que ces moyens pouvaient être maîtrisés et détruits. L'ONU a donc envoyé les inspecteurs. Je voudrais vous rappeler que c'est une technique qui n'est pas à son coup d'essai. Jusqu'en 1998, depuis 1991, il y a eu un régime d'inspections qui, hélas, a été interrompu par maladresse. Il y a eu un régime d'inspections qui a détruit plus d'armes en Iraq que toute la guerre du Golfe et qui, notamment, a permis d'éradiquer complètement, pratiquement complètement, vraisemblablement, selon les dires en tous les cas des inspecteurs, le programme nucléaire de l'Iraq….

QUESTION – On retrouve encore des armes, aujourd'hui….

LE PRESIDENT – Il y en a certainement. On est en train de détruire des missiles à portée excessive. Il y a probablement d'autres armes.

QUESTION – A partir du moment où l'on ne peut pas faire confiance à Saddam HUSSEIN, est-ce que ce n'est pas une quête sans fin, le désarmement par l'inspection ? C'est ce que disent les Etats-Unis.

LE PRESIDENT – Premièrement, je ne le crois pas. Je pense que les inspecteurs, qui sont des experts compétents et en qui nous pouvons avoir toute confiance, considèrent aujourd'hui qu'en leur donnant le temps et les moyens nécessaires, c'est ce que M. BLIX a dit lors de la dernière réunion du Conseil de Sécurité, c'est ce qu'il estime aujourd'hui, avec un renforcement de la coopération de l'Iraq, qui n'est jamais suffisante, naturellement, mais qui s'est améliorée, on pouvait atteindre l'objectif fixé, c'est-à-dire l'élimination des armes de destruction massive.

QUESTION – Mais est-ce qu'une coopération à 100 % n'est pas une condition sine qua non ?

LE PRESIDENT – Certainement.

QUESTION – Or elle n'est pas aujourd'hui à 100%.

LE PRESIDENT – Vous le dites. C'est intéressant.

QUESTION – Les inspecteurs le disent.

LE PRESIDENT – Non, les inspecteurs disent que la coopération s'est améliorée et qu'ils sont en mesure aujourd'hui de poursuivre leur travail. Et c'est ça qui est capital. Ce n'est pas à vous ou à moi de dire si les inspections sont efficaces, si l'Iraq est suffisamment coopératif. Il ne l'est pas, d'ailleurs, je vous le dis tout de suite.

QUESTION – Pas suffisamment.

LE PRESIDENT – Pas suffisamment. Mais ce n'est pas à vous ou à moi de le décréter, c'est aux inspecteurs à qui l'ONU a confié la charge de désarmer l'Iraq de le dire. Il faut que les inspecteurs nous disent : "nous pouvons continuer et, dans un délai que nous estimons à quelques mois, je dis quelques mois parce que c'est ce qu'ils ont dit, nous aurons achevé notre travail et l'Iraq sera désarmé". Ou alors, qu'ils disent et qu'ils viennent dire au Conseil de Sécurité : "nous sommes désolés, mais l'Iraq ne coopère pas, les progrès ne sont pas suffisants, nous ne sommes pas en mesure d'atteindre notre objectif, nous ne pourrons pas garantir le désarmement de l'Iraq". Cas auquel il appartiendra au Conseil de Sécurité et à lui seul de décider ce qu'il convient de faire. Mais dans ce cas, naturellement, hélas, la guerre deviendrait inévitable. Elle ne l'est pas aujourd'hui.

QUESTION – Il y a un argument : plutôt que de le désarmer, est-ce que l'on ne pourrait pas carrément le renverser parce que c'est quand même un dictateur qui a été cruel pour son peuple, on l'a vu ?

LE PRESIDENT – Oui, ça, c'est un autre problème. Il y a d'autres régimes qui pourraient également être mis dans la même situation.

QUESTION – Vous voulez dire que la liste est trop longue ?

LE PRESIDENT – Je ne vais pas aujourd'hui établir une liste mais, enfin, naturellement, vient à l'esprit le régime de la Corée du Nord qui n'est en rien meilleur que celui de l'Iraq et qui a des armes de destruction massive, notamment nucléaires, qui, elles, ne sont pas une possibilité, qui sont hélas une certitude.

