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Publié le jeudi 20 février 2003

Jeudi 20 février 2003

IMMIGRATION
ESPAGNE La loi protège les jeunes réfugiés sans-papiers
Rabat veut récupérer ses clandestins mineurs


[20 février 2003]

L'Espagne est en discussion avec le Maroc afin de rapatrier des centaines de mineurs marocains non accompagnés qui ont traversé clandestinement le détroit de Gibraltar ou l'Atlantique vers l'archipel des Canaries au péril de leur vie.

Les autorités espagnoles viennent de se lancer dans la lourde tâche d'identification des enfants marocains des centres d'accueil. Partis dans l'espoir déçu de travailler sur son territoire, ils occultent souvent toute trace de leur passé pour éviter d'être renvoyés.

La réclamation des mineurs marocains a constitué la première demande de l'ambassadeur marocain en Espagne, après son retour le 2 février dernier, suite à la réconciliation officielle entre les deux pays.

Les mineurs sans-papiers sont protégés par la loi espagnole et ne sont rapatriés que si leur identité est établie, si l'on a pu joindre leurs parents et si ceux-ci réclament leur retour. Dans le cas contraire, au bout de neuf mois d'enquête, ils sont alors autorisés à vivre en Espagne.

Puis à leur majorité, une poignée sont régularisés, les autres sont renvoyés ou fuguent avant d'avoir 18 ans.

«Le mineur marocain n'a pas la capacité légale pour décider d'émigrer et il y a l'obligation de les renvoyer», a récemment déclaré l'ambassadeur marocain Abdesslam Baraka.

Mais tous les enfants, qui ont réussi une périlleuse et infernale traversée vers l'Espagne, dans des pateras, petites et vétustes embarcations en bois, des canots pneumatiques, des cargos ou des châssis de camions, ne souhaitent pas ce retour.

«J'aime pas ici, regarde, c'est comme le Maroc», dit Mohamed, 14 ans, en montrant les palmiers et les paysages arides de l'île de Fuerteventura, aux Canaries, son point d'arrivée en Espagne. «Ils vont me renvoyer dans deux semaines, c'est sûr, et je ne veux pas rentrer, je veux aller à Paris ou en Allemagne», ajoute-t-il.

Sentiment exprimé par la majorité des quarante enfants du centre d'accueil de Tefia (Fuerteventura), Marocains en écrasante majorité, entre 11 et 17 ans.
La plupart des jeunes gens sont des fils de cultivateurs pauvres, dont le voyage a été payé par les cotisations de toute une famille, voire tout un village.

Le gouvernement chiffre à plus de 3 000 les mineurs marocains non accompagnés présents dans les centres d'accueil de son territoire début 2003, qui relèvent de la compétence des régions, soit quatre fois plus qu'en 1998 (800).

Cette population «flottante», selon l'association Atime, association de travailleurs immigrés marocains en Espagne, est instable, et n'effectue parfois que de brefs passages dans les centres d'accueil en régime libre.

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-20 10:22:50
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Jeudi 20 février 2003

RELATIONS FRANCO-AFRICAINES


SOMMET FRANCE-AFRIQUE
La constestation africaine se réveille

En organisant le 22e sommet France-Afrique, Paris cherche a relancé le «nouveau partenariat» entre le continent et la France... Mais la crise ivoirienne et le tollé européen après l’invitation du dictateur zimbabwéen occupent beaucoup plus les discussions...

Laurent Gbagbo, absent remarqué au sommet France-Afrique (AFP)

Le 22e sommet franco-africain, qui se tient jeudi et vendredi à Paris entre la France et 52 pays africains ­ la Somalie n’a pas été invitée car ce pays n’a pas de gouvernement élu ­, est une histoire d’absent trop présent et de présent pas assez absent... L’absent, et pourtant invité par Paris, est le président ivoirien Laurent Gbabgo. Le présent, qui ferait mieux d’être absent selon le Royaume-Uni, est le président zimbabwéen Robert Mugabe. Officiellement persona non grata sur le continent européen pour sa politique dans le secteur agricole du pays et sa réélection contestées, il a tout de même été invité par la France...

Le dictateur zimbabwéen, explique «Le Pays» de Ouagadougou, est au centre de la «nouvelle polémique qui fait rage en Europe. Certains gouvernements du Vieux Continent, emmenés par le Royaume-Uni, voient d’un mauvais oeil le débarquement du président zimbabwéen en France, alors qu’il est frappé d’ostracisme pour, disent ses détracteurs, pratiques antidémocratiques. C’est un faux procès que les Britanniques font à Mugabe. Dans la cohorte de chefs d’Etat invités par Jacques Chirac, il n’est pas, loin s’en faut, le plus infréquentable. Bien d’autres dirigeants africains lui ravissent la palme de l’autocratie. Le général Gnassingbé Eyadéma occupe une place de choix dans ce hit-parade de l’antidémocratie, lui qui se glorifie d’être le chef d’Etat au pouvoir depuis le plus longtemps.»

