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Publié le jeudi 6 mars 2003
Jeudi 6 mars 2003
SPOLATIONS
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Juifs spoliés, le prix de l'irréparable
Plus de 13 000 requêtes d'indemnisation ont été déposées depuis
fin 1999.
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Par Benjamin COHEN
jeudi 06 mars 2003


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epuis fin 1999, 4 547 familles spoliées en France pendant la période de l'Occupation sont passées devant la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), sur 13 400 requêtes déposées, selon le rapport d'activité annuel de la commission remis mardi à Matignon. Pour mesurer l'ampleur des dommages, la mission Mattéoli avait engagé un important travail de recherche sous le gouvernement Juppé. La CIVS lui a succédé. Présidée par le magistrat Pierre Drai, elle a pour objectif de restituer aux victimes le montant des biens saisis pendant la guerre et de dédommager les préjudices causés. La CIVS a évalué à plus de 72,5 millions d'euros le total des indemnisations, sachant que 44 % des familles perçoivent en moyenne moins de 15 000 euros.
Si seul le tiers des requêtes a abouti, c'est que, explique la commission, le traitement de chaque dossier demande un travail minutieux de croisement d'archives. Une antenne historique ratisse les centres d'archives de Paris, Berlin et Jérusalem. Registres du commerce, cadastres, Cour des comptes, archives nationales, mais aussi les fichiers de la Gestapo, sont consultés quotidiennement par la CIVS. L'antenne bancaire recherche, elle, les traces de comptes auprès des banques françaises.
«Cas uniques». Les dossiers concernent des personnes âgées pour la plupart, souvent orphelins de parents déportés. Mais aussi des victimes indirectes, issues de la deuxième génération. Si certains ont pu récupérer leur logement dès 1945, meubles, tableaux ou outils de travail avaient été saisis. D'autres n'ont jamais revu les murs dans lesquels ils avaient vécu. Ces familles cachées, éparpillées sur le territoire français, se sont retrouvées à la fin de la guerre, démunies de tous biens. Ce sont elles qui aujourd'hui ne savent trop comment prendre ce rachat tardif et insipide. «Quand les gens appellent, nous devons insister sur le fait que l'indemnisation est un droit, qu'ils ne quémandent rien, précise Gabriel Masurel de la cellule d'accueil. Nous les rassurons. On leur dit qu'il serait dommage de ne pas bénéficier de cet argent. C'est le leur.» «Même si toutes les histoires se ressemblent, affirme Axel Picard, chaque cas est unique. Il est important de ne rien banaliser.» Certains requérants viennent avec une liste très détail lée, d'autres sans rien. «Un homme se souvenait très bien s'être fait voler sa bicyclette par des Allemands, je lui ai ouvert une demande.»
Suite à une campagne internationale fin 2001 une plaquette à l'effigie de Marianne a même été éditée en hébreu , la CIVS a reçu des requêtes des quatre coins du monde d'où elle peut être jointe par Internet (1) ou numéro vert international (2).
«Priorité». L'organisme s'est doté de 26 magistrats pour instruire les dossiers. «Nous avons dû mettre en place un système de priorité. L'âge, l'état de santé ainsi que les ressources financières des requérants sont désormais pris en compte pour le délai de traitement des dossiers», souligne le préfet Lucien Kalfon, directeur de l'institution. A raison de 200 dossiers traités par mois, «sans une nette augmentation des effectifs, nous évaluons la fin des réparations dans cinq ans», avertit-il. La dernière génération de survivants est en train de s'éteindre, les requêtes continuent d'affluer.
(1) www.civs.gouv.fr (2) 00800 2000 4000. | |
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Sarah, une
indemnisation
en forme de
quête
d'enfance
Enfin confrontée à son histoire familiale.
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Par Benjamin COHEN
jeudi 06 mars 2003

 «Cet argent ne remplace rien, c'est un plus, c'est tout.» Sarah Lipschitz |
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lle fume des brunes. Elle est fan d'informatique. Et donne rendez-vous à La Pause Café, un lieu d'écoute parisien pour les survivants de la Shoah et leur famille, géré par l'OEuvre de secours aux enfants, l'OSE, qui l'a sauvée quand elle était petite fille.