QUESTION – Certains disent : "il n'est jamais trop tard pour commencer, pourquoi ne pas commencer par l'Iraq ?", en évoquant ces dictatures qui seraient dangereuses….

LE PRESIDENT – Qu'est-ce que nous voulons ? Il faut dire ce que l'on veut. Sinon, on aurait pu dire : "on veut d'abord et avant tout changer le régime iraquien". Ca, c'était une autre discussion, un autre problème, qui aurait mérité tout de même, vous le reconnaîtrez, une concertation, notamment au niveau des Nations Unies.

Ce que l'on a dit, c'est : "on veut désarmer l'Iraq". On veut désarmer l'Iraq. On a choisi à l'unanimité une voie pour le désarmer. Aujourd'hui, rien, rien ne nous dit que cette voie est sans issue et, par conséquent, il faut la poursuivre dans la mesure où la guerre, c'est toujours un ultime recours, c'est toujours un constat d'échec, c'est toujours la pire des solutions, parce qu'elle amène la mort et la misère. Et nous n'en sommes pas là, de notre point de vue. C'est la raison pour laquelle nous refusons de nous engager sur une voie qui conduirait automatiquement à la guerre tant que les inspecteurs ne nous aurons pas dit : "nous ne pouvons plus rien faire". Or ils nous disent le contraire.

QUESTION – Alors, précisément, évoquons ces discussions diplomatiques au Conseil de Sécurité et évoquons d'abord la façon dont elles vont se dérouler. La France a proposé que les chefs d'Etat y participent directement, demain ou après demain, au moment du vote. Est-ce que vous-même vous irez à New York exprimer, défendre la position française au Conseil de Sécurité ?

LE PRESIDENT – C'est moi qui ai proposé que la prochaine réunion du Conseil de Sécurité se tienne au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement. Pourquoi ?
D'abord pour une raison essentielle. C'est que, s'agissant de décider de la guerre ou de la paix, avec toutes les conséquences que cela comporte sur le plan humain, sur le plan économique, sur le plan politique, et avec tous les risques que cela fait courir à la fois aux hommes, aux femmes, aux enfants, à la région, il me paraissait légitime que la décision soit prise par les chefs d'Etat et de gouvernement eux-mêmes. Cela me semblait dans leur responsabilité. C'est une proposition que j'ai faite.

Nous verrons bien, il y a des discussions qui sont en cours et nous verrons bien la décision qui sera prise.

Il y avait une deuxième raison qui, à mon avis, sera de toute façon inévitable, en ce qui concerne une discussion au Conseil de Sécurité au sommet, c'est que, je vous l'ai dit tout à l'heure, il y a d'autres crises dans le monde. Des crises régionales, comme le Moyen-Orient, enfin je veux dire le problème israélo-palestinien, ou des crises de prolifération comme celle de la Corée du Nord. Et il y en a hélas d'autres. Il me paraît important et utile que ce problème de la maîtrise des crises soit évalué au plus haut niveau de la responsabilité démocratique des pays.

QUESTION – Et quel que soit le jour de la discussion de la résolution, que ce soit demain, après-demain ou un peu plus tard, vous irez vous-même ?

LE PRESIDENT – J'irai dans la mesure où on prendra la décision, collectivement, de faire une réunion de ce niveau.

QUESTION – C'est à dire avec le Président POUTINE ? Mais, pour l'instant, George BUSH dit qu'il n'ira pas quoi qu'il arrive. Cela vous empêche d'y aller vous-même ?

LE PRESIDENT – Nous verrons en fonction des discussions qui ont lieu actuellement pour savoir si, finalement, il y a intérêt pour une majorité de chefs d'Etat ou de gouvernement d'être présents.

QUESTION – Votre décision n'est pas prise ?

LE PRESIDENT – Non, ma décision n'est naturellement pas prise. Je n'ai pas à imposer ma volonté en matière de procédure. J'ai fait une proposition qui me paraissait justifiée par l'importance de l'enjeu. Je comprends très bien que d'autres aient d'autres convictions. Je vous l'ai dit, je suis pour la concertation et pour le dialogue et pour l'élaboration en commun des solutions les plus conformes à la démocratie et à la dignité de l'Homme. Je ne suis pas pour imposer un point de vue.

QUESTION – Donc, autrement dit, vous n'irez pas seul ?