La France hostile

Pour le quotidien londonien «The Independent», «s’il y avait la plus mince possibilité que Mugabe cesse de poursuivre sa politique raciste et tyrannique notamment vis-à-vis des exploiitants agricoles blancs au Zimbabwe, sa visite serait justifiée. Mais ce n’est pas le cas.» En effet, la démocratie n’est pas au menu du sommet franco-africain. Officiellement, les 53 délégations doivent discuter du «nouveau partenariat» franco-africain, mais officieusement, c’est la Côte-d’Ivoire qui devrait occuper tous les débats. Plongée dans une crise politique depuis cinq mois, le président ivoirien Laurent Gbagbo a décidé de boycotter un sommet où les rebelles ivoiriens, ses actuels «ennemis», devraient être présents.

Pour «Fraternité Matin», le quotidien gouvernemental ivoirien, à la question : «Y aller ou pas ? Laurent Gbagbo doit se demander si un voyage de plus, après les épisodes d’Accra, de Lomé, de Dakar, de Bamako et de Paris, pourra faire évoluer la situation dans le bon sens. Quels bénéfices l’Etat ivoirien peut-il tirer de la prochaine grand-messe, où seront présents la quasi-totalité des Etats africains francophones, parmi lesquels se trouvent les principaux alliés des rébellions ivoiriennes ?» Car, ajoute «Frat’Mat», «la communauté franco-africaine est un cadre plutôt hostile au chef de l’Etat ivoirien et au principe de la légalité».

Pour le quotidien de Ouagadougou, «L’Observateur Paalga», l’implication de Jacques Chirac dans le règlement de la crise ivoirienne annonce la fin «d’une dizaine d’années de la politique ‘ni ingérence ni indifférence’ en Afrique. Il opère en effet un revirement diplomatique aux conséquences imprévisibles.» En effet, poursuit le quotidien burkinabé, «aujourd’hui, la France, débarrassée des contraintes de la cohabitation qui paralysait son désir d’intervenir partout sur la scène mondiale, réalise que l’Afrique continue de compter par exemple lorsqu’il s’agit de peser au Conseil de sécurité des Nations unies sur la crise de l’Irak, mais aussi lorsqu’il importe d’assurer sa propre autonomie diplomatique, énergétique ou militaire».

Le continent fait bloc

Tout d’abord, poursuit le quotidien sénégalais «Sud Quotidien», il faudra rattraper le terrain perdu en trente ans de coopération franco-africaine. «Durant cette période, les résultats en termes de développement économique ont été bien maigres. L’aide a plus que baissé, de nombreux pays ont reculé, l’instabilité sous le coup de l’éthnicisme a gagné du terrain.»

Le «Financial Times» dans un éditorial intitulé «Francofolly» critique pour sa part cette «France qui a vraisemblablement piraté la politique africaine de l’Union européenne». En invitant Robert Mugabe, Paris assure le succès de son sommet franco-africain et dame le pion du sommet Europe-Afrique prévu en avril. Ce sommet a depuis été annulé car Robert Mugabe n’a pas été invité sous la pression de Londres. Les pays africains refusent dès lors de s’y rendre. «Pour une fois l’hystérie européenne s’est heurtée à une solidarité africaine. Tout le continent a fait bloc pour rejeter l’ingérence aux relents néocolonialistes de Londres», commente «Le Pays» de Ouagadougou.

De même, toujours selon le «FT», «Jacques Chirac va sans doute dire aux chefs d’Etats africains présents lors de ces deux jours de palabres que les questions de l’allégement de la dette et de l’aide multilatérale seront la priorité du gouvernement français lors du G8, le sommet des sept Etats les plus industrialisés du monde plus la Russie, organisé en France en juin prochain. Il passera néanmoins sous silence la question des subventions agricoles européennes qui empêchent les produits africains d’être concurrentiels sur le continent européen»... et profitent avant tout aux agriculteurs français.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-20 08:53:04
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Jeudi 20 février 2003

BOLIVIE

BOLIVIE
L’effondrement de la démocratie

Emeutes violentes, démission en bloc du gouvernement, président remis en cause : la Bolivie est en état de crise. Une fois de plus, ce sont les «recettes» du FMI qui sont accusées, avec pour corollaire l’écroulement de la démocratie.

Gonzálo Sánchez de Lozada (AFP)

«Moins de ministres, moins de vice-ministres, moins de ministères, moins de téléphones portables, moins de voitures de fonction», a déclaré le président bolivien Gonzálo Sánchez de Lozada au lendemain de l’annonce, le 19 février, de la démission en bloc des 18 ministres de son gouvernement. Dans la foulée, le président libéral, au pouvoir depuis six mois, a déclaré qu’il renonçait à ses émoluments de président (environ 3 000 euros mensuels) et qu’il réduirait jusqu’à 50 % les salaires des députés. Ces mesures d’austérité ne sont certes pas inutiles, mais sont surtout symboliques, visant à enrayer les émeutes populaires de la semaine dernière qui se sont soldées par la mort de 33 personnes et par une centaine de blessés.