Déportation. Sarah Lipschitz est née il y a 69 ans à Paris. Elle est secrétaire générale de la Licra pour le sud de la région parisienne. Elle est aussi membre de l'Association des fils et filles de déportés, créée par Serge Klarsfeld. C'est de là qu'elle a pris connaissance de la Commission d'indemnisation des victimes de spoliations (CIVS). En janvier 2000, elle y a déposé un dossier. Elle a décidé, avec ses deux soeurs survivantes, qu'elle devait accepter le geste même tardif du gouvernement français. Elle a récupéré de l'argent. Mais, surtout, cette démarche lui a permis de découvrir les fragments d'une histoire familiale qu'elle n'a jamais connue.
Petite dernière d'une modeste famille polonaise de cinq enfants, immigrée à Paris en 1930 pour fuir les pogroms, elle intègre une maison d'enfants dès l'âge de 5 ans. «Mes parents devaient être très pau vres, ils m'ont placée dans une institution juive à Neuilly en 1938.» Ses trois soeurs, son frère et ses parents habitent alors un petit appartement du XVIIIe arrondissement. En juillet 1942, Nachman, le frère aîné, est arrêté puis déporté. Il ne reviendra jamais. Sa soeur Cywja subit le même sort en mars 1943. Sept mois plus tard, c'est au tour de leur père, Jermina Bakalja. Le commerçant est arrêté par la police française et emmené au camp de Drancy. Sa femme, Brandla, y est envoyée un an plus tard.
Clandestinité. Quand Sarah a 12 ans, la quasi-totalité de sa famille est déportée. Mais la fillette n'en sait rien. Elle séjourne dans une maison de l'OSE. A partir de 1943, elle est cachée dans le cadre du circuit clandestin de l'OEuvre, le circuit Garel. Elle est placée au couvent de la Miséricorde sous le faux nom de Bachelier, jusqu'à la fin de la guerre. «Je me souviens qu'on a voyagé toute une nuit en train. On nous répétait : "Comment tu t'appelles ? Comment tu t'appelles ?" Il ne fallait pas qu'on soit repérés.» A part ça, le vide. De toute son enfance, Sarah ne veut pas se souvenir : «A l'âge de 20 ans, on m'a informée que j'avais le droit à une bourse du gouvernement allemand. Je n'en ai pas voulu, je me disais que ça ne ramènerait pas mes parents.»
Recherches. Ensuite, elle est devenue secrétaire, elle s'est mariée, a eu un fils. Et elle a eu le temps de réfléchir. Elle pense aujourd'hui que la commission est financée par de l'argent allemand : «Il n'y a pas de raisons. Tout ce que je peux prendre aux Allemands, je le prends. J'étais bête à l'épo que. C'est à ce moment-là que j'en aurais eu besoin.» En 1999, quand elle apprend qu'elle peut être indemnisée, Sarah décide d'entreprendre toutes les démarches. Ses soeurs aînées la chargent de les représenter. «Elles n'avaient pas envie de faire tout ça. Moi, je trouve ça normal, c'est un dû.» Elle fournit alors à la commission le peu d'informations qu'elle possède. Le croisement des recherches entrepris par la commission pour évaluer la valeur des biens spoliés et les préjudices causés par l'Etat français, révèle à Sarah une multitude de détails qui lui échappaient. Les conditions d'arrestation et les lieux de déportation de ses parents, la taille du commerce de son père... Autant de renseignements qui ont remué la mémoire opaque de Sarah : «J'ai l'air indifférent aujourd'hui, mais ça a été très dur.» Sarah pense à ses parents, son frère et sa soeur disparus : «Toute ma vie, j'ai voulu les connaître. Après les recherches de la CIVS, j'avais l'impression d'en savoir trop ou pas assez.» Ensemble, Sarah et ses deux soeurs ont perçu près de 30 000 euros. Pour elle, cet argent ne remplace rien : «C'est un plus, c'est tout. Nous y avons droit, pourquoi ne pas le prendre ?»
Tout au long de ses démarches, Sarah a eu le sentiment qu'on lui a mis des bâtons dans les roues. Son dossier est pourtant passé parmi les premiers et elle a été indemnisée très vite. Mais, les membres de la commission n'avaient, dit-elle, pas retrouvé trace du commerce de son père : «Ils cherchent la petite bête. Ils n'ont pas envie de payer.» Sarah aurait pu pousser plus loin, auprès d'autres institutions, elle refuse : «Peu importe, au moins, c'est fait. J'en ai marre de remuer tout ça. Maintenant, je m'arrête.».