LE PRESIDENT – Non, je n'irai pas seul, bien sûr. Mais en fonction…

QUESTION – Et si vous y allez, c'est pour dire quoi ? C'est pour voter non, pour utiliser éventuellement votre droit de veto ou pour vous abstenir ?

LE PRESIDENT – De quoi s'agit-il ? Aujourd'hui, nous sommes dans un système qui est celui de la résolution 1441. C'est-à-dire que la communauté internationale, s'exprimant par le Conseil de sécurité à l'unanimité des quinze membres du Conseil, notamment sur proposition de la France qui a été très active dans l'élaboration de cette résolution, a décidé de désarmer, d'atteindre l'objectif qui est commun à tous, le désarmement de l'Iraq, par des moyens d'inspection, de détection puis de destruction des armements de destruction massive…

QUESTION – Là, on arrive à une deuxième résolution…

LE PRESIDENT – … Là, on est dans ce contexte et, de notre point de vue, les rapports des inspecteurs confirment qu'il n'y a pas lieu de changer, qu'il faut poursuivre sur cette voie et que l'objectif peut être atteint en poursuivant cette voie. Certains de nos partenaires, qui ont leurs raisons, considèrent qu'il faut en réalité en terminer vite et par une autre approche, celle de la guerre.

QUESTION – Avec un ultimatum ?

LE PRESIDENT – Cela avait conduit à proposer une nouvelle résolution qui fixe un ultimatum. On a d'abord parlé du 17 mars, ensuite on a évoqué une possibilité d'amendement des Anglais pour reculer un peu la date de l'ultimatum, peu importe. Autrement dit, on passe d'un système qui était celui de la poursuite des inspections pour désarmer l'Irak à un autre système qui consiste à dire : "dans tant de jours, on fait la guerre".

QUESTION – Et cela, vous n'en voulez pas ?

LE PRESIDENT – La France ne l'acceptera pas et donc refusera cette solution.

QUESTION – Elle brandira, s'il le faut, son droit de veto ?

LE PRESIDENT – Qu'est-ce que cela veut dire, le droit de veto ?

QUESTION – Cela veut dire que vous empêchez, vous faites capoter la résolution.

LE PRESIDENT – D'abord, il faut savoir ce que cela veut dire. Je répète : la France s'opposera à cette résolution. Alors, maintenant, qu'est-ce que cela veut dire ? Il y a quinze membres au Conseil de sécurité. Cinq membres permanents et dix membres qui changent tous les deux ans. Pour qu'une résolution soit adoptée, il faut qu'elle ait une majorité de neuf membres.

Alors, première hypothèse, qui est aujourd'hui, ce soir, la plus probable, cette résolution n'a pas une majorité de neuf membres.

QUESTION – Les Américains disent le contraire. Colin POWELL pense qu'il l'aura.

LE PRESIDENT – Moi, je vous donne mon sentiment. Ma conviction, c'est que ce soir cette résolution comportant un ultimatum, et donc donnant le feu vert international à la guerre, n'a pas une majorité de neuf voix.

QUESTION – Autrement dit, la France n'aurait pas besoin d'utiliser son droit de veto ?

LE PRESIDENT – A partir de là, c'est exactement cela. A partir de là, naturellement, la France prendra parti. Il y aura des nations qui voteront non, dont la France. Il y en aura qui s'abstiendront. Mais, en tous les cas, il n'y aura pas, dans cette hypothèse, une majorité. Donc, à ce moment-là, il n'y a pas de problème de veto.

QUESTION – Et si c'est le contraire ?

LE PRESIDENT – Alors, deuxième hypothèse, un certain nombre de gens changent d'avis par rapport à ce que je crois être leur sentiment ce soir. A ce moment-là, il peut y avoir effectivement une majorité de neuf voix ou plus qui sont pour la nouvelle résolution, celle qui autorise la guerre pour dire les choses simplement. A ce moment-là, la France votera non. Mais il y a une caractéristique, c'est cela que l'on appelle en réalité le veto, c'est que, lorsque l'un des cinq membres permanents, les Etats-Unis, l'Angleterre, la Russie, la Chine, la France, votent non, même s'il y a une majorité, la résolution n'est pas adoptée. C'est ce que l'on appelle le droit de veto.

