INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON
+ accueil

+ Derniers messages

+ Faites connaître ce blogue

+ archives



+ Un blogue de :
ericjeanloicbreton
ericjeanloicbreton


+ lectures

Sommaire
ANCIENS ARTICLES



+ catégories

ADMINISTRATION INTERIMAIRE EN IRAK
AFRIQUE
ALLEMAGNE
AMERIQUE LATINE
ANGLETERRE
ARABES
ARABIE-SAOUDITE
CHINE
CHIRAC, L\'IRAK ET LE PAPE...
COBAYE OU VICTIME DE GUERRE ? CA RESTE AVOIR...
COLUMBIA
COREE DU NORD
COTE D\'IVOIRE
DROITS DE L\'HOMME
ETATS-UNIS
EUROPE
EUROPE
FRANCE(international)
INDE
IRAK
IRAK PAR ERIC JL BRETON
IRAN
IRLANDE
ISRAEL
LE GENERAL PERDU DU RAIS
L\'IRA-K
MESSAGE A AMNESTY
PROCHE-ORIENT
SHARON
TCHETCHENIE
TO BE OR NOT TO BE ?




Un blogue Divers par Mon Blogue.com


Publié le dimanche 16 février 2003

Dimanche 16 février 2003

PROCHE-ORIENT

• LEMONDE.FR | 14.02.03 | 20h16

• MIS A JOUR LE 14.02.03 | 20h34


Yasser Arafat accepte la nomination d'un premier ministre

Le dirigeant palestinien Yasser Arafat a officiellement donné son accord, vendredi 14 février, à la nomination d'un premier ministre, cédant en cela aux fortes pressions internationales pour des réformes au sein de l'Autorité palestinienne.

"J'ai décidé de nommer un premier ministre, et je vais demander au Conseil législatif (Parlement) palestinien de prendre les mesures nécessaires à cet effet", a déclaré le président de l'Autorité palestinienne à la presse, à Ramallah. M. Arafat a fait cette déclaration à l'issue d'une rencontre avec l'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient, Terje Roed Larsen, l'émissaire russe, Andreï Vdovine, et un représentant de l'émissaire européen, Miguel Angel Moratinos.

Israël et Washington font pression depuis longtemps pour la nomination d'un premier ministre qui limiterait les prérogatives présidentielles dont jouit actuellement M. Arafat.

L'ancien chef de la diplomatie israélienne, le travailliste Shimon Pérès, a estimé que la décision du dirigeant palestinien allait "dans la bonne direction". "Ce qu'il faut maintenant, c'est un partenaire du côté palestinien qui puisse contrôler tous les groupes armés (palestiniens) et avec lequel sera menée la négociation en vue d'un accord définitif" du conflit israélo-palestinien, a déclaré M. Pérès, cité par la radio publique israélienne.

Le maire de Jérusalem, Ehud Olmert, un baron du Likoud, le parti conservateur du premier ministre israélien, Ariel Sharon, a en revanche accueilli la déclaration de M. Arafat avec scepticisme. "Je conseillerais de ne pas s'émerveiller outre mesure de cette déclaration qui nécessitera encore beaucoup de preuves" pour convaincre, a déclaré M. Olmert à la radio.

JÉRUSALEM, VILLE REFUGE

A Tel-Aviv, Shaul Mofaz, ministre de la défense israélien, a indiqué devant deux cents maires que les risques pour Israël d'une frappe irakienne étaient "très faibles" après une opération américaine. Il a relevé que "les Américains ont assuré Israël que, dès le début de la campagne, ils interviendront dans l'ouest de l'Irak pour empêcher des tirs de missiles" contre l'Etat juif. "Au cas où les Irakiens parviendraient néanmoins à tirer un missile ou deux (contre Israël), nous disposons aujourd'hui d'un double système de défense pour l'intercepter", a-t-il souligné, tout en mentionnant les importants moyens de défense passive mis en place en Israël.

Israël a déployé deux batteries de missiles antimissiles Arrow, censés intercepter des missiles irakiens en cas de riposte de Bagdad à une offensive américaine. Par ailleurs, des batteries de missiles antimissiles Patriot, de fabrication américaine, sont actuellement présentes en Israël.

Le quotidien Maariv révèle même l'existence d'un plan d'urgence de l'armée visant à faire de Jérusalem une "ville refuge" pour les populations des villes du centre du pays, considérées comme les plus exposées en cas de frappes de missiles irakiens.

Durant la guerre du Golfe, en 1991, l'Irak avait tiré 39 Scud sur Israël, que les Patriot, initialement destinés à intercepter des avions, n'avaient pu intercepter. Les missiles irakiens avaient fait deux morts, des centaines de blessés et d'importants dégâts.

Avec AFP


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 12:07:58
Permalien PROCHE-ORIENT


Dimanche 16 février 2003

ANTI-RUSHDIE
IRAN

La fatwa anti-Rushdie
a quatorze ans

Les Gardiens de la Révolution affirment que l'appel à tuer le prix Nobel de littérature est irrévocable. Un ayatollah augmente la récompense.

 
Salman Rushdie (AP)
 
Les Gardiens de la Révolution, principal corps auxiliaire de l'armée iranienne, ont renouvelé l'appel à tuer le prix Nobel de littérature Salman Rushdie, condamné à mort par Téhéran il y a 14 ans à cause de son livre jugé blasphématoire, "Les Versets sataniques".
La fatwa (édit religieux) prononcée par l'ayatollah Ruhollah Khomeini le 14 février 1989 est "irrévocable", selon les Gardiens de la révolution, cités vendredi soir par l'agence de presse iranienne IRNA.
En 1998, le gouvernement iranien avait déclaré qu'il ne soutiendrait pas la fatwa, tout en ajoutant qu'il ne pouvait pas l'annuler, cela ne pouvant être fait que par la personne l'ayant prononcée. Or l'ayatollah Khomeini est mort en juin 1989.
Les "durs" du régime iranien, opposés au président réformateur Mohammad Khatami, insistent pour que la fatwa soit appliquée.

Récompense

Seuls quelques journaux extrémistes ont marqué le 14e anniversaire de l'édit, le "Jomhuri Islami" consacrant 16 pages à l'événement.
L'ayatollah Hassan Saneii, à la tête de la fondation semi-officielle Khordad qui promet 2,8 millions pour la tête de Salman Rushdie, a porté la récompense à 3 millions, selon le journal.
La fatwa a obligé l'écrivain à s'exiler et à se faire protéger, sans que cela l'empêche de poursuivre son oeuvre. En 1990, il a publié des excuses, réaffirmant son respect de l'islam. (AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 12:07:11
Permalien


Dimanche 16 février 2003

ISRAEL
PROCHE-ORIENT

Israël accueille 20.000
juifs éthiopiens

Le gouvernement Sharon accepte l'immigration des juifs d'Ethiopie au titre du "droit au retour".

Le ministère israélien de l'Intérieur a annoncé dimanche que le gouvernement a donné à l'unanimité son feu vert à l'immigration en Israël de quelque 20.000 Ethiopiens d'origine juive.
La décision du gouvernement porte sur l'immigration de 17.000 Falachmoras, des juifs éthiopiens convertis de force au christianisme au siècle dernier et celle de 3.000 Fallashas, éthiopiens d'origine juive, disséminés dans des villages de l'intérieur de l'Ethiopie.
Des émissaires du ministère de l'Intérieur et des représentants du rabbinat devraient bientôt se rendre en Ethiopie pour mettre en place le dispositif de départ pour Israël de ces immigrants.
Les juifs d'Ethiopie ont vécu séparés pendant des siècles des autres communautés juives de la diaspora. Le rabbinat israélien a tardivement reconnu leur judéité et deux ponts aériens, en 1984 et 1991, ont permis leur émigration en Israël où ils sont quelques 80.000, dont plusieurs centaines dans des colonies en Cisjordanie.
Ces Ethiopiens sont regroupés à Addis Abeba et dans la province du Gondar (nord-ouest). Ils assurent que le "droit au retour" qui permet à tout juif dans le monde de s'installer en Israël s'applique à leur communauté.

Fossé

En 2000, Israël a accueilli 2.246 immigrants d'Ethiopie, en 2001, 3.298 et en 2002, 2.693, selon des chiffres du ministère de l'Intégration.
Cette communauté essentiellement rurale a dû franchir un énorme fossé culturel et a connu une intégration difficile dans la société israélienne en dépit d'une aide massive. Elle souffre notamment du chômage et de préjugés raciaux.
La Ligue arabe avait accusé dimanche dernier Israël de se préparer à accueillir 22.000 juifs d'Ethiopie pour les installer dans les colonies de la bande de Gaza et de Cisjordanie.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 12:06:12
Permalien ISRAEL


Dimanche 16 février 2003

BOYCOTT AMERICAIN
ECHANGES COMMERCIAUX.
François Loos : « Un boycott américain serait illégal »
François Loos, ministre délégué au Commerce extérieur, ne veut pas croire à un boycott de la France par les Etats-Unis alors que des menaces de rétorsion planent sur certains de nos produits et sur le Salon du Bourget.

Pour François Loos, ministre délégué au Commerce extérieur, « les affaires suivent leur cours », sans risque de boycott.   (LP/OLIVIER LEJEUNE.)

Le ministre délégué au Commerce extérieur, François Loos, croise régulièrement le fer avec les Etats-Unis dans le cadre des négociations commerciales multilatérales. Des partenaires rudes mais qui, selon lui, ne prendraient pas le risque d'un boycott qui les mettrait en contravention avec les règles internationales.

La tension politique entre les Etats-Unis et la France a-t-elle un impact sur les relations industrielles et commerciales entre eux ?
François Loos. Non. Les affaires restent les affaires et suivent leur cours. Les Américains ont toujours été de rudes partenaires économiques, en particulier dans les négociations commerciales internationales. Je vous rappelle qu'ils avaient décidé, l'an dernier, une hausse des droits de douane sur les produits sidérurgiques européens. Ils ont été aussi condamnés en 2002 par l'OMC (NDLR : Organisation mondiale du commerce) à payer 4 milliards d'euros pour pratiques non conformes aux règles de l'OMC.
Ils ont des moyens de pression financiers et politiques plus puissants » N'y a-t-il pas un risque de boycott des produits français ?
Certains députés ou sénateurs peuvent agiter cette menace, mais le gouvernement français n'a reçu aucune menace dans ce sens, tant des autorités américaines que des entreprises ou des milieux patronaux américains. Certains consommateurs australiens ont eu cette tentation en 1995 lorsque la France a repris ses essais nucléaires, mais ce mouvement a eu peu d'impact. Un boycott serait, de toute façon, totalement illégal. L'Union européenne déposerait plainte immédiatement auprès du tribunal international compétent, et les Etats-Unis seraient alors condamnés. Les Américains ne peuvent et ne veulent pas prendre un tel risque. Nous n'envisageons donc pas cette hypothèse. Nous faisons confiance au gouvernement américain pour respecter la loi commerciale internationale.
Le Salon du Bourget semble être la cible de certains parlementaires...
Boycotter le Salon du Bourget serait totalement absurde car c'est une vitrine exceptionnelle pour les produits américains dans un secteur extrêmement concurrentiel. Les autorités américaines ont des moyens de pression financiers et politiques autrement plus puissants pour décrocher de grands contrats tant en matière civile que militaire.
Si la situation se dégradait, la France appellerait-elle de son côté à boycotter les produits américains ?
Ce qui vaut pour les Etats-Unis vaut pour la France, qui se mettrait alors dans une totale illégalité. Il n'en est donc pas question. Les Etats-Unis sont nos partenaires commerciaux et des alliés de plus de deux siècles.