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ericjeanloicbreton |
| 2003-03-06 06:55:23
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Jeudi 6 mars 2003
EUROPE
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Charge
britannique
contre la
Convention
européenne
Londres aurait voulu supprimer du projet de Constitution «la primauté du droit communautaire».
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Par Jean QUATREMER
jeudi 06 mars 2003

 «On n'est pas ici pour détricoter cinquante ans de construction européenne !» Paolo Ponzano, représentant suppléant de la Commission |
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Bruxelles (UE) de notre correspondant
ony Blair tombe le mas que. Son représentant à la Convention européenne, Peter Hain, a offert, hier, un feu d'artifice d'euroscepticisme, tel qu'on n'en avait plus vu depuis les glorieuses années où Margaret Thatcher était Premier ministre du Royaume-Uni (1979-1990). Amendement après amendement, Hain a suggéré de revenir à l'Europe telle qu'elle était au début des années 60... Paolo Ponzano, représentant suppléant de la Commission, s'en est étranglé : «On n'est pas ici pour détricoter cinquante ans de construction européenne !» Il semble loin le temps où le Premier ministre britannique, fraîchement élu, proclamait qu'il voulait être au «coeur de l'Europe».
Retour en arrière. Peter Hain, soutenu par le gouvernement irlandais, a sorti l'artillerie lourde en proposant de «biffer» du projet de Constitution la pierre angulaire de l'intégration européenne, en l'occurrence «la primauté du droit communautaire». Selon ce principe fondamental, qui a permis l'harmonisation des différentes normes juridiques qui constituaient autant d'entraves au Marché unique, le droit européen l'emporte toujours sur les droits nationaux. Concrètement, par exemple, c'est ce principe qui empêche la France de violer impunément la directive européenne sur les dates de chasse aux oiseaux migrateurs... Même la Dame de fer n'a jamais proposé un tel retour en arrière, bien au contraire : elle avait parfaitement compris que les pouvoirs de «Bruxelles» lui permettraient de faire avaler à la France la potion libérale qu'elle concoctait. Les faits lui ont donné raison, l'Hexagone ayant abandonné, sous les coups de boutoir de «Bruxelles», la plupart des oripeaux de l'économie mixte.
Position adoucie. Lord Maclennan of Rogart, un libéral démocrate, s'est d'ail leurs étranglé en entendant son concitoyen : «La primauté du droit communautaire a été affirmée en 1964 par la Cour de justice des communautés européennes», a-t-il rappelé. Jean-Luc Dehaene, le vice-président de la Commission, a lancé à Hain : «Vous craigniez de dire clairement aux opinions publiques ce qu'est l'UE ?» Hormis l'Irlande, personne n'a soutenu Londres dans cette aventure. Peter Hain a donc légèrement adouci sa position : «On peut envisager de ne pas supprimer la primauté, mais il faut mieux rédiger le texte...»
Il a ensuite poursuivi son offensive en se disant «déconcerté» par le nombre de fois où le texte faisait référence à la «coopération loyale» entre Etats... Le représentant de Sa Gracieuse Majesté a déploré que le projet de Constitution ose prétendre que «l'Union agit dans les limites des compétences qui lui sont attribuées par la Constitution» alors que, selon lui, ce sont les «Etats membres» qui lui attribuent des compétences. Le commissaire européen Antonio Vitorino a ironisé : «Je vous rappelle que l'Union existe parce que les Etats membres existent. Il faut cesser de lutter contre des moulins et des fantômes. Ce sont les Etats membres qui sont au départ de tout et non Dieu.» «Les eurosceptiques vont se battre pied à pied», a analysé le député européen Alain Lamassoure au cours d'une conférence de presse : «C'est désormais un combat de rue, maison par maison.» Cela promet.