QUESTION – Et c'est pour l'instant votre position de principe, ce soir ?

LE PRESIDENT – Ma position, c'est que, quelles que soient les circonstances, la France votera non parce qu'elle considère ce soir qu'il n'y a pas lieu de faire une guerre pour atteindre l'objectif que nous nous sommes fixé, c'est-à-dire le désarmement de l'Iraq.

QUESTION – Alors, Monsieur le Président, ce droit de veto, de fait, certains l'appellent la bombe atomique diplomatique. Et, y compris dans les rangs de la majorité, certains ont dit que ce serait tirer une balle dans le dos de nos alliés...

LE PRESIDENT – Ne vous laissez pas influencer par les polémiques. Je le répète : la guerre est toujours la pire des solutions. Et la France, qui n'est pas un pays pacifiste, qui ne refuse pas la guerre par principe, qui le prouve d'ailleurs en étant le premier contributeur de forces de l'OTAN actuellement, notamment dans les Balkans, la France n'est pas un pays pacifiste. La France considère que la guerre, c'est la dernière étape d'un processus, que tous les moyens doivent être utilisés pour l'éviter en raison de ses conséquences dramatiques. C'est le droit de vie et de mort…

QUESTION – Le droit de veto, ce ne serait pas commettre un acte, finalement, pratiquement sans précédent vis-à-vis des Etats-Unis ?

LE PRESIDENT – Tout d'abord, le droit de veto a été très souvent utilisé.

QUESTION – Mais pas contre eux, sauf en 1956.

LE PRESIDENT – Le droit de veto a été très souvent utilisé. La France l'a utilisé depuis l'origine dix-huit fois, la dernière en 1989, il s'agissait à l'époque de la crise du Panama. L'Angleterre a dû l'utiliser trente-deux fois et les Etats-Unis soixante dix-sept fois. Donc, ce que vous appelez le droit de veto, c'est-à-dire le non s'opposant à une majorité, ce n'est pas un phénomène exceptionnel, c'est dans la nature des choses, c'est dans la règle internationale, c'est dans le droit international.

QUESTION – Ce droit de veto, vous l'utiliserez quelle que soit la position des Russes ou des Chinois, qui eux aussi peuvent l'utiliser ? Ce sera une position commune ?

LE PRESIDENT – J'ai le sentiment qu'aujourd'hui les Russes et les Chinois, qui sont dans la même situation que la France pour ce qui concerne la possibilité de dire un non définitif, sont disposés, si les choses se présentent de cette façon-là, c'est-à-dire avec une résolution ouvrant droit à la guerre, sont disposés, je le pense, à avoir la même attitude que la France.

QUESTION – Alors, vous parlez de polémique sur la position que j'évoquais, mais Colin POWELL lui-même, le Secrétaire d'Etat américain, indiquait que ce veto aurait des conséquences très graves, des effets sérieux sur les relations bilatérales entre la France et les Etats-Unis. Est-ce que ce ne serait pas ouvrir une crise avec nos alliés ?

LE PRESIDENT – Vous savez, là aussi, on est dans la polémique ou dans l'instant. Je vous ai dit que la France n'était pas un pays pacifiste. Elle n'est pas non plus un pays anti-américain, c'est absurde d'imaginer cela. Nous avons deux siècles d'histoire commune, de partage des mêmes valeurs. Nous nous sommes toujours trouvés ensemble dans les moments difficiles, la main dans la main, et nos relations et notre amitié ont des racines profondes dans les peuples, bien au-delà des situations événementielles. Donc, aucun risque que les Etats-Unis et la France, que le peuple américain et le peuple français se disputent ou se fâchent.

QUESTION – Mais vous ne craignez pas des mesures de rétorsion, par exemple un embargo économique sur un certain nombre de nos produits ?

