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Publié le mardi 11 février 2003
Mardi 11 février 2003
DOSSIER IRAK
• LE MONDE | 11.02.03 | 13h00
• MIS A JOUR LE 11.02.03 | 17h06
La France est devenue la cible préférée des attaques de l'administration Bush et de ses partisans
Washington de notre correspondant
La position adoptée par la France, l'Allemagne et la Belgique, au Conseil de l'Atlantique-Nord, lundi 10 février, a fait monter d'un degré l'exaspération qui se fait entendre, aux Etats-Unis, à l'égard des alliés européens hostiles à une guerre en Irak. George Bush, à qui on demandait s'il était en colère, a répondu qu'il était seulement "déçu que la France empêche l'OTAN de venir en aide à la Turquie". "Je pense que cela affecte l'alliance de façon négative", a ajouté M. Bush. Observant que "la France est une amie de longue date des Etats-Unis" et que les deux pays "ont beaucoup de choses en commun", le président américain a regretté la "décision à courte vue" prise par Paris, et souhaité qu'elle soit "reconsidérée".
Plus tôt dans la journée, Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, avait souligné que le rapport des forces était de 16 contre 3 au sein de l'OTAN, et déclaré "inexcusable" le comportement des trois pays récalcitrants. Il a indiqué, aussi, que les Etats-Unis aideraient la Turquie dans le cadre de leurs relations bilatérales. Les dirigeants américains affirment que ce qui est en question n'est pas l'Irak, mais la protection que l'alliance doit à un de ses membres, en l'occurrence la Turquie. Ils estiment, en outre, que les divergences entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d'un côté, la France et l'Allemagne, de l'autre, renforcent Saddam Hussein.
M. Bush a rejeté les concessions faites par l'Irak, la dernière en date étant, lundi, l'autorisation de survol du territoire par des avions de surveillance américains, russes et français. "La raison pour laquelle nous avons besoin de ces - avions - U2, c'est qu'il ne désarme pas", a déclaré le président américain en parlant de Saddam Hussein. "Il cherche seulement à gagner du temps", a ajouté M. Bush, après un entretien avec le premier ministre australien, John Howard, qui soutient la position américaine. Le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher, a déclaré insignifiants les autres gestes irakiens, annoncés à Bagdad, la veille, par les chefs des inspections, Hans Blix et Mohamed ElBaradei.
Les dirigeants américains estiment en outre que la proposition française et allemande, approuvée par la Russie, de renforcer les inspections, n'a pas de sens. Comme l'a dit, dimanche, le secrétaire d'Etat, Colin Powell, ou bien les Irakiens acceptent de désarmer, et il n'est pas nécessaire d'envoyer davantage d'inspecteurs pour le constater ; ou bien ils refusent, et ce ne sont pas les inspecteurs, quel que soit leur nombre, qui les feront changer d'avis.
"SINGES CAPITULARDS"
Alors qu'une épreuve de force diplomatique est engagée avant le nouveau rapport que M. Blix et M. ElBaradei doivent faire, vendredi, au Conseil de sécurité, le gouvernement américain et ses partisans mettent en cause particulièrement la France devant l'opinion.
Ainsi M. Bush, interrogé sur ce qui s'était passé à l'OTAN, a-t-il désigné du doigt la France, et non l'Allemagne ou la Belgique. Le terrain a été préparé par des journaux et des éditorialistes conservateurs qui, depuis une quinzaine de jours, se sont spécialisés dans les attaques haineuses non seulement contre le gouvernement français, mais contre les Français en tant que tels.
Le Wall Street Journal a ainsi publié dans ses pages "débats", le 6 février, un dessin représentant un Français, muni du béret caractéristique, mais avec une tête de rat. Le dessin accompagnait un article d'un essayiste anglais vivant aux Etats-Unis, Christopher Hitchens, décrivant les Français comme un peuple de lâches et de corrompus.
Le Weekly Standard, hebdomadaire néoconservateur, a publié plusieurs articles et éditoriaux présentant Jacques Chirac et son gouvernement comme alliés de Saddam Hussein pour des raisons économiques - le pétrole - et les Français comme des antisémites.
La National Review, autre magazine de droite, qualifie les Français de "singes capitulards amateurs de fromages". L'éditorialiste George Will, qui écrit dans le Washington Post et l'hebdomadaire Newsweek, appartenant au même groupe, et qui s'exprime aussi sur la chaîne de télévision ABC, a écrit que Dominique de Villepin est un personnage "oléagineux" et que personne ne sait combien il faut de soldats pour défendre Paris, "car il y a si longtemps qu'on n'a pas essayé !".
Le thème de la lâcheté et de l'esprit munichois revient constamment dans ces attaques, de même que l'accusation d'avoir laissé les troupes allemandes envahir le pays sans combattre en 1940. Lundi, un quotidien de New York, le New York Post, apostrophait les Français, en première page, avec ces mots : "Nous nous sommes fait tuer pour vous !", référence au débarquement du 6 juin 1944.
M. Powell a fait écho aux caricatures antifrançaises lorsqu'il a déclaré, dimanche, sur ABC, que les inspecteurs de l'ONU n'ont pas pour fonction de "jouer les détectives ou les inspecteurs Clouseau". L'inspecteur Clouseau est le personnage principal de "La Panthère rose", une série de films comiques où Peter Sellers, avec moustache et gabardine, incarne un policier français prétentieux et ridicule.
Concentrer les attaques sur la France semble permettre de diminuer, aux yeux de l'opinion américaine, les difficultés auxquelles se heurte le gouvernement Bush. "Les Français ont des accords économiques avec Saddam Hussein et ils s'opposent systématiquement à la puissance américaine", déclarait sur la chaîne publique PBS, lundi soir, James Wosley, ancien directeur de la CIA. Le sous-entendu est que, dans ces conditions, les objections françaises à la politique de M. Bush sont sans valeur.
Patrick Jarreau
L'antiaméricanisme européen en débat
Pendant que les Français s'interrogent sur l'image que se forment d'eux les Etats-Unis à l'occasion de la crise irakienne, des Américains se préoccupent des sentiments d'hostilité soulevés, à l'étranger, par leur politique. Dans son édition du 11 février, le Washington Post publie une enquête sur l'antiaméricanisme en Europe de l'Ouest, intitulée "Sarcasmes d'outre-Atlantique". L'auteur de l'article, Glenn Frankel, prend pour exemple l'Allemagne, la France et "même la Grande-Bretagne, le plus cher allié des Etats-Unis".
Bien qu'"émotionnel, spontané et contradictoire", "sans chef, ni programme ni idéologie" et même sans appellation revendiquée, "l'antiaméricanisme ouest-européen se répand", écrit-il, "débordant les habituels intellectuels de gauche et les universitaires" pour toucher une géographie politique plus large. Né des désaccords avec la politique américaine à l'égard de l'Irak après les attentats du 11 septembre 2001, ce "sentiment s'est rapidement élargi pour inclure un sens plus général de l'aliénation à l'égard de la société américaine", estime l'auteur.
Le soutien à une guerre en Irak se renforce
Le soutien des Américains à la politique irakienne de George Bush, même dans le cas d'un conflit, s'est renforcé depuis le discours du président américain sur l'état de l'Union, le 28 janvier, et celui de Colin Powell devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le 5 février. Selon un sondage effectué pour ABC News et le Washington Post, du 6 au 9 février auprès de 1 001 personnes, le taux d'approbation de M. Bush, qui avait régulièrement baissé depuis le 11 septembre 2001 jusqu'à atteindre 62 % fin janvier, est remonté à 64 %, contre 34 % qui désapprouvent sa politique. 66 % (contre 31 %) des personnes interrogées sont prêtes à soutenir une action militaire pour chasser Saddam Hussein ; 50 % (contre 47 %) sont prêtes à le faire, même si l'ONU s'y oppose ; le soutien à une intervention armée remonte à 57 % (contre 40 % qui y seraient opposés) si, en dépit de l'opposition de l'ONU, quelques alliés comme la Grande-Bretagne, l'Australie et l'Italie soutenaient les Etats-Unis.