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ericjeanloicbreton |
| 2003-03-06 06:54:01
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EUROPE
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Jeudi 6 mars 2003
TCHETCHENIE
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En Tchétchénie , les
civils vivent dans la
peur des
«disparitions»:
«La nuit, ils
enlèvent nos
enfants»
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Par Hélène DESPIC-POPOVIC
jeudi 06 mars 2003

 «J'ai tellement peur d'aller au marché que j'emmène toujours un de mes enfants avec moi pour qu'il puisse donner l'alerte au cas où il m'arriverait quelque chose.» Une infirmière |
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Grozny envoyée spéciale
ebout dans le froid, la tête recouverte de leur fichu noué derrière la nuque, les femmes guettent le chaland. Sur leurs étals, installés à proximité de la caserne de la 46e brigade de l'armée du ministère russe de l'Intérieur, sont entassés les habituels poulets rôtis, épices et barres de chocolat. Mais on y trouve aussi diverses pièces d'uniforme, des vestes aux sous-vêtements molletonnés avec divers motifs de camouflage en passant par les cagoules noires percées pour les yeux et la bouche. «C'est avec ces masques qu'Ils viennent la nuit pour enlever nos enfants, s'indignent deux marchandes sans comprendre ce qu'il peut y avoir d'incongru à les vendre. Nous savons bien que ce sont Eux.»
Après trois ans de guerre, dans un paysage explosé qui fut autrefois urbain, les Tchétchènes n'ont plus assez de mots pour exprimer leur terreur. «J'ai peur de vous parler, j'ai peur de sortir dans la rue... Et j'ai tellement peur d'aller au marché qu'à chaque fois j'emmène un de mes enfants avec moi pour qu'il puisse donner l'alerte au cas où il m'arriverait quelque chose», explique une infirmière. «Le mois dernier, mon cousin a disparu. On a retrouvé son corps décapité dans la rue. J'ai eu tellement peur que je n'ai pas osé assister à son enterrement. Pour ne pas attirer le malheur sur ma famille», ajoute une de ses collègues. Le jeune homme avait 19 ans et habitait dans le centre de Grozny avec deux autres étudiants, enlevés de la même façon. Selon son entourage, son seul crime était d'être apparenté à un dirigeant séparatiste. Aucun de ses proches n'a porté plainte, de crainte d'attirer l'attention.
Irruption nocturne. Dans cet océan de terreur, il existe toutefois des havres de sécurité. Parmi ceux-ci, le centre de relogement provisoire (PVR en russe) de la rue Bogdan-Khmelnitsky, à Grozny, un bâtiment rénové où ont trouvé asile quelques centaines de réfugiés rentrés des camps situés au nord de la Tchétchénie ou en Ingouchie. «Il n'y a pas de zatchistki (opérations de nettoyage, ndlr) ici», raconte Nina, une psychologue de 37 ans revenue de Znamenskoïé avec ses deux enfants. «La chef du centre ne le permet pas. Elle a dit aux autorités : "Vous avez les listes des occupants du centre, nous avons des ordinateurs, vous pouvez vérifier. Il n'est pas question de déranger les gens, surtout la nuit."» Et depuis son arrivée, en mai dernier, il n'y a pas eu d'irruption nocturne de policiers ou de militaires, alors qu'ils passaient souvent auparavant. «Ils venaient au moins deux fois par mois, les soldats ou bien le FSB (ex-KGB). A quatre heures du matin. Et ils disaient : "Posez vos documents et vos armes sur la table." Quelles armes ? Ils emmenaient des gens et ont même battu une jeune fille qui défendait son frère», se rappelle la jeune femme.
Les PVR ne sont pourtant pas des paradis. Les familles, souvent nombreuses en Tchétchénie, vivent à l'étroit dans une pièce, la plupart du temps sans eau courante. L'aide promise à la reconstruction des logements individuels n'arrive pas. Mais il faut bien sortir, aller faire ses courses, voir son ancienne habitation. «Ma terreur, ce sont les blockposts (points de contrôle, ndlr), dit l'ex-réfugiée. Les soldats qui contrôlent les papiers me disent : "Tu as un prénom russe, tu es grande, tu es une sniper." C'est de l'argent qu'ils veulent. Ils en prennent à tous les conducteurs, même ceux des autobus.»