LE PRESIDENT – Monsieur POIVRE d'ARVOR, cela n'a pas de sens. D'abord parce que je connais trop les Américains pour imaginer qu'ils puissent utiliser ce genre de méthode…

QUESTION – Ils l'ont déjà fait par le passé …

LE PRESIDENT – Sur des détails. Ils sont un pays libéral, ce n'est pas l'Etat qui décide d'un embargo économique. C'est un pays libéral et, surtout, nous ne sommes plus dans les années 1960-1970, nous sommes dans un monde mondialisé, globalisé, avec des organisations internationales. Le commerce, aujourd'hui, cela relève de l'Organisation Mondiale du Commerce, cela relève de l'Union européenne. Si les Américains voulaient prendre des dispositions à l'égard de la France, il faudrait qu'ils les prennent à l'égard de toute l'Europe, y compris l'Angleterre. Donc tout cela n'est pas sérieux. Alors, je ne dis pas qu'il n'y a pas de conséquences épidermiques…

QUESTION – …Les relations franco-américaines en seront, quand même, durablement affectées …

LE PRESIDENT – Je suis tout à fait convaincu du contraire. D'ailleurs, je note que le Président George BUSH l'a dit de façon très claire, et à mon avis du fond du cœur. Il y a deux jours, en évoquant sa divergence de vues sur le problème iraquien avec les Français et les Allemands, il a dit de la façon la plus claire : "les Français et les Allemands sont nos amis et le resteront". Naturellement ! Nous avons une divergence de vues, ne nous laissons pas aveugler par l'instant. Ne sacrifions pas nos principes et nos valeurs parce que, dans un instant donné, il y a un élément de crise.

QUESTION – Et si les Américains n'ont pas cette majorité, d'une manière ou d'une autre, au Conseil de sécurité, est-ce qu'à votre avis, ils iront quand même à la guerre ?

LE PRESIDENT – Je ne peux pas me prononcer sur ce point car je n'ai pas à me substituer à la décision, ou à interférer dans la décision, que prendront les Américains. Nous avons des contacts téléphoniques presque quotidiens, soit au niveau de nos conseillers diplomatiques, de nos ministres, à notre niveau…

QUESTION – Avec George Bush ?

LE PRESIDENT – Naturellement, Nous leur avons dit de faire attention, qu'on ne pouvait pas être porteur de valeurs de démocratie, de dialogue et ne pas utiliser tous les moyens pour éviter une guerre. Et que si la communauté internationale ne donnait pas son aval, ce serait un précédent dangereux pour les Etats-Unis que de passer outre. Vous me direz : "ils ont déplacé 200 000 hommes". Mais ils ont gagné, déjà ! J'ai eu l'occasion de le dire il n'y a pas longtemps au Président BUSH. Il est hautement probable que, si les Américains et les Anglais n'avaient pas déployé ces forces, aussi importantes, il est hautement probable que l'Iraq n'aurait pas donné cette coopération plus active qu'exigeaient les inspecteurs, qu'ils ont constatée et que, probablement, elle a été obtenue à cause de cette pression. Donc, on peut dire qu'en réalité, dans leur stratégie de désarmement de l'Iraq, les Américains ont atteint leur objectif, ils ont gagné.

QUESTION – Donc ils ne perdraient pas la face ?

LE PRESIDENT – Je ne vois pas comment ils la perdraient. Vous savez, atteindre son objectif sans faire la guerre, cela ne peut pas conduire à perdre la face.

QUESTION – Si guerre il y a, si les Etats-Unis décident de faire la guerre avec ou sans mandat de l'ONU, si c'est sans mandat de l'ONU, est-ce que la France s'associera d'une manière ou d'une autre à cette guerre ? Est-ce que nos soldats y seront engagés, est-ce que des moyens militaires y seront engagés ?

LE PRESIDENT – ous ne sommes pas engagés et nous ne le serons pas s'il n'y a pas une décision de l'ONU, naturellement.

QUESTION – Ni porte-avions, ni base, ni utilisation d'hommes ou de soldats ?

LE PRESIDENT – Aucun moyen militaire.

QUESTION – Survol du territoire, si la demande en est faite ?

LE PRESIDENT – Cela va de soi. Cela fait partie des relations normales qui existent entre pays alliés. Les Américains sont nos alliés. Nous ne sommes pas d'accord avec eux sur une guerre immédiate dans cette région du monde, en Iraq, cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas des alliés. Si les Américains ont besoin de survoler notre territoire, il va de soi qu'entre alliés ce sont des choses qui se font.