Propos recueillis par Jannick Alimi
Le Parisien , samedi 15 février 2003


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 12:05:04
Permalien EUROPE, FRANCE(international), ETATS-UNIS, CHINE


Dimanche 16 février 2003

TEHERAN
Téhéran dit avoir arrêté 500 membres d'Al-Qaïda


[dimanche 16 février 2003 - 15h38 heure de Paris]

© AFP
Le ministre iranien des Affaires étrangères Kamal Kharazi, le 9 décembre 2002 à Beyrouth
© AFP/Archives Ramzi Haidar
TEHERAN (AFP) - Téhéran s'est défendu dimanche contre les accusations de la CIA en affirmant avoir arrêté plus de 500 membres d'Al-Qaïda sur son territoire et ne posséder aucune arme de destruction massive.

L'Iran a "peut être arrêté plus de 500 membres d'Al-Qaïda" depuis septembre 2001 et les a tous expulsés vers leur pays d'origine, a indiqué lors d'une conférence de presse le ministre iranien des Affaires étrangères Kamal Kharazi.

"Nous sommes parfaitement transparents et nous ne possédons aucune arme de destruction massive dans la mesure où elle ne nous assurerait aucune sécurité, c'est la raison pour laquelle nous voulons qu'il n'y ait aucune arme de destruction massive au Proche-Orient", a-t-il aussi assuré une semaine après que l'Iran eut annoncé qu'il produirait son propre combustible nucléaire pour ses centrales civiles.

Cette annonce a conforté la suspicion américaine à l'encontre de l'Iran.

Le directeur de la Centrale de renseignement américaine (CIA) George Tenet a encore accusé l'Iran le 11 février de poursuivre un programme nucléaire militaire, s'inquiétant qu'à terme les Etats-Unis puissent se trouver sous la menace de missiles intercontinentaux iraniens. Il a aussi fait état de la présence du réseau terroriste Al-Qaïda en Iran.

L'Iran ne sera "jamais un sanctuaire pour les membres d'Al-Qaïda", a répliqué M. Kharazi dimanche. "La politique actuelle de l'Iran vis-à-vis des gens soupçonnés de relation avec Al-Qaïda est de les arrêter et de les expulser vers leur pays d'origine", a-t-il ajouté.

Signe de la détermination proclamée par l'Iran à lutter contre le réseau terroriste, le chiffre des arrestations est passé à 500 alors que les autorités avançaient jusqu'alors celui de 250.

M. Kharazi a aussi qualifié de "sans fondement" des informations de la presse saoudienne selon lesquelles un fils d'Oussama ben Laden, Saad, auquel son père aurait confié le commandement d'Al-Qaïda selon ses propres dires, avait été repéré en Iran.

Il a de nouveau réclamé des Etats-Unis des "preuves" de ce qu'ils avancent.

Il a réaffirmé la vocation "pacifique" des activités nucléaires de l'Iran, toutes "sous la surveillance directe de l'Agence internationale de l'énergie atomique" (AIEA).

Une visite du directeur général de l'AIEA Mohamed ElBaradei est prévue les 22 et 23 février en Iran où il doit se rendre sur les sites d'Arak et Natanz, soupçonnés par les Etats-Unis de servir à un programme nucléaire militaire.

Evoquant la crise irakienne, il a affirmé que "le monde entier (devait) s'opposer à l'unilatéralisme américain", tout en précisant: "cela ne signifie pas que nous soutenions le régime de Saddam".

Il a invoqué la mobilisation de millions de personnes samedi dans le monde pour dire que, "si les Etats-Unis sont de vrais défenseurs de la démocratie, ils devraient écouter les voix qui s'élèvent contre la guerre".

"Nous espérons avoir un sommet extraordinaire de l'Organisation de la conférence islamique en mars pour former un front uni contre l'escalade de la crise", a-t-il dit.



ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 12:03:48
Permalien IRAN


Dimanche 16 février 2003

IRAK
L'Otan planche sur un compromis excluant en partie la France


[dimanche 16 février 2003 - 14h45 heure de Paris]

© AFP
Le secrétaire général de l'OTAN George Robertson, lundi à Bruxelles
© AFP/Archives Benoit Doppagne
BRUXELLES (AFP) - Les ambassadeurs des pays de l'Otan, moins la France, peinaient dimanche à Bruxelles à arracher un compromis sur des mesures d'aide à la Turquie en cas de conflit en Irak, alors que Paris prône un compromis qui aurait son feu vert politique sans l'associer sur le plan militaire.

Toutefois, il n'était pas sûr que cette esquisse de solution recevrait l'aval de tous les Alliés. Certains d'entre eux, très critiques à l'égard de la France, ont récusé toute solution "cosmétique" permettant seulement de sauver la face, selon un diplomate.

Un déblocage de la crise qui paralyse depuis six jours l'Otan reposait en outre sur un ralliement de l'Allemagne et de la Belgique. Ces deux pays, avec la France, s'étaient formellement opposés lundi dernier à ce que l'Alliance adopte dès maintenant des mesures de soutien à la Turquie, rejetant une entrée prématurée de l'Otan dans une logique de guerre.

La France, qui a demandé la tenue dimanche après-midi d'une réunion de l'ensemble des 19 ambassadeurs de l'Otan, a indiqué être prête à un compromis, selon lequel elle ne participerait pas au plan militaire à des mesures collectives de soutien à la Turquie, mais s'associerait à une déclaration politique de solidarité envers Ankara.

Pour arracher un accord, le secrétaire général de l'Otan, George Robertson, avait convoqué tard samedi soir une réunion dimanche matin à 18 au sein du Comité des plans de défense (CPD) de l'Otan. La France ne fait plus partie de ce comité depuis sa sortie de la structure militaire de l'Alliance en 1966.

La réunion du CPD, ajournée en milieu de journée pour donner le temps "à certaines délégations de consulter leurs autorités", a repris dimanche peu après 14H00 locales (13H00 GMT). Un responsable de l'Otan s'est refusé à commenter l'évolution des débats.

"Les deux réunions aujourd'hui devraient permettre de trouver une solution qui, en ce qui concerne la France, souligne qu'elle ne participe pas aux mesures militaires qui relèvent de la structure militaire intégrée", a déclaré un porte-parole de la délégation française à l'Otan.

"En revanche, s'agissant de la poursuite des consultations politiques au titre de l'article 4 (du traité de l'Otan) invoqué par la Turquie, nous avons demandé une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord à laquelle nous participons", a-t-il ajouté.

"Cette réunion devrait permettre de réaffirmer le fait que les Alliés sont prêts bien entendu à assumer leurs obligations à l'égard de la Turquie dans le cadre et aux conditions du traité" fondateur de l'Otan, a-t-il insisté.

L'Allemagne observait dimanche un silence radio. La Belgique, elle, a proposé trois amendements à un texte soumis la semaine dernière par Lord Robertson.

Ces amendements visent notamment à s'assurer que les mesures de soutien à la Turquie tiennent compte de l'évolution du dossier irakien au sein de l'Onu et n'impliquent pas, de façon explicite, une opération de l'Otan contre l'Irak.

"Notre résistance dans la voie du bon sens est peut-être en train de gagner. Nous l'espérons. Attendons de voir ce qui va se passer à l'Otan cet après-midi, cette nuit ou demain", a déclaré le ministre belge de la Défense, André Flahaut, interrogé sur la télévision belge RTL-TVI.

Témoignant de rancoeurs vivaces au sein de l'Otan, un diplomate de haut rang, dont le pays fait partie des 16 Alliés favorables aux mesures d'aide à la Turquie, a laissé pour sa part entendre que le compromis évoqué par la France n'était pas acquis.

Il a indiqué que son pays refuserait d'être "partie prenante à une sorte d'accord cadre qui prétendrait afficher la solidarité avec la Turquie" mais serait "vidé de sa substance".

Les mesures d'aide à la Turquie étudiées par l'Otan concernent principalement le déploiement à titre préventif de batteries de missiles anti-missiles Patriot fournis par des Etats membres et d'avions-radars Awacs en possession de l'Alliance.

Crise irakienne: vers une poussée d'actes xénophobes et antisémites


[dimanche 16 février 2003 - 12h16 heure de Paris]

© AFP
Photo non datée d'Yves Bertrand, directeur central des Renseignements Généraux
© AFP/Archives
PARIS (AFP) - Le patron des Renseignements généraux (RG), Yves Bertrand, se "prépare" à constater en France une poussée des actes de xénophobie et d'antisémitisme en raison des préparatifs de guerre en Irak, indique-t-il dans une interview exclusive au Journal du Dimanche (JDD).

"Chaque fois qu'il y a des tensions au Proche et au Moyen-Orient, rappelle M. Bertrand, on note ce qu'on appelle des réflexes identitaires chez ces jeunes qui entrent alors dans une logique d'+écorché vif+, qui ont le sentiment de +racheter+ une origine même s'ils sont nés en France".

"Cela s'est traduit dans le passé par une augmentation des actes de xénophobie et d'antisémitisme... On s'y prépare", ajoute M. Bertrand, à la tête des RG depuis 1992.

Concernant "la menace terroriste", il déclare qu'elle est en France "du même niveau" depuis 1995. "Elle existe, elle est constante, elle est diffuse", indique le haut fonctionnaire, qui dit sa "préoccupation" face à "l'islam issu du sous-continent indien (Afghanistan, Pakistan...)".

© AFP
Un véhicule de la police stationné devant la synagogue du quartier des beaux-arts de Montpellier, le 4 avril 2002
© AFP/Archives Dominique Faget
"Notre affaire franco-algérienne est un peu dépassée par ces gens là qui ont fait des stages à l'étranger et qui ont une vision beaucoup plus internationaliste", poursuit M. Bertrand, en faisant allusion à "ceux qui ont suivi le périple Londres, Pakistan, Afghanistan, Tchétchénie et Géorgie".

Interrogé sur la traque d'Yvan Colonna, l'assassin présumé du préfet de Corse, Claude Erignac, M. Bertrand se refuse de parler d'une "enquête sabotée", en référence au titre d'un récent livre.

"Mais c'est vrai, confesse-t-il, qu'il y a eu des enquêtes au pluriel avant d'arriver à une enquête unique, qu'il y a eu certains doublons, que des problèmes relationnels ont existé à une époque et qu'il reste un sentiment de travail mal fait".

Sur l'ETA, M. Bertrand souligne que "l'Espagne voudrait interdire Batasuna (le parti indépendantiste radical, suspendu par la justice espagnole, ndlr) en France". "C'est une décision qui appartient au gouvernement. Mais on ne peut pas faire tout et n'importe quoi et tomber dans le délit d'opinion...", avertit-il.

