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| Hans Blix, le chef des inspecteurs des Nations unies en Irak (AFP) |
“Deux hommes peuvent encore éviter une guerre menée par les Etats-Unis contre l’Irak. Le présentateur vedette de CBS, Dan Rather, 71 ans, s’est entretenu avec l’un d’eux : le président irakien, Saddam Hussein”, annonce avec toute l’emphase requise le site Internet de CBS. De son côté, le quotidien britannique “The Independent” évoque avec ironie ce “scoop” de la chaîne américaine, qualifiée de “mère de toutes les batailles oratoires (talk-shows) qui déclenche son arme de communication massive”.
Les trois heures de l’interview de Saddam Hussein à Bagdad, réalisée le lundi 24 février et dont soixante minutes seront diffusées mercredi soir aux Etats-Unis, “ne vont en rien empêcher la guerre en Irak”, poursuit le quotidien de Londres. En revanche, l’opération “permettra plus sûrement à CBS d’afficher de bons scores à l’Audimat pour février”. Enfin, rien n’est moins sûr, estime à son tour “The New York Times”. “Ce soir, on saura si les téléspectateurs américains sont aussi captivés par le dictateur irakien que par les célébrités déjantées qui peuplent habituellement ce genre de talk-show.”
Supprimer les missiles Al Samoud II
Le quotidien new-yorkais est d’ailleurs assez pessimiste. “Les Etats-Unis vont droit vers ces moments d’humiliation culturelle… Le monde va comparer l’Audimat de l’interview de Saddam Hussein avec celui réalisé par le documentaire sur Michael Jackson ou les émissions de télé-réalité.”
L’essentiel n’est pas là, reprend “The Independent”. “Le problème, c’est que, lors de cette interview, Saddam Hussein aurait refusé, selon l’interprétation de Dan Rather, de détruire les missiles Al Samoud II — dont la portée est supérieure à celle autorisée par l’ONU —, que Hans Blix, le chef des inspecteurs des Nations unies, lui a demandé de détruire avant le 1er mars prochain.” Cependant, explique le quotidien britannique, rien n’indique dans les réponses de Saddam Hussein que l’Irak ne veuille pas supprimer ses missiles.
Tactique dilatoire
Le dictateur irakien a répondu à Dan Rather en esquivant. “L’Irak n’a pas de missiles non autorisés, les missiles qui sont en opposition avec les résolutions de l’ONU, ils n’existent pas, ils ont été détruits.” En aparté, le général Al Saadi, porte-parole du président irakien, confirmait en fait que Saddam Hussein n’avait pas encore décidé s’il cédait à l’ultimatum des inspecteurs onusiens.
Dans le même temps, relate le “Financial Times”, “Bagdad a fait un pas dans la bonne direction. Hans Blix a annoncé que l’Irak avait ‘découvert’ et transmis aux inspecteurs des documents concernant le démantèlement d’armes de destruction massive en 1991. Les Irakiens ont de plus ‘retrouvé’ une bombe R-400, contenant apparemment des agents biologiques dans un ancien site de stockage d’armes biologiques.” Cet élément, jugé par Hans Blix comme positif, a immédiatement été écarté par la Maison-Blanche. “C’est encore une tactique dilatoire de Bagdad”…
Une invasion très proche
Le même type de réaction de la Maison-Blanche a suivi la proposition de Saddam Hussein de s’entretenir à la télévision avec George Bush… Pour “The Independent”, “cela n’arrivera jamais. Mais, pour Saddam Hussein, cette proposition est sérieuse. Le président irakien ‘demande cette rencontre télévisée car il pense que la guerre n’est pas une blague. En tant que chefs d’Etat, pourquoi n’utilisons-nous pas cette occasion pour nous parler ?”
Finalement, selon Dan Rather, Saddam Hussein est très lucide. Refusant l’idée d’exil, “il sait qu’une invasion est très proche”. Sur les conséquences de cette invasion, le message de Saddam est plus difficile à comprendre pour les Américains. “Saddam pense que l’Irak peut encaisser le coup. Et que si les Américains et leurs alliés passent à l’action, à la fin, ils seront défaits.”
Ph J
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