QUESTION – Ils n'y avaient pas eu droit lorsqu'ils avaient voulu bombarder Tripoli et la Libye…

LE PRESIDENT – Il n'y avait pas de rapport. Cela, c'était un coup de main ou un coup de force sur un pays étranger, parfaitement ciblé, pour une opération. Et, à l'époque, je n'avais pas cru, et le Président MITTERRAND non plus j'étais Premier Ministre, mais François MITTERRAND était Président de la République- nous n'avions pas cru devoir donner notre autorisation. Mais cela, c'était un problème très particulier.

QUESTION – Dans l'hypothèse où une guerre serait déclenchée sans mandat de l'ONU, la France, ne s'associant pas aux opérations armées, pourrait-elle être associée à la reconstruction de l'Iraq ?

LE PRESIDENT – Personne ne peut dire à l'avance quels sont les résultats d'une guerre. Il est rare qu'ils soient positifs. Il y a d'abord des femmes, des hommes, des enfants morts et il y a ensuite, dans le cas particulier, le risque d'éclatement du pays, avec tout ce que cela comporte comme incertitudes. Ensuite, il faut recréer un peu le calme dans une région qui est hélas traumatisée depuis longtemps, qui est fragile et qui n'a vraiment pas besoin d'une guerre supplémentaire. Donc, on ne sait pas quelles sont exactement les conséquences d'une guerre. Mais ce qui est sûr, c'est qu'après une guerre, il faut effectivement réparer les choses.

QUESTION – Et la France demandera à participer à cette reconstruction ?

LE PRESIDENT – C'est-à-dire qu'on le lui demandera ! Il faut reconstruire, à la fois matériellement et aussi politiquement. Et cette reconstruction, elle, alors, elle ne peut se faire que par l'ONU. On n'imagine pas quelqu'un assumant seul le rétablissement d'une situation viable dans ce pays et dans cette région, y compris les Etats-Unis.

QUESTION – Même avec un protectorat américain ?

LE PRESIDENT – Cela, c'est une hypothèse hasardeuse.

QUESTION – Vous n'y croyez pas ?

LE PRESIDENT – Je ne sais pas ce que veulent faire les Américains, mais je dis que c'est une hypothèse hasardeuse. En revanche, ce qui est sûr, c'est qu'il faudra que l'on s'associe tous pour réparer, si j'ose dire, les dégâts. La France, bien évidemment, y aura sa place et assumera ses responsabilités. Mais nous préférerions, je le répète une fois de plus, atteindre l'objectif que s'est fixé la communauté internationale, c'est-à-dire le désarmement de l'Iraq. Et, à partir du désarmement de l'Iraq, ne vous y trompez pas, la fin du régime. Car le désarmement suppose une transparence. Et les dictatures ne résistent pas longtemps à la transparence.

Nous préférons le faire par la voie de la paix plutôt que par la voie de la guerre, si tant est qu'elle puisse être efficace. Je voudrais vous rappeler sur ce point que c'est une position constante de la part de la France depuis le début de cette crise. Nous avons été très actifs pour l'élaboration de la décision du Conseil de Sécurité quand il a adopté, à l'unanimité, la résolution 1441.

QUESTION – Monsieur le Président, aux Etats-Unis, Richard PERLE disait finalement que, dans cette crise, la France cherche à exister en s'opposant à Washington. Est-ce qu'à l'inverse, vous-même, vous avez l'impression que cette crise révèle des visées hégémoniques des Etats-Unis sur l'organisation du monde ?

LE PRESIDENT – Cela, c'est la polémique, et moi, je n'entre pas dans la polémique. Je ne souhaite surtout pas polémiquer avec les Américains. Mais là, nous arrivons à un problème de principe. Nous ne sommes pas du tout en conflit avec les Etats-Unis, nous n'avons aucune raison d'avoir un conflit avec les Etats-Unis. Mais là, nous sommes sur un problème de principe, je dirais, un problème moral. Est-ce que l'on va faire la guerre alors qu'il y a peut-être un moyen de l'éviter ? La France, conformément à sa tradition, dit : "s'il y a un moyen de l'éviter, il faut l'éviter". Et nous ferons tout pour cela.

QUESTION – Mais eux, ils disent que c'est un problème moral et Tony BLAIR aussi, il dit : "il y a l'axe du mal et cet axe du mal doit être détruit"…

LE PRESIDENT – Faisons attention aux excès.

QUESTION – Cette formule vous semble déplacée ?

LE PRESIDENT – Je ne l'ai pas approuvée.