Interrogé enfin sur sa succession, le patron des RG, donné partant depuis déjà plusieurs années, estime que son adjoint, Bernard Squarcini, "est le candidat qui présente le meilleur profil".


• LEMONDE.FR | 15.02.03 | 18h54


Des millions de manifestants contre la guerre en Irak

Des millions de personnes ont participé samedi à des manifestations contre la guerre en Irak, principalement en Europe où de véritables marées humaines ont déferlé dans les rues de certains pays.

Pas moins de trois millions de personnes ont participé à Rome à une marche contre la guerre en Irak, ont affirmé les organisateurs. Contactée par l'AFP, la préfecture de Rome s'est refusée à toute estimation et a indiqué qu'elle fournirait des chiffres en fin de journée. Le cortège, parti peu avant midi, s'étendait sur près de dix kilomètres et les images prises d'hélicoptère ont montré une marée humaine aux couleurs de l'arc-en-ciel, celles de la bannière frappée du mot "Pace" - paix en italien - portée en drapeau ou comme une cape par les marcheurs. Les sirènes utilisées en temps de guerre pour une alerte aérienne ont retenti dans Rome à 13 heures (12 heures GMT) pendant une minute et la foule s'est arrêtée de marcher.

A Londres, ce sont plus de 500 000 personnes, selon une estimation de la police, et deux millions, selon les organisateurs, qui ont défilé à l'occasion de plus grande manifestation de l'après-guerre en Grande-Bretagne. Arrivés par wagons entiers, en autocars ou à pied, sifflets à la bouche et brandissant une forêt de pancartes "N'attaquez pas l'Irak", des manifestants de tous âges, en famille ou entre amis, ont défilé pour demander aux Etats-Unis et au Premier ministre Tony Blair de ne pas déclencher une guerre. Dans le même temps, au moins 25 000 personnes se sont rassemblés à Glasgow en Ecosse, là encore pour une manifestation considérée par la police comme la plus importante dans cette ville depuis celles contre la Poll Tax (impôts locaux) en mars 1990.

En Espagne, les premières manifestations ont démarré à la mi-journée en Andalousie (sud) et au Pays basque (nord), en attendant les grands rassemblements attendus en soirée à Madrid et Barcelone. Plusieurs milliers d'étudiants avaient manifesté dès jeudi dans ces deux villes.

Mais la mobilisation des antiguerre n'a pas seulement concerné les pays dont les gouvernements se sont ralliés aux thèses américaines sur l'Irak, comme l'Italie ou l'Espagne. En Allemagne, environ 500 000 personnes, selon la police et les organisateurs, ont participé à Berlin à une marche contre la guerre, l'une des plus importantes manifestations de l'après-guerre. Ce chiffre a dépassé les attentes des organisateurs qui espéraient jusqu'à 100 000 participants. La police avait fait état auparavant de 250 000 à 300 000 personnes.

En revanche, en France, pays pourtant en pointe du combat diplomatique pour éviter la guerre en Irak, la mobilisation n'a pas été au rendez-vous. Environ deux cent mille personnes, selon les organisateurs, 100 000 selon la police, ont manifesté samedi à Paris. Des manifestations ont certes également eu lieu dans plusieurs villes françaises, rassemblant à chaque fois quelques centaines ou milliers de personnes, mais la France est apparue plutôt en retrait par rapport à ses voisins européens. A Toulouse, 8 000 personnes ont défilé, à Marseille, entre entre 8 500 (d'après la police) et 17 000 (selon les organisateurs), à Bordeaux, 11 000 (selon la police). Le cortège à Paris a été ouvert par des pacifistes américains et des dizaines d'anciens combattants français de la guerre du Golfe, appartenant à l'association Avigolfe qui milite pour la reconnaissance de maladies liées aux guerres du Golfe et des Balkans.

Dans le reste de l'Europe, ces manifestations contre une nouvelle guerre du Golfe ont rassemblé au total plusieurs centaines de milliers de personnes, de Bruxelles à Stockholm, Varsovie, Moscou ou encore Athènes, ont participé à ces manifestations. Cette journée d'action, décidée lors du sommet social de Florence (Italie) en novembre 2002, avait débuté en Asie où des dizaines de milliers de personnes ont manifesté. Les organisateurs de ces manifestations sur le continent asiatique s'attendaient à des chiffres comparables à ceux atteints au début des années 70 lors des protestations géantes contre la guerre du Vietnam. Ils n'ont pas été déçus à Melbourne où 100 000 personnes ont défilé dès vendredi, paralysant la grande métropole australienne.

En Nouvelle-Zélande, 7 000 personnes se sont massées samedi devant le parlement de Wellington, tandis qu'un nombre équivalent de gens défilaient dans les rues d'Auckland. Au Japon, quelque 25 000 manifestants avaient défilé dès vendredi soir dans le centre de Tokyo. Des milliers de personnes se sont également rassemblées en Corée du Sud, en Thaïlande, en Malaisie et en Indonésie.

"PLUS DE TEMPS" POUR LES INSPECTEURS

Des manifestations ont également eu lieu samedi au Moyen-Orient. Ainsi à Bagdad, des défilés de plusieurs kilomètres, selon des estimations de journalistes, ont rassemblé samedi des manifestants en armes opposés à une éventuelle guerre américaine contre l'Irak. Les chiffres officiels faisaient état en fin de matinée d'un million de manifestants dans deux quartiers de la capitale irakienne. Plus de 200 000 manifestants ont également défilé samedi à Damas.

Les chancelleries tiraient samedi les leçons du revers essuyé la veille au Conseil de sécurité de l'ONU par les partisans du recours à la force contre l'Irak. Le premier ministre britannique, Tony Blair, pourtant aligné sur l'attitude belliciste des Etats-Unis, a dû reconnaître que les inspecteurs en désarmement de l'ONU en Irak allaient disposer de "plus de temps" pour mener à bien leur mission. Moscou a estimé que le rapport des chefs des inspecteurs en désarmement devant le Conseil de sécurité avait "renforcé les chances de trouver une issue au problème irakien par des moyens pacifiques". Pour le vice-ministre russe des affaires étrangères Iouri Fedotov, "il n'y a actuellement aucun fondement pour recourir à la force à l'égard de l'Irak". Allié-clé des Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme, le président pakistanais Pervez Musharraf a fait valoir par téléphone à son collègue américain George W. Bush que "la guerre n'est pas une bonne option". Reçu samedi à Bagdad par le président irakien Saddam Hussein, le cardinal français Roger Etchegaray, émissaire personnel du pape Jean Paul II, en a appelé à la "conscience" internationale pour éviter la guerre. Le souverain pontife avait reçu en audience la veille au Vatican le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz.

Dans ce climat quelque peu apaisé, un compromis était attendu lundi ou mardi à l'Otan où la France, la Belgique et l'Allemagne bloquaient depuis une semaine les demandes américaines d'assistance militaire à la Turquie dans la perspective d'une guerre dans le Golfe. Pour autant, les commentateurs considèrent que la perspective d'une guerre n'a pas disparu. L'Irak n'a obtenu qu'un sursis qu'il lui reste à mettre à profit en faisant preuve d'un plein esprit de coopération avec les Nations unies.

Avec AFP

Dominique de Villepin: "il faut un monde multipolaire"


[dimanche 16 février 2003 - 11h07 heure de Paris]

© AFP
Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin, vendredi à New York
© AFP Henry Ray Abrams
PARIS (AFP) - Le ministre français des affaires étrangères Dominique de Villepin a exprimé dimanche sa "conviction" qu'il fallait "un monde multipolaire et qu'une puissance seule ne peut assurer l'ordre du monde", dans un entretien publié par le Journal du Dimanche (JDD).

"Il faut une Europe forte et unie; la qualité des rapports transatlantiques, l'amitié avec les Etats-Unis doivent constituer une force commune pour contribuer ensemble à la stabilité du monde et non pas diviser les Européens", a ajouté M. de Villepin.

Le ministre français a aussi répété qu'une deuxième résolution du conseil de sécurité des Nations Unies sur le désarmement de l'Irak n'était "pas nécessaire dès lors que les inspections continuent d'avancer".

"La conviction de la France est que la résolution 1441 offre beaucoup de possibilités qui n'ont pas encore été toutes explorées. Cette résolution ne fixe pas de délai. Tant que les inspecteurs sur le terrain pourront nous présenter de nouveaux progrès, il n'y a pas lieu de changer de cap. En cas d'impasse, il appartiendrait au conseil de sécurité d'envisager toutes les options possibles, y compris le recours à la force. Mais il ne saurait y avoir automaticité", a-t-il réaffirmé.

Il a estimé par ailleurs qu'il fallait s'en tenir au "désarmement de l'Irak", à l'exclusion d'un changement de régime à Bagdad.

"La résolution 1441 définit un objectif et un seul: le désarmement de l'Irak (...) A ceux qui demandent un changement de régime, je réponds qu'il faut s'en tenir à un principe clair: le seul vrai détenteur de la légitimité et de la légalité internationale, c'est l'organisation des Nations Unies", a-t-il dit, en réaffirmant que la France n'avait "aucune complaisance à l'égard de Saddam Hussein".

"Nous sommes à la croisée des chemins", a-t-il répondu à la question de savoir s'il ne craint pas que les manifestations anti-guerre de samedi "ne précipitent le calendrier des Américains" pour déclencher une guerre contre l'Irak.



• LE MONDE | 15.02.03 | 13h12


Extraits du discours de Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères français
"Nous venons d'entendre que les inspections donnent des résultats"
Voici les principaux extraits de l'intervention prononcée par le ministre des affaires étrangères français Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité des Nations unies, vendredi 14 février.

 

Vous savez le prix que la France attache, depuis l'origine de la crise irakienne, à l'unité du Conseil de sécurité. Cette unité repose aujourd'hui sur deux éléments essentiels : Nous poursuivons ensemble l'objectif d'un désarmement effectif de l'Irak. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. (...) Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées ni aux procès d'intention. Soyons clairs : aucun d'entre nous n'éprouve la moindre complaisance à l'égard de Saddam Hussein et du régime irakien.

En adoptant à l'unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie d'inspections et, en cas d'échec de cette stratégie, l'examen par le Conseil de Sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. (...) Considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d'inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d'inspection. (...) n'ont pas encore été toutes explorées ? En réponse à cette question, la France a deux convictions : la première, c'est que l'option des inspections n'a pas été conduite jusqu'à son terme (...) ; la deuxième, c'est qu'un usage de la force serait si lourd de conséquences (...) qu'il ne saurait être envisagé qu'en dernière extrémité.

Or, que venons-nous d'entendre, à travers le rapport de MM. Blix et ElBaradei ? Nous venons d'entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d'entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. (...)

J'ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. (...) Il s'agit de propositions pratiques et concrètes (...) qui sont destinées à renforcer l'efficacité des opérations d'inspection. Elles (...) ne nécessitent (...) aucune nouvelle résolution du Conseil. (...) La France a déjà annoncé qu'elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et ElBaradei, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV.