Près de 7 Américains sur 10 sont convaincus que l'Irak a des armes chimiques et biologiques, et 6 sur 10 qu'il cherche à se doter d'armes nucléaires.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.02.03
• LE MONDE | 06.02.03 | 13h13Dix pays d'Europe signent une lettre en faveur de la campagne de Washington contre Bagdad
Bruxelles de notre bureau européen
La crise irakienne continue de faire éclater les divisions des Européens et montre que les pays de l'Est sont plus attachés à l'Amérique qu'à l'Union européenne. Quelques jours après que huit dirigeants européens (Royaume-Uni, Espagne, Italie, Portugal, Danemark mais aussi Pologne, République tchèque, Hongrie) ont publié une lettre appelant à se ranger sous la bannière américaine, c'est au tour de dix anciens pays communistes aspirant à entrer dans l'Alliance atlantique de faire de même. Ce groupe créé en 2000 à Vilnius pour favoriser leur adhésion à l'Alliance atlantique rassemble la Lettonie, la Lituanie, l'Estonie, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, la Roumanie, l'Albanie, la Croatie et la Macédoine. Les sept premiers ont été invités en novembre à adhérer à l'OTAN en 2004, les cinq premiers à entrer dans l'Union européenne en 2004 aussi, tandis que l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie est prévue en 2007.
Dans leur lettre, les dix affirment qu'il est "clair que l'Irak viole réellement les résolutions du Conseil de sécurité, dont la résolution 1441"et se disent "prêts à participer à une coalition internationale pour mettre en œuvre ses recommandations et le désarmement de l'Irak".
Dans ce texte, pourtant rédigé avant l'intervention de Colin Powell devant les Nations unies, ils estiment que le secrétaire d'Etat américain a présenté des "preuves convaincantes" que le dirigeant irakien Saddam Hussein cache des armes de destruction massive et a des liens avec le terrorisme.
"C'est une idée qui est survenue de façon spontanée la semaine dernière", après la publication de la lettre des huit dirigeants européens, a indiqué à l'Agence France-Presse l'ambassadeur de Lituanie auprès de l'OTAN, Ginte Damusus, en soulignant qu'elle "avait eu un impact" sur la décision des pays du groupe de Vilnius de rédiger à leur tour une déclaration de soutien. Pour un diplomate occidental, "ces pays sont soucieux avant tout d'intégrer l'OTAN et que la ratification au Congrès américain se passe bien. Ils veulent donner des gages. Les lobbys américains sont très actifs dans ces pays et ce n'est pas une lettre à génération spontanée".
"LA PARADE DES VASSAUX"
Ces deux lettres aggravent les divisions entre la "vieille Europe", selon l'expression du secrétaire américain à la défense, Donald Rumslfeld, qui regroupe l'Allemagne, la France, la Belgique et le Luxembourg, et à la "nouvelle Europe", emmenée par Tony Blair et qui inclut les pays de l'est très proaméricains. "La parade des vassaux a commencé", a lâché la semaine dernière l'eurodéputé chrétien-démocrate allemand après la publication de la première lettre.
Cette première initiative prise par les capitales, sans en informer les Grecs qui exercent la présidence tournante de l'Union ni la Commission, a mis à nu les divisions de l'Europe. Elle est contraire au traité de l'Union européenne, qui explique dans son article 11-2 que "les Etats membres appuient activement et sans réserve la politique extérieure de l'Union dans un esprit de loyauté et de solidarité mutuelle" et qu'ils "s'abstiennent de toute action contraire aux intérêts de l'Union ou susceptible de nuire à son efficacité en tant que force de cohésion dans les relations internationales". Mais la Commission a préféré jusqu'à présent minimiser l'ampleur des divergences européennes plutôt que demander aux Etats un respect des règles.
En privé, ses responsables ne cachent pas leur découragement face à ces initiatives. Les Grecs pour leur part envisagent de convoquer une réunion extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement sur l'Irak, qui ne peut arriver que trop tôt – on affichera ses divergences – ou trop tard – les jeux seront joués outre-Atlantique.
Le premier accroc a eu lieu avec la Pologne fin 2002. Après avoir négocié bec et ongle au sommet de Copnehague, à la mi-décembre, pour obtenir plus d'aides de l'UE, elle a décidé deux semaines après d'acheter des F-16 américains, au lieu de s'équiper en Europe.
L'Amérique lui en sait gré. "Je n'ai pas de meilleur ami en Europe aujourd'hui", a déclaré le président Bush à son homologue polonais Aleksander Kwasniewski en janvier, lors d'une visite d'Etat, la seconde seulement accordée à un dirigeant étranger sous la présidence Bush. Interrogé par Le Monde, le premier ministre estonien, Siim Kallas, affirme, niant l'évidence, que "nous n'avons pas besoin de nous positionner contre l'Union ou contre l'OTAN et j'espère que nous n'aurons jamais à le faire". Mais dans le Wall Street Journal, son prédécesseur Mart Laar déclare que "les pays d'Europe centrale et les autres ne feront pas de l'antiaméricanisme à la française".
Une réunion extraordinaire des ambassadeurs de l'OTAN devait se tenir, jeudi à Bruxelles, à propos des demandes américaines concernant la défense de la Turquie en cas de conflit en Irak.
Arnaud Leparmentier • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.02.03
| Irak : le Premier ministre réaffirme la position de la France |
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En visite en Inde, le Premier ministre a réaffirmé la position de la France concernant l'Irak : "nous voulons que les inspecteurs [de l'Onu] travaillent bien en Irak". "Je crois qu'aujourd'hui on peut dire que sur le plan international la France et l'Inde ont un message commun à faire passer en faveur de la paix" a ainsi déclaré le Premier ministre vendredi 8 février. Jean-Pierre Raffarin a également abordé la question de l'Irak avec Vladimir Poutine, reçu mardi à Matignon.
[ lire l'article ]
Otan : Pékin soutient officiellement la France Le président chinois Jiang Zemin a déclaré mardi par téléphone au président français Jacques Chirac que son pays soutenait la proposition de la France, de l'Allemagne et de la Russie d'étendre les inspections en Irak, ont annoncé les médias d'Etat chinois. «Les inspections en Irak sont efficaces et doivent être poursuivies et renforcées afin de mettre en oeuvre la résolution 1441» de l'Onu, a déclaré M. Jiang, cité par l'agence officielle Chine Nouvelle. «La guerre n'est bonne pour personne, et il est de notre responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour l'éviter», a-t-il ajouté.
 Avec AFP [11 février 2003]
 D'intenses consultations étaient en cours en fin de matinée à Bruxelles avant une nouvelle réunion des ambassadeurs de l'Alliance atlantique afin de trouver une issue à la crise profonde qui a éclaté au sein de l'OTAN où la France, la Belgique et l'Allemagne ont opposé leur veto aux demandes américaines.
Les Etats Unis qui veulent dédramatiser la crise de l'Otan en affirmant qu'elle trouvera une issue positive, dissimulent cependant difficilement leur exaspération.
«Je suis déçu que la France empêche l'Otan d'aider un pays comme la Turquie», a déclaré le président américain George W. Bush, estimant qu'elle avait «un effet négatif» sur l'Alliance atlantique.
«La France ne participe pas aux activités militaires de l'Alliance, elle ne prend aucune responsabilité, mais cela ne l'empêche pas de faire usage de son veto», s'est indigné Richard Perle, un conseiller proche du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. «Nous pourrions bien cesser de tolérer la position privilégiée qu'occupent les Français (à l'Otan)», a-t-il mis en garde.
Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a soutenu pour sa part que «la planification se poursuivrait hors de l'Otan si nécessaire», tout en se disant «sûr que l'Otan trouvera un moyen d'y arriver finalement».
Le chef de la diplomatie belge Louis Michel a pour sa part souligné que le veto «ne concerne pas la sécurité de la Turquie» mais les autres requêtes de Washington. «Notre veto ne concerne pas la sécurité de la Turquie, qui est légitime», a déclaré M. Michel. «Mais on nous demande plus que cela, le remplacement des forces de protection américaines en Allemagne ou celui des troupes US dans les Balkans. Nous serions donc peut-être amenés à envoyer des hommes», a-t-il ajouté.
Paris et Bruxelles, comme Berlin, considèrent qu'accepter les demandes américaines ferait entrer prématurément l'Otan dans une «logique de guerre».
L'Otan a convoqué une nouvelle réunion extraordinaire des 19 ambassadeurs mardi après-midi à Bruxelles, la troisième en deux jours. Celle de mardi matin avait du être reportée.
A quelques jours d'une réunion cruciale du Conseil de sécurité des Nations Unies qui entendra un nouveau rapport des chefs des inspecteurs, à Berlin des sources proches du gouvernement allemand, affirment qu'onze des quinze membres du Conseil de sécurité de l'Onu sont pour la prolongation des inspections en Irak.
«L'Allemagne a la même opinion que beaucoup de membres du Conseil de sécurité de l'Onu», ont déclaré ces sources, citant quatre pays qui ne la partageaient pas: «les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, en partie, l'Espagne et la Bulgarie». «Le reste a la même position que le gouvernement allemand», ont-elles déclaré.