A l’origine de ces manifestations, la décision du gouvernement d’appliquer un impôt de 12 % sur le salaire des 170 000 fonctionnaires du pays. Cette mesure, dictée par une requête du FMI exigeant la résorption du déficit budgétaire du pays, sous peine de ne pas avoir accès à une nouvelle aide financière, a provoqué la rébellion immédiate des policiers - touchés de plein fouet par le nouvel impôt - alliés à des étudiants et à des paysans indiens. Les 12,13 et 14 février, les manifestants se sont rués à l’assaut des édifices publics représentant le pouvoir de l’Etat. Lequel a répliqué en envoyant l’armée.

Deux euros par jour pour vivre

Dès les premiers morts, le président, dit «Goni», a retiré son projet de mesure fiscale. Mais la démocratie bolivienne reste en sursis malgré l’annonce de l’installation d’une nouvelle équipe économique. «Ces violences étaient prévisibles : nos dirigeants n’ont vraiment pas compris le message des dernières élections», se désole «El Deber», le quotidien de Santa Cruz de la Sierra. «Il n’y a pas de démocratie sans justice sociale ; cet impôt a été la goutte qui a fait déborder le vase de la misère. Nous reprenons le slogan des élections de juin 2002 : assez de ce modèle économique et politique qui génère l’exclusion et la pauvreté !» renchérit une dirigeante indienne dans «Los Tiempos», de la Paz.

Dans ce pays de 8,3 millions d’habitants, 90 % de la population doit survivre avec 2 euros par jour. Les 10 % restants sont essentiellement un groupe de puissants qui connaissent mieux Miami que leur propre pays et stockent leurs richesses dans les paradis fiscaux. «Le gouvernement de Goni était condamné dès sa naissance», analyse le quotidien colombien «El País». «Sánchez de Lozada n’a été élu qu’avec 22 % des voix.» Evo Morales, le candidat du Parti socialiste et qui représente les paysans cultivateurs de coca, le talonnait avec 20 % des votes. Goni n’a finalement gagné qu’en achetant une alliance parlementaire. «Ce que le peuple bolivien souhaitait, c’était un changement de cap de la politique néolibérale appliquée depuis vingt ans et qui ne fait que creuser l’inégalité et la pauvreté», explique le journal.

Entre rationalité et rejet du modèle néolibéral

Durant sa gestion précédente - entre 1993 et 1997 -, Goni, formé aux Etats-Unis et parlant l’espagnol avec un fort accent américain, a privatisé tous les services publics et fermé les mines, qui constituaient la colonne vertébrale de l’économie. Poussé par les Etats-Unis, il a relancé un plan de lutte contre les paysans cocaleros, menaçant ainsi de faillite totale 300 000 cultivateurs. Il semble récolter lors de son second mandat ce qu’il a semé durant le premier. «Ce n’est plus possible que le FMI applique ses recettes sous prétexte de maintenir la stabilité macroéconomique avec des résultats qui reste à prouver. Ces mesures néolibérales donnent l’inverse de ce que l’on en attend. L’une des raisons en est la méconnaissance du pays, des singularités de sa réalité économique et sociale, par la techno-bureaucratie financière internationale», explique «Los Tiempos.»

«L’Amérique latine se trouve prise entre la rationalité et le rejet du modèle néolibéral», résume «Clarín», de Buenos Aires. «La rébellion en Bolivie n’est pas un exemple isolé, mais peut-être est-ce celui qui illustre le plus clairement le progressif effondrement de la démocratie dans le sous-continent, qui est synonyme pour beaucoup de Latino-Américains d’un changement de modèle économique. Il est pourtant clair aujourd’hui que ces sociétés endettées ne peuvent plus honorer les réductions budgétaires demandées. Elles ne peuvent plus adhérer à la philosophie qui les accompagne», conclut le journal.

Ces contradictions poussées à l’extrême, comme dans le cas bolivien, peuvent pulvériser des gouvernements en peu de mois. «ça ne vous rappelle rien, la crise bolivienne ?» questionne «El Comercio», d’Equateur. «Cette crise et celle qui a secoué l’Argentine jusqu’à chasser son gouvernement doivent alerter tous les pays de la région soumis au diktat rigide des organismes internationaux. Ces crises ont des causes structurelles communes. La globalisation de l’économie ne peut plus faire machine arrière, mais sa gestion peut être modifiée et humanisée, comme le réclament plusieurs voix jusque dans les pays les plus riches», indique le quotidien de Quito.

Christine Lévêque

© Courrierinternational.com

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-20 08:48:23
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