Alors oui, j'entends bien les critiques : il y a ceux qui pensent que dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c'est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. (...) Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d'inspection serait une sorte de "manœuvre de retardement" visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l'Irak. (...)

Ayons le courage de mettre les choses à plat. Il y a deux options : l'option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n'oublions pas qu'après avoir gagné la guerre il faut construire la paix. (...) Cela sera long et difficile, car il faudra préserver l'unité de l'Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l'intrusion de la force. (...) Il y a l'alternative offerte par les inspections, qui permet d'avancer de jour en jour dans la voie d'un désarmement efficace et pacifique de l'Irak. (...) Ce choix-là n'est-il pas le plus sûr et le plus rapide ? (...) La guerre est toujours la sanction d'un échec. (...)

Donnons par conséquent aux inspecteurs (...) le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais (...) demandons à MM. Blix et ElBaradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. (...) Un recours prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences, (...) et remettrait en cause cette unité -de la communauté internationale-, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité. Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d'injustice, aggraverait les tensions et risquerait d'ouvrir la voie à d'autres conflits.

Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C'est (...) l'une de nos responsabilités premières (...) Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte (...) que nous devons mener ensemble. (...) Il y a dix jours, le secrétaire d'Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al-Qaida et le régime de Bagdad. En l'état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d'établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l'impact qu'aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. (...) Ne risquerait-elle pas d'aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l'a toujours dit : nous n'excluons pas la possibilité qu'un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l'impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. (...) En tout état de cause, dans une telle éventualité, c'est bien l'unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations unies qui resteront demain, quoi qu'il arrive, au cœur de la paix à construire. (...)

Et c'est un vieux pays, la France, un continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie. Un vieux pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs. Et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'histoire et devant les hommes. Il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Fidèle à ses valeurs, il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur."

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Cartano.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.02.03
Questions régionales > Iraq > Allocutions / Iraq / Autorités françaises
Allocutions / Iraq / Autorités françaises

Intervention du Ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, au Conseil de sécurité
Dernière mise à jour : 14/02/03

Version imprimable

 
M. de Villepin et M. Colin Powell au siège des Nations unies (New York, 14/02/2003) Photo AFP
Intervention du Ministre
au Conseil de sécurité (14 février 2003)

 
 
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Madame et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
 
Je remercie MM. Blix et El Baradei pour les indications qu'ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Iraq. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

*

1 - Vous savez le prix que la France attache, depuis l'origine de la crise iraquienne, à l'unité du Conseil de Sécurité. Cette unité repose aujourd'hui sur deux éléments essentiels :
 
- Nous poursuivons ensemble l'objectif d'un désarmement effectif de l'Iraq. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d'intention. Soyons clairs : aucun d'entre nous n'éprouve la moindre complaisance à l'égard de Saddam Hussein et du régime iraquien.
 
- En adoptant à l'unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d'échec de cette stratégie, l'examen par le Conseil de Sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C'est bien dans ce scénario d'échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution.
 
La question qui se pose aujourd'hui est simple : considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d'inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d'inspection offertes par la résolution 1441 n'ont pas encore été toutes explorées ?
 
En réponse à cette question, la France a deux convictions:
  • la première, c'est que l'option des inspections n'a pas été conduite jusqu'à son terme et peut apporter une réponse efficace à l'impératif du désarmement de l'Iraq ;
  • la deuxième, c'est qu'un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu'il ne saurait être envisagé qu'en dernière extrémité.
 
2 - Or, que venons-nous d'entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradei ? Nous venons d'entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d'entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats.
 
Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le Président exécutif de la CCVINU et le Directeur général de l'AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues :
 
- dans les domaines chimique et biologique, les Iraquiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création de commissions d'investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d'armements, conformément aux demandes de M. Blix ;
 
- dans le domaine balistique, les informations fournies par l'Iraq ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non-autorisés, conformément aux conclusions de M. Blix ;
 
- dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l'AIEA sur les points importants évoqués par M. El Baradei le 27 janvier dernier : l'acquisition d'aimants susceptibles de servir à l'enrichissement d'uranium et la liste des contacts entre l'Iraq et le pays susceptible de lui avoir fourni de l'uranium.
 
Nous sommes là au cœur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l'efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination.

*

3 - Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l'Iraq. La France n'a cessé de l'exiger.
Des progrès réels commencent à apparaître :
  • L'Iraq a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ;
  • Il a permis que des scientifiques iraquiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ;
  • Un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d'armes de destruction massive est en cours d'adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs.
  • L'Iraq doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.
La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l'Iraq pour qu'il aille plus loin dans la voie de la coopération.
 
4 - Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l'ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être encore élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.
 
- Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.
- J'ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradei et communiquées aux membres du Conseil.
  • Quel est leur esprit ? Il s'agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en œuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l'efficacité des opérations d'inspection. Elles s'inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l'appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradei. Ils sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d'entre elles qu'ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels.
La France a déjà annoncé qu'elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradei, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV.
  • Alors oui j'entends bien les critiques :
- Il y a ceux qui pensent que dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c'est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisantes mais elles sont là.
- Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d'inspection serait une sorte de  manœuvre de retardement  visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l'Iraq. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre crédibilité et de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat.
 
- Il y a deux options :
- l'option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n'oublions pas qu'après avoir gagné  la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l'unité de l'Iraq, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l'intrusion de la force.
- face à de telles perspectives, il y a l'alternative offerte par les inspections, qui permet d'avancer de jour en jour dans la voie d'un désarmement efficace et pacifique de l'Iraq. Au bout du compte, ce choix là n'est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?
 
Personne ne peut donc affirmer aujourd'hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu'il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d'un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ?
Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations Unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir.
 
5 - Dans ce contexte, l'usage de la force ne se justifie pas aujourd'hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l'Iraq par les inspections. De plus, un recours prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences.
 
- L'autorité de notre action repose aujourd'hui sur l'unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité.
 
- Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d'injustice, aggraverait les tensions et risquerait d'ouvrir la voie à d'autres conflits.
 
- Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C'est, depuis la tragédie du 11 septembre, l'une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C'est le sens de la réunion du Conseil de Sécurité qui s'est tenue le 20 janvier, à l'initiative de la France.
 
Il y a dix jours, le Secrétaire d'Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al-Qaida et le régime de Bagdad. En l'état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d'établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l'impact qu'aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d'aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?
 
La France l'a toujours dit : nous n'excluons pas la possibilité qu'un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l'impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j'avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre :
- En quoi la nature et l'ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ?
- Comment faire en sorte que les risques considérables d'une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ?
 
En tout état de cause, dans une telle éventualité, c'est bien l'unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations Unies qui resteront demain, quoi qu'il arrive, au cœur de la paix à construire.

***

Monsieur le Président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de Sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l'incompréhension, de la suspicion ou de la peur.
 
Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.
 
Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie. Un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs. Et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.
 
Je vous remercie.
 
 
Interview accordée à l'hebdomadaire "TIME Magazine"

Interview accordée par M. Jacques CHIRAC à l'hebdomadaire "TIME Magazine" (édition américaine)

Image d'archives - juillet 2002.    

Palais de l'Elysée - Dimanche 16 février 2003.


QUESTION - Est-ce que le rapport des inspecteurs, la semaine dernière, a marqué un tournant dans le débat sur l'Iraq ?

LE PRESIDENT - J'avais reçu dans les deux jours précédents une série de coups de téléphone de chefs d'Etat, membres du Conseil de sécurité ou d'ailleurs non membres du Conseil de sécurité. Et j'en avais tiré la conclusion que la recherche déterminée d'une solution au désarmement de l'Iraq par un processus pacifique était partagée par une majorité de responsables politiques.

QUESTION - En cas de guerre, quelles conséquences voyez-vous pour le Moyen Orient ?

LE PRESIDENT - Les conséquences d'une guerre seraient considérables : sur le plan humain, sur le plan politique, par une déstabilisation de l'ensemble de cette région. J'ajoute qu'il est très difficile d'expliquer que l'on va dépenser des sommes colossales pour faire la guerre alors qu'il y a peut-être une autre solution et que l'on ne peut pas assumer le minimum de responsabilité dans le domaine de l'aide au développement.

QUESTION - Pourquoi, plus que Tony BLAIR ou George BUSH, vous attendez-vous à des conséquences aussi graves ?

LE PRESIDENT - Simplement, je n'ai pas la même appréciation. Parmi les conséquences négatives de cette guerre, il y aurait une réaction de la part de l'opinion publique arabe et musulmane. A tort ou à raison, mais c'est un fait. Une guerre de cette nature ne peut pas ne pas donner une forte impulsion au terrorisme. Elle pourrait créer des vocations pour un grand nombre de petits BEN LADEN.

Les musulmans et les chrétiens ont beaucoup à se dire. Et ce n'est pas par la guerre qu'on favorisera ce dialogue. Je suis contre le choc des civilisations. Cela fait le jeu des intégristes.

Il y a un problème, c'est la possession probable d'armes de destruction massive par un pays incontrôlable, l'Iraq. La communauté internationale a raison de s'émouvoir de cette situation. Et elle a eu raison de décider qu'il fallait désarmer l'Iraq.

Alors, les inspections ont commencé. C'est naturellement un travail long et difficile. Il faut laisser aux inspecteurs le temps de le faire. Et, probablement, cela c'est la position de la France, renforcer leurs moyens, notamment leurs moyens d'observation aérienne. Pour le moment, rien ne permet de dire qu'elle ne marche pas.

QUESTION - Est-ce que la France ne se dérobe pas à ses responsabilités sur le plan militaire envers son plus vieil allié ?

LE PRESIDENT - La France n'est pas un pays pacifiste. Nous avons dans les Balkans plus de soldats que les Etats-Unis. La France n'est évidemment pas un pays anti-américain. Elle est profondément amie des Etats-Unis. Elle l'a toujours été. Et la France n'a pas pour vocation de soutenir un régime dictatorial, ni en Iraq, ni ailleurs.

Nous n'avons pas non plus de divergences de vues sur l'objectif : l'élimination des armes de destruction massive de Saddam HUSSEIN. Et, pour tout dire, si Saddam HUSSEIN pouvait disparaître, ce serait certainement le meilleur service qu'il pourrait rendre à son peuple et au monde. Mais nous pensons que cet objectif peut être atteint sans mettre en oeuvre une guerre.

QUESTION - Vous avez l'air de placer davantage la responsabilité sur les inspecteurs, pour qu'ils trouvent les armes, plutôt que sur Saddam HUSSEIN, pour qu'il déclare ce qu'il a ?

LE PRESIDENT - Y-a-t-il en Iraq des armes nucléaires ? Je ne le pense pas. Y-a-t-il d'autres armes de destruction massive ? C'est probable. Il faut donc les trouver et les détruire. Dans la situation où il est actuellement et contrôlé comme il l'est, est-ce que l'Iraq représente un danger important et immédiat pour la région ? Je ne le crois pas. Et donc, dans ces conditions, je préfère poursuivre sur la voie définie par le Conseil de sécurité. Puis, on verra.

QUESTION - Quelle circonstance pourrait justifier la guerre ?