L'initiative commune de l'Allemagne, la France et la Russie, vise à rassembler les autres membres autour de «l'alternative à la guerre» contre l'Irak et à contrer l'offensive américaine en faveur d'une résolution fixant un ultimatum à l'Irak.
La Chine semble également se ranger dans le camp des opposants à la guerre. «Nous avons pris connaissance de la déclaration de la France, la Russie et l'Allemagne soulignant que plus d'efforts devaient être entrepris dans le travail d'inspection d'armements des Nations Unies», a déclaré à Pekin la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhang Qiyue. «La Chine salue et soutient toutes les initiatives pouvant aider à une solution politique de la question irakienne», a poursuivi la porte-parole.
Les ambassadeurs aux Nations Unies de l'Allemagne, de la France et de la Russie ont demandé que leur déclaration politique soit officiellement distribuée à l'ensemble des membres du Conseil de sécurité.
Dans cette déclaration, Berlin, Moscou et Paris affirment qu'il «y a encore une alternative à la guerre» et qu'elle passe par la poursuite et le renforcement des inspections du désarmement de l'Irak.
L'Irak s'est pour sa part engagé lundi à se conformer entièrement à son obligation de désarmer. Les vols d'avions espions U2 réclamés par les inspecteurs de l'Onu sont désormais autorisés «sans conditions» au-dessus de l'Irak, a déclaré l'ambassadeur irakien à l'Onu, Mohamed Al-Douri. Ce dernier a également souligné que, outre les U2, des Mirages français et des Antonov russes seraient autorisés à survoler le territoire irakien.
Toutefois, le même jour où son pays acceptait les vols de surveillance de l'Onu, le président Saddam Hussein a affirmé que demander à l'Irak de cesser d'utiliser sa défense anti-aérienne lors des survols de l'aviation américaine et britannique équivaudrait à une «capitulation».
Enfin, les renforts militaires américains continuent à affluer dans le Golfe et les pays avoisinants où ils dépassent maintenant 133.000 hommes.
 A lire également • Le front de la paix défie Washington • L'Otan s'enfonce dans la crise • La Russie se range aux côtés du couple franco-allemand • La déclaration commune franco-russe • Un sommet pour sauver l'unité de l'Europe • Powell n'a pas convaincu les Français • Les soldats de bois de l'armée irakienne • Éditorial : Pantalonnade entre alliés, par Pierre Rousselin ÉNERGIE Les grandes manoeuvres ont commencé pour le partage des réserves irakiennes
 Certains évoquent la création d'un consortium national dont quelques grands opérateurs étrangers auraient chacun un pourcentage significatif. (Photo DR.) | Les pétroliers européens face à l'offensive américaine
 Frédéric de Monicault [11 février 2003]
 Alors que toutes les chancelleries débattent sur le bien-fondé d'une intervention militaire, les grandes compagnies pétrolières du monde entier se placent d'ores et déjà dans la perspective de l'après-guerre en Irak. Là aussi, deux camps se dessinent. D'un côté, les «majors» américaines affichent la volonté d'un développement massif. De l'autre, leurs homologues européennes font tout aujourd'hui pour éviter le risque d'être écartées du partage programmé des richesses irakiennes, qui représentent 10% des réserves mondiales de pétrole. La lutte d'influence est sans merci.
Si une offensive réussie des Etats-Unis pourrait mettre les compagnies américaines sur orbite, en face, deux pays apparaissent mieux placés que les autres : la Russie et la France. Depuis que Bagdad a contracté auprès de Moscou une dette de 10 milliards de dollars, les représentants russes ont fait part de leurs exigences, à savoir l'implantation dans les meilleures conditions pour leurs deux principales compagnies, Loukoïl et Yukos.
De son côté, TotalFinaElf a décidé de se battre sur le terrain du droit, en invoquant le respect des projets de contrats. Au début des années 80, Total et Elf, qui n'avaient pas encore fusionné, avaient négocié des contrats de partage de production en Irak. Les négociations, qui se sont prolongées pendant sept ans, ont débouché sur la signature de deux contrats de l'ordre de 4 milliards de dollars chacun. Toutefois, rien n'a officiellement été signé.
«Si on se place dans la perspective de l'immédiat après-guerre, de deux choses l'une : ou le nouveau régime irakien endosse les contrats négociés – ou les modifie peu ou prou –, ou bien il décide de faire table rase du passé, quitte à avantager les compagnies américaines au mépris des liens que de nombreux opérateurs avaient entrepris de tisser en Irak», explique un professionnel.
Cependant, estimer que du jour au lendemain le pétrole irakien, en cas de changement de régime, coulera à flots au bénéfice des compagnies américaines est un leurre. D'abord, le chantier de la reconstruction des infrastructures pétrolières irakiennes est énorme : détruites à deux reprises – pendant la guerre contre l'Iran d'abord et ensuite au cours de la guerre du Golfe –, ces infrastructures sont exsangues. Il faudra plusieurs années avant qu'elles tournent à plein. En l'occurrence, alors que Bagdad ne produit actuellement que 2 millions de barils par jour (mbj), loin des 7 mbj produits par l'Arabie saoudite, on estime qu'il faudra au moins cinq ans pour parvenir à 6 mbj.
Ensuite et surtout, comment l'Opep pourra-t-elle s'accommoder d'une production irakienne en sensible augmentation ?
«S'il n'y a pas de discussion préalable, c'est tout l'équilibre du marché pétrolier qui risque d'être remis en cause, car le cartel ne supportera pas d'être tenu à l'écart de la reconstruction de l'industrie pétrolière irakienne», explique un expert. Autrement dit, la question se pose déjà de la réintégration effective de Bagdad dans l'Opep.
Précisément, au nom de cette nécessaire concertation entre les pays producteurs et consommateurs, certains envisagent l'hypothèse d'un retour aux sources pour le pétrole irakien. A savoir la création d'un consortium national dont quelques grands opérateurs étrangers auraient chacun un pourcentage significatif. Une telle solution aboutirait à une complète redistribution des cartes, forcément liée aux résultats de la bataille diplomatico-militaire qui se joue actuellement.
En attendant, les cours du brut, soutenus par les incertitudes, continuent à tutoyer les sommets. Hier à l'ouverture des marchés à Londres, le baril de brent dépassait 32 dollars. C'est son plus haut niveau depuis deux ans. Si les marchés pétroliers sont sceptiques quant à une issue pacifique à la crise, beaucoup considèrent que, tant que le Venezuela n'en aura pas définitivement terminé avec la grève générale, Washington ne déclenchera pas les hostilités. Et pour cause, si le marché était doublement privé des livraisons irakiennes et du brut vénézuélien, cela pourrait provoquer une flambée sans précédent des prix.
Pour autant, la volonté de mainmise de Washington sur Bagdad ne doit pas faire oublier que les compagnies américaines sont déjà très influentes en Irak grâce à leurs intermédiaires. Chaque mois, dans le cadre du programme de l'ONU «pétrole contre nourriture», des centaines de milliers de barils partent pour les Etats-Unis, sous l'impulsion des Russes en particulier, qui achètent pour revendre outre-Atlantique. Autrement dit, guerre ou pas guerre, le marché américain est déjà approvisionné par le brut irakien, même si effectivement aucune compagnie américaine ne se ravitaille en direct sur place.
 A lire également • «L'Irak ne laissera pas dépecer sa compagnie nationale» • BP pourrait devenir un géant en Russie
• LE MONDE | 11.02.03 | 13h39Nouvelle entente mondiale autour de la fusion thermonucléaire
La "sainte-alliance" de la fusion thermonucléaire, cette forme d'énergie inépuisable que produisent le Soleil et les étoiles et que l'humanité voudrait bien s'approprier, est reconstituée. Quinze ans après avoir été nouée. Cinq ans après avoir été rompue. En moins de dix jours, la Chine puis les Etats-Unis ont annoncé qu'ils participeraient à la construction de la nouvelle version du réacteur expérimental de fusion thermonucléaire Iter ("voie" en latin) que les Européens, les Russes et les Japonais ont dessinée.
Si l'arrivée de la Chine - qui se propose de financer 10 % du coût de ce projet de 4,7 milliards d'euros - est une nouveauté, celle des Etats-Unis marque un revirement de Washington dans ce domaine. Les Américains, pourtant à l'origine du projet Iter, l'avaient en effet quitté en 1999. Mais, aujourd'hui, c'est avec des effets de manche - une annonce du président Bush et un discours du secrétaire d'Etat à l'énergie à Princeton -, même si leur apport financier non encore affiché n'est ni raisonnable ni compatible avec leur ambition - c'est l'équivalent de celui envisagé par la Chine -, que les Etats-Unis font leur retour.