Hommes masqués. Les années qui passent n'atténuent pas la peur. Au contraire, elle s'accroît. «Quand la guerre a commencé, mon fils était petit. Il a 12 ans maintenant et je crains déjà pour lui, car ils enlèvent même des jeunes de 14 ans. Les fédéraux disent que nous sommes des bandits. A nos yeux, ce sont eux les criminels», explique la jeune femme, qui a perdu sa soeur, tuée par une grenade explosive lancée dans la cour de sa maison, et dont les trois frères ont été arrêtés et tabassés. Quand les locataires du centre rendent visite à leur famille et à leurs anciens voisins, l'immeuble bruit des dernières nouvelles de la ville. Une des voisines de Nina vient juste d'en recevoir de son village, Prvomaïskaïa, une banlieue à 20 kilomètres de Grozny. «Hier soir, Ils se sont saisis de deux jeunes frères. L'un d'entre eux s'est échappé et a été blessé. Ils avaient été attachés et liés avec un explosif. L'un a réussi à se détacher, l'autre a été retrouvé mort. C'est ma cousine qui me l'a raconté», dit-elle.
Le déroulement des disparitions qui hantent la vie de tous les civils de Grozny est presque toujours le même. Convoyés par des véhicules sans plaques d'immatriculation, des hommes masqués en uniforme de camouflage, sans épaulettes ni signes distinctifs, font irruption de nuit au domicile de leurs victimes, qu'ils emmènent sans autre forme de procès. Plusieurs jours, semaines ou même mois plus tard, des corps ou des morceaux de corps sont retrouvés dans la rue ou dans des charniers. Les familles qui les ont cherchés de caserne en prison n'entendent que des dénégations. Certaines demandent l'aide du parquet. Officiellement, selon le colonel du FSB Ilya Chabalkine, chef du centre de presse de l'armée russe à Grozny, 1 640 personnes ont été portées disparues en Tché tchénie, un chiffre qui inclut aussi les soldats dont on ne retrouve pas trace depuis la première guerre de Tchétchénie (1994-1996) ainsi que les victimes de kidnappings crapuleux. Les forces fédérales se défendent de faire disparaître des civils. «Beaucoup de familles racontent que leur fils a disparu. En fait, après enquête, on s'aperçoit qu'ils ont rejoint les bandes (séparatistes)», dit le colonel. Pour susciter de nouveaux doutes, il raconte que les forces russes ont arrêté des groupes armés tchétchènes qui, en uniforme fédéral, assassinaient leurs concitoyens. Pressés de questions, les officiers russes ponctuent leurs dénégations d'un «ma foi, n'importe qui peut se procurer un uniforme au marché».
Opérations ciblées. Ces explications tout comme ces chiffres sont fortement contestés par les organisations des droits de l'homme. Memorial estime à plus de 2 800 le nombre de Tchétchènes disparus après avoir été arrêtés, un chiffre que l'organisation considère comme minimal, car de nombreuses familles ne cherchent d'aide auprès d'aucune institution. Pour les mois de janvier et février, selon un responsable de l'organisation à Moscou, 42 personnes ont disparu, un nombre en hausse. Les défenseurs des droits de l'homme récusent les démentis des fédéraux. «Nous avons répertorié de nombreux cas de disparitions qui ont été opérées par des groupes arrivant dans des transports de troupe. Les indépendantistes tchétchènes n'ont pas de blindés», dit la directrice de l'antenne de Human Rights Watch à Moscou, Anna Neistat.
La «normalisation» promise par Moscou s'avère être un trompe-l'oeil. Le nombre de blockposts a certes diminué. Un sur trois a été enlevé, selon le colonel Chabalkine. Les rafles d'envergure, ces «opérations de nettoyage» où l'on procède à la vérification de tout un village, ont pratiquement cessé, comme s'y était engagé le président Vladimir Poutine. Après la meurtrière prise d'otages de Moscou en octobre, il avait ordonné que les forces fédérales procèdent à des opérations ciblées. Mais ces dernières paraissent aux yeux des civils relever du pur arbitraire. Elles sont devenues, relève Memorial dans son rapport du 11 février, «un instrument de terreur, pas moins cruel que les rafles elles-mêmes. Car il est fréquent que les personnes arrêtées au cours de ces opérations disparaissent».
Assises entre deux chaises, les institutions prorusses mises en place par Moscou ne nient pas les faits. La télévision locale, qui émet en russe seulement, diffuse chaque jour une émission Rozisk («Recherche») où les familles racontent la disparition des leurs. La police tchétchène prorusse est partagée entre sa loyauté à Moscou et la proximité avec son peuple et n'a guère de réponse à apporter aux familles qui se plaignent : «Si nos enfants sont coupables, pourquoi les tue-t-on ? Qu'on les juge.» «Pour faire cesser les disparitions, il faudrait travailler tous ensemble. Actuellement, il y a trop d'unités, trop de services. Il y a la police fédérale, la police tchétchène, le FSB et même le GRU (contre-espionnage militaire)», reconnaît le chef de la police criminelle du quartier d'Oktobarskoïé, où 18 personnes ont disparu en 2002, sans expliquer pourquoi cette coopération ne se fait pas. En l'absence de réponse des autorités, la population n'a qu'une revendication : le retrait de l'armée russe, en qui elle voit la source de tous ses maux.