LE PRESIDENT - C'est aux inspecteurs de faire rapport. On leur fait confiance. On leur a donné une mission et on leur fait confiance. S'il faut augmenter leurs moyens, on augmente leurs moyens. Donc, c'est à eux de venir dire un jour au Conseil : "nous avons gagné, c'est terminé, il n'y a plus d'armes de destruction massive", ou bien : "il est impossible pour nous de remplir la mission que vous nous avez donnée, nous nous heurtons à des mauvaises volontés et à des blocages de la part de l'Iraq''. Alors, le Conseil de sécurité serait fondé à délibérer sur ce rapport et à prendre sa décision. Et, dans cette hypothèse, la France n'exclut naturellement aucune option.

QUESTION - Mais, sans la coopération iraquienne, même 300 inspecteurs ne peuvent faire le travailà

LE PRESIDENT - Ça, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Mais c'est aux inspecteurs de le dire. Moi, je fais simplement le pari qu'on peut obtenir de l'Iraq une plus grande coopération. Si je me trompe, il sera toujours temps d'en tirer les conséquences.

Quand un régime comme celui de Saddam se trouve pris entre la mort certaine et l'abandon de ses armes, il doit faire le bon choix. Mais je ne suis pas sûr qu'il le fera.

QUESTION - Si, aux Nations Unies, les Etats Unis venaient à présenter une résolution en faveur de la guerre, est-ce que la France utiliserait son droit de veto ?

LE PRESIDENT - J'estime qu'il n'y a pas de raison de faire une nouvelle résolution. Nous sommes dans le cadre de la résolution 1441, poursuivons. Je ne vois pas ce qu'une nouvelle résolution pourrait apporter de plus.

QUESTION - Certains vous accusent d'être animé par l'anti-américanisme ?

LE PRESIDENT - Je connais les Etats-Unis depuis longtemps, j'y suis allé souvent, j'y ai fait des études. J'ai été "fork-lift operator" pour Anheuser-Busch à Saint Louis, j'ai été "soda jerk" chez Howard Johnson. J'ai traversé dans tous les sens les Etats-Unis en auto-stop. J'ai été journaliste et j'ai écrit un article pour le "Times Picayune" de la Nouvelle Orleans qui est paru en une.

Je connais les Etats-Unis mieux peut-être que beaucoup de Français et, j'aime beaucoup les Etats-Unis. J'ai beaucoup de très bons amis là-bas. C'est un pays où je me sens bien. J'aime beaucoup la "junk food" et, chaque fois que je vais aux Etats-Unis, je reviens avec un nombre excessif de kilos.

J'ai toujours été un partisan, un supporter de la solidarité transatlantique. Quand j'entends dire que je suis un anti-américain, je suis triste. Je ne suis pas en colère. Mais je suis triste.

QUESTION - Pensez-vous que le fait que l'Amérique soit la seule superpuissance est un problème ?

LE PRESIDENT - Une société où il y a un seul puissant est toujours une société dangereuse et qui provoque des réactions. C'est pour cela que je suis pour un monde multipolaire dans lequel il est évident que l'Europe a sa place. De toute façon, le monde ne sera pas unipolaire. Dans les cinquante ans qui viennent, la Chine représentera une puissance considérable. Donc, le monde sera différent. Et donc, autant essayer de l'organiser dès maintenant. La solidarité transatlantique restera à la base de ce monde multipolaire de demain dans lequel l'Europe a un rôle à jouer.

QUESTION - Les tensions à cause de l'Iraq n'ont-elles pas empoisonné la relation transatlantique ?

LE PRESIDENT - Je le répète : il faut désarmer l'Iraq. Pour cela, l'Iraq doit faire plus qu'il ne le fait aujourd'hui. Si l'on désarme l'Irak, l'objectif recherché par les Américains sera atteint. Et si on le fait, il n'y a pas de doute sur le fait que ce sera dû en grande partie à la présence de l'armada américaine sur place. S'il n'y avait pas eu l'armée américaine, il n'est pas du tout évident que Saddam aurait accepté de jouer le jeu.

Si l'on va au terme des inspections, les Américains auront en fait gagné dans la mesure où c'est essentiellement grâce à la pression qu'ils auront exercée qu'on aura pu désarmer l'Iraq.

QUESTION - Vous ne pensez pas qu'il serait politiquement extrêmement difficile pour le Président BUSH de faire machine arrière sur la guerre ?

LE PRESIDENT - Je ne suis pas si sûr. Il aurait deux avantages s'il ramène ses soldats. Je me place dans la situation où les inspecteurs diraient : "Maintenant il n'y a plus rien", ce qui prendra encore un certain nombre de semaines. Si l'Iraq n'a pas coopéré et que les inspecteurs disent : "ça ne marche pas", cela pourrait signifier la guerre. Mais si l'Iraq est objectivement désarmé, ses armes de destruction massive éliminées, et que c'est vérifié par les inspecteurs, à ce moment-là, Monsieur BUSH pourra dire deux choses : premièrement, " grâce à mon intervention, l'Iraq a été désarmé". Et, deuxièmement, "je l'ai fait sans faire couler le sang". Dans la vie d'un homme d'Etat, cela compte. Sans faire couler le sang.

QUESTION - Oui, mais Washington pourrait bien aller à la guerre malgré votre planà

LE PRESIDENT - C'est leur responsabilité. Si jamais ils me demandaient mon conseil, ce n'est pas ce que je leur recommanderais.


Le Kurdistan d'Irak, une zone à hauts risques pour les Américains


[dimanche 16 février 2003 - 12h37 heure de Paris]

© AFP
Deux Kurdes irakiens, membres de l'UPK, jouent au football prsè du village Tapa Korra contrôlé par le groupe islamiste Ansar al-Islam
© AFP Behrouz Mehri
ERBIL (Irak) (AFP) - Une invasion de l'Irak par le nord kurde pourrait causer une migraine aux Américains sans comparaison avec les maux de tête des difficiles tractations au Conseil de sécurité de l'Onu.

Washington a certes le soutien des mouvements kurdes d'Irak, qui contrôlent depuis 1991 cette zone échappant à l'autorité de Bagdad, mais ses stratèges doivent agir avec prudence s'ils veulent ne pas irriter l'allié turc et déstabiliser la région.

Le sort des villes pétrolières de Kirkuk et Mossoul, contrôlées par les forces du président irakien Saddam Hussein et revendiquées par les Kurdes autonomistes, est sans doute la question la plus sensible, selon les analystes.

Les deux villes sont dans une zone d'où l'Irak tire un tiers de son pétrole et Ankara craint de voir les Kurdes, une fois ces villes dans leur main, utiliser les revenus pétroliers à l'édification d'un éventuel Etat indépendant.

La Turquie, qui a une importante minorité kurde, pourrait intervenir au prétexte de protéger la minorité turkmène qui se plaint d'intimidations de la part des Kurdes irakiens et a menacé d'appeler à l'aide le grand frère turc.

"S'il y a une attaque contre l'Irak, il est normal que les soldats turcs viennent ici", affirme Sanan Ahmet Aga, leader du Front turkmène irakien.

M. Aga a rappelé que sa communauté revendiquait Kirkuk et Mossoul qui faisaient partie de l'empire ottoman avant la création de l'Irak après la première Guerre mondiale. "Si un groupe essaie de prendre le dessus sur les autres dans ces deux villes, ce sera la guerre civile", affirme-t-il.

© AFP
Le leader turkmène irakien Sanan Ahmet Aga vendredi à Arbil à 370 km au nord de Bagdad
© AFP Behrouz Mehri
Dans ces conditions, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, qui ne cache pas son désir d'élargir sa zone, doit agir avec prudence.

"Il ne serait pas raisonnable pour la Turquie ou toute autre force régionale d'entrer dans notre zone car nous nous y opposerons", prévient Sami Abdul Rahman, l'un de ses dirigeants.

"Si les forces turques entrent, ce sera une provocation pour les autres pays de la région et cela créera des problèmes entre nous et la Turquie", dit-il.

Ce sera aussi une bonne opportunité pour l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, qui contrôle une zone frontalière avec l'Iran, de prendre le contrôle de Kirkuk

Bien que le PDK et l'UPK aient récemment enterré leurs différends, l'UPK ne semble guère alarmée par l'hypothèse d'une entrée des forces turques dans la zone du PDK. Après tout, Massoud Barzani n'a-t-il pas obtenu l'aide de Saddam Hussein pour expulser l'UPK d'Erbil en 1996.

A cela il faut ajouter la politique d'arabisation forcée de la région pétrolière menée ces dernières années par Bagdad, qui a expulsé les Kurdes et les autres minorités pour les remplacer par des Arabes.

"250.000 Kurdes, Assyriens et Turkmènes ont été forcés de quitter Kirkuk et ils ont le droit d'y retourner", affirme Sami Abdul Rahman.

Les analystes estiment que l'armée américaine serait appelée à éloigner, en cas d'attaque, les combattants kurdes de Kirkuk et Mossoul, ce qui signifie qu'elle aurait besoin d'importants effectifs pour remplacer l'armée irakienne.

Il faudrait aussi compter avec les islamistes d'Ansar Al-islam. Ce groupe est accusé par les Etats-Unis et l'UPK de faire le lien entre Al-Qaïda et le régime de Bagdad et d'avoir expérimenté des gaz mortels.

Le groupe rejette ces assertions et affirme que l'UPK tente par ces accusations de lui nuire en tirant profit de la guerre contre le terrorisme.

"Il s'agit juste de la propagande. Ansar est un problème pour l'UPK et non pour le reste du monde, et si l'UPK utilise les Etats-Unis dans sa bataille (contre Ansar), les autres groupes islamistes modérés vont se radicaliser", prévient Ahmad Kakar Mahmud, un dirigeant du mouvement islamiste kurde (MIK).

Les diplomates estiment aussi qu'une action militaire américaine contre Ansar - qui contrôle une poche de territoire à la frontière iranienne - pourrait aussi alarmer l'Iran, dont la coopération est nécessaire à cause de son soutien à l'opposition chiite irakienne.

Déploiement militaire continu vers le Golfe


[dimanche 16 février 2003 - 10h26 heure de Paris]


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 11:56:04
Permalien IRAK

© AFP
Soldats américains à l'entraînement au Koweit
© AFP/Archives Paul Richards
WASHINGTON (AFP) - Les effectifs militaires américains massés dans la région du Golfe et certains pays alentour atteignent désormais les 150.000 hommes, selon le Pentagone.

Le ministère américain de la Défense a également annoncé que près de 40.000 réservistes supplémentaires ont été rappelés au service actif dans le cadre d'une possible guerre contre l'Irak, tandis que plusieurs unités ayant reçu un ordre de déploiement devaient encore se déplacer vers le Golfe.

Par ailleurs, la Grande-Bretagne, plus proche allié de Washington, possède déjà 25 avions et quelque 1.000 hommes de l'armée de l'air dans la région du Golfe, pour patrouiller dans les zones d'exclusion au nord et au sud de l'Irak.

Ces chiffres devraient grimper, dans les prochaines semaines, à une centaine d'avions de combat, une trentaine d'hélicoptères de transport et environ 8.000 hommes, selon le ministre de la Défense Geoff Hoon.