Fort de ce soutien et soucieux de défendre dès maintenant les intérêts français, le gouvernement de M. Raffarin a confirmé, vendredi 31 janvier, que la France était candidate à accueillir à Cadarache (Bouches-du-Rhône), non loin du centre d'études du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), ce réacteur expérimental Iter que les collectivités locales de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur se sont engagées à soutenir financièrement.
Cette soudaine embellie et ce débordement d'enthousiasme pour une forme d'énergie qui ne fera au mieux ses preuves industrielles que dans une soixantaine d'années ne sont pas sans rappeler les élans de 1988. A cette époque, la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev commençait à porter ses premiers fruits et laissait augurer d'une Union soviétique plus ouverte sur le monde. Comment alors accompagner ce mouvement et ouvrir la science aux interactions internationales ? Par la science, ce que fit M. Gorbatchev en proposant à Ronald Reagan et François Mitterrand de construire ensemble un réacteur à fusion baptisé Iter.
AVANCE DES SOVIÉTIQUES
Un projet auquel se sont joints toute l'Union européenne - associée à la Suisse et au Canada - et le Japon, et qui devait démontrer la capacité de ces pays à mettre l'énergie des étoiles en bouteille. Cette proposition était d'autant plus justifiée, au-delà de son aspect médiatico-politique, que les physiciens soviétiques ont, dès 1968, obtenu de premiers résultats dans ce domaine grâce à une machine révolutionnaire, le Tokamak, que les Européens, comme les Américains et les Japonais, ont depuis brillamment copiée et améliorée.
Ces machines, comme le JET européen (le plus performant), le TFTR américain, le Tore Supra français et le JT-60 japonais, ont à plusieurs reprises produit des réactions thermonucléaires, mais jamais en quantités suffisantes pour que le processus de fusion s'autoentretienne. Ne copie pas le Soleil qui veut. D'autant que notre étoile pratique cet art depuis déjà 5 milliards d'années.
Iter se devait donc d'aller au-delà du JET et de démontrer sa capacité à fonctionner, non plus pendant quelques secondes, mais pendant une période relativement longue - 1 000 secondes - permettant de démontrer le bien-fondé de la fusion avant la mise en œuvre d'un réacteur pré-industriel capable de produire de l'électricité par ce moyen. Pour ce programme, la toute nouvelle coalition Est-Ouest décida donc d'aller vite et d'investir 6 milliards de dollars (conditions économiques de 1989) dans l'affaire.
La machine devait être prête pour 2005. Elle devait brûler un mélange à haute température (150 millions de degrés) de deutérium et de tritium et être capable de générer une puissance de 1 500 mégawatts thermiques, soit la moitié de ce que produit un réacteur de 900 MW électriques du parc nucléaire d'EDF. Cette première étape était sans doute trop ambitieuse et surtout trop chère, au vu de la conjoncture : déroute économique de la Russie, crise asiatique, attentisme des Européens, réticences du Congrès américain peu enclin à financer des recherches dont les retombées industrielles ne se manifesteraient pas avant des dizaines d'années.
UN PROJET "LIGHT"
"Peut-être aussi, avance Michel Chatelier, adjoint du chef du département sur la fusion contrôlée au CEA de Cadarache, parce qu'à l'époque la description du projet avait été un peu trop enthousiaste". Toujours est-il que les Américains se retirèrent "tout en donnant la priorité à la recherche scientifique sur ce sujet". "Seuls, fait-il remarquer, l'Europe, les Japonais et les Russes ont continué". Sur un mode plus mesuré. Et ils ont demandé au directeur du projet Iter, Robert Aymar, de leur concocter un Iter "light" de 400 à 500 MW, au coût réduit de moitié, aux ambitions révisées, mais à l'objectif intact. Démontrer qu'une telle machine peut produire par elle-même nettement plus d'énergie qu'elle n'en consomme, même si c'est moins que nécessaire pour qu'elle s'autoentretienne comme celle envisagée en 1998.
C'est aujourd'hui à ce produit, "élaboré entre 1998 et 2001", que les Américains et les Chinois se sont ralliés. "Une machine de 400 à 550 MW, précise Robert Aymar, plus modeste dans ses dimensions et dans ses coûts", puisque cet Iter "light" ne devrait réclamer pour sa construction que 4,7 milliards d'euros, dont 700 millions pour le management et la R & D "manufacturière", soit un prix équivalant, aux conditions économiques d'aujourd'hui, à 49,2 % de la machine d'origine.
"Malgré ces économies, poursuit Robert Aymar, nous ne renonçons pas à l'essentiel. Pour cette raison la machine sera plus difficile à faire, car les marges techniques seront plus faibles." Une opinion que Michel Chatelier ne conteste pas, tout en rappelant que "la plupart des objets délicats nécessaires à la construction d'Iter ont déjà été développés". "Nous avons fait nos travaux d'Hercule", poursuit-il, ajoutant qu'aujourd'hui les discussions se focalisent plutôt sur le pays d'accueil de la machine. Avec l'arrivée des Etats-Unis, le jeu risque d'être plus difficile, comme semble le laisser entrevoir le contenu du message du président Bush, qui évoque à ce sujet, non pas l'Europe, mais "la Grande-Bretagne et les autres nations européennes".
Faut-il s'en alarmer et y voir de possibles pressions, unions ou absences de soutien pour tel ou tel qui ne suivrait pas la ligne générale ? Robert Aymar refuse de le croire, mais ajoute que, "si la science devenait dépendante de la situation politique, ce serait un drame et pour la science et pour Iter", dont on espère la mise en service en 2013 au plus tôt, si toutes les décisions sont prises en 2003.
Jean-François Augereau
Cadarache (Bouches-du-Rhône) candidate
Quatre sites ont été proposés. Un à Clarington, au Canada, défendu par un consortium d'industriels qui n'ont pas encore le soutien financier de leur gouvernement. Un à Rokkasho-Mura, au Japon. Et deux en Europe : à Vandellos, en Espagne, et à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône. Tous ont été examinés, et "il serait bon d'avoir un choix à proposer et à confirmer pour le G8 d'Evian au mois de juin", avance un expert français. D'autant qu'à l'automne 2001 les ministres européens de la recherche concernés par ce projet ont fait preuve d'une belle unanimité. "Mais on peut regretter, ajoute-t-il, que la France n'ait pas défendu hier avec plus de force le site qu'elle avait proposé en juillet 2000". Un manque de pugnacité qui a suscité les vocations, et en particulier celle de l'Espagne, avec laquelle il faudra bien composer car l'Europe ne peut présenter qu'un seul candidat. • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.02.03
| Discours de Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à la Wehrkunde sur l'avenir de l'OTAN. |
| Munich, le 8 février 2003 |
Mesdames, messieurs, Chers amis, chers collègues,
Je remercie le Dr Horst Teltschnik, président de la conférence, de m’avoir invitée à prendre la parole. Je remercie nos hôtes allemands pour la qualité de l’organisation de cette réunion et nos amis d'outre atlantique qui ont fait un long voyage pour se joindre à nous. C'est pour moi un plaisir et un honneur d'avoir l’opportunité de parler devant vous de l'avenir de l'OTAN.
Je voudrais vous dire d’emblée, dans cette période où des décisions importantes sont en jeu, que l’attachement de la France à la relation transatlantique est ancien et durable. En tant que ministre de la défense de la France, l’avenir de l’Alliance atlantique me tient donc particulièrement à cœur.
Trois points m’apparaissent fondamentaux :
- les coalitions ne peuvent pas remplacer l’Alliance ;
- l’OTAN doit s’adapter au nouveau contexte ;
- le renforcement de l’Europe de la défense sera son atout principal pour l’avenir.
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[1] Tout d’abord L'Alliance reste fondée sur le principe de défense collective qui lie l’Europe à l’Amérique du Nord.
L’Alliance a montré son efficacité. Elle nous a placé à l’abri de toute agression extérieure. Elle a permis de franchir la période délicate de la réunification du continent européen. L’élargissement aux sept nouveaux membres consacre sa dimension pacificatrice.
Mais les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis nous ont rappelé à quel point les risques subsistent. Ils prennent d’autres formes qui appellent de nouvelles modalités de réponse.
Face aux nouveaux risques, nous devons garder à l'esprit que la défense collective repose sur la capacité à bâtir des solutions communes. Etre alliés, c'est un statut qui implique le dialogue et le respect des partenaires. C'est savoir se consulter pour trouver le consensus. Cela implique aussi un égal partage, dans la durée, des risques et des responsabilités.
A ce titre la France montrera une solidarité absolue envers la Turquie, si elle était menacée.
Or, j'observe qu'un autre mode de relations tend à s'instaurer, à la fois plus conjoncturel et plus précaire, celui de coalitions ad hoc. Certes, ces coalitions, nous l'avons bien vu en Afghanistan, peuvent apporter une grande efficacité militaire avec de faibles délais de réaction.
Il est sans doute nécessaire, en fonction des circonstances de pouvoir les actionner.
Mais ces coalitions ad hoc ne peuvent en aucun cas se substituer à l’Alliance car elles doivent s’inscrire dans une vision globale et partagée de la sécurité, celle qui, précisément, est élaborée par consensus entre les Alliés.
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[2] En second lieu, nous avons pris à Prague des décisions importantes pour adapter l'OTAN au nouveau contexte stratégique. Elles sont de deux ordres :
- D'abord, l’élargissement à sept nouveaux membres a été décidé. Il faut s'en féliciter. L'Alliance œuvre désormais dans un cadre géographique plus vaste et plus cohérent. Le Conseil OTAN-Russie a apporté une nouvelle dimension. Son établissement traduit la transformation radicale du contexte stratégique. Je m'en réjouis.
L’OTAN reste évidemment une organisation militaire. Elle doit être en mesure de s'adapter en permanence aux nouveaux enjeux de sécurité.
A Prague, une 2ème décision essentielle a été prise: celle de constituer une force de réaction de l'OTAN.
- La France soutient pleinement ce processus d'adaptation.
Le président J. Chirac a accueilli favorablement le concept de force de réaction de l’OTAN. Il a annoncé la volonté de la France d'y participer sous la condition du respect du statut de nos forces et de la compatibilité avec les engagements pris dans le cadre de l’UE. Cela implique, à mes yeux, une égale disponibilité de la NRF au profit des deux organisations, l'OTAN et l'UE.
- Les grandes lignes d’une structure de commandement plus réactive ont été agréées.
La France soutient le principe de la création d'un commandement stratégique fonctionnel pour la transformation. Cette évolution devra respecter les prérogatives actuelles du commandement stratégique opérationnel. Elle devra aussi, et je pense que c'est essentiel, conduire à un échange effectif sur les doctrines et les concepts dans les deux sens entre l'Europe et l'Amérique du Nord, d'une manière décentralisée et non bureaucratique.
Au plan opérationnel, la vocation de l’alliance est d’abord d’agir en Europe et autour de l’Europe. Le potentiel de crises y est important. C'est là que nous devrons concentrer nos efforts. En tout état de cause, le rôle et l'intervention de l'OTAN doivent toujours être déterminés par des facteurs d'opportunité, opérationnels et politiques.
* Enfin, les Alliés ont décidé de renforcer leurs capacités militaires. Cela implique plus d’investissements de la part des Européens et donc un accroissement de leurs efforts de défense.
La France appuie pleinement cette démarche. Elle a décidé d’augmenter son budget d’équipement de plus de 10% en 2003. Elle continuera d’accroître son effort sur toute la période 2003-2008 dans le cadre d’une nouvelle loi de programmation. Je ne peux qu'encourager mes collègues européens à s'engager résolument dans cet effort difficile mais indispensable de redressement de nos capacités de défense.
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[3] Je suis convaincue que le renforcement de la politique européenne de sécurité et de défense sera le meilleur atout de l'OTAN.
Dans les Balkans, les Européens ont pris pleinement conscience qu’ils ont non seulement un fort intérêt à rester proches des Américains mais aussi à faire plus d’efforts par eux-mêmes pour contribuer plus efficacement à leur propre sécurité.
L'Union européenne a pris la décision de développer ses capacités militaires et civiles de gestion de crise. La construction de la PESD s’inscrit dans une vision de long terme. Elle n’est pas conçue pour rivaliser avec l’Alliance qui est fondée sur le lien avec les Etats-Unis.
Cette année, l'objectif d’une force européenne opérationnelle de 60.000 hommes sera réalisé. Les progrès se poursuivront avec le comblement des lacunes constatées et le développement de nouvelles capacités, avec pour objectif de faire converger progressivement les planifications nationales des Européens.
Le sommet de Paris tenu le 22 janvier à l'occasion du 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée a renouvelé les bases de la coopération franco-allemande, en les inscrivant encore plus fortement dans la perspective européenne. Le sommet franco-britannique du Touquet, le 4 février, a montré que l'esprit de Saint-Malo reste vivace et déterminant pour le développement de l'Europe de la défense.
En devenant moins dépendants et mieux à même d'accepter de vraies responsabilités, les Européens apporteront une contribution plus importante à l'OTAN. C'est le sens de la démarche que nous avons initiée en proposant la relève de l'OTAN en Macédoine par l’Union européenne. C'est notre façon de répondre au souci légitime de nos partenaires américains de "partage du fardeau". Dans mon esprit, l'Europe doit ainsi devenir un partenaire majeur de l’alliance atlantique.
* * *
Finalement, je voudrais souligner que l’OTAN a au moins deux grandes tâches à conduire dans l'avenir :
- continuer les efforts engagés pour renforcer la stabilité du continent européen,
- rénover ses structures militaires en les appuyant sur des forces européennes modernisées et adaptées aux nouvelles menaces.
Il s’y ajoute un élément essentiel à mes yeux : l’Alliance doit rester le lieu privilégié de la consultation transatlantique afin que nous soyons, dans le cadre de ses missions, prêts à agir ensemble politiquement et militairement lorsque cela sera nécessaire à la sécurité commune.
L'ancienneté et la profondeur des liens qui unissent tous les pays de l'Alliance constituent un acquis inestimable qu'il faut savoir et vouloir préserver pour faire face aux défis et aux menaces qu'il nous faudra affronter.
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ericjeanloicbreton |
| 2003-02-11 13:22:45
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EUROPE, FRANCE(international), IRAK
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Mardi 11 février 2003
IRLANDE
| Ulster: Blair et Ahern présentent une ébauche de plan de paix |
 Bertie Ahern et Tony Blair |
Les Premiers ministres britannique et irlandais présentent mercredi à Belfast l'ébauche d'un plan d'application des accords d'avril 1998 aux dirigeants catholiques et protestants pour tenter de sauver le processus de paix avant les élections locales du 1er mai.
La mise hors-circuit de l'IRA (Armée républicaine irlandaise/catholique), la principale organisation clandestine irlandaise, exigée par les unionistes du dirigeant protestant David Trimble, reste au coeur des débats.
"Vont-ils désarmer? Vont-ils fermer boutique? Nous continuons de négocier avec Sinn Féin (ndlr: l'aile politique de l'IRA) mais ne savons toujours pas si ça va avoir lieu", indique une source gouvernementale irlandaise.
"Ils disent qu'ils préparent quelque chose" puis Gerry Adams, le président du Sinn Féin, déclare qu'il "encore trop tôt", regrette cette même source.
Pour accélérer les débats, Tony Blair et son homologue irlandais Bertie Ahern vont rencontrer un à un les partis nord-irlandais signataires des accords de paix mercredi après-midi au château d'Hillsborough, résidence ministérielle britannique, à 20 km à l'ouest de Belfast.
"Les deux Premiers ministres vont aborder les principes et les actes définitifs" nécessaires à un accord final "mais il n'y aura pas de projet d'accord, pas encore de document sur la table", confie le porte-parole du ministre britannique à l'Irlande du Nord Paul Murphy.
"Les débats risquent fort de se poursuivre après mercredi", souligne-t-il.
Les composantes d'une éventuelle formule d'accord reposent sur quatre points.
L'IRA devra mettre fin à toute activité paramilitaire et procéder à un démantèlement "significatif" de son arsenal.
Londres devra annoncer la "démilitarisation" progressive de l'Irlande du Nord avec le retrait des tours de guet sur la frontière entre les deux Irlande.
La réforme de la police nord-irlandaise devra être accélérée pour permettre au Sinn Féin d'envoyer des représentants à son conseil d'administration, reconnaissant ainsi ouvertement son impartialité.
Enfin, le gouvernement et l'assemblée devront être restaurés sur une base stable.
Mais l'élément nouveau des négociations est la création possible d'une commission de "vérification". "Pour l'instant, il n'y a rien à vérifier", rappelle le porte-parole de Paul Murphy.
"Mais il est clair que chacun veut être rassuré, que (...) les unionistes ne se contenteront pas de croire en de simples paroles de l'IRA. Et de la même façon, les républicains ne croient pas un mot de ce qu'avance le gouvernement britannique", ajoute-t-il.
"Les deux camps exigeront une forme de vérification des actes entrepris" mais la méthode "n'a pas encore été fixée", dit-il.
Une fois que le processus est engagé, "il peut être utile de s'assurer qu'il continue, d'où l'idée d'une confirmation ou vérification", confirme le porte-parole du ministre irlandais des Affaires étrangères. "Mais nous n'avons toujours pas de réponse à la question centrale".
Avec ses propres termes, l'IRA devra donc convaincre Londres et les dirigeants protestants que sa "guerre est finie".
En octobre 2002, Londres a suspendu le gouvernement d'Irlande du Nord -où catholiques et protestants partageaient le pouvoir- après l'inculpation de quatre militants du Sinn Féin accusés d'espionnage.
Et aujourd'hui, le chef des unionistes d'Ulster David Trimble assure que "le jeu qui consiste à faire de la politique le jour et à changer son fusil d'épaule la nuit est terminé... Soyons clairs sur ce sujet".
Mais Gerry Adams exige lui aussi "la certitude" que les unionistes ne seront pas tentés une nouvelle fois de provoquer l'effondrement du gouvernement et de l'assemblée d'Irlande du Nord, à la moindre opportunité. |
ericjeanloicbreton |
| 2003-02-11 09:51:22
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IRLANDE
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Mardi 11 février 2003
TAIWAN
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 Le Figaro, n° 18198 Le Figaro Économie, lundi 10 février 2003, p. 3
MONDE
ASIE Chine-Taïwan : intégration dans la méfiance
Taïwan entretient une relation de plus en plus ambiguë avec la Chine. Sa classe politique reste tentée par l'indépendance alors que les milieux d'affaires ont massivement investi en Chine et poussent à une forte intégration réciproque.
Rien ne semble devoir stopper le flot d'investissements taïwanais en Chine, qui s'élèvent à 70 milliards de dollars depuis 1987. Un million de Taïwanais se sont installés (ou sont revenus) sur le continent, dont 300 000 à 400 000 dans la seule région de Shanghaï, ont souligné des chercheurs taïwanais lors d'un symposium organisé fin janvier par l'université japonaise Keio.
Pour Leng Tse-Kang, professeur à l'université Chengchi de Taïpeh, ce phénomène est le résultat d'une délocalisation rapide en Chine des géants taïwanais des semi-conducteurs et des ordinateurs portables pour réduire les coûts. Le caractère multinational des firmes taïwanaises souvent alliées à des Américains ou à des Japonais leur permet de ne pas être trop dépendantes des associés chinois. Si les industriels de Taïwan veulent maintenir leur avantage technologique et rester compétitifs, ils doivent internationaliser leurs activités, et M. Leng a critiqué les limites posées par le gouvernement de l'île à certains investissements. Sous la pression des industriels, Taïwan a récemment annoncé être prêt à négocier trois liens directs avec Pékin : transport, commerce et liaisons postales. Ces liaisons ont été interrompues lors de la séparation entre l'île et le continent après la guerre civile en 1949. Et le sujet demeure politiquement sensible.
Même si les relations bilatérales peuvent sembler se détendre, le président Chen Shui-Bian a été élu en mars 2000 sur des positions indépendantistes et Pékin a suspendu son dialogue avec Taïpeh depuis à cause du refus de l'île d'adhérer au mécanisme « un pays, deux systèmes ». L'île et le continent sont séparés par un détroit de 140 kilomètres et le déséquilibre des forces en présence, avec une armée de 2,5 millions d'hommes pour la Chine contre 300 000 soldats taïwanais.
Catégorie : Économie Sujet(s) uniforme(s) : Politique extérieure et relations internationales Sujet(s) - Le Figaro : ECHANGES; INTEGRATION; ECONOMIE; INVESTISSEMENT Lieu(x) géographique(s) - Le Figaro : CHINE; TAIWAN Type(s) d'article : ARTICLE Taille : Court, 244 mots
© 2003 Le Figaro. Tous droits réservés.
Doc. : 20030210LF18198303ECO | |
ericjeanloicbreton |
| 2003-02-11 09:49:32
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CHINE
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Mardi 11 février 2003
CHINE
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Une mystérieuse épidémie dans le sud de la Chine provoque un vent de panique
CANTON (Chine), 11 fév (AFP) - Une épidémie d'origine inconnue, qui a fait cinq morts, fait souffler un vent de panique dans le sud de la Chine et jusqu'à Hong Kong où les pharmacies sont prises d'assaut.
305 personnes au total ont été atteintes dont 105 employés des services de santé de la province du Guangdong, a déclaré à l'AFP un responsable du Bureau provincial la santé.
Des responsables locaux ont refusé d'indiquer à quand remontaient les cinq décès. 59 personnes qui avaient été hospitalisées ont guéri et ont pu rentrer chez elles.
Les autorités qualifient la maladie, apparue depuis deux mois, de "pneumonie atypique". Mardi, la municipalité de Canton a démenti des informations de presse de Hong Kong selon lesquelles la maladie serait liée au bacille du charbon ou à la peste pulmonaire.
"Il n'y aucune raison de paniquer", a assuré un porte-parole de la ville, où le virus est présent depuis plus d'un mois, en conseillant aux habitants "de garder leurs distances avec ceux atteints par la maladie, d'assurer une bonne aération du lieu de travail et d'éviter la fatigue".
Selon le journal local Xinkuai, la population est également invitée à asperger les murs avec de la vapeur au vinaigre pour tuer les microbes et à éviter la foule, par exemple dans les centres commerciaux ou les gares.
Le ministère français des Affaires étrangères a conseillé pour l'instant de "suspendre tout projet de déplacement dans cette partie de la Chine, proche de Hong Kong. L'instauration d'une quarantaine, aux frontières intérieures et extérieures est à prévoir".
Le consulat général de France à Canton a souhaité de plus amples informations: "Nous n'avons pas de bilan épidémiologique, et nous ne connaissons pas le cycle de la maladie ou sa souche pathologique", a déploré un diplomate en lançant un appel à l'entraide des médecins chinois et étrangers sur la mystérieuse maladie.
Il a ajouté que des cas avaient été relevés dans la province voisine du Guangxi. Selon des sources médicales, la maladie aurait été diagnostiquée pour la première fois dans des régions rurales du sud de la province du Fujian (sud-est).
A Hong Kong et à Macao, qui jouxtent le Guangdong, les pharmacies ainsi que les commerces vendant des produits de la médecine traditionnelle chinoise ont été pris d'assaut par des milliers de gens à la recherche de traitements préventifs.
Le secrétaire à la Santé de Hong Kong, Yeoh Eng-Kiong, a exhorté les habitants à ne pas céder à la panique, affirmant qu'il "n'y a pas de preuve" que la maladie ait atteint le territoire.
Il a précisé qu'aucune augmentation du nombre de cas de pneumonies ou de grippe n'avait été enregistrée.
Nombre d'épiceries et de magasins de médecine traditionnelle affirment pourtant être en rupture de stock pour tous les traitements préventifs. La demande est telle que le prix de la bouteille de vinaigre de riz a été multiplié par deux.
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ericjeanloicbreton |
| 2003-02-11 09:38:54
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CHINE
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Mardi 11 février 2003
Interview de Donald Rumsfeld
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 Le Figaro, n° 18198 Lundi 10 février 2003, p. 2
INTERNATIONAL
IRAK Le secrétaire américain s'est entretenu avec un groupe de journalistes européens, à l'occasion de la Conférence sur la sécurité qui s'est tenue ce week-end à Munich. Quatre poids lourds du Conseil de sécurité de l'ONU, dont trois disposent d'un droit de veto, proposent une alternative à l'intervention militaire Donald Rumsfeld : « La guerre préventive est aussi vieille que l'Histoire »
Charles LAMBROSCHINI, Alexandrine BOUILHET
A l'occasion de la conférence sur la sécurité qui s'est tenue ce week-end à Munich, Donald Rumsfeld s'est entretenu pendant une heure avec une dizaine de journalistes européens représentant les journaux suivants : Kapital de Bulgarie, Politiken du Danemark, la Süddeutsche Zeitung pour l'Allemagne, la Repubblica pour l'Italie, Die Volkskrant pour les Pays-Bas, Aftenposten pour la Norvège, Gazeta Wyborcza pour la Pologne, le journal espagnol ABC, le Times de Londres. Le Figaro avait l'exclusivité de cet entretien pour la France.
LE FIGARO. Quel est le but de guerre des Etats-Unis ? Désarmer l'Irak, liquider Saddam Hussein, créer un nouveau modèle politique au Proche-Orient ?
Donald RUMSFELD. Votre question semble sous-entendre que les Etats-Unis changent tout le temps d'argument. Autrement dit, nous donnons une première explication et si ça ne marche pas, nous en essayons une deuxième et ensuite une troisième. Ce que vous me demandez, c'est plutôt : « Quelle est la vraie raison qui vous fait faire ce que vous faites ? » Je m'étonne d'ailleurs que dans votre énumération vous ayez omis de mentionner le pétrole. Soutenir que les Américains cherchent à contrôler les ressources pétrolières de l'Irak est totalement absurde. Les pays qui ont du pétrole veulent le vendre et peu importe à qui ils le vendent. Car s'ils disent non à un consommateur, ce consommateur ira chez un autre fournisseur. Notre objectif c'est le désarmement de l'Irak. Certes le Congrès américain a passé une loi demandant un changement de régime à Bagdad, ce qui n'apparaît nulle part dans les textes de l'ONU. Mais c'est une erreur de suggérer que Washington obéit à deux motivations différentes. D'un côté, l'exigence du Congrès et, de l'autre, celle du Conseil de Sécurité qui, dans dix-sept résolutions, a appelé l'Irak à démanteler ses armes de destruction massive. On ne peut tout simplement pas ignorer le sinistre bilan de Saddam Hussein en matière de droits de l'homme.
Le désarmement plus les droits de l'homme !
Oui. Et, honnêtement, je suis ahuri que l'Europe semble si peu s'intéresser aux droits de l'homme en Irak. Exprimer cette indignation ne signifie pas que nous changeons les raisons de notre action contre Saddam. Au contraire ! A nos yeux, il est parfaitement légitime d'insister sur les droits de l'homme.
Quand vous aurez gagné la guerre, que ferez-vous de l'Irak ?
Avec les pays qui sont prêts à entrer dans la coalition, les Etats-Unis ont déjà discuté d'un certain nombre de principes. Premier point : l'Irak doit garder son intégrité territoriale, il ne sera pas coupé en morceaux. Deuxième point : il doit renoncer aux armes de destruction massive. Ensuite, il faudra que l'Irak cesse de menacer ses voisins ou de tenter de les déstabiliser. Enfin les Irakiens devront s'écarter des chemins de la dictature pour que les minorités ethniques et religieuses puissent, en toute confiance, participer à la vie du pays. Il s'agit de permettre à l'Irak d'organiser une solution strictement irakienne. De la même façon que l'Afghanistan a trouvé une solution afghane. Lors de la conférence sur la sécurité, j'ai entendu Joschka Fischer, le ministre allemand des Affaires étrangères, affirmer dans son discours, que le problème afghan n'est pas résolu et qu'il faudra des décennies avant d'arriver à une solution. Et que, pour l'Irak aussi, il faudra des décennies. Eh bien, je peux vous dire que nous sommes en complet désaccord.
Pourquoi cette sévérité ?
Je crois que ce genre d'analyse est dangereux. Qu'un pays puisse s'en remettre à des forces étrangères n'est pas naturel. Leur présence crée une dépendance qui empêche le développement normal des capacités de ce pays. Quand vous apprenez à votre gosse comment faire du vélo, vous courez derrière lui en tenant la selle. Bientôt, vous ne la tenez plus que d'un doigt. Le gosse vacille et vous espérez qu'il ne tombera pas. Mais si vous ne lâchez pas la selle, à quarante ans il ne tiendra toujours pas sur son vélo. A mon avis c'est l'erreur qui a été commise en Bosnie et au Kosovo. L'effort international a trop négligé le secteur civil : l'Etat de droit, les tribunaux, la police. La théorie initiale prévoyait que les forces étrangères seraient parties pour Noël. Depuis, cinq ans ont passé, six ans, sept ans. En Irak, nous devrons appliquer la leçon de bicyclette. Une fois que les troupes de la coalition auront vidé le pays de ses armes de destruction massive, elles devront laisser les Irakiens inventer une solution irakienne. La population est bien formée, elle est industrieuse et, en plus contrairement à l'Afghanistan qui n'a pas de ressources, elle a du pétrole.
A l'inverse de beaucoup d'experts de la région, prédisant que Saddam Hussein se battra jusqu'au bout, vous n'écartez pas un scénario qui le verrait choisir l'exil.
La fuite de Saddam serait même mon premier choix. La priorité de la communauté internationale doit être d'entrer en Irak pour y éliminer les armes de destruction massive. Il faut donc que Saddam disparaisse. Or je préfère qu'il parte de lui-même avec sa famille et quelques amis proches. Il lui suffit de trouver un pays qui lui promette de ne pas l'expulser. Ce n'est sûrement pas impossible. Avant lui, d'autres dictateurs ont trouvé des asiles confortables : Idi Amin Dada en Arabie saoudite, Baby Doc en France.
Comment se fait-il que les Etats-Unis aient si mal vendu la cause de la guerre ?
Parce que, dans ce domaine, faire une campagne de relations publiques est très compliqué. Prétendons un instant que nous sommes le 10 septembre 2002, à la veille des attentats d'al-Qaida contre New York et Washington. Un réseau caché dans l'ombre s'apprête à assassiner 3 000 innocents, des hommes, des femmes, des enfants. Tel service de renseignement a eu connaissance d'une information tronquée, tel autre a reçu un indice ambigu, nous avons appris que deux individus bizarres sont en train de prendre des leçons de pilotage, nous savons aussi que Ben Laden, qui a déjà tué beaucoup de monde, continue de ruminer sa vengeance. Mais comment allons-nous établir un lien entre tous ces points ? Et d'une façon si aveuglante que le monde entier sera convaincu. Alors, à propos de l'Irak, vous pouvez toujours dire que nous avons mal vendu notre marchandise. Le problème, c'est que la plupart des gens vivent encore au siècle dernier, le XXe. Leur référence reste l'attaque japonaise contre Pearl Harbour. Les gens pensent en termes de fantassins, d'aviation, de marine. Ils s'attendent à voir l'ennemi. Mais les menaces d'aujourd'hui ne sont pas forcément visibles. Nos adversaires sont cachés, ils agissent dans les coulisses, ils se camouflent dans des cavernes. Les parlementaires américains avaient ouvert une enquête pour tenter de comprendre comment on en était arrivé au 11 septembre. Au bout de dix-huit mois, ils ont dû recommencer à zéro : il a fallu nommer une nouvelle commission d'investigation.
Ce que vous dites s'applique à Oussama ben Laden. Mais pas à l'Irak qui est un Etat bien visible.
C'est vrai. Mais la menace demeure, qu'il s'agisse d'un réseau terroriste ou d'un Etat terroriste. Rappelez-vous les années 30. Face à Hitler, les gens les mieux intentionnés affirmaient : « Il faut donner une chance à la paix. » Si on fait encore cette faveur à Hitler, peut-être qu'il s'arrêtera. Si on lui consent un geste de plus, on pourra peut-être arriver à un arrangement avec lui. Churchill a bien tenté de réveiller l'opinion. Mais personne ne l'a écouté. Et de concession en concession, Hitler n'a jamais arrêté. C'est le même argument qui a été invoqué après l'invasion du Koweït par l'Irak : « Laissez aux sanctions le temps de faire leur effet. » Maintenant on nous dit que le « containment » a été efficace contre l'URSS. Pourquoi ne pas appliquer la même stratégie à Saddam ?
Quelle est la réponse ?
A l'époque des Soviétiques, le temps jouait pour nous. Le système communiste était incapable de soutenir la concurrence de l'Occident. Plus le temps passait, plus leur système se détériorait. Mais, contre l'Irak, les sanctions ne marchent pas. Il suffit de voir le volume de marchandises qui passent les frontières. Saddam commande de gros camions qui, officiellement, servent à transporter des ordures ménagères ou du lait pour bébés. En fait, on les charge de missiles. Il achète des petits avions sans pilotes pour arroser les cultures d'insecticides. Mais il peut aussi les utiliser pour espionner, pour lâcher des gaz sur ses voisins, pour les contaminer avec des munitions biologiques. C'est toute la dialectique des équipements à double usage, civil et militaire. J'en reviens au reproche que vous nous faites, à nous les Américains, de n'avoir pas su plaider notre cause. Malheureusement, dans cette guerre des ombres, il ne peut y avoir de certitude qu'après l'attaque. En somme, il faut que la catastrophe se produise pour que le monde finisse par se laisser convaincre. Pourtant, notre travail de relations publiques ne doit pas être si mauvais que cela. L'opposition à nos idées diminue. Une dynamique s'est créée. Si j'en juge par les lettres en notre faveur de huit pays européens puis de dix membres, présents ou futurs, de l'Otan nos arguments se font de plus en plus persuasifs.
N'est-ce pas surtout l'effet de la puissance américaine ?
Je ne suis pas d'accord. L'Amérique n'a pas pour habitude de menacer les peuples. D'autres pays le font. Mais nous ne disons jamais : « Faites comme je le veux ou sinon gare à vous. » Je ne suis pas venu à Munich pour jouer les gros bras. Je suis ici pour dire ce que nous savons, pour exprimer les craintes des Etats-Unis. Si certains de nos interlocuteurs choisissent une autre direction, c'est leur privilège de nations souveraines. Et je leur dis bonne chance.
Vous n'avez pourtant pas hésité à déclarer publiquement qu'il y a plus de divergences entre les Européens eux-mêmes qu'entre les Etats-Unis et l'Allemagne, qu'entre les Etats-Unis et la France.
J'ai simplement constaté que le débat se passe surtout au sein de l'Europe. Il y a, d'un côté, la lettre des huit et la lettre des dix. De l'autre côté, vous avez les deux pays auxquels ces lettres font référence.
La Corée du Nord vient de déclarer qu'à son tour elle se réserve le droit d'agir préventivement. La nouvelle stratégie américaine de guerre préventive n'est-elle pas en train d'offrir une excuse aux régimes les plus antipathiques de la planète ?
Les régimes antipathiques n'ont jamais besoin d'excuse pour frapper le premier coup. Quand il a attaqué à Pearl Harbour, le Japon n'a pas cherché de justification. Ni Hitler quand il envahissait ses voisins. Ni Saddam qui, après avoir attaqué l'Iran, annexa le Koweït. Le concept de défense préventive n'a rien de nouveau. Il est aussi vieux que l'histoire de l'humanité. Lorsque John Kennedy a découvert que l'URSS était en train de débarquer des missiles à Cuba, il n'a pas attendu que les Soviétiques soient prêts à appuyer sur la gâchette. Il a ordonné à la marine américaine d'intercepter les navires envoyés par Khrouchtchev. Kennedy a fait de l'action préventive. Comme nous en Afghanistan après le 11 septembre. Bien que ce ne soit pas l'Afghanistan qui nous ait attaqués, nous nous en sommes pris aux talibans qui hébergeaient al-Qaida. En réalité, tout dépend de la gravité de la menace. On peut se permettre d'attendre si le péril ne se mesure qu'en une poignée de morts potentiels. Mais quand le risque c'est de perdre 100 000 ou 200 000 citoyens, on se montre nettement moins patient. Une étude de l'université John Hopkins à Washington a montré que l'introduction de quelques spores de la variole dans seulement trois points des Etats-Unis se traduirait en quelques mois par un million de morts. Dans une hypothèse pareille, combien de temps faut-il attendre avant de lancer une action préventive ?
On n'en est pas là avec l'Irak de Saddam Hussein.
Certes, mais l'argument selon lequel il faut encore donner du temps aux inspecteurs n'est justifié que si les inspecteurs finissent par trouver quelque chose. Or, tant que l'Irak refuse de coopérer, c'est impossible. Lorsque le Kazakhstan, l'Ukraine ou l'Afrique du Sud ont décidé de désarmer, ils ont travaillé de concert avec les inspecteurs. Ces pays les ont appelés en expliquant : « Nous voulons nous débarrasser de certaines armes, venez les prendre. Nous comptons détruire les autres, venez vérifier que nous l'avons fait. » L'action des inspecteurs ne peut être efficace que si le pays inspecté se montre coopératif. Avec Saddam, combien de temps faudra-t-il encore attendre ? On nous dit, il faut une deuxième résolution avant de pouvoir user de la force. Mais ce sera la dix-huitième. Il y a douze ans que dure cette charade. Mais pour qu'une poignée d'inspecteurs parvienne à explorer tous les recoins d'un pays grand comme le France, faudra-t-il attendre encore douze ans ?
La résolution 242 sur l'évacuation des territoires conquis par Israël en 1967 est vieille de plus de trente ans. Comme les résolutions sur l'Irak, elle n'a toujours pas été appliquée. Pourquoi les Etats-Unis n'imposent-ils pas un accord ?
C'est vrai. Mais croyez-en mon expérience d'ancien envoyé spécial de Ronald Reagan au Proche-Orient : on se trompe lourdement quand on croit qu'il suffirait de prendre les Israéliens et les Palestiniens par la peau du cou pour les forcer à accepter un arrangement.
Ne craignez-vous pas qu'une intervention contre l'Irak ne plonge le Proche-Orient dans une guerre de religion ? Du fait notamment du soutien inconditionnel de Washington à Ariel Sharon.
Les Etats-Unis n'accordent de soutien inconditionnel à aucune des deux parties. Nous voulons seulement être utiles. Le problème est que Yasser Arafat n'a pas accepté les propositions du président Clinton. On était pourtant très près d'un accord. Aujourd'hui, il y a beaucoup de gens dans les deux camps pour estimer qu'il sera très difficile d'obtenir à nouveau un arrangement aussi séduisant. Quant au risque d'une guerre de religion, je répondrai simplement que les Etats-Unis n'ont pas cessé d'aider les pays musulmans. Nous nous sommes portés au secours du Koweït qui avait été envahi par Saddam Hussein. Nous avons soutenu la Bosnie. Nous avons libéré le peuple afghan. Toute l'histoire de l'Amérique a été fondée sur la tolérance. Dire le contraire est inexact et injuste. Ce sont toujours les dictateurs qui se livrent à ce genre d'accusation : Saddam Hussein s'imagine qu'il pourra éviter le désarmement en lançant un appel à la guerre sainte.
Encadré(s) :
Rumsfeld, ambassadeur de la guerre
Faucon d'entre les faucons, le secrétaire américain à la Défense courtise poliment sa proie avant de l'engloutir. Dans la crise irakienne comme dans la guerre contre le terrorisme, Donald Rumsfeld défend les options les plus radicales, quitte à déplaire. Lorsque ses plans sont contrariés, ce bureaucrate de 68 ans devient arrogant et dégaine avec violence, oubliant le contrôle de soi inculqué à Princeton. Impatient de partir en guerre contre l'Irak, Rusmfeld dégaine à la moindre anicroche.
Paris et Berlin lui résistent ? Donald Rumsfeld raille la « vieille Europe ». L'Allemagne joue les pacifistes ? La voilà comparée à Cuba ou à la Libye. Ces dérapages verbaux, qui irritent les alliés de l'Amérique, Rumsfeld les assume. L'impopularité de son discours a plutôt tendance à renforcer ses convictions. « Il est moins important d'obtenir l'unanimité que de faire les bons choix, même s'il faut se retrouver seul au bout du compte », se plaît-il à rappeler, en citant Winston Churchill. Autant dire qu'il n'hésiterait pas à déclencher une guerre unilatérale.
Rigide et autoritaire, ce politicien chevronné ne pouvait que s'épanouir à la tête du Pentagone, une maison où il fit ses premières armes à 40 ans, nommé par le président Ford. S'il ne l'avait choisi comme secrétaire à la Défense, George W. Bush envisageait de lui confier les rennes de la CIA. Un poste à sa mesure qui l'aurait toutefois privé des conseils de Paul Wolfowitz, numéro deux du Pentagone et gourou messianique de la nouvelle politique étrangère américaine. Alexandrine BOUILHET
Illustration(s) :
Donald Rumsfeld : « Honnêtement, je suis ahuri que l'Europe semble si peu s'intéresser aux droits de l'homme en Irak. » (Photo Dharapak/AP.)
Catégorie : Politique nationale et internationale Sujet(s) uniforme(s) : Armes et armements; Politique extérieure et relations internationales Sujet(s) - Le Figaro : POLITIQUE; RELATIONS EXTERIEURES; DIPLOMATIE; INTERVENTION MILITAIRE; ONU; CONTROLE; ARME DE DESTRUCTION MASSIVE; DESARMEMENT; DONALD RUMSFELD; CONFERENCE; SECURITE; MEDIA; PRESSE; TITRE; DROITS DE L'HOMME; REPERCUSSION; RELIGION Lieu(x) géographique(s) - Le Figaro : ETATS-UNIS; IRAK; FRANCE; ALLEMAGNE; MONDE Type(s) d'article : ARTICLE; INTERVIEW; PHOTO; PORTRAIT Taille : Long, 2033 mots
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Doc. : 20030210LF18198201
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ericjeanloicbreton |
| 2003-02-11 09:37:17
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ETATS-UNIS, IRAK
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