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ericjeanloicbreton |
| 2003-03-06 06:53:25
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TCHETCHENIE
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Jeudi 6 mars 2003
COREE DU NORD

COREE DU NORD Fuir ou mourir La réforme économique en Corée du Nord est un échec complet, au point que le pays pourrait connaître sous peu des heures encore plus noires qu’au pire moment de la famine de 1996. Des réfugiés témoignent dans la “Far Eastern Economic Review”.
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| (DR) |
Ils sont quatre pauvres hères réfugiés dans une ferme chinoise située à quelques kilomètres de Yangi, près de la frontière avec la Corée du Nord : quatre Nord-Coréens qui ont franchi la rivière Tumen à pied, profitant du froid qui avait gelé l’eau “et qui, depuis, se terrent dans une grange, sortant le moins possible de crainte d’être dénoncés à la police chinoise”, note la “Far Eastern Economic Review”.
Ces réfugiés, pour l’instant, sont accueillis par une famille d’origine coréenne qui appartient à un réseau secret de chrétiens dont le but est d’aider les malheureux qui parviennent à fuir le dernier “paradis stalinien” du monde. “On estime entre 140 000 et 300 000 les transfuges du régime de Pyongyang qui se cachent aujourd’hui en Chine”, précise la “FEER”, qui est allée à la rencontre des quatre personnes, en respectant leur anonymat afin de ne pas leur nuire.
Deux millions de morts de faim
“Nous devons fuir, nous n’avons pas le choix”, affirme l’une des quatre réfugiés, une veuve de 36 ans dont le mari est mort en raison d’une malnutrition chronique. Pourtant, explique la “FEER”, quelques jours avant sa fuite, “la malheureuse et ses quelques centaines de voisins du petit village frontalier où elle vit ont été réunis pour écouter un officiel du Parti, qui les a alors avertis : la frontière avec la Chine allait être encore plus surveillée. Et le fonctionnaire de conclure son discours par un ‘Ne songez même pas à partir : c’est mieux de mourir chez nous’”, raconte l’hebdomadaire de Hong Kong.
Avec le risque de décéder jeune. En effet, ajoute la “FEER”, “la situation en Corée du Nord est aujourd’hui peut-être encore pire qu’en 1996”, l’année de la famine dont on pense qu’elle a coûté la vie à 2 millions de personnes. Accusées de cette improbable détérioration : les réformes économiques commencées en juillet dernier et voulues par Kim Jong-il, afin de “revitaliser son pays et d’attirer les investisseurs américains, sud-coréens ou japonais”.
Kim Jong-il est aux abois
Si l’argent n’est pas venu, l’inflation en revanche a décollé : 400 % en quelques mois. Le won, la monnaie nord-coréenne, s’échange aujourd’hui au cours de 700 wons pour 1 dollar, alors qu’avant les réformes sa valeur était de 200 wons pour 1 dollar. Le prix d’un kilogramme de maïs, un produit qu’à peu près tout Nord-Coréen pouvait s’acheter il y a peu, a doublé, pour atteindre 70 wons, un tarif similaire à celui du kilogramme de riz.
Pour autant, les salaires n’augmentent pas. “Dans le cadre de la réforme, les ouvriers d’une mine de charbon devaient être augmentés à 2 500 wons par mois”, explique la “FEER”. L’un d’entre eux, qui a fui, précise : “Nous n’avons reçu que 800 wons, et cela s’est arrêté en octobre. Les mineurs en ont tellement marre de ne rien toucher que certains osent même ne plus venir travailler, alors qu’ils risquent six mois de travaux forcés.”
Certains analystes interprètent même la radicalisation actuelle du régime de Pyongyang comme la conséquence de l’échec de la réforme. “Kim Jong-il est aux abois et il cherche donc à obtenir un maximum d’avantages économiques pour juguler la crise dans laquelle se trouve son pays”, rapporte la “FEER”. En attendant, affirme la veuve réfugiée, la population “n’a que deux choix : mourir, ou franchir la Tumen”.