QUESTION – Quoi qu'il arrive, il y aura un vaincu, quand même, dans cette crise : c'est l'Europe.

LE PRESIDENT – Je ne le crois pas.

QUESTION - Quand même, c'est difficile d'avoir une politique étrangère commune, beaucoup plus difficile que la monnaie commune, apparemment ?

LE PRESIDENT – Je ne le crois pas. D'abord parce que je n'ai jamais pensé que l'Europe était un chemin de roses. L'Europe, c'est un chemin difficile, escarpé, semé d'embûches. Et vous observerez que, depuis que nous l'avons emprunté, nous avons toujours progressé. Quelles que soient les difficultés et quelles que soient les embûches. Et chaque fois qu'il y a eu crise, nous sommes sortis renforcés dans le processus européen. Je prends l'exemple qui nous occupe aujourd'hui. Nous avons fait des efforts, après le marché unique, après un certain nombre d'autres réformes et après la monnaie unique, pour nous engager sur la voie de la politique étrangère et de défense commune. Nous savions très bien que nous aurions là-encore des difficultés. Elles sont apparues avec l'affaire iraquienne. Je vous rappelle, pour vous donner un exemple, alors que nous prenions à l'évidence deux positions différentes, que les Anglais et nous, nous nous sommes réunis pour notre dernier sommet franco-britannique au Touquet…

QUESTION – Voilà quelques semaines maintenant…

LE PRESIDENT - …Et nous avons constaté notre divergence de vues sur cette affaire iraquienne et progressé très sensiblement sur tout un ensemble de décisions, qui sont passées un peu inaperçues à cause de la crise iraquienne, mais qui nous ont permis de progresser sur la voie de la défense commune.

Ma conviction c'est que la crise -avec un petit "c-" que connaît l'Europe à cause de ces divergences de vues …

QUESTION – … Elle est profondément divisée quand même…

LE PRESIDENT – Non, ne le croyez pas ! Vous savez, j'ai une longue expérience de l'Europe. Je connais bien l'Europe. Je sais comment elle fonctionne. Je suis peut-être l'un de ceux qui savent le mieux comment elle fonctionne. Elle ne sera pas du tout divisée, dès que la crise sera terminée. Et elle trouvera dans ce remords de ne pas avoir pu concevoir une position unique une force nouvelle pour arriver à l'objectif qu'elle s'est fixé. C'est toute l'histoire de l'Europe. L'histoire de l'Europe est jalonnée de crises dont chaque fois, elle est sortie renforcée. Et ce phénomène se produira encore. Tout simplement parce que chacun a conscience que, si nous voulons –c'est ce que je vous disais au début- si nous voulons un monde multipolaire où l'Europe compte et existe, il faut qu'elle soit réellement bien associée. Et elle le sera.

QUESTION – Pour terminer cet entretien, nos compatriotes sont préoccupés de deux ou trois choses. Si guerre il y a, d'abord le risque d'un regain éventuel du terrorisme. Deuxièmement, que les communautés qui fondent ce pays ne soient pas antagonistes, ne s'opposent pas les unes aux autres. Et, troisièmement, aussi, la machine économique qui, finalement, s'est beaucoup ralentie ces derniers temps. Et les gens ont tendance à penser que c'est à cause de ces menaces de guerre. Est-ce que vous pouvez les rassurer sur ces sujets ?

LE PRESIDENT – Sur ces trois points, le terrorisme d'abord. Il est certain que, s'il y a guerre, les premiers vainqueurs seront probablement ceux qui souhaitent l'affrontement, le choc des civilisations, des cultures, des religions, et qu'une guerre de cette nature ne peut à mes yeux que conduire à un développement du terrorisme. C'est en tous les cas hautement probable.

QUESTION – Y compris contre la France ? Par nature, elle est visée ?