Environ 30.000 soldats britanniques sont déjà en route pour le Golfe, soit le quart des effectifs de l'armée de terre, ainsi que 120 chars et une escadre d'une quinzaine de navires conduits par le petit porte-avions Ark Royal.

Les Australiens envoient quant à eux 2.000 hommes.


Détail des forces américaines dans la région, selon des responsables militaires:


- Koweït: 70.000 militaires américains pour la plupart de l'armée de terre, dont beaucoup se sont entraînés près de la frontière irakienne. Parmi eux, des éléments d'état-major du 5e corps, de la 1ère force expéditionnaire des Marines sur place et de la 3e division d'infanterie.

Toute la région nord de l'émirat (60% de son territoire), qui fait face à l'Irak, est considérée comme "zone militaire fermée" depuis le 15 février.

Américains et Britanniques utilisent deux bases aériennes, Al-Jaber et Ali Salem.


- Arabie Saoudite: moins de 5.000 hommes, surtout de l'armée de l'air, sur la base Prince Sultan (sud de Ryad), avec avions de combat, avions-radar Awacs et ravitailleurs.


- Mer: Quelque 35.000 hommes. Un 5e porte-avions américain, le Kitty Hawk, va quitter le Japon pour le Golfe. Trois porte-avions déjà dans les environs: le Abraham Lincoln en mer d'Oman, le Constellation dans le Golfe, le Harry Truman en Méditerranée orientale. Le Theodore Roosevelt est attendu sous peu.

Chaque porte-avion emmène environ 80 avions, dont 50 de combat, et 8.500 à 10.000 hommes. Il est accompagné de six ou sept navires. Un groupe amphibie conduit par l'USS Nassau avec 2.200 Marines croise dans la région.


- Qatar: 5.500 militaires sur les bases d'al-Oudeid et d'As-Saliyah, celle-ci comportant un centre de commandement avancé qui pourrait servir de QG des forces américaines en cas d'intervention.


- Bahrein: Plus de 5.000 militaires déployés, surtout de la Marine américaine. QG de la 5e Flotte. Base aérienne à Cheikh Issa.


- Emirats arabes unis: 1.200 militaires.


- Turquie: 2.000 hommes, surtout sur l'aéroport d'Incirlik, base de l'aviation américano-britannique patrouillant dans le nord de l'Irak. Si Ankara donne son accord, quelque 20.000 fantassins partiraient de Turquie pour une intervention en Irak, dont la 101e division aéroportée.


- Djibouti: Environ 1.300 hommes (terre et mer).


- Oman: 2.700 militaires.


- Diego Garcia (Océan indien): base pour bombardiers B-2 furtifs et B-52.


- Afghanistan: 10.000 hommes.


- Contingents en Asie Centrale (Ouzbékistan, Kirghizstan) et au Pakistan.



Dimanche 16 février 2003

COREE DU NORD


AFP International
International, samedi 15 février 2003

Pyongyang pourrait avoir six armes nucléaires l'été prochain (Rumsfeld)

NEW YORK (AFP) - La Corée du Nord pourrait fabriquer "cinq ou six" armes nucléaires d'ici l'été prochain, si elle continue à amasser de la matière fissile au rythme actuel, a déclaré le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld.

Après avoir été décoré, sur l'Intrepid, ex-porte-avions reconverti en musée à New York, M. Rumsfeld a été interrogé vendredi soir sur une possible option militaire contre la Corée du Nord qui a relancé son programme nucléaire.

"Les Etats-Unis, a-t-il répondu, sont capables de faire beaucoup choses militairement. Mais à la vérité nous ne pouvons pas faire grand chose tout seuls sur le plan politique et économique. Nous avons besoin de soutien", a-t-il dit.

"Nous avons un grand problème", a ajouté M. Rumsfeld. "La CIA (services secrets américains) a évalué qu'ils (les Nord-Coréens) ont déjà une ou deux armes nucléaires ... et qu'ils sont capables de produire suffisamment de matériaux nucléaires d'ici l'été pour fabriquer six armes".

"Cela constitue une menace pour la Corée du Sud et le Japon, mais c'est aussi une réelle menace pour le monde", selon M. Rumsfeld.

La Corée du Nord est "le pays du monde le plus prolifique en missiles" et Washington a besoin de l'aide des autres nations pour combattre la menace constituée par Pyongyang, selon le secrétaire d'Etat.

"Nous pourrions avoir dans cinq ou dix ans, 4, 5 ou 6 autres pays ayant des armes nucléaires. Et plusieurs sont sur la liste des pays appuyant le terrorisme" a-t-il dit.

jms/aln/dfg

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) - AFP International : USA; CoréeNord
Heure de publication : 06:35 GMT
Taille : Court, 195 mots

© 2003 AFP. Tous droits réservés.

Doc. : 20030215AI0AMW52_046_073620


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 10:46:09
Permalien


Dimanche 16 février 2003

VIETNAM


l'Humanité
Plus loin que la fête, samedi 15 février 2003, p. 9

Non à la guerre

Au Vietnam, la dioxine tue encore
Le Vietnam a été ravagé par la guerre chimique. 66 millions de litres de produits toxiques ont été épandus par les États-Unis. Trente ans après, dioxine et produits défoliants font encore des victimes.

Olivieri, Pierre

Vietnam - La guerre chimique dont il est tant question pour justifier une attaque contre l'Irak n'est pas devant nous. Elle a déjà eu lieu, ici, au pays d'Oncle Ho. De 1961 à 1971 directement, puis jusqu'en 1975, par l'intermédiaire de l'armée sud-vietnamienne tout à fait dépendante d'eux, les États-Unis ont mené une guerre chimique, d'une ampleur incroyable, notamment par l'emploi de l'"agent orange", à forte teneur en dioxine, produit hautement toxique. En visitant l'orphelinat Phu My, à Hô Chi Minh-Ville, et le Village de l'amitié, dans la banlieue de Hanoi, on touche du doigt un phénomène encore trop peu connu : bien que la guerre ait été terminée en 1975, elle continue à faire des victimes.

Les éventuelles guerres de demain ont maintenant pour moi des visages. À l'orphelinat de Phu My, des dizaines d'enfants sont étendus dans leurs lits dans cette immense salle à la propreté étonnante. Ce sont des gisants vivants, yeux brillants de vie, corps tout disloqués, très lourdement handicapés. La soeur Marie Nguyen Thi Huu, la directrice, appartient à la congrégation Saint-Paul basée à Chartres. Elle me fait visiter cet orphelinat qui accueille 353 enfants abandonnés, certainement sous la pression de la honte sociale, de la charge pour la famille pauvre ou de l'entrave que constitue une telle progéniture dans la vie urbaine. Elle me dit franchement ne pouvoir assurer qu'on voit là le fruit amer de la dioxine, "les analyses coûtant trop cher et l'histoire des familles manquant". Pour Irène, une bénévole venant de Thiers, dans le Puy-de-Dôme, "peu importe la dioxine ou autre chose. Aujourd'hui, il faut ne penser qu'aux enfants et tout mettre en oeuvre pour les aider au maximum". Yen, seize ans, nous accroche en anglais. Elle a les yeux blancs et retournés des aveugles et me promet, si je reste assez, de m'écrire quelque chose en braille. Très vite on oublie. Les enfants restent des gosses, bien portants ou malades à mourir : mêmes sourires et même soif de vivre. Soeur Marie Hon s'occupe de l'hôpital de jour, où sont accueillis des cas moins lourds, 162 enfants en tout. Phuong, la mère de jumeaux handicapés, a vu un reportage à la télé sur la dioxine et est convaincue que les produits chimiques sont responsables d'une partie au moins des maladies qui peuplent l'orphelinat. Les larmes lui montent aux yeux lorsqu'elle raconte la naissance des jumeaux, moment de joie intense transformée en honte et en tristesse profonde. "Pourquoi les miens ne sont-ils pas comme les autres ?" Puis l'amour, les progrès enregistrés lui ont donné ce courage de supporter une double, voire une triple journée, et l'injustice de la situation.

Trois générations de victimes

Au Village de l'amitié, Hoan recroqueville ses neuf ans sur son siège et paraît d'une timidité insurmontable. Je m'accroupis près de lui pour causer. Ses grands yeux aux cils impressionnants semblent seuls écouter les questions que traduit la petite secrétaire, Ha. Il respire à peine, difficilement, tandis qu'il me dit à l'école préférer la lecture et l'écriture. Ses parents et ses frères et soeurs lui manquent. Ils ne viennent que deux ou trois fois par an. Hoan soulève son maillot. Au niveau du sternum, la poitrine est enfoncée comme si un énorme poing l'avait pénétrée. Un trou. Hoan est comme tous les autres gosses : il aime la télé. Ce qu'il préfère, c'est les films de castagne, sûrement chinois, où hommes et femmes bondissent comme des tigres, sautent des toits sur leurs proies, assènent des coups terribles. Toutes choses interdites à la petite victime.

Le Village de l'amitié de Van Canh est né d'une démarche unique. Des anciens combattants français, allemands, britanniques, américains et japonais ont décidé de réaliser ensemble, en accord avec les vétérans vietnamiens, un projet qui deviendrait un symbole de la réconciliation et de la fraternité. Estimé à 2,5 millions de dollars, dont plus de la moitié ont déjà été réunis, le Village est constitué d'un ensemble de pavillons et de bâtiments abritant 90 enfants et 30 vétérans, victimes en majorité de la dioxine. Même s'il ne peut traiter qu'une infime partie des victimes de la guerre chimique - leur nombre est estimé à plusieurs centaines de milliers, voire plus d'un million, dont cent mille enfants -, le Village contribue à évaluer, à analyser et à soigner les effets de la dioxine tout en mettant en oeuvre des méthodes susceptibles d'être appliquées dans les villages et les familles. Une réalisation qui a amené la télé américaine CNN à commenter : une bombe à retardement contre le gouvernement US ! L'Association républicaine des anciens combattants (ARAC) et le Comité français du Village, présidé par Georges Doussin et animé par Jocelyne Commaret, se sont vu décerner par le gouvernement français le prix des Droits de l'homme pour l'année 2001 pour son activité concernant le Village. Les 100 000 francs du prix ont contribué à y édifier un nouveau pavillon.

Dioxine au petit matin

La particularité, au Village, c'est que trois générations de victimes s'y côtoient. Le grand-père qui a combattu au Sud, parfois le fils, mais plus souvent encore le petit-fils né, comme Hoan, bien après la guerre, qui a pris fin en 1975. C'est une injustice qui fait bouillir de colère la trentaine de vétérans qui partagent douleurs physiques et morales, et souvenirs. La paix venue, ils pensaient goûter l'indépendance retrouvée, la douceur d'un foyer s'agrandissant dans la joie. Cette guerre très longue a empêché le Vietnam de décoller comme la Thaïlande et d'autres "dragons" de l'Asie de l'Est. Après les sacrifices, ces combattants ont eu le revers de la médaille : des enfants et des petits-enfants handicapés, malformés, monstrueux, cancéreux. L'après-guerre a pour eux un goût de cendre.

Le 11 mai 1961, Kennedy annonça son intention d'utiliser les herbicides et autres produits chimiques au Vietnam. Le 10 août, un épandage avait lieu au nord de Kontum à l'aide d'un hélicoptère. La première guerre chimique de l'histoire de l'humanité venait de commencer.

Rien n'est plus beau qu'un lever du jour sur l'Asie. C'est justement au petit matin, quand le calme régnait, le vent dormant encore, que les avions arrivaient et pulvérisaient leurs produits chimiques. Plus de 66 millions de litres ont été épandus par les Américains entre 1961 et 1971. Plus de deux millions d'hectares ont été ainsi arrosés, soit le huitième de la surface du Sud-Vietnam. Des nombreux produits utilisés - agents blanc, bleu, pourpre, rose, vert, insecticides, pesticides, gaz CS, neuro-toxiques, napalm, phosphore blanc, etc. -, le plus célèbre reste l'agent orange, car il contenait de la dioxine. La dioxine est le nom commun pour le 2,3,7,8-TCDD (tétrachloro-dibenzo-p-dioxine), poison puissant, 100 000 fois plus toxique que le plus puissant des poisons trouvés dans la nature. Selon les estimations américaines, 170 kg de dioxine ont été pulvérisés sur le Vietnam. Or, d'après des scientifiques, il suffirait de 80 grammes de dioxine dans le système de distribution d'eau pour tuer tous les habitants de New York. La particularité de ce produit hautement nocif est sa persistance. Les herbicides persistent quelques jours ou quelques semaines, alors que la dioxine reste dans l'environnement - notamment dans la terre et la boue - durant plusieurs décennies. C'est donc une véritable "empreinte digitale" qu'a laissée la guerre chimique au Vietnam. Mais un test pour déterminer la dioxine dans l'environnent ou le corps humain coûte entre 1 000 et 3 000 dollars. Néanmoins, plus de 4 000 échantillons de toutes sortes ont été analysés grâce à la coopération internationale. Que donnent les résultats pour l'homme ? Notons d'abord que les échantillons à analyser sont toujours prélevés dans deux populations : un groupe exposé aux produits chimiques et l'autre qui n'a pas eu de contact. Les résultats des analyses de 149 échantillons du Nord (non exposé) et du Sud (vaporisé) donnent les résultats suivants : dans le Sud, la dioxine apparaît dans 83,3 % des échantillons et seulement dans 12 % au Nord.

Lait maternel empoisonné

Si on prend le lait maternel, des études faites en 1970, vers la fin de l'utilisation massive des produits chimiques par les Américains, donnent une concentration de dioxine très élevée, atteignant le taux le plus élevé jamais mesuré dans n'importe quel endroit dans le monde. Trois ans plus tard, des échantillons prélevés au même endroit montraient une brutale diminution de la dioxine. Enfin le taux de dioxine dans le lait est trois fois plus élevé au Sud qu'au Nord. Et même à ce jour les taux de dioxine dans le lait maternel au Vietnam est encore plus élevé que dans de nombreux pays, y compris industrialisés. C'est l'empreinte d'une tragédie : car en même temps que la charge de dioxine diminue chez la mère, elle est transférée à l'enfant. Pour étudier ce transfert, des échantillons du tissu hépatique de foetus atrocement déformés morts avant la naissance ont été analysés. Les résultats montrent que la dioxine peut traverser le placenta pour pénétrer dans le foetus. Ce dernier est donc directement contaminé dans l'utérus de la mère. De plus a été mise en évidence la relation entre la concentration de la dioxine dans l'organisme et la quantité de produits chimiques vaporisés pendant la guerre. Et le gouvernement américain et les multinationales qui leur ont livré les poisons peuvent continuer à affirmer qu'ils ne voient pas de relation de cause à effet entre la guerre chimique et les nombreuses maladies provoquées ! Sauf pour les vétérans américains (voir ci-dessous). En tous cas, l'ensemble des études sur ceux qui ont été exposés aux produits chimiques démontrent une tendance nette à souffrir de maladies digestives, désordres nerveux, maladies de peau, cancers, dépressions, ulcères, avortements spontanés, morts foetales, malformations à la naissance, difformités monstrueuses, affaiblissement du système immunitaire Si ces produits hautement toxiques ne devaient avoir aucune influence sur la santé humaine, pourquoi les interdit-on ? Pourquoi les craint-on comme la peste, aux USA et ailleurs, effrayés que nous sommes à l'annonce d'une éventuelle attaque chimique ? Le principe de précaution ? Alors il faut reconnaître que des millions d'habitants non seulement n'ont pas bénéficié de ce luxe, mais, de plus, ont servi de cobayes à l'armée américaine pour tester l'efficacité de ses nouvelles armes. Heureusement, une coopération scientifique avec les Américains semble s'amorcer, des conférences internationales ont eu lieu. Feront-elles bouger dans le sens de la responsabilité ceux qui ont joué les apprentis sorciers ?

Quant aux aides dont bénéficient les victimes de la dioxine, elles sont de trois sortes, comme l'explique le lieutenant général Vu Xuan Vinh, haut responsable de l'Association des vétérans du Vietnam, accompagné notamment du colonel Huyn Van Trinh. Il existe d'abord un fonds en faveur des victimes des l'agent orange, géré par la Croix-Rouge vietnamienne. Ensuite des aides de l'État pour les plus défavorisés et enfin l'aide des différentes associations provinciales des vétérans, qui passent ainsi le plus clair de leur temps à s'occuper d'enfants. Mais le général admet que ces aides sont insuffisantes. Puis la conversation roule sur la guerre chimique, qui demande une préparation, une préméditation, pourrait-on dire, beaucoup plus poussée qu'une guerre conventionnelle. Et puis, explique l'officier, une guerre à l'ancienne est faite de campagnes et se termine un jour. Alors que celle-ci est assez interminable dans ses effets : ils continuent alors que la paix est signée. Concernant les responsabilités des Américains, le général assure qu'il leur a été tenu le discours suivant : ne parlons pas de réparations de guerre mais d'action humanitaire. Et pour faciliter celle-ci, occupons-nous vite des hommes, et moins de l'environnement. Mais pour l'instant, aucune réponse n'est venue.

Retarder le paiement

L'attaché de presse de l'ambassade américaine à Hanoi, Thomas R. Carmichael, affirme que les États-Unis ont arrêté d'épandre l'agent orange en 1971 parce que "des études scientifiques suggéraient que la dioxine avait potentiellement des effets dommageables sur la santé". Mais pour ajouter aussitôt : "Il n'est pas encore clair que des effets sur la santé résulteraient de l'usage de l'agent orange au Vietnam." Il semble que ce soit le cas aux USA, puisque des vétérans bénéficient de pensions pour des affections liées à la dioxine (voirci-dessous). Soulignant que les USA consacraient plusieurs millions de dollars à des programmes humanitaires depuis 1991, les représentants du gouvernement américain insistent sur le fait qu'un mémorandum a été signé le 10 mars 2002 entre l'Institut national de la santé US et l'Agence nationale pour l'environnement vietnamienne pour mener "des recherches conjointes sur les effets de l'agent orange et de la dioxine sur la santé humaine et sur l'environnement". Certains voient dans cette position américaine une façon de gagner du temps. Plus le temps passe et plus la dioxine perd de sa virulence. C'est aussi une façon de retarder le moment de payer. De plus, les USA considèrent certainement que les considérables échanges commerciaux mis en place avec le Vietnam, l'un des pays les plus pauvres du Sud-Est asiatique, suffisent. Ainsi les exportations vers les États-Unis se sont élevées à près de 2 milliards de dollars en 2002, contre la moitié en 2001. Les USA sont devenus le deuxième plus grand débouché de Hanoi. Ces liens permettent un certain développement auquel les autorités vietnamiennes tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Malheureusement, ce relatif développement ne bénéficie pas à tout le monde de la même façon. Ainsi, d'après les statistiques officielles, si les salaires ont augmenté en moyenne de 12,2 % par rapport à 1999, les portant à 331 000 dôngs mensuels, soit environ 20 euros, le revenu moyen des plus riches (10 % de la population) est 12,5 fois plus élevé que celui des plus démunis, contre 10,6 fois en 1996. Sans compter l'argent facile de la corruption, phénomène structurel contre lequel les autorités lancent régulièrement des campagnes. Il est évident que les corrompus, mais aussi des entrepreneurs honnêtes, ont plus à gagner avec le commerce qu'à s'occuper des victimes de la guerre chimique. Dans les familles pauvres, aux prises avec les conséquences de la dioxine, si la patience, voire la résignation, est de mise, souvent une certaine colère se fait ressentir. Ainsi, à l'orphelinat de Phu My, sur les 162 familles qui paient 410 000 dôngs par mois pour l'hôpital de jour, seules cinq d'entre elles bénéficient d'une aide assez chiche de 50 000 dôngs mensuels. Et souvent elles sont obligées de retirer leurs enfants de l'institution alors que des progrès sont enregistrés. Devant cet entêtement US, parfois on se met à imaginer une manif qui arpenterait un grand boulevard de Hanoi et dont les images feraient le tour du monde : les enfants de la dioxine, suivi des vétérans et de la population, surtout des jeunes, précédés d'une banderole qui porterait : "Les victimes de la guerre chimique exigent justice". Sans parler de ce qui revient parfois dans les conversations : un recours des familles devant le Tribunal pénal international.

Dans la publication Passions Vietnam, Nguyen Thi Binh, négociatrice des accords de Paris, aujourd'hui vice-présidente de la République, décrit ainsi celle que rêvait le père de la nation vietnamienne : "Hô Chi Minh a dit que si, avec l'indépendance nationale, le pays, le peuple n'est pas heureux, s'il ne jouit pas de ses droits politiques, culturels et sociaux, alors l'indépendance nationale n'a pas de sens." Les enfants de la dioxine, plus que quiconque, ont vraiment besoin de cette politique-là.

SOLIDARITÉ

Les dons pour le Village de l'amitié peuvent être adressés au Comité français, 2 place du Méridien, 94807 Villejuif ; compte bancaire n° 08-813-1993 A, CFCVAV à la BNP Louis-Aragon de Villejuif.

Pour l'Orphelinat Phu My, s'adresser à Anai Parrainage, Mme Lucas Potier, 69 rue Sainte-Croix, 44270 Machecoul. (Porter la mention "Pour l'orphelinat Phu My" au dos du chèque.) E-mail : phumy@online. fr.

On pourra se procurer le précieux rapport de la Croix-Rouge vietnamienne l'Agent orange dans la guerre du Vietnam. Historique et conséquences, du professeur Le Cao Dai, auprès de l'association "Viet Nam, Les enfants de la dioxine", 7 square Dunois, appt 1201, 75013 Paris.

MONSANTO, DOW CHEMICAL, DES EMPOISONNEURS

Ces entreprises ont fabriqué les produits chimiques utilisés contre le Vietnam par les Américains, responsables de nombreuses pollutions toxiques.

Si on parle aujourd'hui des géants américains Monsanto et Dow Chemical, l'un à cause des organismes génétiquement modifiés (OGM) et l'autre à cause des aveugles victimes de l'usine de Bhopal, en Inde, c'est parce qu'ils ont été hier les pourvoyeurs des produits chimiques qui ont empoisonné le Vietnam. Six autres sociétés US se sont jointes à eux : Uniroyal, Hercules, Diamond, Shamrock, Thompson Chemical et TH Agriculture & Nutrition. Monsanto, créé en 1901 pour produire du chimique, a très vite tendu à accroître ses profits en flirtant avec la dangerosité pour les hommes et l'environnement. Cette entreprise deviendra ainsi l'une des plus recherchées par la justice. Années vingt : production du premier édulcorant de synthèse, la saccharine ; l'effet cancérigène sur le cerveau est identifié dans les années quatre-vingt. Années trente : devient premier producteur des PCB ; dans les années soixante et soixante-dix, des études démontrent que les PCB sont responsables de cancers, de troubles immunitaires du développement et de la reproduction. Ils sont interdits de fabrication en 1976. Années quatre-vingt : le quartier Est de Saint Louis, ville siège de Monsanto, est classé au 3e rang de la mortalité infantile des USA. 1995 : l'inventaire officiel des pollutions toxiques de l'Agence américaine de protection de l'environnement place Monsanto en 5e position. 1997 : la multinationale se reconvertit dans la production d'OGM, se séparant de ses sulfureuses affaires chimiques regroupées dans Solutia. Mais là aussi elle sera obligée de renoncer à la commercialisation de ses semences stériles, "Dye Terminator", sous la pression internationale. 1998 : la firme est condamnée à payer une amende pour publicité mensongère à propos du Round-up, un herbicide très puissant vendu comme biodégradable et non polluant. Probablement en reconnaissance d'un savoir-faire certain, le président Bush a nommé Linda Fisher, directrice générale de Monsanto, à la tête de l'Agence de protection de l'environnement aux USA.

Pour en revenir au Vietnam, la firme, dans les années quarante, produit en masse l'herbicide 2,4,5-T comportant la si tristement célèbre dioxine. Avec Dow Chemical et les six autres sociétés, elle signe un juteux contrat avec le Pentagone de 57,7 millions de dollars pour la fourniture des produits chimiques. Le coût de la seule opération "Ranch Hand" - Ouvrier agricole - se monta à 12,5 millions de dollars pour 1966, grimpa à 15,2 millions de dollars en 67 et s'envola jusqu'à 43,4 millions de dollars en 1968. Pour quel chiffre d'affaires total et quel volume de profits ? À partir de 1979, les Vétérans américains de la guerre du Vietnam commencèrent à déposer des plaintes en justice, notamment contre les huit sociétés qui approvisionnaient l'armée US en produits chimiques. Le 7 mai 1984, la cour fédérale de Brooklyn, New York, annonça un règlement à l'amiable : les huit sociétés en question, ayant certainement quelque chose à se faire pardonner, acceptaient de payer 180 millions de dollars, Monsanto en réglant 45,5 %. Ainsi est créé le Fonds de compensation des anciens combattants reconnus souffrir des effets de l'agent orange. De 1984 à 1988, les intérêts accumulés portèrent ce fonds à 240 millions de dollars. En 1996, sur 68 000 demandes d'aide, environ 40 000 reçurent des subventions. La plus petite s'éleva à 246 dollars et la plus importante à 12 800 dollars, pour une personne ou une famille. Selon le plan, la compensation par Monsanto, Dow Chemical and Co. devait durer jusqu'en 1994. Mais un "coup de théâtre", à la fin des années quatre-vingt, allait créer un élan dans la recherche des effets nocifs, criminels, de l'agent orange. En effet, le capitaine Elmo Zumwalt, qui combattit au Vietnam à la fin des années soixante, eut un fils qui accusa bientôt un retard mental. Le capitaine lui-même développa deux formes de cancer et mourut en 1988. Sur son lit d'hôpital, Elmo Zumwalt eut malheureusement tout le loisir de discuter des effets de l'agent orange avec son père, l'amiral Zumwalt, en charge des forces navales américaines sur les champs de bataille du Sud- Vietnam de 1968 à 1971. Tragédie de l'histoire, l'amiral fut celui qui décida de vaporiser l'agent orange le long des canaux et fossés pour prétendument protéger les bateaux patrouilleurs américains - du genre de celui utilisé dans Apocalypse Now. C'est justement un tel patrouiller qu'Elmo, son fils, commandait.

En 1987, l'amiral obtient la réouverture des dossiers des précédentes recherches, oblige le Congrès à débattre des effets de l'agent orange et, dans son audition devant cette instance, témoigne que, selon sa propre enquête, jusqu'à 28 maladies différentes étaient liées aux contacts avec l'Agent Orange et la dioxine. Le Congrès vota l'Acte PL 102-4, signé le 6 février 1991, transférant à l'Académie nationale des sciences la charge des recherches. Celle-ci chargea l'Institut national de la santé d'établir la première liste de maladies, notamment plusieurs sortes de cancers. Ce protocole fut publié en 1994. Pour la première fois, les États-Unis reconnaissaient l'Agent Orange comme cause de certaines maladies.

En 1996, cette liste fut élargie. Mais dès 1991, le gouvernement US avait commencé à indemniser les victimes américaines. Si le handicap était certifié à 10 %, l'allocation était de 89 dollars par mois. Si la perte était de 100 %, l'allocation atteignait 1 823 dollars. Deux poids deux mesures : pas un seul cent n'a, à ce jour, été versé par le gouvernement US et les entreprises incriminées à un seul vétéran vietnamien ni à aucun habitant de ce pays.

DU 3E MARINES AU QUARTIER HO HOAN KIEM

Suel Jones, un ancien soldat américain, s'est installé à Hanoi, où il aide le Village de l'amitié et les victimes de la dioxine.

Suel Jones a soixante ans. Il est venu au Vietnam en 1968 dans le 3e marines. Ce Texan avait alors vingt-quatre ans. "J'étais parmi les plus vieux" précise-t-il, car il s'était enrôlé dans les garde-côtes pour éviter la conscription. Dans sa famille, on cultivait les valeurs américaines de travail, de justice, de droit, et Suel avait confiance dans le gouvernement de son pays. "Si j'ai tué des Vietnamiens ? Bien sûr, car on nous avait formés pour ça, les marines, c'était notre boulot. Mais ce qu'on cherchait surtout, c'était à survivre. Je ne suis qu'un survivant." Blessé, il passera six semaines à l'hôpital.

Revenu de l'enfer au bout d'un an, il en a violemment voulu à son père, à ses cinq oncles qui ont combattu dans le Pacifique et en Europe lors de la seconde Guerre mondiale, à l'Église, au gouvernement. "Ils m'avaient tous menti. Sur la guerre et sur le reste." Il s'en est allé vivre dans une cabane à soixante kilomètres de chez lui, de petits boulots, "pour tenter d'oublier". Le "chagrin de la guerre" - titre du si fort roman de Bao Dinh - ne semble pas lui avoir laissé d'autre choix. Tout au long de sa traversée du désert, il pensait, jusqu'à se faire mal : "Qui nous a donné le droit moral d'envahir un pays, de tuer des gens qui ne voulaient que l'indépendance ? Moi aussi, je me serais battu comme eux si la Russie avait cherché à nous envahir. On a donc pu se permettre cela parce que c'étaient des Jaunes ?" Suel, peu à peu, s'est à nouveau faufilé dans la vie, même si l'idée de suicide l'a souvent effleuré. "Il n'y pas une journée où je ne pense à cette période." Puis, trente ans après, un beau jour de 1998, il est revenu au Vietnam. Il s'est alors retrouvé dans une chambre d'hôtel de Hanoi à tourner mille fois dans sa tête la même question : "Que vont-ils me dire ?" Puis il s'est lancé dans la rue. Là, un passant lui a demandé d'où il venait. "Des USA ? Mais alors vous êtes un ennemi !" Affrontant la situation, Suel a réussi à murmurer : "Oui, votre ennemi." Et l'inconnu de lancer : "Bienvenue chez nous ! Seul le gouvernement américain était notre ennemi." Suel Jones, vétéran du 3e marines, en a eu les jambes qui flageolaient.

Il a donc décidé de s'installer au Vietnam. Lui, le "My", l'Américain, il habite maintenant à Hanoi dans le quartier Ho Hoan Kiem. Si ce n'est pas le bonheur, cela y ressemble. Il donne en tous cas l'impression d'avoir trouvé une terre à remonter le temps, jusqu'à ce temps béni où il avait l'innocence du Yankee puisant aux bonnes traditions de son pays, et non la lourde culpabilité du "warrior" d'une sale guerre. Dans les locaux de l'Association de vétérans vietnamiens, il aime échanger et partager ses souvenirs avec des combattants, maintenant ses amis, qui se trouvaient dans les mêmes lieux et temps que lui sur le terrain : à Can Tien, Cam Lau et Khe San. "J'ai rencontré des soldats qui ont combattu les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, puis les Français, ensuite nous les Américains et enfin les Chinois. Incroyable !" Il n'a que deux mots à l'endroit des Vietnamiens : respect et admiration. Maintenant les uns et les autres se retrouvent du même côté de la barrière, à aider le Village de l'amitié et ses victimes de la dioxine. Suel en est même devenu le représentant international. L'année dernière, il a ramassé trente-cinq mille dollars aux États-Unis pour aider le Village, alors que le gouvernement américain n'a pas versé un cent de réparation en trente ans. À son programme cette année : ramasser encore plus d'argent, assurer une tournée dans les universités américaines contre la guerre et ses conséquences horribles, et organiser l'arrivée au Village d'une vingtaine de vétérans américains. À propos de ce présent à nouveau lourd de menaces, Suel s'emporte : "On a eu trois mille morts à Manhattan et c'est horrible. Mais ici on en a fait trois millions. Qui s'en soucie ?" Il retrouve dans l'attitude de l'actuel gouvernement US la même manière de procéder que lors du drame vietnamien : "On crée des images déshumanisées à l'usage des masses américaines et mondiales. Hier le Viêt-cong, aujourd'hui les musulmans. Et cela devient ensuite plus facile de tuer." Pour lui, les marines qui débarquent au Proche-Orient, la guerre qui semble se rapprocher jour après jour de Bagdad, c'est l'intolérable même, mettant à vif sa douloureuse expérience, ses souffrances qui ne cicatriseront peut-être jamais. "Malgré tous les discours dont la pare Bush, cette guerre est une guerre du pétrole."

Illustration(s) :

DR;

Corbis Sygma
Au service pédiatrique de l'hôpital de Hô Chi Minh-Ville, spécialisé dans le traitement des victimes de la dioxine.

À l'orphelinat de Phu My, des dizaines d'enfants vietnamiens atteints de graves malformations.

Rencontre entre enfants et vétérants vietnamiens, malades de l'agent orange.

Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Maladies, traitement et prévention; Santé publique et condition physique
Taille : Long, 3268 mots

© 2003 l'Humanité. Tous droits réservés.

Doc. : 20030215HU0019


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-16 10:40:39
Permalien


INTERNATIONAL par ERIC JL BRETON