EG
Le fisc a la cote, “The East African”, Nairobi Les autorités kényanes peuvent se réjouir : de nombreux hommes d’affaires associés au régime de l’ancien président Daniel arap Moi se présentent spontanément pour “mettre de l’ordre dans leurs dossiers fiscaux”, constate “The East African”. Ainsi, les mesures mises en place par le gouvernement pour “boucher les ouvertures par lesquelles s’échappaient près de 500 millions de dollars d’impôt sur le revenu par an” commencent à porter leurs fruits. Cet argent était détourné via Eldoret, troisième aéroport international du pays et “citadelle de la corruption”. En effet, “des commerçants sans scrupule fraudaient les règlements douaniers” en récupérant des marchandises en transit destinées aux pays voisins, pour les vendre sur le marché local.
Organes vivants dans un corps mort, “Wired”, San Francisco “Les tristes néons rappellent l’atmosphère d’un casino de Las Vegas” - sauf qu’ici nous sommes dans le service de soins intensifs d’un hôpital californien, où douze patients sont rassemblés… Ces douze patients sont morts, mais leurs corps sont maintenus artificiellement en vie par de savants appareillages, pour “conserver leurs organes vitaux” : cœur, foi, poumons ou reins… Ici, explique “Wired” - qui a réalisé un long reportage sur le sujet -, “l’organe est le patient et le patient un simple contenant. C’est l’endroit le plus sûr pour conserver des organes jusqu’à ce qu’un chirurgien soit prêt à faire une transplantation.” La durée de vie d’un cœur conservé dans de la glace est de six heures et altère grandement l’organe. En revanche, dans un corps, les organes vitaux peuvent rester intacts pendant vingt-quatre heures, assez de temps pour trouver un nouveau receveur”, pour une seconde vie.
Swiss, plus doué pour le ridicule que pour les affaires, “Dimanche. ch”, Lausanne La compagnie aérienne Swiss, déjà connue pour sa mauvaise gestion et ses difficultés économiques, se couvre aujourd’hui de ridicule. En effet, faisant preuve d’un manque total d’humour, elle menace de poursuites judiciaires une commerçante de Lausanne qui a eu l’audace de fabriquer et de vendre un tee-shirt dont le motif se moque gentiment de la compagnie. On peut y voir le logo de Swiss avec une vache qui s’étale de tout son long, évoquant ainsi une catastrophe financière. “Je trouve minable qu’une aussi grande compagnie s’attaque à moi”, a-t-elle déclaré, en précisant qu’à ce jour elle a vendu 50 de ces tee-shirts !
Parc à thème communiste, “Der Spiegel”, Hambourg Toujours aussi tendance en Allemagne, “l’ostalgie”, la nostalgie ironique de la défunte RDA, a inspiré à la petite société Massine Productions l’idée de créer un parc à thème à Berlin. Véritable “Honeckerland”, cet espace de 10 000 m2 devra permettre de “retrouver l’Est authentique”, avec flics armés, Trabis et “Club-Cola”, cette limonade socialiste qui remplaçait un certain breuvage américain. Investisseurs, à vos chéquiers, le Rideau de fer n’attend que vous pour reprendre du service !
Le chemin secret des caresses, “Québec Science”, Québec Une simple caresse peut replonger dans les bras de Morphée un bébé réveillé en sursaut et qui pleure. Or, chez le nourrisson, les récepteurs tactiles ne sont pas pleinement fonctionnels, note “Québec Science”. Un chercheur canadien vient cependant de montrer qu’”avant même d’être apte à percevoir le toucher un bébé naissant peut ressentir tout le plaisir que procure une caresse grâce à un réseau de fibres nerveuses qui en interprètent uniquement la dimension affective”. En fait, précise l’hebdomadaire, “le sens du toucher est d’une complexité incroyable, et tous les neurones assignés à la tâche ne naissent pas égaux. Alors que certains consacrent leur existence à transmettre au cerveau coups, pincements, brûlures ou frissons, d’autres sont entièrement voués à l’interprétation des caresses.” Seuls les masochistes doivent confondre les deux !
© Courrierinternational.com
ericjeanloicbreton |
| 2003-03-06 05:52:14
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COREE DU NORD
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