LE PRESIDENT – Vous savez, là, on ne sait rien. La France a été douloureusement touchée par le terrorisme, elle en a l'expérience. Et, par conséquent, elle se méfie peut-être plus que d'autres. En tous les cas, ce que je peux vous dire, c'est que, dans ce domaine, il me semble que la guerre est un élément qui fera éclater la coalition mondiale anti-terroriste. Car il ne faut pas oublier tout de même qu'une très grande majorité des pays et des peuples du monde est hostile à cette guerre, une très, très grande majorité. La France n'est pas isolée, beaucoup s'en faut. Donc le terrorisme risque effectivement d'avoir une impulsion nouvelle dans ce contexte. Ce que je peux vous dire, c'est que le gouvernement français a pris un ensemble de dispositions aussi efficaces que possible, face à un phénomène aussi imprévisible, afin que le terrorisme ne puisse pas se développer. Je remarque d'ailleurs que, depuis deux ou trois mois, un certain nombre d'opérations spectaculaires, et dont la plupart ont été publiques, d'ailleurs, ont permis de neutraliser des réseaux terroristes qui étaient réellement dangereux. Au moins ceux-ci ont été neutralisés.

QUESTION – Sur les tensions entre communautés ?

LE PRESIDENT – Vous dites les tensions…

QUESTION – …Qui ne sont pour l'instant pas perceptibles ?

LE PRESIDENT – La France est un pays qui a toujours eu pour vocation d'intégrer ses enfants et qui ne veut pas accepter le communautarisme. Et donc, tout ce qui peut développer ce mal doit être combattu. Nous essayons de faire le maximum pour que la compréhension, le respect de l'autre -hélas trop souvent ignoré- le dialogue, notamment entre les religions, entre les communautés, entre les cultures, en France et dans le monde, permettent d'éviter ces affrontements stériles, dangereux et cruels.

Enfin, vous me parlez de l'économie, à juste titre. Il est certain que ce bruit de bottes, si j'ose dire, n'est pas favorable à l'économie. Et nous voyons bien que la croissance diminue, avec les conséquences que cela comporte, dramatiques, sur l'emploi, que les investissements attendent, sont différés, que la confiance n'est pas présente, que la consommation en souffre et que, par conséquent, c'est vrai, la machine économique a du mal actuellement, et c'est lié pour une large part à la situation internationale et aux perspectives de guerre.

Alors, là encore, il faut essayer d'agir de la façon le plus efficace possible. Et je crois que le gouvernement, de ce point de vue, a pris non seulement la bonne voie mais la seule voie possible, c'est-à-dire celle qui consiste à associer une politique en faveur de l'emploi, pour des raisons sociales, et une politique de libération des énergies, pour encourager l'économie et notamment l'investissement ou la consommation.

Je crois que le gouvernement le fait avec détermination. Le Premier Ministre a dans ce domaine, incontestablement, une espèce de détermination, de volonté, et je crois qu'il fait de ce point de vue tout ce qui peut être fait.

QUESTION – Juste un mot sur vous-même, Monsieur le Président. On parle beaucoup de posture gaullienne. Est-ce que cela vous fait plaisir ? Est-ce que vous y puisez de l'inspiration, notamment dans l'opposition aux Etats-Unis ?

LE PRESIDENT – Attendez, le Général de GAULLE n'a jamais fait de l'opposition aux Etats Unis. Le Général de GAULLE a même été présent, aux côtés des Etats-Unis, le premier, chaque fois qu'il y a eu une crise.

QUESTION – Disons qu'il n'a pas hésité à s'opposer, si l'on veut ?

LE PRESIDENT – Non, il ne s'est pas opposé pour s'opposer aux Etats Unis.

QUESTION – Il a claqué la porte de l'OTAN, par exemple.

LE PRESIDENT – Oui, il a affirmé les intérêts de la France.

QUESTION – Vous y pensez dans ces moments-là ? Vous sentez cette filiation ? Ou cela ne fait pas partie de vos réflexions ?

LE PRESIDENT – Je ne peux être que flatté, en tous les cas, de cette comparaison que vous voulez bien faire. Mais j'essaie de prendre mon inspiration propre.

QUESTION – J'ai une toute dernière question à vous poser. A quel pourcentage de chances vous pensez que l'on peut échapper aujourd'hui à la guerre ? On la sent inévitable.

LE PRESIDENT – Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que, même si c'était un pour mille ou un pour un million, ça ne diminuerait en rien ma détermination à tout faire pour que l'on puisse régler le problème iraquien sans faire la guerre.

QUESTION – Je vous remercie, Monsieur le Président, et j'imagine que l'on aura l'occasion de vous retrouvez, à New York ou ailleurs.

LE PRESIDENT – Je vous remercie.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-11 12:24:02
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INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON